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Un DIPLÔME de BON SAMARITAIN de la RÉPUBLIQUE ESPAGNOLE

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Un diplôme d’honneur décerné à un citoyen de Mende en Lozère pour sa participation financière au ravitaillement de la population civile de la République espagnole agonisante au moment où ce diplôme a été remis. En effet, il semble suivant une date citée dans le texte que ce document ait été publié en 1939, au moment  de la chute de cette République. Peut-être ce Mendois avait-il été touché par le sort des réfugiés espagnols dans les camps français au moment de la Retirada, ou à ceux qui avaient pu s’égarer dans sa ville.

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L’illustration de cette quête est tout à fait dans la lignée de scènes que l’on retrouve dans l’allégorie soviétique, d’un côté la Guerre…

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les destructions, la misère des populations… la mort causée par le fascisme, face…

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à la Paix, au bonheur, à la prospérité donnée par le travail aux champs ou à l’usine.

L’oeuvre est signée S. Hautecoeur qui n’a pas laissé son nom à la postérité !

Ce diplôme a été signé par Juan Negrin, le très controversé président du Conseil des Ministres du gouvernement espagnol.

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On lui reprocha son inféodation à l’URSS avec le versement de l’Or de l’Espagne à Moscou en échange des armes… mais son attitude n’était-elle pas due principalement à la signature du pacte de « non-intervention » par les démocraties et de leurs reculades et leurs oeillères face aux mensonges d’Hitler et Mussolini, qui, eux, intervenaient  massivement.

A noter cette farandole de 13 blasons des provinces espagnoles dans la frise qui entoure le diplôme…

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EPILOGUE de l’histoire d’EULALIO FERRER: le MEXIQUE

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Eulalio Ferrer est un républicain espagnol, natif de Santander, réfugié en 1940 au Mexique où il fit carrière et devint un grand publiciste reconnu aux Etats-Unis. Il raconta son passage dans les camps français de la Retirada par l’écriture d’un journal qui fut publié en France sous le titre Derrière les Barbelés chez L’interdisciplinaire, une maison d’éditin de Limonest, en 1993. Suite…

L’Epilogue.

Eulalio Ferrer a écrit en octobre 1988 l’épilogue de son livre Entre Alambradas titre original de son oeuvre.

Le travail au camp de La Ferté-Imbault était très dur. A l’humiliation des camps avait succédé l’esclavage de la Compagnie. Travail de 7 heures du matin à 19 heures, à creuser des tranchées et des chemins dans un froid glacial jusque là inconnu par la plupart des hommes. Ils allumaient des feux pour réchauffer leurs mains martyrisées par les outils, la pelle et la pioche. Pour Eulalio, il n’était plus possible d’écrire son journal. Par contre, le soir venu, il écrivait tard dans la nuit, des lettres pour lui et pour les autres.

La nourriture était devenue plus correcte. C’était la ration des soldats, abondante mais mauvaise. Face à toutes les difficultés connues par les travailleurs forcés,  l’amitié et la solidarité sans faille du groupe des 5 (6 avant la mort de Gustavo) étaient la chose la plus importante. Les hommes gagnaient 1 franc par jour soit l’équivalent du prix d’un affranchissement d’une lettre en France !

Le séjour à La Ferté-Imbault ne dura pas longtemps puisque la Compagnie déménagea au début de l’année 1940 à la Ferme de la Morillère près de Cerdon, non loin d’Orléans. Le froid était encore plus terrible et Eulalio se rappelle que l’encre et le vin gelaient les nuits. Pour tout vêtement supplémentaire, les hommes avaient reçu une nouvelle paire de chaussettes. La neige s’ajoutant au froid, les pneumonies atteignaient de plus en plus de détenus. Quant à la nourriture, elle n’avait pas changé de goût mais elle était à nouveau moins abondante. Les problèmes intestinaux avaient repris.

Le travail à Cerdon consistait à élargir un chemin menant à une centrale cachée au milieu des bois, une usine de poudre. Au côté des Espagnols travaillaient des Indochinois comme maçons et manoeuvres. C’est en poussant un wagonnet sur une voie qu’Eulalio le fit dérailler. Comme dans le même temps, l’interprête venait de décéder, on le nomma à sa place, vu son peu d’aptitude à la chose manuelle. Mais la solidarité était toujours sans faille entre les amis.
Un dimanche, il fut demandé des volontaires pour aller décharger des wagons de charbon. Les amis y allèrent par solidarité avec le chef de section. Cela leur ferait aussi gagner 10 francs. Le travail dura la journée et Eulalio ne s’aperçut pas que la rugosité des morceaux avaient râpé ses mains au sang. Devant son état, il resta dans une pension de Cerdon pour se guérir, la logeuse Mme Reynié lui offrant même l’hospitalité au bout de quelques jours. Devant cette attitude proche d’une désertion, il dut rentrer au camp en promettant à Mme Reynié de venir la voir quand il sera marié. Ce qu’il fit 15 ans plus tard, en septembre 1955 avec son épouse, moment d’une grande émotion.

La vie continua ainsi jusqu’en avril 1940. Son père avait pu rejoindre sa femme et ses filles et avait obtenu le droit d’émigrer pour Saint-Domingue. Le bateau était prévu pour le 30 avril au départ du Havre. Eulalio quitta donc ses amis et la Compagnie de Travail après 15 mois de captivité. A l’émotion de la séparation succéda la joie des retrouvailles familiales sur le quai de la gare Saint-Lazare à Paris.

Tout semblait bien se passer quand un incident arriva au moment d’embarquer sur le « Lassalle ». La petite désertion d’Eulalio à Cerdon l’empêcha de pouvoir monter à bord. Toute la famille, solidaire, décida de ne pas partir. Retour de tous à l’hôtel rue de Budapest à Paris.

Le père obtient une nouvelle place dans un bateau pour un nouveau départ pour les Amériques, toujours pour Saint-Domingue, départ prévu à Bordeaux à la mi-juin. La famille attendit donc cette date à Paris.

On comprend que, par malchance, le jour du départ pour Bordeaux correspondait à la débâcle et à l’exode de la population française. Il y avait foule sur les quais de la gare d’Austerlitz où ils resteront pendant 2 jours, le train était bondé de civils fuyant les Nazis et de soldats en retraite. A Bordeaux, il fallut attendre encore plusieurs jours, le « Cuba » étant retardé par les mines posées par les Allemands dans l’estuaire de la Gironde.

Enfin, la famille put embarquer pour un voyage vers les Amériques. Non sans danger car le bateau étant sous les ordres de Pétain, il était sous la menace des sous-marins britanniques… D’autres navires de ce convoi furent d’ailleurs coulé. Le « Cuba » naviguait sans arrêt en faisant des zig-zags. 800 passagers s’entassaient dans tous les recoins du paquebot avec du beau monde et beaucoup de dignitaires de la défunte République Espagnole.

Nouveau contretemps en arrivant aux Antilles. Le dictateur Trujillo de Saint-Domingue, admirateur d’Hitler, refusa l’accueil des migrants. Le bateau se dirigea alors vers la Guyane Française. On frôla la mutinerie et la prise de contrôle du bateau par les passagers, il y avait à bord la présence de l’ancien amiral de la flotte républicaine. Il fallut que le négociateur des Républicains obtienne du Mexique l’autorisation d’accepter les nouveaux arrivants. Ils changèrent de bateau à la Martinique et débarquèrent quelques temps après dans l’isthme de Tehuantepec au Mexique, à Coatzacoalcos, après 41 jours de mer. On était le 26 juillet 1940.

La famille s’installa à Oaxaca et fut très bien accueillie par la population locale. Pour les remercier, Eulalio leur lisait des poésies de Lorca et Machado.

Eulalio Ferrer passa sa vie au Mexique et rendit par son oeuvre de designer l’accueil que le pays lui avait réservé. Il fit ouvrir un musée Don Quichotte à Guanajuato.

Quant à ses amis laissés à la 168 ème Compagnie de Travail, certains ont survécu, d’autres sont morts dans la Résistance française ou au camp de concentration de Mathausen.

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7 décembre 1939: EULALIO FERRER raconte sa vie au CAMP de SAINT-CYPRIEN

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Eulalio Ferrer est un républicain espagnol, natif de Santander, réfugié en 1940 au Mexique où il fit carrière et devint un grand publiciste reconnu aux Etats-Unis. Il raconta son passage dans les camps français de la Retirada par l’écriture d’un journal qui fut publié en France sous le titre Derrière les Barbelés chez L’interdisciplinaire, une maison d’éditin de Limonest, en 1993. Suite…

7 décembre 1939.

Le jour tant attendu pour Eulalio et ses amis est arrivé: celui du départ du camp pour une Compagnie de Travail. Il va mieux bien qu’un peu affaibli.Il se lève dans la joie malgré la fatigue. Ses amis l’ont aidé à faire sa valise et à la porter.
L’ambiance est bizarre dans le camp. Ceux qui ne partent pas sont venus saluer les partants. Les adieux sont émouvants et les larmes ne sont pas loin. L’un d’eux adresse un encouragement à Eulalio pour qu’il continue à écrire.

Ce sont des camions militaires qui emmènent la Compagnie jusqu’à Elne pour rejoindre d’autres compagnies et c’est là qu’un train les attend. Il lit sur la pancarte de celui-ci le fameux: 40 hommes-8 chevaux. C’est bien à 40 qu’ils sont entassés dans des wagons à bestiaux. Ainsi serrés, le froid les atteint moins mais le confort n’existe pas. Le train part et passe à Perpignan, Rivesaltes. Premier arrêt à Narbonne, second arrêt à Carcassonne pour manger de la viande en conserve. Puis Baziège et enfin Toulouse où ils peuvent se dégourdir les jambes. Un groupe de réfugiées espagnoles les salue de loin.

Suite du voyage par Montauban, dernière gare reconnue puis la nuit tombe et chacun essaie de s’installer au mieux pour dormir. C’est une véritable lutte de pieds pour se faire une place comme dans un match de football.

La nuit passe puis une nouvelle journée commence par un café en gare de Châteauroux. Vient ensuite Vierzon puis Selbris pour prendre une correspondance jusqu’à La Ferté-Imbault.

Les hommes y découvrent un paysage militaire au coeur d’une forêt qui cache des bâtiments. A côté des militaires se trouvent des ingénieurs espagnols, réfugiés comme eux. L’un d’eux leur explique leur présence en ce lieu. Ils vont participer à un travail important pour que la France rattrape son retard technologique sur l’Allemagne. Ils n’en sauront pas plus.

On les conduit à leur logement, une grange dans laquelle on leur a réservé les écuries, remplies de paille. Pour eux, c’est comme s’ils se retrouvaient dans un hôtel de première catégorie tant le lieu est plus confortable que les baraques des  camps du Roussillon. Le petit déjeuner est abondant. Le froid est vif mais ils peuvent réchauffer de l’eau.

Le 9 décembre est leur premier jour de travail à La Ferté-Imbault: une pelle, une pioche et creusement de tranchées.

C’est cette nuit-là que finit le journal d’Eulalio. Il représente 2 grands cahiers et 5 petits carnets qu’il aimerait conserver malgré l’encombrement qu’ils représentent.

Il ne peut continuer à écrire tant le travail physique demandé à tous mais particulièrement à lui, l’intellectuel, est rude. Bien qu’aidé par les autres, sa main qui écrit est déchirée par le maniement de la pelle et n’est qu’une plaie.

Par dessus tout, il espère en un avenir radieux pour atteindre un monde meilleur.

 A suivre l’Epilogue…

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5 décembre 1939: EULALIO FERRER raconte sa vie au CAMP de SAINT-CYPRIEN

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Eulalio Ferrer est un républicain espagnol, natif de Santander, réfugié en 1940 au Mexique où il fit carrière et devint un grand publiciste reconnu aux Etats-Unis. Il raconta son passage dans les camps français de la Retirada par l’écriture d’un journal qui fut publié en France sous le titre Derrière les Barbelés chez L’interdisciplinaire, une maison d’éditin de Limonest, en 1993. Suite…

5 décembre 1939.

Le temps s’est amélioré mais Eulalio est tombé malade. Il souffre d’un rhume pris à la pompe où a continué de se laver à l’eau froide doublé d’une diarrhée qui le fait courir à tout moment de la baraque aux WC. Ses voisins lui ont dit qu’il avait déliré dans la nuit et tous s’occupent beaucoup de lui.

Il essaie de lire « L’année terrible » de Victor Hugo mais s’assoupit. Il entend dans son demi-sommeil les autres parler du départ de Balsa pour l’Espagne rejoindre sa femme qui le réclame et de l’accident de camion qui s’est produit ce matin qui a coûté la vie à quelques hommes du camp qui allaient travailler à Perpignan.

On a appris la mort d’un militant Miguel Pacheco à Santander, exécuté au garrot. D’ailleurs, en ce moment, la Phalange terrorise l’Espagne à l’occasion du transfert des cendres de Primo de Rivera. De son côté, à Rome, Alfonso XIII se dit prêt à retourner en Espagne si le peuple le lui demande. Ce sera plutôt Franco qui le fera !

Les hommes ont aussi appris que l’URSS vient d’attaquer la Finlande. Où s’arrêtera l’impérialisme soviétique ?

Le correspondant très au fait des décisions de l’Autorité Française annonce à Eulalio que sa Compagnie de Travail va partir dans 2 jours. L’information est sûre et la destination connue: le Loiret pour construire une usine d’armes chimiques. Le camp de Saint-Cyprien va devenir un camp pour prisonniers de guerre.

Pour Eulalio, c’est la moment de vite se soigner pour partir avec les autres. Il espère sur sa jeunesse pour se rétablir.

 A suivre le 5 décembre…

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29 novembre 1939: EULALIO FERRER raconte sa vie au CAMP de SAINT-CYPRIEN

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Eulalio Ferrer est un républicain espagnol, natif de Santander, réfugié en 1940 au Mexique où il fit carrière et devint un grand publiciste reconnu aux Etats-Unis. Il raconta son passage dans les camps français de la Retirada par l’écriture d’un journal qui fut publié en France sous le titre Derrière les Barbelés chez L’interdisciplinaire, une maison d’édition de Limonest, en 1993. Suite…

29 novembre 1939.

Ce sont les Andalous qui supportent le plus mal le froid et ce sont eux qui acceptent le moins cette nourriture immangeable et insuffisante. Pourtant, ils vont aussi participer à la rébellion qui va agiter le camp pour protester contre cette mal-bouffe. Les détenus crient: La France nous a condamnés à mourir de faim !

Des baraques brûlent, les gendarmes interviennent et des bagarres éclatent. Alors, la troupe intervient: les tirailleurs sénégalais qui viennent d’être retirés du front car ils ne supportaient pas le froid. Ô surprise, deux sergents qui commandent une unité sont des Espagnols qui se sont engagés dans la Légion dès leur arrivée au camp d’Argelès, en février dernier.

Ceux qui n’ont pas très envie de se laver à l’eau glaciale du puits mais veulent garder un peu d’hygiène ont trouvé une combine. Ils demandent un check-up et vont pouvoir aller se doucher à l’hôpital. Les poux après les puces sont réapparus. Ils sont bien plus difficiles à supporter que celles-ci. Personne ne les mangent, eux !

Aux hauts-parleurs du camp, un érudit va faire aujourd’hui une conférence sur l’écrivain Calderon de la Barca, un des 3 maîtres de la littérature espagnole avec Cervantès et Lope. La discussion qui suit la conférence dans la baraque conclue que celui qu’on surnomme « le verbe divin » est l’égal de Shakespeare.

Eulalio termine son article du jour par quelques brèves en vrac: rencontre avec le socialiste Alfonso Rodriguez ancien proche de Largo Caballero, la célébration par les Français du 10ème anniversaire de la mort de Clémenceau dont la stature manque bien par les temps qui courent, la dernière rumeur de Radio Chabola qui envoie les Espagnols en Espagne avant Noël. Il termine sa journée en écrivant une lettre pour un ami dans le besoin dont le frère est chef d’entreprise au Nicaragua.

 A suivre le 5 décembre…

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24 novembre 1939: EULALIO FERRER raconte sa vie au CAMP de SAINT-CYPRIEN

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Eulalio Ferrer est un républicain espagnol, natif de Santander, réfugié en 1940 au Mexique où il fit carrière et devint un grand publiciste reconnu aux Etats-Unis. Il raconta son passage dans les camps français de la Retirada par l’écriture d’un journal qui fut publié en France sous le titre Derrière les Barbelés chez L’interdisciplinaire, une maison d’édition de Limonest, en 1993. Suite…

24 novembre 1939.

Le froid glacial est tombé sur la plage et sur le camp de Saint-Cyprien. La baraque d’Eulalio a été sommairement réparée si bien que la nuit, le gel tombe sur les hommes couchés sur les litières. Les 2 petites couvertures et les journaux ne les protègent pas vraiment. Ceux qui se lèvent pour aller uriner marchent sur le gel autant dans la baraque que sur la plage. Terrible ! Les hommes se lamentent… Et les pneumonies arrivent rapidement, surtout avec des organismes affaiblis.

Le matin, Tino force Eulelio à aller courir sur la plage en poussant une balle de caoutchouc. C’est le meilleur moyen pour se réchauffer mais on y perd aussi pas mal d’énergie.

Les hauts-parleurs du camp appellent des métallurgistes, des électromécaniciens, des lithographes. Ils partent immédiatement pour le camp de Septfonds (entre Montauban et Cahors). Carmona qui n’est rien de tout cela mais qui n’a peur de rien s’est déclaré volontaire. L’au-revoir avec Eulalio est chaleureux et le beau parleur lui assure qu’il lui a appris énormément de choses. Mais il compte prendre sa revanche à Paris quand il s’agira de lui faire découvrir le monde de la nuit.

Des hommes partent, de nouvelles Compagnies de Travail également. Le camp se vide… mais, comme la nature a horreur du vide, un nouveau « quartier chinois » est en train de se reconstituer comme cela s’était déjà passé à Argelès et au Barcarès. Les adeptes du commerce achètent et revendent plus cher ce qu’ils ont acheté… surtout aux gendarmes et aux collaborateurs de l’Autorité Française.

Eulalio se rend à la baraque des interprètes pour y rencontrer une connaissance sensée lui réparer son stylo encre Pélikan. Ce que ce dernier fait en un rien de temps. Il fait plus doux dans cette baraque car un petit poêle brûle. Eulalio prend connaissance de toutes les dépêches qui arrivent dans cette baraque. Il est outré par cette agence de voyages berlinoise qui organise des excursions pour visiter les ruines de Varsovie.

La dernière rumeur du soir:  suivant Rome, la monarchie serait rétablie sous peu en Espagne.

 A suivre le 29 novembre…

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20 novembre 1939: EULALIO FERRER raconte sa vie au CAMP de SAINT-CYPRIEN

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Eulalio Ferrer est un républicain espagnol, natif de Santander, réfugié en 1940 au Mexique où il fit carrière et devint un grand publiciste reconnu aux Etats-Unis. Il raconta son passage dans les camps français de la Retirada par l’écriture d’un journal qui fut publié en France sous le titre Derrière les Barbelés chez L’interdisciplinaire, une maison d’édition de Limonest, en 1993. Suite…

20 novembre 1939.

Le camp est passé à l’heure d’hiver. Pas seulement à l’heure d’ailleurs, puisque c’est l’hiver qui est là. Vent du nord-est violent, neige sur les sommets des Pyrénées, vagues de la mer et sable qui aveugle dès que les hommes sortent.

 Beaucoup vont mal. Tino le boxeur souffre pour son frère en prison en Espagne. Balsa est fou de colère. Sa femme d’origine aisée rentre à Barcelone avec ses enfants à la demande de sa famille. Il ne peut s’y opposer.

Carmona le frivole, qui lit  par dessus l’épaule d’Eulalio quand celui-ci écrit, le force à s’interroger sur sa jeunesse. Réflexion faite, pour ses 20 premières années, c’est le temps qui a dominé Eulalio. Il décide que pour les 20 années qui arrivent, ce sera l’inverse.

Amélioration des services du camp. Pour remplacer le « quartier chinois » fermé, un économat officiel est ouvert près de l’entrée, en extérieur qui propose nourriture et objets pour la toilette. Une bibliothèque y est adjointe. Eulalio s’empresse de s’inscrire même si c’est pour rien car il ne lit qu’un seul livre, Don Quichotte.
Pour défier le temps, une baraque voisine a organisé une partie d’échecs entre un avocat d’Alicante qui n’a perdu aucun de ses 33 rencontres précédentes et un officier de cavalerie. La partie va durer 24 heures et l’avocat en sortira encore vainqueur.

Le spécialiste des départs des Compagnies de Travail est optimiste. Les 138 et 139èmes sont parties. Pour lui, ce sera bientôt le tour de celle d’Eulalio.
La nuit tombe, le vent s’est calmé.

 A suivre le 24 novembre…

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