Jeu de Jacques Gardeil et Frédéric Sahut, graphismes de Stéphane Poinsot
Un mĂ©lange de Yam’s et de Morpion, excellent Ă 2, terriblement difficile en solo pour ne pas ĂȘtre en nĂ©gatif…


Jeu de Jacques Gardeil et Frédéric Sahut, graphismes de Stéphane Poinsot
Un mĂ©lange de Yam’s et de Morpion, excellent Ă 2, terriblement difficile en solo pour ne pas ĂȘtre en nĂ©gatif…


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Le camp des Milles comme auxiliaire de la relégation des étrangers
03 septembre 1939, la guerre est dĂ©clarĂ©e contre lâAllemagne. Bien que cela soit vraiment secondaire, la IIIĂšme RĂ©publique sâinquiĂšte de la prĂ©sence en nombre de citoyens allemands, autrichiens, russes⊠sur son sol. Ce sont des rĂ©fugiĂ©s souvent juifs ayant fui les persĂ©cutions subies dans leur pays et ayant trouvĂ© un accueil bienveillant, malgrĂ© les mots injurieux de la presse française antisĂ©mite extrĂ©miste. Sont-ce de potentiels espions ? De possibles dangereux saboteurs ? La VĂšme colonne prĂȘte Ă frapper un coup de poignard dans le dos de la France accueillante ? Non bien entendu ; personne ne le croit ! Si les Allemands venaient Ă gagner la guerre, ces rĂ©fugiĂ©s courraient de nouveau un grand pĂ©ril !
Pourtant, comme cela a Ă©tĂ© fait avec les Alsaciens-Lorrains lors de la Grande Guerre, la IIIĂšmeRĂ©publique va rechercher ces hommes, femmes et enfants et les enfermer dans des camps pour les garder Ă lâĆil. Totalement irrationnel mais tout de mĂȘme bien symptomatique de la xĂ©nophobie rĂ©gnante alors ! Pour le Sud-Est de la France, le maire dâAix-en-Provence, au nom du prĂ©fet des Bouches-du-RhĂŽne, ordonne la rĂ©quisition dâune ancienne briqueterie fermĂ©e lâannĂ©e prĂ©cĂ©dente, situĂ©e prĂšs du hameau des Milles, Ă lâouest du chef-lieu. Nous sommes le 31 aoĂ»t 1939. Le 09 septembre suivant, arrivent les cinquante premiers dangereux ennemis de la France. Le camp de rassemblement des Ă©trangers des Milles entre en fonction ! 10 000 indĂ©sirables y passeront, 27 nationalitĂ©s et il comptera jusquâĂ 3 500 internĂ©s, en juin 1940.
Le camp des Milles et ses gardiens ardéchois
Tout dâabord, le camp des Milles, câĂ©tait comment ? Pour la presse dâextrĂȘme-droite, agrĂ©able, presque un lieu de villĂ©giature aux frais des Français ! Pour les internĂ©s, câest comme ailleurs, terrible. Les mĂȘmes problĂšmes quâailleurs, la promiscuitĂ©, lâhygiĂšne absente, le froid en hiver et la soif en Ă©tĂ©, avec pour les Milles, la touche locale : la poussiĂšre ! La poussiĂšre ocre qui colle Ă la peau et sâinfiltre partout, trace de lâancienne usine que fut le camp. On mange la poussiĂšre, on respire la poussiĂšre ! Un seul point positif dans un premier temps : une nourriture convenable bien que peu diversifiĂ©e.

Vue aérienne du hameau des Milles avec, au fond à droite, la cimenterie ayant accueilli le camp de concentration. Carte postale moderne datant des années 1950.
Par chance, dans un premier temps, jusquâĂ lâautomne 1940, la discipline restera humaine. Ce sont des gars venus dâArdĂšche qui vont assurer la garde des Milles. 150 hommes du rang et 30 sous-officiers dâun bataillon dâun rĂ©giment de territoriaux arrivent de Privas oĂč ils Ă©taient en garnison. Pour ses nombreux paysans ou quelques artisans, soldats de circonstance, aucune haine envers les internĂ©s. Pas de prĂ©jugĂ©s racistes ou antisĂ©mites, une bienveillance relative est de mise. Leur chef de corps, le capitaine Charles Goruchon, est un vĂ©tĂ©ran de la Grande Guerre. Il a fait Verdun, a Ă©tĂ© blessĂ© plusieurs fois et a Ă©tĂ© dĂ©corĂ© de la LĂ©gion dâHonneur. Il a quittĂ© le modeste magasin de mode de Clamart oĂč il vendait les chapeaux que confectionner son Ă©pouse⊠pour rĂ©enfiler une tenue militaire Ă la Mobilisation GĂ©nĂ©rale. Goruchon, lui, nâest pas ArdĂ©chois.
La figure la plus marquante de la hiĂ©rarchie militaire du camp est le lieutenant Pierre Paul Georges Louis CoudĂšne, nĂ© Ă Jaujac le 30 juin 1890. PropriĂ©taire de plusieurs moulinages en ArdĂšche, Ă Mayres, Aubenas, entre autres et dĂ©tenteur dâun brevet industriel, câest aussi un militant radical-socialiste, deux fois candidat Ă la dĂ©putation. VĂ©tĂ©ran de la Grande Guerre, son registre matricule indique quâil a reçu la Croix de Guerre pour des actes de courage et de dĂ©vouement Ă plusieurs reprises, dans le sauvetage de blessĂ©s dans le no manâs land. Il est apprĂ©ciĂ© de ses hommes comme des dĂ©tenus pour sa diplomatie, sa tolĂ©rance. Il se lie dâamitiĂ© avec plusieurs dĂ©tenus dont le peintre allemand Max Ernst qui lui offrira un dessin, LâĆil.
Car on dessine beaucoup aux Milles. Dans le camp sont dĂ©tenus de nombreux intellectuels qui sâĂ©taient installĂ©s sur la CĂŽte dâAzur aprĂšs avoir fui lâenfer de leurs pays natals. AndrĂ© Fontaine dans son article citĂ© plus bas, a recensĂ© la prĂ©sence de 52 Ă©crivains, 50 journalistes de la presse Ă©crite et de la radio, 20 scientifiques, 10 musiciens, 9 mĂ©decins et donc des peintres de renom, Max Ernst, Max Lingner, Robert Liebknecht, Hans Bellmer, Gustave Ehrlich, Franz Meyer⊠Une universitĂ© populaire se met en place avec des cours, des activitĂ©s artisanales et artistiques. Le soir, les hommes se rĂ©unissent aux catacombes, aux katacombes plutĂŽt, des anciens fours, des petites alvĂ©oles de libertĂ©,pour donner des confĂ©rences, jouer des spectacles⊠De nos jours, la visite du camp des Milles fait dĂ©couvrir les Ćuvres murales laissĂ©es par les artistes.

Photo extraite du livre Des Indésirables (1999)
Avec la dĂ©bĂącle de lâarmĂ©e française consĂ©cutive Ă lâattaque allemande du 10 mai 1940 puis la signature de lâarmistice du 22 juin suivant, Charles Goruchon dĂ©cide de transfĂ©rer une partie des dĂ©tenus des Milles vers le Sud-Ouest pour Ă©viter quâils tombent aux mains des Allemands, arrivĂ©s jusquâen moyenne vallĂ©e du RhĂŽne. Câest lâĂ©pisode du train-fantĂŽme. Les Milles, Marseille, Arles, SĂšte pour le premier jour, Toulouse, Tarbes, Lourdes, Pau, Bayonne. Une rumeur annonce lâarrivĂ©e imminente des Allemands dans cette ville. Demi-tour et retour vers le Sud-Est jusquâĂ NĂźmes oĂč les dĂ©tenus sont admis Ă Saint-Nicolas, commune de Sainte-Anastasie, aprĂšs une longue marche. Pendant des arrĂȘts, nombre de prisonniers feront la belle, sous lâĆil pas toujours trĂšs attentif de leurs surveillants ardĂ©chois. Cette histoire est narrĂ©e dans un film de fiction de SĂ©bastien Grall : Les Milles- Le train de la LibertĂ©, sorti dans les salles en 1995. Charles Garuchon y est appelĂ© Perrochon et lâhistoire romancĂ©e est toutefois relativement conforme Ă la rĂ©alitĂ©.
Quant aux femmes et aux enfants, elles nâont pas connu le camp des Milles mais Ă©taient retenus dans trois hĂŽtels de Marseille, Bompard, Levant et Terminus des Ports.
Le camp des Milles, premiÚre étape de la Solution Finale
Câest Ă lâautomne 1940 que le rĂ©gime de Vichy va sâintĂ©resser aux camps de concentration et par consĂ©quent Ă celui des Milles. LâarmĂ©e française Ă©tant dissoute, câest le ministĂšre de lâIntĂ©rieur qui reprend lâaffaire. Les militaires ardĂ©chois sont dĂ©mobilisĂ©s en dĂ©cembre et des civils recrutĂ©s spĂ©cialement pour cette tĂąche les remplacent. La discipline se durcit sous les ordres dâune hiĂ©rarchie adhĂ©rente Ă la collaboration.
Le camp des Milles travaille toujours en liaison avec dâautres structures plus petites dans toute la rĂ©gion. Les internĂ©s sont rĂ©guliĂšrement trimballĂ©s dâun camp Ă un autre, en fonction des besoins en personnel, ici ou lĂ . Parmi les satellites des Milles, on trouve le camp de Loriol dans la DrĂŽme, un local industriel rasĂ© maintenant, prĂšs de la zone artisanale des Blaches. Un MĂ©morial a vu le jour aprĂšs la disparition du hangar.

Article antisĂ©mite particuliĂšrement abject du journal collaborationniste L’Ămancipation en date du 25 avril 1942 (origine: Retronews)
A cette Ă©poque, le rĂ©gime de Vichy ferme les yeux sur les dĂ©parts dâIndĂ©sirables vers les AmĂ©riques. Des associations caritatives Ćuvrent dans le camp comme Ă Marseille, des associations protestantes, des Quakers, juives. En 1941, un sous-marin anglais passe chaque semaine dans une calanque et emporte quinze heureux candidats Ă lâexil. A Marseille, une association amĂ©ricaine, lâEmergency Rescue Committee, sâoccupe clandestinement dâexfiltrer les Juifs⊠Elle travaille en relation avec le camp des Milles mais est Ă©troite surveillĂ©e par les services de police commandĂ©s par un ancien officier de marine, Maurice de Rodellec du Porzic. Cette lutte sans merci est racontĂ©e dans une sĂ©rie fictionnelle de Netflix Transatlantique, diffusĂ©e en 2023. Le collaborateur parvient Ă faire expulser le journaliste amĂ©ricain Varian Fry puis Ă faire cesser les activitĂ©s de lâERC. Maurice de Rodellec du Porzic, en plus de sa direction de la Police Ă Marseille, supervisait aussi le camp des Milles.
Au camp des Milles, on doit noter lâĆuvre du pasteur Manen qui va se dĂ©mener pour adoucir les conditions de vie des dĂ©tenus et permettre le dĂ©part de ceux qui le pouvaient.
En janvier 1942, les Nazis Ă©noncent les principes de la Solution Finale, lâextermination des Juifs, lors de la ConfĂ©rence de Wannsee prĂ©sidĂ©e par Reinhard Heydrich. Le RĂ©gime de Vichy va accepter de collaborer en fournissant des contingents de Juifs pour ĂȘtre envoyĂ©s vers les camps de concentrations en Allemagne. Câest ainsi quâĂ la fin de lâĂ©tĂ© 1942, pas moins de cinq trains partiront des Milles en emmenant des hommes, femmes et enfants pour Auschwitz via Drancy.
Les convois :
Pas moins de 2 000 personnes auront quittĂ© les Milles pour lâAllemagne.

La dĂ©sinformation, la bĂȘtise et la violence de cet article du quotidien collaborationniste Le Cri du Peuple en date du 28 janvier 1942 (origine Retronews)
Le 11 novembre 1942, la zone sud est occupĂ©e par les Allemands (pour les territoires Ă lâouest du RhĂŽne et la CĂŽte dâAzur donc les Milles) et les Italiens (pour les rĂ©gions Ă lâest du RhĂŽne). Le camp est vidĂ© de ses derniers occupants et le 04 dĂ©cembre, la Wehrmacht rĂ©quisitionne les lieux pour ses troupes puis, plus tard, en fait un dĂ©pĂŽt de munitions.
En 2013, le MĂ©morial du camp des Milles est inaugurĂ© sur les lieux-mĂȘmes oĂč les murs peuvent tĂ©moigner de ce monstrueux passĂ©. Câest le seul camp de concentration français conservĂ© intact et ouvert aux visites.
Librement inspirĂ© de lâarticle dâAndrĂ© Fontaine Le camp des Milles (septembre 1939-mars 1943)- Historique provisoire publiĂ©dans la revue Cahier dâĂtudes Germaniques n°5 en 1981, pages 287 Ă 322 ; du chapitre sur les militaires ardĂ©chois du camp des Milles dans le livre Des indĂ©sirables. Les camps dâinternement et de travail dans lâArdĂšche et la DrĂŽme durant la Seconde Guerre Mondiale Ă©crit conjointement par Vincent Giraudier, Jean Sauvageon, HervĂ© Mauran et Robert Serre ; pages 113 Ă 117 ; Ă©ditĂ© en octobre 1999 aux Ăditions Peuple Libre & Notre Temps.


Le MĂ©morial du camp des Milles peu aprĂšs son inauguration en 2013. Ci-dessous, les murs de l’ancienne briqueterie racontent l’histoire du camp de concentration: fresque murale Ă la cantine, oeuvre de Karl Bodek, assassinĂ© Ă Auschwitz en 1942 aprĂšs ĂȘtre passĂ© par les Milles.

Un reportage en trois épisodes dans le quotidien collaborationniste Le Cri du Peuple, en date des 26- 27 et 28 janvier 1942



Un autre journal Aujourd’hui en date du 19 janvier 1942… toujours la mĂȘme haine !

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Le XXĂšme siĂšcle aura inventĂ© la notion de camp⊠camps de prisonniers, camps dâinternement, camps de rĂ©tention, camps dâhĂ©bergement, camps de sĂ©jour surveillĂ©, Groupements de Travailleurs Ătrangers, camps de concentration, terme inventĂ© par les Britanniques lors de la seconde guerre des Boers en Afrique du Sud…. et bien sĂ»r, au stade suprĂȘme, camps dâextermination. En France, de 1939 Ă 1946, on estime Ă 600 000 le nombre de personnes qui connaĂźtront Ă un moment un camp français. Pour tous les dĂ©tenus, câest lâarbitraire, lâenfermement, la promiscuitĂ©, le froid, la faim, lâinsalubritĂ©, les Ă©pidĂ©mies, les maladies et quelquefois, trop souvent, la mort. MĂȘme si cela nâest pas notre sujet, on nâoublie pas les stalags et oflags allemands oĂč des centaines de milliers de jeunes militaires vont perdre cinq ans de leur jeunesse et les sinistres camps dâextermination nazis dont la finalitĂ© Ă©tait la mort programmĂ©e mais ce sont des sujets diffĂ©rents.
Le camp de concentration de Chabanet va ĂȘtre ouvert pendant onze mois, de fĂ©vrier 1940 Ă janvier 1941. Il reprendra du service, un temps, Ă la LibĂ©ration pour accueillir les vaincus de la guerre, Allemands et Collabos.
Ouverture du camp en fĂ©vrier 1940 ! Cela interpelle ! Chabanet nâest pas lâĆuvre de Vichy ou du IIIĂšme Reich mais bien de la IIIĂšme RĂ©publique et du gouvernement dâEdouard Daladier ! Avant dâaller plus loin, situons les lieux.
Privas, prĂ©fecture de lâArdĂšche, est situĂ© dans une cuvette, la plaine du Lac, protĂ©gĂ© Ă lâadret par des hauteurs environnantes ; Ă lâubac, le Coiron et aux deux-tiers de cette montagne, le hameau de Chabanet, quasi abandonnĂ©. Des cartes postales du dĂ©but du XXĂšme siĂšcle montrent un joli petit complexe hĂŽtelier Ă Chabanet. Manifestement, en 1940, il nâĂ©tait plus en service et ce ne sont pas des chambres proprettes qui allaient accueillir les dĂ©tenus, loin de lĂ ! En revanche, ubac signifie froid en hiver, vent du nord glacial et peu dâabri, absence de soleil, chemin dâaccĂšs difficilement praticable pendant de longs mois donc ravitaillement incertain. Le responsable du camp en octobre 1940, AndrĂ© T., Ă©crira dâailleurs trĂšs officiellement Ă sa hiĂ©rarchie dans un rapport : lâexpĂ©rience dĂ©montrera certainement lâimpossibilitĂ© de continuer lâexploitation et lâadministration dâun Ă©tablissement (le camp de Chabanet) créé surtout pour des sĂ©jours dâĂ©tĂ© ! Si le responsable du camp, lui-mĂȘme, lâavoue !

Photo des lieux avec un groupe d’internĂ©s. Source: Peuple de la nuit (Alberte et AndrĂ© CAYRON, Ă©ditions La Fontaine de SiloĂ©, 1998) page 203.
Pourquoi la IIIĂšme RĂ©publique sâest imposĂ© lâobligation de mettre des personnes dans des camps ? Une croyance, celle de la VĂšme colonne, la lĂ©gende de la VĂšme colonne inventĂ©e par les Nationalistes lors de la guerre dâEspagne, pour parler dâagents ennemis infiltrĂ©s dans les rangs ennemis pour gripper les rouages des armĂ©es, de la dĂ©fense. Du coup, tout Ă©tranger devient suspect ; Allemands, Autrichiens, Italiens, rĂ©fugiĂ©s en France, Espagnols (mais eux Ă©taient dĂ©jĂ dĂ©tenus), sont arrĂȘtĂ©s et regroupĂ©s dans des camps de concentration, comme celui des Milles prĂšs dâAix-en-Provence, pour le sud de la France. Le mĂȘme phĂ©nomĂšne sâĂ©tait produit, en petite ampleur, lors de la Grande Guerre Ă lâencontre des Alsaciens-Lorrains devenant dâun coup, de potentiels dangers. La IIIĂšme RĂ©publique va donc rechercher et enfermer des antifascistes, des antinazis, des dĂ©mocrates sincĂšres mais Ă©trangers de peur que dâun seul coup, un instinct nationaliste se rĂ©veille chez eux et amĂšne ces apatrides Ă donner un coup de main Ă ceux quâils avaient combattus et fuis ; Ă ceux qui, sâils gagnent la guerre (ce qui se produira), se dĂ©pĂȘcheront de les liquider aprĂšs les avoir retrouvĂ©s⊠facilement⊠dans des camps⊠(ce qui se produira aussi) ! Raisonnement lunaire !
A cĂŽtĂ© de cela, le 20 aoĂ»t 1939 est signĂ© le pacte germano-soviĂ©tique Ribbentrop et Molotov, aux noms d’Hitler et Staline, une alliance de circonstance de non-agression entre lâAllemagne et lâURSS. Le Parti Communiste Français infĂ©odĂ© Ă Moscou est dissout et ses militants encartĂ©s ou de simples sympathisants, des syndicalistes de la CGT, des journalistes jugĂ©s trop engagĂ©s, deviennent suspects, dangereux pour la sĂ©curitĂ© de lâĂtat. Comme pour les Ătrangers, la RĂ©publique va arrĂȘter et regrouper ces hommes dans des camps de concentration alors que la plupart dâentre eux sont abasourdis par cette union contre-nature du Bien avec le Mal absolu, du « Petit PĂšre des Peuples » avec le Diable et ne souhaitent la victoire du Reich. Chabanet va accueillir alors des communistes venus du Gard, du Vaucluse, des Alpes-Maritimes, des Bouches-du-RhĂŽne, du Var et des Alpes-de-Haute-Provence, des militants mais aussi des Ă©lus, des responsables de sections. Les communistes ardĂ©chois, eux, sont dirigĂ©s en principe vers des camps hors de leur dĂ©partement, au moins au dĂ©but puisquâaprĂšs la rafle des 27, 28 et 29 mai 1940, une quarantaine dâautochtones rejoindront Chabanet. Parmi eux, Joseph Thibon qui deviendra aprĂšs la guerre, maire du Teil. Le nombre de deux cents dĂ©tenus sera alors atteint dans le camp privadois.Â
Les conditions de vie Ă Chabanet ? Un seul mot peut les qualifier : inhumaines ! Dans une ferme Ă demi-abandonnĂ©e sont installĂ©s deux dortoirs dâune cinquantaine de paillasses : lâun dans les Ă©curies, lâautre dans le grenier. On y met des poĂȘles rudimentaires et mal installĂ©s. Pour le bois de chauffage ? Tout est prĂ©vu⊠ce sont les dĂ©tenus qui iront couper le bois dans un ravin proche du camp, difficile dâaccĂšs. Lâalimentation ? Ce sera un rĂ©fectoire installĂ© dans un hangar sans plafond donc ouvert aux quatre vents et Ă la pluie. La cuisine ? Comme pour le chauffage, systĂšme D⊠comme DĂ©tenu. Quant Ă la conservation des aliments, trĂšs difficile. Pas de cave pour les entreposer si bien que les lĂ©gumes gĂšlent en hiver et deviennent immangeables. Les sanitaires ? Catastrophiques ! Lâeau dâune source est amenĂ©e par une conduite vers une douche et quelques lavabos posĂ©s Ă la va-vite. Pas de chauffage et⊠pas dâeau par temps de gel. Il faut alors aller chercher lâeau avec des seaux. Quant aux W-C, sans « water » bien entendu, câĂ©taient de simples planches posĂ©es Ă lâextrĂ©mitĂ© du camp. Ils servaient dâailleurs autant aux dĂ©tenus quâaux gardiens, quelques braves et pĂ©pĂšres territoriaux suivant Ălie Reynier, professeur en retraite, rĂ©sidant Ă Lyas, farouche antistalinien mais tout de mĂȘme arrĂȘtĂ© comme sympathisant communiste ! Seul privilĂ©giĂ© dans ce dĂ©cor : le chef du camp qui possĂ©dait une chambre chauffĂ©e et avec lâĂ©lectricitĂ©. Un grand luxe !
AprĂšs la dĂ©faite, le rĂ©gime de Vichy hĂ©rite donc de ce camp Ă lâĂ©tĂ© 1940 et sâen occupe Ă lâautomne. Administrativement, Chabanet devient un camp de sĂ©jour surveillĂ©... par des gendarmes. En octobre 1940, le camp compte 113 dĂ©tenus dont 15 dĂ©jĂ hospitalisĂ©s Ă Privas alors que les premiers froids sont Ă peine arrivĂ©s. Les hommes ont espĂ©rĂ© ĂȘtre libĂ©rĂ©s puisque ceux qui les ont emprisonnĂ©s ne sont plus au pouvoir mais il nâen sera rien. Et lâhiver 1940-41 sera terrible ! En revanche, câest de cette Ă©poque vichyssoise que lâon connaĂźt le mieux le camp car tout va ĂȘtre consignĂ©, listes des dĂ©tenus, rapports, consignes, rĂ©clamations⊠de vĂ©ritables archives en quelque sorte.
Le moral de hommes ? La majoritĂ© est rĂ©voltĂ©e par son sort et ils pointent les responsables de leur prĂ©sence en camp, Daladier, Blum, les socialistes, tous responsables de la dĂ©faite et de leurs malheurs. Certains veulent mĂȘme tĂ©moigner Ă charge au procĂšs de Riom. Ils ne pourront pas le faire, bien entendu. Dâautres, une minoritĂ©, se mettent en retrait, refusent de parler politique, font mĂȘme du zĂšle jusquâĂ prĂ©senter leurs vĆux au responsable du camp pour le Nouvel An, dans lâespoir dâune libĂ©ration pour bonne conduite. En vain ! Quand le camp de Chabanet sera fermĂ© le 31 janvier 1941, non par humanitĂ© mais consĂ©cutivement Ă une rĂ©organisation du monde concentrationnaire vichyste, tous les dĂ©tenus partiront vers le camp de Nexon, en Haute-Vienne.

Source: MusĂ©e de RĂ©sistance et de la DĂ©portation de l’ArdĂšche au Teil.
Pourtant, pour beaucoup, ce sont des hommes dâun certain Ăąge, tous vĂ©tĂ©rans de la Grande Guerre, mĂ©daillĂ©s militaire et pour certains, mutilĂ©s⊠des patriotes, en quelque sorte !
Une anecdote montrant la violence des prĂ©jugĂ©s. Janvier 1940, neige, verglas, aucun vĂ©hicule ne peut accĂ©der Ă Chabanet. Ainsi, un groupe de dĂ©tenus accompagnĂ©s de gendarmes se rend Ă Privas Ă pied, par un froid glacial, chercher le ravitaillement. Avant le voyage-retour encore plus pĂ©nible quâĂ lâaller car la pente sera rude, tout ce petit monde va se rĂ©chauffer au cafĂ© du coin, gendarmes et dĂ©tenus mĂȘlĂ©s. Il nâen faudra pas plus aux PĂ©tainistes locaux pour quâils se dĂ©chaĂźnent, hurlant au loup pour dĂ©noncer le laxisme du systĂšme judiciaire ! Quand la bĂȘtise sâajoute Ă lâinhumanitĂ© !
Antoine Monteil, tailleur dâhabits et prĂ©sumĂ© communiste ardĂ©chois, originaire de Vallon, fut internĂ© Ă Chabanet en mai 1940. Par la suite, il fut transfĂ©rĂ© au camp de Chibron Ă Signes, dans lâarriĂšre-pays toulonnais. Il y dĂ©cĂšde le 15 septembre 1940 Ă lâĂąge de 64 ans.
Un autre indĂ©sirable a connu une fin brutale pendant la guerre. Il sâagit de JoĂ«l Auguste Mouraret de Vals. Cet ouvrier Ă©lectricien, un temps dĂ©tenu Ă Chabanet, a Ă©tĂ© fusillĂ© par le Maquis Ă Aubenas, le 22 septembre 1944, pour trahison. Il avait 42 ans.
Enfin, lâinstituteur retraitĂ© Ălie Edouard Charles Edmond Reynier du Petit-Tournon, pourtant ĂągĂ© de 75 ans, dĂ©tenu Ă Chabanet puis Ă Nexon a subi des violences et nâa Ă©tĂ© sauvĂ© dâune relĂ©gation en AlgĂ©rie que par lâintervention du recteur de lâAcadĂ©mie de Montpellier en sa faveur.
Le camp de Chabanet accueillit dans ses murs, le pĂ©dagogue CĂ©lestin Freinet, originaire des Alpes-Maritimes, fondateur, aprĂšs-guerre, de la mĂ©thode dâenseignement portant son nom.
Il nây eut aucune dĂ©tenuE au camp de Chabanet.
Librement inspirĂ© du chapitre sur le camp de Chabanet dans le livre Des indĂ©sirables. Les camps dâinternement et de travail dans lâArdĂšche et la DrĂŽme durant la Seconde Guerre Mondiale Ă©crit conjointement par Vincent Giraudier, Jean Sauvageon, HervĂ© Mauran et Robert Serre ; pages 223 Ă 233 ; Ă©ditĂ© en octobre 1999 aux Ăditions Peuple Libre & Notre Temps.

Ălie Edmond Charles Ădouard REYNIER de Lyas, enseignant retraitĂ©, anti-stalinien de notoriĂ©tĂ© publique et pourtant internĂ© Ă Chabanet. Source: Archives DĂ©partementales 07, carte de combattant de la Grande Guerre.
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Cela concerne la premiĂšre liste, pour les six derniers, ils l’ont Ă©tĂ© Ă dâautres dates.
A noter : ° signifie naissance ; + signifie dĂ©cĂšs ; en gras le prĂ©nom d’usage
Liste Ă©tablie en 1946 par Adolphe DemontĂšs (LâArdĂšche martyre) ; complĂ©tĂ©e par Alberte et AndrĂ© Cayron en avril 1998 (Peuple de la nuit- Une famille ardĂ©choise dans la RĂ©sistance) et livrĂ©e en lâĂ©tat dans Des indĂ©sirables- les camps dâinternement et de travail dans lâArdĂšche et la DrĂŽme durant la seconde Guerre Mondiale (Giraudier, Sauvageon, Mauran, Serre) en 1999.
| IDENTITĂ | NAISSANCE | LIEU DE VIE | MĂTIER | DĂCĂS |
| ARGOUT Firmin ThĂ©ophile Marius | °06/04/1882 Ă NĂźmes (30) | LABĂGUDE | Cultivateur â Maire de LabĂ©gude 1919-1929 et 1944-1945- Rue Ă son nom | +23/10/1962 Ă LabĂ©gude |
| ARGOUT Edgar Octave | °16/12/1904 Ă LabĂ©gude | LABĂGUDE | Cultivateur- Musicien â Adjoint au maire de LabĂ©gude | +19/06/1985 Ă LabĂ©gude |
| BACCONNIER Louis Calixte | °28/07/1885 à Antraigues | ANTRAIGUES | Facteur | +26/02/1972 à Aubenas |
| BACCONNIER Frédéric | ANTRAIGUES | Cultivateur | ||
| BERTRAND Irénée Paul | °14/05/1901 à La Souche | LA SOUCHE | Cultivateur | +11/12/1994 à Eyragues (13) |
| CHAMBON LĂ©on Jean | °03/10/1903 Ă GraviĂšres | GRAVIĂRES | Cultivateur | +14/09/1974 Ă GraviĂšres |
| CHAMBONNET Georges Henri Joseph | °27/03/1893 Ă Vals-les-Bains | AUBENAS | Agent dâassurances et vendeur dâhuiles de moteur â Invalide de guerre | +01/02/1958 Ă Aubenas |
| CHANCEL | SAINT-PIERREVILLE | Surveillant aux Forges | ||
| CHANGEAT Charles | °02/08/1878 à Saint-Donat (26) | TOURNON | +20/01/1947 à Tournon | |
| CLĂMENT Camille Gabriel | °07/04/1893 Ă Chasse (38) | SAINT-SAUVEUR-DE-MONTAGUT | EmployĂ© Ă la Bonneterie CĂ©venole Tinland (Ă Saint-Sauveur) | |
| DEJOUX Edmond Marius Albert | °10/03/1905 Ă Prades (La Piolade) | LABĂGUDE | Invalide civil- NĂ©gociant en alcool | |
| DELUOL Jules André dit Lucien | °14/03/1888 à Saint-Privat | TOURNON | Instituteur | +14/03/1960 à Aubenas |
| DEMASSIOL Henri Joseph | °08/09/1892 à Vals-les-Bains | VALS-LES-BAINS | Ouvrier électricien | |
| DUGAS Adolphe Pierre EugÚne | °08/01/1870 à Tauriers | TAURIERS | Cultivateur et Maire de Tauriers | +21/07/1950 à Tauriers |
| DUPLAN Marcel Paul | °10/11/1901 à Antraigues | ANTRAIGUES | Chapelier | |
| ESCOFFIER Paul Nurma | °27/04/1874 Ă Vallon-Pont-dâArc | VALLON | Horloger | +27/04/1951 Ă Vallon-Pont-dâArc |
| FARGIER Georges | °12/07/1905 à Gluiras | SAINT-SAUVEUR-DE-MONTAGUT | Chef cantonnier | +06/02/1975 à Lamastre |
| FAURE Jean | VALS- LABĂGUDE | |||
| FROMENTIN Camille | °04/12/1892 à Chassagnes | CHASSAGNES | Cultivateur | |
| GRAND Louis | °08/03/1884 Ă Lirac (30)ou°1884 Ă Roquemaure (30) | LE TEIL | EmployĂ© au PLM | +12/07/1953 Ă Saint-Marcel-dâArdĂšcheou + ??? |
| ISAAC Marcellin | °25/11/1886 à Viviers | VIVIERS | Coiffeur | +15/11/1957 à Le Teil |
| JOUVE Adrien Ernest | °11/09/1883 Ă Saint-Germain | LE TEIL | EmployĂ© au PLM | +14/02/1961 Ă Vallon-Pont-dâArc |
| LAGARDE Pierre | °25/12/1894 à Vals-les-Bains | AUBENAS | Menuisier | +12/04/1974 à Rocher |
| MANDRANT René Marie Antoine | °09/02/1897 à Roanne (42) | LE TEIL | Employé au PLM | +28/12/1976 au Teil |
| MICHEL | SAINT-SAUVEUR-DE-MONTAGUT | EmployĂ© Ă la succursale dâune banque | ||
| MONTEIL Antoine | °23/07/1876 Ă Vallon-Pont-dâArc | VALLON | Tailleur dâhabits | +15/09/1940 Ă Signes (83)Mort alors quâil est dĂ©tenu au camp de Chibron |
| MOURARET Joël Auguste | °17/02/1902 à Vals-les-Bains | VALS-LES-BAINS | Ouvrier mécanicien | +22/09/1944 à AubenasAccusé de trahison ; fusillé par le Maquis |
| PRANEUF LĂ©on Auguste | °26/11/1883 Ă Flaviac | SAINT-SYMPHORIEN SOUS-CHOMĂRAC | Cultivateur | +28/11/1953 Ă Saint-Symphorien-sous-ChomĂ©rac |
| REYNIER Ălie Ădouard Charles Edmond | °01/12/1875 Ă Gilhac (07) | LYAS (PETIT-TOURNON) | Professeur retraitĂ© â BrutalisĂ© et menacĂ© de dĂ©portation en AlgĂ©rie – SauvĂ© par intervention du recteur de Montpellier | °01/09/1953 Ă Lyas |
| SAUNIER Claude Louis | °16/11/1877 à Aps (Alba-la-Romaine) | FLAVIAC | Retraité | |
| SAUREL Firmin | °1900 à Saint-Julien-Saint-Alban | FLAVIAC | Coiffeur | |
| TESTARD Charles | LE TEIL | Tourneur à la Métallurgie Bourgeas | ||
| THIBON Joseph | °31/10/1888 à Chandolas (07) | LE TEIL | Employé au PLM- Maire du Teil 1945-1954 | + 03/05/1972 au Teil |
| TRACELLIER François | °30/09/1891 à Le Cheylard | LE CHEYLARD | Cordonnier | +17/12/1950 au Cheylard |
| TRACOL François | LE CHEYLARD | Cordonnier | ||
| VERNET Charles | VIVIERS | Facteur | ||
| CHAMBOULEIRON Tonin | LE TEIL | ArrĂȘtĂ© le 04 juin 1940 | ||
| MANDRANT RenĂ© Marie Antoine | °09/02/1897 Ă Roanne (42) | LE TEIL | EmployĂ© au PLM- ArrĂȘtĂ© le 30 aoĂ»t 1940 | +28/12/1976 au Teil |
| MATHEVET Hippolyte | °18/03/1895 Ă Meyras | PRADES | EmployĂ© au PLM- ArrĂȘtĂ© le 06 juin 1940 | +22/01/1982 Ă Prades |
| MOULIN AimĂ© | °25/09/1894 Ă ChomĂ©rac | LABĂGUDE | ArrĂȘtĂ© le 05 mars 1940 | |
| PLANCHE Ălie EugĂšne | °28/10/1903 Ă Joyeuse | JOYEUSE | ArrĂȘtĂ© le 22 mai 1940 | +01/12/1964 Ă BollĂšne (84) |
| PIALAT Roger alias Pierlot | °18/01/1921 Ă LORDONNOIS ou LIGNY-LE-CHATEL (89) | UZER | Agent Technique des PTT- ArrĂȘtĂ© le 22 mai 1940 | +11/05/1989 Ă RosiĂšres (inhumĂ© Ă Uzer) |
Quelques portraits de ces internés ardéchois, pour beaucoup vétérans de la Grande Guerre.
CLĂMENT Camille Gabriel

DELUOL Jules André dit Lucien

DEMASSIOL Henri Joseph

FROMENTIN Camille

MANTRANT René Marie Antoine

MATHEVET Hippolyte

MONTEIL A ntoine

MOULIN Aimé

REYNIER Ălie Ădouard Charles Edmond

Sources des neuf photos ci-dessus: Archives DĂ©partementales de l’ArdĂšche, cartes de combattant de la Grande Guerre.
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INTRODUCTION
Les ponts du RhĂŽne pendant la Seconde Guerre Mondiale
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Du 20 juin 1940 au 02 septembre 1944, tous les ponts du RhĂŽne et de la SaĂŽne, de la Camargue Ă la ville de Lyon comprise, vont subir des destructions. Rares sont les ouvrages qui en sortiront indemnes. Les destructions se feront en deux temps et trois mouvements
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Du 20 au 24 juin 1940, les troupes allemandes sâapprochent de la vallĂ©e du RhĂŽne par le nord. LâArmĂ©e française ne pouvant les bloquer sur le terrain, dĂ©cide de dĂ©truire les ponts du RhĂŽne et de lâIsĂšre. Le GĂ©nie va dynamiter les ponts de Vernaison Ă Viviers. Fin du premier Ă©pisode le 24 juin. La majoritĂ© des ponts va pouvoir ĂȘtre rĂ©parĂ©e avant le dĂ©but du second Ă©pisode.
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En prĂ©ambule au dĂ©barquement de Provence du 15 aoĂ»t 1944 et durant la seconde quinzaine dâaoĂ»t, lâaviation anglo-amĂ©ricaine avec lâaide quelquefois de la RĂ©sistance locale, va dĂ©truire les ponts dâArles Ă Saint-Vallier. La population civile va beaucoup souffrir des effets collatĂ©raux de ces attaques aĂ©riennes peu prĂ©cises !
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AprĂšs la Bataille de MontĂ©limar, le gros des troupes allemandes se trouve dans le nord de la vallĂ©e du RhĂŽne. De Saint-Vallier et jusquâau nord de Lyon, les choses sâinversent. Ce sont les Allemands qui souhaitent voir lâavance des AlliĂ©s retardĂ©e. Ce sont eux qui dynamitent avec plus ou moins de succĂšs et les ponts du RhĂŽne et de la SaĂŽne Ă Lyon.
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Pour les amateurs de statistiquesâŠÂ
Dans le Delta, Arles compris : sept ponts et deux bacs. Six ponts et un bac dĂ©truits. A noter toutefois que les ponts suspendus de Fourques, Saint-Gilles et SylvĂ©rĂ©al et le bac du Sauvage lâont Ă©tĂ© par les Allemands et non les AlliĂ©s.
Dans la vallĂ©e, du nord dâArles Ă Vernaison : vingt-neuf ponts, vingt-huit dĂ©truits, la charge explosive posĂ©e par les Allemands sur le viaduc ferroviaire de Payraud nâayant pas eu lâeffet escomptĂ©.
A Lyon, sur SaĂŽne et RhĂŽne confondus, trente ponts, seulement deux intacts par le courage dâun RĂ©sistant.

NARRATION DE LA DESTRUCTION DU PONT SUSPENDU DE VIVIERS SUR LE RHĂNE PAR UN COMMANDO AMĂRICAIN AVEC L’APPUI DU MAQUIS
Dans la nuit du 24 au 25 juillet 1944 et sous le commandement de Pierre Fournier, un groupe de lâO.G. amĂ©ricain avec le Capitaine Rick et douze hommes, le Groupe Franc Crespy se rendent au pont de Viviers. Le plus effarĂ© dans lâaffaire est le cantonnier habitant prĂšs du pont Ă qui son ingĂ©nieur dit quâil faut dĂ©mĂ©nager dans les 20 minutes⊠car on va « faire sauter » lâouvrage. Que de questions ont pu dĂ©filer dans la tĂȘte du brave homme qui nâa reçu jusque-lĂ que des consignes rigoureuses de surveillance et dâentretien ?
A 0h30 les cĂąbles sont coupĂ©s Ă lâexplosif aprĂšs que les artificiers US aient fait leur travail. Encore mieux, le platelage touchant lâeau empĂȘche tour passage.
Ainsi les vedettes rapides allemandes de MĂ©diterranĂ©e seront vouĂ©es Ă la reddition ou la destruction, en les empĂȘchant de repartir par la voie utilisĂ©e pour arriver : RhĂŽne- SaĂŽne- Canal du RhĂŽne au Rhin.
Comme il reste de lâexplosif disponible, la mĂȘme Ă©quipe dĂ©truit, dans la mĂȘme nuit, le pont ferrĂ© sur la Route Nationale 86 Ă 4 kilomĂštres au sud de Viviers. Une partie des poutrelles du pont est tombĂ©e sur la route. Câest une autre coupure sur cette voie tant malmenĂ©e.
Bravo, dit Alger, pour cette opération.
Texte extrait de Montagnes ardéchoises dans la guerre
de Louis-Frédéric Ducros, tome III, page 212.
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Quarante-quatre personnes ont péri sous les bombardements, en août 1944, au Pouzin. Ce bourg du Centre-ArdÚche, situé en vallée du RhÎne, était un point stratégique. Avant et aprÚs le débarquement en Provence, les Alliés avaient repéré, depuis longtemps, des cibles. Mais, larguées à trÚs haute altitude, les bombes ont aussi détruit ou endommagé de nombreux bùtiments civils.
Il est 10 heures 47, le 6 aoĂ»t 1944. Une premiĂšre vague de vingt-sept bombardiers B17 surgit dans le ciel. Des tonnes de bombes explosives sont larguĂ©es pour dĂ©truire le pont ferroviaire et le dĂ©pĂŽt de carburant. Câest le deuxiĂšme bombardement sur Le Pouzin depuis quelques jours. Le plus important et meurtrier. Ă cette heure-ci, des fidĂšles catholiques et protestants prient Ă lâĂ©glise et au temple.
Le tĂ©moignage qui suit a Ă©tĂ© recueilli par lâassociation pour la recherche du patrimoine du Pouzin, prĂ©sidĂ©e par le docteur François Auzas.
DĂ©jĂ , beaucoup dâenfants sont rassemblĂ©s dans lâĂ©glise pour ce premier dimanche du mois. Soudain, un grondement sourd, prolongé⊠Des explosions et, tout de suite, on apprend que le quartier de la gare et le pont Ă La Voulte viennent dâĂȘtre bombardĂ©s. Panique ! Le pĂšre-curĂ© Serre fait sortir ses paroissiens, raconte AndrĂ© Blachier. Et dâajouter : Tel un vol de cormorans, de gros avions, entourĂ©s par dâautres plus petits, brillants au soleil, passent au-dessus de nos tĂȘtes. AussitĂŽt aprĂšs, dâautres vagues passaient et dĂ©truisaient lâĂ©glise et le sud de lâagglomĂ©ration.
Dans lâordinateur du mĂ©decin se trouvent de trĂšs nombreuses photos du bombardement, dont celles prises par les pilotes des avions alliĂ©s. Il les montre Ă la Pouzinoise Claude Poupier, 85 ans : Ce jour-lĂ , les pilotes ont manquĂ© leurs cibles. Mais ils Ă©taient tellement hauts, remarque lâoctogĂ©naire. Dans un trou, avec son pĂšre, elle est tĂ©tanisĂ©e. La peur mâavait totalement bloquĂ©e et paralysĂ©e, souffle-t-elle. Sa seule hĂąte Ă©tait de retrouver sa maman : Elle Ă©tait partie Ă la montagne, pendant que nous Ă©tions allĂ©s chercher des ramiĂšres pour notre chĂšvre et de lâherbe pour les lapins.
En moins dâune heure, lâĂ©glise, le temple ainsi que les Ă©coles sont entiĂšrement dĂ©truits, et 250 maisons sont endommagĂ©es. Alice Arnaud, disparue depuis, se confiait il y a quelques annĂ©es : Comment oublier le bruit des avions, le sifflement infernal des bombes, les cris des blessĂ©s, le dĂ©sespoir des familles ayant perdu lâun des leurs, le dĂ©sespoir de tout un village devant les ruines des maisons ? » Et de prĂ©ciser : Comme moi, beaucoup dâanciens ne peuvent tirer un trait sur un tel dĂ©sastre.
AprĂšs le bombardement du 6 aoĂ»t, de nombreux habitants ont dĂ©cidĂ© de partir. Claude Poupier et ses parents ont, eux, abandonnĂ© leur maison aprĂšs le 16 aoĂ»t. Ils se sont rĂ©fugiĂ©s sur les hauteurs, Ă Rompon. Un jour, on a observĂ© une bataille aĂ©rienne. CâĂ©tait impressionnant ! sâexclame-t-elle.
Le bilan sâest alourdi par la suite, avec la dĂ©couverte dâautres cadavres. Le grand clocher de lâĂ©glise catholique Ă©tait tombĂ© exactement sur un des paroissiens quâon ne retrouvera que trois mois plus tard, en dĂ©blayant le tas de pierres Ă©normes, Ă©crit le pasteur BrĂ©mond.
Le 11 juin 1949, la commune reçoit la Croix de Guerre. Le prĂ©sident de la RĂ©publique, Vincent Auriol, sâadresse alors aux habitants : Vous avez supportĂ©, stoĂŻques et patients, car vous saviez que câĂ©tait la condition de votre libĂ©ration, les bombardements des alliĂ©s qui dĂ©truisirent les rĂ©servoirs et le pont du RhĂŽne. La proximitĂ© de votre village lui valut dâĂȘtre rasĂ© presque en sa totalitĂ©, offert ainsi en holocauste au salut de la Patrie.
Le traumatisme est restĂ© ancrĂ© longtemps chez les Pouzinois, Ă lâinstar de Claude Poupier : « Pendant des annĂ©es, jâai eu peur du bruit des avions, mĂȘme des bruits dâartifice. »
Article du Dauphiné Libéré du 06 août 2014. Robin Charbonnier.

Vue du pont du Pouzin en juillet 1940 (détruit par le Génie français)
Autre témoignage sur le bombardement du 06 août 1944 au Pouzin.
Ce jour-lĂ , je gardais mon troupeau sur les crĂȘtes des bois de Bressac qui dominent la vallĂ©e du RhĂŽne. Jâai vu arriver 50 ou 60 bombardiers avec des chasseurs venant des Coirons. Ils ont tournĂ© vers La Garde-Rompon, ils ont lĂąchĂ© des rubans mĂ©talliques su Saint-Cierge-le-Serre puis les bombes sur Le Pouzin dâoĂč je vis dĂ©lever un nuage de poussiĂšre.
Julien Boissier de Saint-Vincent-de-BarrÚs, rapporté dans le tome III de « Montagnes ardéchoises dans la guerre » de Louis-Frédéric Ducros, page 260.
Le 15 aoĂ»t est une tragique journĂ©e : la rĂ©gion du Pouzin est Ă©crasĂ©e sous les bombes alliĂ©es. Un peu avant 11 heures, Le Pouzin subit un troisiĂšme bombardement : 27 bombardiers B17 lancent 80 tonnes de bombes, de 7 000 mĂštres, visant un dĂ©pĂŽt dâessence qui est touchĂ© mais poursuivent la destruction de la citĂ©.
MĂȘme source, page 308.
Bilan des trois bombardements alliĂ©s du Pouzin dâaoĂ»t 1944 : 44 morts, des centaines de blessĂ©s dont 8 griĂšvement, 250 immeubles endommagĂ©s dont 161 totalement dĂ©truits.

Le Mémorial du Pouzin, sur la route de Privas, installé seulement en 2014 ! Les Américains étaient nos alliés en 1944 !
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On a dĂ©nombrĂ© dans les nombreuses attaques alliĂ©es dans la vallĂ©e du RhĂŽneâŠ
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LES COLONS D’AMĂRIQUE Ă LA CONQUĂTE DE L’OUEST (jeu non distribuĂ© en France)
LOS COLONOS DE AMĂRICA EN LA CONQUISTA DEL OESTE (distribuĂ© par Devir en Espagne)
Sur le principe des Colons de Catane, les joueurs de ce jeu vont collecter des ressources pour dĂ©velopper leur rĂ©seau ferrĂ© et livrer des marchandises Ă leurs partenaires de jeu… le gagnant sera le premier Ă livrer ses marchandises.
Pour moi, jeu beaucoup plus variĂ© et immersif que le jeu de base. Mais beaucoup moins d’extensions… donc moins rentable sur la durĂ©e !… quoiqu’il serait possible d’inventer des extensions aux Colons de l’AmĂ©rique !!!!
Si quelqu’un souhaite la version livret pdf, envoyez un mot pour l’obtenir (44 Mo)












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A lâĂ©tĂ© 1942, le Maquis Bir-Hakeim est créé Ă Toulouse par un petit groupe dâhommes rĂ©unis autour dâun patriote local Jean Capel, dĂ©jĂ engagĂ© en RĂ©sistance dans le groupe Combat. En mars 1943, aprĂšs lâarrivĂ©e des frĂšres de Roquemaurel, un groupe dâhommes dĂ©terminĂ©s composĂ© dâĂ©tudiants, dâouvriers et de RĂ©publicains espagnols, sâinstalle dans un hameau, en Aveyron, prĂšs de Villefranche-de-Rouergue, avec pour objectif de lutter contre les Allemands, arrivĂ©s dans la rĂ©gion en novembre 1942.

On dĂ©finit le Maquis Bir-Hakeim comme Ă©tant indĂ©pendant, extrĂȘmement mobile et audacieux.
IndĂ©pendant car il refuse dâĂȘtre rattachĂ© Ă un mouvement de rĂ©sistance et va combattre lâoccupant comme il le sent sur le terrain, sans suivre aucune consigne venue dâailleurs.
TrĂšs mobile car ce Maquis, contrairement aux autres, est motorisĂ©. Voitures, camionnettes, motos et mĂȘme camions permettent de prendre la fuite aprĂšs un coup de main et de parcourir de grandes distances pour se mettre Ă lâabri. Il nâest quâĂ voir les deux cartes ci-dessous qui montrent le nomadisme du Bir-HakeimâŠ
âŠde mars Ă fin 1943âŠ

âŠde lâĂ©pisode de Labastide-de-Virac Ă sa destruction, le 28 mai 1944, Ă La Parade, au cĆur du Causse MĂ©jean.
Audacieux car le Maquis Bir-Hakeim nâhĂ©sitait Ă affronter les Allemands ou les Miliciens chaque fois quâil en avait lâoccasion. Des actions surprises, des replis rapides et des troupes allemandes dĂ©concertĂ©es et obligĂ©es de mobiliser de gros moyens pour essayer de neutraliser ces ennemis invisibles. CâĂ©taient aussi des coups de main pour rĂ©cupĂ©rer de lâessence, du ravitaillement, des armes et munitions, des vĂȘtements, un matĂ©riel dont dâautres Maquis bĂ©nĂ©ficiaient aussi, actions qui prĂ©sentaient quelques risques pour les populations locales comme on va le voir Ă Labastide-de-Virac !
Ă suivre…
Sources: Le Maquis Bir-Hakeim de R. MARUĂJOL & AimĂ© VIELZEUF paru en 1947 ; âŠet la CĂ©venne sâembrasaâŠde AimĂ© VIELZEUF paru chez Louis Salle (NĂźmes) en 1965.

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