Archives de Tag: VALENCE

La DRÔME dans l’ANNUAIRE de juillet 1928.

Suite de l’article sur le « gros » annuaire regroupant les abonnés du téléphone de 7 départements du Sud-Est avec une loupe sur celui de la Drôme.


En tout honneur, tout seigneur, Ancône qui a tout simplement été oublié de la liste des communes.

En effet, entre Ambonil et Andancette aurait dû figurer Ancône… On peut en déduire que le téléphone n’était pas arrivé jusqu’au bord du Rhône dans le village. De là à complètement occulter le village !

A Montélimar, environ deux cent cinquante abonnés étaient recensés. Parmi eux une personnalité connue en France et dans la Monde que l’on pouvait obtenir en demandant à l’opératrice le 2.23…

… l’ancien Président de la République Emile Loubet, demeurant rue Quatre-Alliances. Pas pour longtemps puisqu’il allait disparaître l’année suivante.

Montélimar, c’est le Nougat, cette friandise à base de miel et d’amandes que l’on collectait en abondance dans le secteur. On retrouve trois nougatiers à la lettre N…

…Arnaud Soubeyran, le Sphinx et la marque Vieille France et Canard Sauvage. Ce ne sont pas les seuls puisque d’autres confiseurs sont inscrits à la lettre de leur patronyme. Vous pouvez chercher dans la liste des (environ) deux cent cinquante lignes ci-dessous. Revenons une seconde sur le document ci-dessus avec le numéro de l’Office National Météorologique situé tout près d’Ancône et de l’aérodrome qui avait été créé il y a peu. On devait composer le 1.88 pour connaître le temps qu’il allait faire. La station météo existe toujours au même endroit mais le ministère de tutelle souhaiterait bien s’en débarrasser.

La liste des numéros de Montélimar.

De A à BRO

Un tissage de soieries (Avond), une filature (Bérenger au Serre du Parc près de l’Homme d’Armes), un cinéma le Palace tenu par un certain Allette…

De BRO à COT

Pas moins de huit cafés dont certains existent encore mais plus le Miland sur le boulevard Marre-Desmarais devenu une succursale de banque après malgré pétitions, le Nougat Chabert et Guyot, la filature Brousse avenue de Rochemaure et rue Quatre-Alliances l’avocat Chancel qui se lancera plus tard dans la politique, la Chapellerie Montilienne quia laissé son nom à un quartier, route de l’hôpital (moderne), le Collège de Garçons dans la grand-rue, là où se trouve la poste et la sécu actuellement.

De COU à HÔP.

Le 52ème R.I. est toujours montilien, Delavant est pâtissier et pas encore nougatier, par contre le confiseur Duclot fait-il aussi des nougats ?, on trouve un soyeux chemin des Charmettes, Gineste-Lachaze, comme pour une filature, l’Homme d’Armes est regroupé avec Montélimar comme on peut lire avec la Société de Chaux et Ciments.

De HOS à MAR

Le photographe Joguet qui nous laissé nombre de clichés, pas moins de sept hôtels dont l’Hôtel de la Poste, place d’Aygu pas encore devenu le Relais de l’Empereur, la rédaction du Journal de Montélimar dans la rue Sainte-Croix, les nougats Lombard boulevard Marre-Desmarais.

De MAR à REB

Un autre café-restaurant, veuve Mazade rue Saint-Gaucher, les nougats Miche fils cadet, les célèbres cartonnages Milou du boulevard du Pêcher qui disparurent dans les années 70-80, le garage et cycles Moulin place d’Aygu délocalisé certes mais toujours existant comme concessionnaire Peugeot, Proton, docteur en médecine à Saint-Géry (plutôt sous-Géry) où vécut mon beau-frère Roland.

De REB à WOL.

Encore un nougat, Henry Reboul, un autre café glacier Royère au Fust, Tavan filature de le rue Roserie et soyeux boulevard Saint-Gaucher, un autre soyeux dans la Grande-Rue, Thorent, le transporteur Teste déjà présent rue Adhéra (Gineys descendra de la Haute-Ardèche plus tard), Villard un autre transporteur à Sarda,

A lire attentivement et à commenter !

Alors que l’annuaire de Montéliamr couvre une page et demie, Romans fait trois pages et demie et Valence cinq pages.
A Valence justement, on peut noter qu’elle avait toujours vocation d’être ville de garnison avec pas moins de trois unités…

… le 184ème Régiment d’Artillerie, le 66ème Régiment de Tirailleurs et le 504ème Régiment de Chars de Combat. D’où l’utilité du Polygone d’artillerie dans la cité.

 

 

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Des PONTS sur le RHÔNE: de nouvelles vues des ponts de VALENCE (Drôme)

Quelques nouvelles vues des ponts de Valence, ponts qui se succédèrent après l’invention des frères Seguin.

A tout honneur, tout seigneur, les restes du bac à traille avec la pile de traille sur la rive gauche du fleuve.

Les constructions ne sont pas encore là ni les voies de communication et la pile trône seule au milieu de nulle part, en bordure du Rhône. Elle en est presque l’alter-ego du clocher de la cathédrale de Valence sur la rive gauche. On remarque que la pile de ce côté-là a déjà disparu. A l’emplacement de la clinique Pasteur, on remarque les jardins des Granges.

Le pont suspendu au début du XXème siècle a été remplacé par un pont de pierre pour permettre à des transports plus lourds de franchir le Rhône, en particulier, le tramway des Granges. Pendant quelques années, les deux ouvrages d’art cohabitèrent puis le vieux pont suspendu fut rasé.

La jeune fille pose devant l’objectif du photographe au milieu du pont suspendu. Au fond le rocher de Crussol.

Vue depuis la terrasse alluviale de Valence, les deux ponts…

en noir et blanc ou…

colorisés.

Cette carte postale ci-dessous est très interessante car elle montre le pont de pierre en cours de construction.

On retrouve les échafaudages vues lors de la construction du pont de pierre entre Villeneuve-lès-Avignon et l’île de la Barthelasse. Il est certain que la construction des ponts suspendus représentaient un investissement moindre par rapport à ce que coûtait un pont en dur et que le temps de construction était lui aussi bien inférieur.

Les deux ponts vus depuis la terrasse dominant le jardin public.

Le pont et la navigation.

Le nouveau pont sous lequel passe un bateau à roue à aube. On voit que le pont suspendu  a été déconstruit.

Le nouveau pont vu depuis le port fluvial de Valence le long duquel ont accosté un toueur et des barques. Sur ce bel espace qui pourrait être le prolongement du jardin public, les décideurs ont eu la très mauvaise idée de faire passer l’autoroute A7, coupant la ville du fleuve et privant les Valentinois des plaisirs de promenades au bord de l’eau.
Pour terminer, une vue du pont suspendu provisoire jeté sur le Rhône en remplacement du pont de pierre dynamité par le Génie français en 1940 puis à nouveau endommagé par les sapeurs allemands pour protéger la fuite des unités remontant la vallée du Rhône après le débarquement du 15 août 1944 en Provence.

Au milieu du fleuve, les blocs de béton des anciennes piles et au bord de la rive ardéchoise, des barques attestant d’un rapport particulier entre les riverains et le fleuve.

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Mars 1899: EMILE LOUBET devient PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE (2/2)

On sait que le premier voyage officiel d’Emile Loubet sera pour Montélimar, la ville qu’il avait administré en tant que Maire pendant tant d’années. La Vie Illustrée du jeudi 13 avril 1899 raconte ce voyage en images…

que voilà. A la une de ce numéro, la réception d’Emile Loubet devant la gare de Valence où le train présidentiel s’était arrêté quelques instants.

Une gravure de Duplessis à partir d’une photo de La Vie Illustrée montrant le Président devant sa maison de la rue Quatre-Alliances, aux côtés du Maire qui lui a succédé, M. Gauthier et de Charles Dupuy, président du Conseil des Ministres (= Premier Ministre de nos jours).

La première journée de visite en photos, avec les commentaires du magazine.

M. Loubet passant la cravate de commandeur au cou du général Marchand (photo Joguet)

L’arrivée du Président à Montélimar.

La calèche officielle dans la cour de la gare.

Mme Loubet mère et mme Auguste Loubet à la port de la sous-préfecture, regardant le Président sortir de l’Hôtel-de-Ville.

Le Président embrassant sa mère.

« Demandez: Gloire à Loubé !… paroles et musique.

M. Loubet médaillant un vieux camarade.

Mme Loubet attendent le passage de son fils, sur la terrasse de la sous-Préfecture.

Et la seconde journée toujours en photos.

M. Dupuy, le préfet de la Drôme et le sous-préfet de Montélimar se rendant au déjeuner intime de la rue Quatre-Alliances. 

M. Loubet arrivant au vélodrome (il s’agit de l’inauguration officielle de cet espace sportif, situé à Bel Air ?)


M. Loubet et M. Dupuy dans la tribune du vélodrome.

Le vainqueur de la première course.

Une voiture fleurie.

Le Président quittant Montélimar.

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Des BACS à TRAILLE sur le RHÔNE de la CONFLUENCE à la MÉDITERRANÉE: 10/25 de VALENCE aux GRANGES.

L’histoire de la traversée du Rhône au niveau de Valence est étroitement liée à celle des ponts construits sur le Rhône pour relier la Drôme et l’Ardèche, l’Empire et le Royaume.

On pense, comme Henri Cogoluènhe dans sa thèse sur les bacs du Rhône, qu’un franchissement du Rhône existait dès l’époque romaine au niveau de Bourg-les-Valence. Un premier pont romain semblait exister, mis à mal par les violentes et régulières crues du Rhône. Ce pont en bois était souvent balayé. Ainsi le bac (pas encore à traille) était le moyen le plus sûr et le plus fiable pour traverser le Rhône.

Il reste de nos jours, la trace visible d’une traille installé assez près du pont Mistral, quelques dizaines de mètres plus en amont.

L’actuel pont Mistral datant des années 1960.

Cette traille semble exister depuis 1480 mais la pile est plus récente, probablement de juin 1793.

L’invention des frères Seguin, le « pont en fil de fer » première version des ponts suspendus va mettre à mal le bac des Granges. On construisit un premier pont suspendu, celui-ci,…

qui fut ouvert à la circulation le 24 septembre 1830. Mais il connut au début bien des vicissitudes: en 1835, destruction d’une travée par le feu (oeuvre des passeurs ruinés ? On peut oser cette hypothèse), destruction d’une pile lors de la crue de 1840, destruction d’une autre pile lors de la crue de 1856… A chaque fois, le bac reprit du service.

Au pont suspendu dont il reste la culée rive droite,…

succéda au début du XXème siècle, un pont en pierre pour permettre au tramway des Granges de traverser le Rhône. Ce pont connut les affres de la guerre, en 1940 détruit par les Français pour retarder l’avance allemande…

puis en 1944 par les Allemands pour retarder l’avance des Alliés. A chaque fois, le bac reprit du service pour ne pas interrompre les déplacements de la population.

Photo empruntée au site mémoriel « muséedelarésistancenligne.org ».

Depuis la remise en service de ce pont suspendu le 14 février 1949, avant-dernier ouvrage avant le pont Mistral,…

…la traille des Granges n’a plus fonctionné.

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CHARLES X décida qu’un PONT SUSPENDU serait construit à VALENCE.

Cela ne date pas d’hier, ni d’avant hier.  Mais de 1827. C’était alors la fin de l’été 1827 et, depuis le château de Saint-Cloud, lieu de villégiature du roi à la Restauration, Charles X décida par ordonnance qu’il autorisait la construction d’un pont à Valence. Un pont suspendu bien entendu, puisque 2 ans auparavant les frères Seguin avait jeté la première passerelle en fil de fer sur le Rhône à Tournon. Une passerelle qui devait être doublée quelques années plus tard d’un pont plus large qui existe toujours alors qu’au début des années 1960, le premier pont suspendu du Rhône allait être détruit par la CNR.

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Voici donc le début de cette ordonnance, le passage important étant l’article 1er que voilà:

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C’est donc le sieur Barrès de Mollard qui reçoit l’autorisation de construire le pont et de percevoir le péage dont une partie se retrouvera dans les caisses royales. Ce droit est concédé pour 66 ans ce qui devrait largement amortir les frais de construction qui s’élèveront tout de même à 600 000 francs, réparations du pont au début comprises, on y reviendra.

Mais ce qui est le plus amusant à lire est le détail de ces frais de péage. Il ne tient pas moins de 2 pages du Bulletin des Lois et chaque cas particulier est prévu. On est loin du tarif unique !

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Cela va de 5 centimes pour un piéton jusqu’à 3 francs pour un semi-remorque de l’époque à savoir un chariot de roulage à quatre roues, chargé, tiré par 3 chevaux + le conducteur.

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la patache de Vernoux

Mais il existe tout de même quelque gratuité pour des ayant-droits: le préfet, le sous-préfet, les ingénieurs des ponts et chaussées, la gendarmerie, les militaires voyageant à pied ou à cheval, en corps ou séparément, à charge à condition alors de montrer un ordre de mission, les courriers du Gouvernement et les malles poste.

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Quelques mots sur la suite. Les travaux de construction de ce pont commencèrent en juillet 1829. Les travaux allèrent assez vite  puisque le 18 septembre 1830 le pont suspendu des Granges fut mis en charge avec bonheur et ouvrit à la circulation (et aux droits de péage !) le 24 septembre suivant.

C’est la suite qui fut plus difficile. Le bac à traille fut obligé de fermer ce qui aboutit à quelques jalousies et rancoeurs, faillites aussi. Alors, sans qu’on sache vraiment pourquoi, le tablier du nouveau pont brûla en plusieurs occasions, les fermetures pour réparations entraînant… la réouverture du bac. Puis ce fut la crue de 1840 qui détruisit la pile de la rive droite (côté Granges)… la crue de 1856 qui mit à bas l’autre pile, celle de la rive gauche (côté Valence). Le bac ne fut vraiment pas tout  fait au chômage !

L’Etat racheta le péage en avance le 16 décembre 1884 alors que la concession courait jusqu’en 1896. Il faut dire que les usagers protestaient de plus en plus et pétitionnaient pour des tarifs abusifs. Ce n’est pas en 2016 que les politiques écouteraient les usagers des autoroutes devant les tarifs prohibitifs de ces voies de communication qu’ils ont payé avec leurs impôts !

Enfin, à la fin du XIXème siècle, les autorités locales souhaitèrent qu’un train, un tramway, passe sur le pont pour joindre l’Ardèche à la gare de Valence. Ce ne pouvait être sur le vieux pont suspendu qui n’aurait résisté à la charge. On construisit donc au début du XXème siècle, un pont de pierre qui doubla le pont ancien, lequel ouvrage d’art fut détruit vers 1910. Il aura vécu et servi 80 ans tout de même.

Dommage, il avait plus de cachet que le pont Mistral actuel  !!! Ces quelques CPA datant de la bascule XIXème-XXème siècles nous donne une idée de ces franchissements du Rhône au niveau de Valence.

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vue prise en Ardèche en aval du pont

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entré du pont côté Drôme

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les bains publics sous le pont des Granges

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les deux ponts cohabitèrent quelques années

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le nouveau pont de pierre

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sur le nouveau pont de pierre

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l’ancienne culée du pont suspendu, rive droite.

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Gabriel Marius DAVID, un autre soldat d’Ancone dans l’aventure coloniale de la France à MADAGASCAR.

Article écrit pour le blog anconecultureetpatrimoineleblog.wordpress.com après des recherches sur l’Etat-civil de la commune mis en ligne par les Archives départementales de la Drôme et cette découverte fortuite qui a marqué la vie de notre commune rhodanienne.

Emmanuel Mallet et Gabriel Marius David étaient des copains de classe  à l’école d’Ancone avec François Régis Faucher comme maître au début de leur scolarité, jusqu’en 1881, puis sous l’autorité de Charles Louis Arnaud en fin de scolarité. De jeunes enseignants tous deux qui allaient connaître l’arrivée de l’école à Jules Ferry. Par contre, ni Emmanuel, ni Gabriel n’allaient fréquenter la nouvelle école du village inaugurée l’année où ils cessèrent leurs études, en 1886. Emmanuel et Gabriel étaient aussi des copains de la Classe au sens militaire du terme, la Classe 92 puisque nés tous deux en 72. Emmanuel en juillet, Gabriel, le plus jeune, était venu au monde le 30 novembre 1872.

Gabriel avait vu le jour du côté de Châteauneuf-du-Rhône où son père était fermier. Ses parents s’étaient mariés quelques années avant, à Ancone le 21 août 1866. Son père Raimond Auguste David était cultivateur, né à Savasse en 1835. Sa mère, Marie Brun, était une fille d’Ancone où son père, bien connu,  exerçait la profession de maçon. Des enquêtes disent qu’elle était repasseuse, d’autres, femme au foyer. Elle était bien plus jeune que son mari puisque seulement âgée de 19 ans le jour des noces. Elle eut rapidement un premier enfant, Auguste André Gabriel né le 30 mai 1867 qui décéda un mois 1/2 plus tard, mi-juillet comme 5 autres bébés anconnais entre le 30 décembre 1866 et juillet 1867. Terrible année ! Epidémie ou malnutrition ? Puis vint une fille Augustine Gabriel deux ans plus tard qui ne vécut que 5 mois. Gabriel eut plus de chance, en 1872 et fut le premier enfant du couple David à vivre jusqu’à l’âge adulte. Dure époque !

Très rapidement, Gabriel vint vivre chez ses grands-parents maternels à Ancone, le temps que ses parents puissent acheter quelques terres dans la commune ou à Savasse. Puis toute la famille se reforma avant 1880 pour s’installer sous le toit d’une maison de la rue Bachasserie quelquefois appelée rue du Milieu, de son nom moderne. Grands-parents Brun, les parents David, enfants et même la tante Françoise, une soeur de la mère, couturière de son état, vivaient à la même porte. Il était courant à l’époque que les générations coexistent ainsi sous le même toit: les anciens élevaient les plus jeunes et les jeunes s’occupaient des anciens quand ils devenaient trop âgés. Autre époque!

Comme son copain Emmanuel, Gabriel ou Marius comme on l’appelait aussi (une autre chose courante alors que celle d’appeler les gens du second ou de troisième prénom pour rendre bien souvent hommage à un aîné disparu- question de poser quelques problèmes aux généalogistes actuels lors de leurs recherches…)  Emmanuel et Gabriel-Marius, donc, furent tirés au sort pour effectuer leurs 3 ans de service militaire, Gabriel avec le n°90 encore une fois juste derrière Emmanuel et son n°86 ! Il fut donc incorporé le 14 novembre 1893. C’est là que les parcours des 2 copains divergèrent légèrement avant de reprendre des destins parallèles !

En gare de Montélimar, si Emmanuel s’était arrêté sur le premier quai pour monter dans le PLM pour le sud, Avignon et les pontonniers, Gabriel dut se rendre sur le quai d’en face pour prendre le PLM en direction du nord,  Valence et les artilleurs. Dans la préfecture de la Drôme, tout le monde connaît le quartier du Polygone et la caserne Latour-Dubourg. Polygone d’artillerie, bien entendu, où le 6ème Régiment d’artillerie faisaient ses manoeuvres et les réglages des tirs. C’était donc le 14 novembre 1893 que  Gabriel Marius David y débarqua. De 2ème Canonnier à son arrivée, il passa 2ème Servant à cheval le 30 mars 1894 puis 2ème Bourrelier le 20 juin 1894 et enfin 1er Bourrelier le 21 décembre 1894. Pas de véritables promotions mais la reconnaissance de ses connaissances antérieures par l’armée pour l’employer où il était le plus compétant… comme bourrelier. Il fallait fabriquer et réparer sans arrêt les lanières  des attelages et c’est le métier qu’il avait appris chez un voisin dans la rue Bachasserie à Ancone.

Le 1er mars 1895, il fut muté au 38ème Régiment d’Artillerie à Nîmes en conservant le grade qu’il avait à Valence. Deux batteries de ce régiment étaient sur le qui-vive depuis que le gouvernement avait décidé d’intervenir militairement en territoire extérieur: à Madagascar. Et un bourrelier qualifié manquait pour l’une d’elle.

Il est bon ici de faire une parenthèse pour expliquer le pourquoi de cette destination originale. On sait que Jules Ferry et nombre de Républicains étaient d’ardents défenseurs de l’agrandissement de l’Empire. Pour faire oublier aux Français les pertes de l’Alsace et de la Lorraine en 1871, ces dirigeants de la Troisième République avaient décidé de se lancer dans ces expéditions coloniales, véritables aventures pour les militaires qu’ils envoyaient: en Indochine où partit Emmanuel Mallet et à Madagascar où ira Gabriel David. A la différence de l’Indochine, c’est vraiment la Troisième République qui initia cette conquête de Madagascar, un territoire aussi grand que la France, une grande île au milieu de l’Océan Indien. Une première expédition pour établir un protectorat avait eut lieu  de 1881 à 1883, un protectorat instauré mais pas vraiment appliqué par les Français ni respecté par les autochtones, un royaume dirigé par des reines. Mais des Français étaient allés s’installer là-bas, attirés par l’appât du gain, de l’or qu’on disait être en abondance, par l’inconnu et la nouveauté. Mais quand les massacres d’Européens initiés par les Hovas, une peuplade plus belliqueuse, furent trop importants, une seconde expédition militaire devint obligatoire en 1895 dans le but de « pacifier » une seconde fois le territoire. On y envoya un Corps Expéditionnaire de 15 500 hommes accompagnés de 7 000 convoyeurs, des Kabyles peu respectueux de leurs bêtes de somme. On y trouvait des Chasseurs à pied, des Tirailleurs algériens, un bataillon de marche de la Légion étrangère, des Marsouins, des troupes coloniales, supplétifs Malgaches, Soudanais et Réunionnais, des unités du train, 4 batteries de l’artillerie alpine et 2 batteries montées, celles de Gabriel David et du 38ème R.A. de Nîmes. Pour transporter le matériel à travers le pays, on avait fait construire 5 000 voitures Lefebvre tirées par autant de mulets…. en oubliant un peu vite que sur ce territoire, il n’y avait pas le moindre kilomètre de route ou de chemin ! Que des pistes muletières ! Tracer des routes fut le principal travail des unités du train qui se tuèrent à la tâche, au sens premier du terme !

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Les Français débarquèrent donc à Mayunga, sur la côte ouest de l’île, le 23 avril 1895 après un beau voyage où ils  franchirent le flambant neuf canal de Suez. Quelle aventure pour l’Anconnais Gabriel David qui figurait parmi eux ! L’objectif des Français: la prise de Tananarive, la capitale du Royaume, au milieu de l’île, distante de 450 kilomètres environ de Mayunga. Ils y parvinrent le 30 septembre 1895 mais à quel prix !!!

On connaît bien les détails quotidiens de cette expédition coloniale grâce aux écrits qu’en fit un soldat, l’Alsacien Léon Silberman engagé dans la Légion étrangère. N’oublions pas que l’Alsace ne faisait plus partie du territoire national en 1895. Ce témoignage est édifiant et consultable dans son intégralité sur la toile. C’est une narration sans complaisance et d’une redoutable précision sur l’impréparation et l’amateurisme de cette expédition, sur l’immense gâchis humain que furent ces 5 mois dans l’Océan Indien. Les chiffres officiels connus de nos jours en attestent: les combats contre les troupes locales, les Hovas, coûtèrent 25 morts au Corps Expéditionnaire Français, presque anecdotique 20 ans avant les hécatombes de la Grande Guerre ! Pourtant celui-ci fut décimé et on dénombra 5 756 morts causées par les maladies tropicales qui assaillirent les hommes. Malgré le dévouement des services de santé, les hommes mourraient par centaines chaque jour, dans les ambulances et les hôpitaux de campagne. Comble d’incompétence, la quinine, indispensable au traitement du paludisme se trouvait au plus bas dans les cales des bateaux, dans des voitures qui ne sortirent qu’à la fin du débarquement et ne parvinrent aux avant-postes de secours que plusieurs mois après le début de l’opération !

Une phrase du récit de Léon Silbermann m’a interpelé. Le légionnaire raconte sa visite faite à une ambulance, un poste de secours avancé.  Je regardais un artilleur qui venait de recevoir les derniers sacrements; l’énergie était présente sur sa physionomie; il sursauta à quelques reprises, comme s’il voulait se défendre contre la mort. Etait-ce les derniers instants de Gabriel David ? On apprend en effet sur sa fiche matricule comme sur l’acte de décès recopié par Louis Salomon, le maire d’Ancone sur le registre de l’Etat-civil que « Marius » décéda le 11 août 1895, à l’ambulance de Beritzoka, un piton rocheux à mi-chemin entre Mayunga et Tananarive,  d’une cachexie paludéenne, un affaiblissement général dû à la malaria. Il disparaissait donc 2 mois après son copain Emmanuel, victime comme lui d’une maladie tropicale, victime surtout des aventures coloniales des hommes de la Troisième République.

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Pour faire un peu de généalogie, notons que Gabriel David et Paul Brun ont un arrière-grand-père commun, Alexandre Brun, né vers la fin du XVIIIème siècle. Paul Brun est l’un des 23 MPLF inscrit sur le Monument aux Morts d’Ancone, disparu le 31 mai 1917 à Berry-le-Bac.

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Le (petit) KIOSQUE DE PRESSE de l’été 36: le 16 juillet 1936

Trois journaux pour ce kiosque du 16 juillet.

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Le Miroir des Sports pour l’étape des Aravis et de la Tamie et celle du Galibier.

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L’Intransigeant du jour

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Le Nouvelliste du même jour.

Le (tri)-hebdomadaire pour commencer avec des vues du Tour dans les Alpes et dans le grandiose Galibier pour sa couverture.

Mais auparavant les coureurs avaient franchi les Aravis comme ici avec les poursuivants d’Ezquerra au sommet du premier col puis…

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dans la montée de la Tamie….

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avec Archambaud au milieu de la route et Antonin Magne à la corde. Un Archambaud en difficulté…

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mais qui sauvera son maillot jaune, à Aix-les-Bains comme à Grenoble. Enquerra survole les Alpes mais, malheureusement pour lui, descend trop mal pour espérer gagner un jour une étape de montagne, avec des arrivées loin de la dernière difficulté.

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Imaginez qu’il possédait 5’34 » d’avance sur le duo Vervaecke-Archambaud au sommet du Galibier.

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On remarque la quantité de neige au bord de la route, conséquence d’un printemps maussade et d’un début été frais. Avec en plus, des descentes parfois caillouteuses…

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…dues à des éboulements.

Encore quelques vues grandioses du Galibier…

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…et des premiers lacets de la descente vers le Lautaret, avec Archimbaud à l’ouvrage, au milieu d’un champ de neige.

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Les quotidiens sont déjà à conter à leurs lecteurs l’étape 8 qui mène les coureurs de Grenoble à Briançon. Le Tour ne reprend pas la route de la veille, celle du Lautaret, dans l’autre sens mais va passer par le sud: la côte de Laffrey, le col Bayard, Gap, Embrun et Briançon.

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Une étape qui sera remportée par un coureur régional Goasmat…

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…mais qui surtout verra l’effondrement du maillot jaune Archambaud, à la peine depuis plusieurs jours et qui se retrouvera d’un seul coup 5ème au classement général.

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C’est le Belge Sylvère Maes, un favori au départ, qui se retrouve en jaune au coeur des Alpes.

L’Intransigeant revient sur l’expédition française en Himalaya et essaie de faire comprendre par le dessin où en sont les alpinistes:

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Mais l’arrivée précoce de la mousson commence à inquiéter ceux qui s’intéressent à cet exploit.

A Paris, Le Nouvelliste est scandalisé d’avoir vu défiler des militaires brandissant le poing lors de la manifestation populaire de soutien au gouvernement de Front Populaire, à Nation.

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Toujours tout en nuance, le commentateur fait la comparaison avec la Russie soviétique. Il met aussi en exergue l’attitude des socialistes anglais…

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qui, eux, refusent toute alliance avec les communistes.

A Paris, on apprend que le 14 juillet a été marqué par les bagarres du côté de la place de l’Etoile. Des nationalistes venus poser des fleurs sur la tombe du soldat inconnu de l’Arc-de-Triomphe s’en prirent à des manifestants revenant en taxi du rassemblement populaire de Nation, drapeaux rouges au vent.

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Bilan des courses: 50 blessés dont 20 policiers et 11 arrestations.

En Espagne aussi la situation est tendue après la mort du leader nationaliste Calvo Sotelo.

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En signe de protestation les députés de droite se sont retirés des Cortés à Madrid.

Enfin Le Nouvelliste qui couvre aussi l’actualité locale, nous montre une vue du 14 juillet officiel à Valence…

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où une cérémonie se tenait manifestement au kiosque à musique du Champ de Mars et…

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au 14 juillet festif avec la traditionnelle course de vélo sur les boulevards semble-t-il !

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