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La correspondance du Poilu Grenoblois- Une lettre du 27 septembre 1914.

Nouvelle lettre du Poilu grenoblois Pierre Gautier à ses parents.Longue lettre écrite certainement en plusieurs épisodes. Dans son propos, Pierre raconte à la fois ce qu’il vit sur le front ou près du front et des allusions à ses connaissances familiales et amicales et les nouvelles qu’il reçoit d’elles. Cela donne un récit assez peu cohérent mais intéressant à lire…

Voici donc principalement les extraits qui parlent de la vie militaire.

Depuis notre changement de résidence, nous ne restons pas sans rien faire, actuellement nous établissons tout autour d’un village d’importantes fortifications.…

Le beau temps continue mais il fait moins chaud et dans une quinzaine de jours je supporterai bien un caleçon d’hiver. Le foin commence à se faire rare et les nuits sont fraîches.… Le capitaine doit nous faire distribuer à chacun un chandail en laine et dans ce cas, la camisole serait inutile et encombrante. Notre petite équipe possède déjà 2 couvertures mais ce n’est pas suffisant, toujours par les grands moyens nous en aurons une troisième et tout ira pour le mieux, nous serons chez nous (système débrouille).

Plus loin, il va raconter, à la demande de ses parents dans leur lettre précédente, une combat qui va entraîner la blessure d’un ami grenoblois.

Mais puisque vous y tenez voici quelques détails sur l’accident arrivé à notre ami Roybet. C’était le 3 septembre, nous étions depuis quelques jours au village de Saint-Maurice dans les Vosges. Malheureusement par sa situation géographique, ce petit pays se prêtait admirablement à l’opération du bombardement et pour ce travail les Allemands employaient le 220. Vous voyez d’ici ! Ce qui devait arriver arriva. Un beau matin, les obus après avoir passé longtemps au-dessus de notre grange, finirent par trouver le chemin un peu long et trois d’entre eux tombèrent au milieu de notre carrefour. Résultat dans notre compagnie plusieurs blessées parmi lesquels Roybet avec fracture de la clavicule par un éclat d’obus, l’infirmier et quatre ou cinq sapeurs. Il y avait encore d’autres militaires gravement blessés et un mort. Heureusement le poste de secours était à côté et nos blessés ont été pansés immédiatement. C’est après le premier obus que nous avons eu tous nos blessés. Nous étions après les panser les autres tombèrent devant l’ambulance (je passe sur beaucoup de détails). Toutes les vitres volèrent en éclats et d’un seul coup la maison fut remplie d’une épaisse fumée. En dernier lieu c’est à la cave que nous nous sommes réfugiés. Par Sohaler, nous avons souvent des nouvelles de notre blessé. Il va de mieux en mieux et espère bientôt être rétabli.

On comprend avec la parenthèse (je passe sur beaucoup de détails) que Pierre va taire une scène certainement assez dure avec la chute de cet obus de gros calibre sur une ambulance.

Puis il parle du personnel de santé qu’il côtoie.

Comme major, nous avions un docteur parisien très fort paraît-il, mais excessivement peureux, vous pouvez le croire. C’est dans l’après-midi du 2 septembre qu’il a été blessé en se sauvant sur la route toujours dans le même village. Et pendant ce temps, j’étais tranquillement assis au bord du ruisseau occupé à voir tomber les fameux obus. En observant un peu, on se rend compte du tir de ces grosses pièces qui portent de 10 à 12 km (c’est ce qui nous manque malheureusement). Le tir va toujours en s’allongeant et à peu près dans la même direction ; il va sans dire que comme en grammaire il y a quelques exceptions à la règle. Je crains beaucoup moins ces obus que leur petit 77 dont un éclat a marqué ma gamelle, vous savez déjà. Tout naturellement, je vous explique cela, il est vrai que depuis deux mois finissant par être tout à fait entraîné à ce genre de sport. Après ces petits accidents, trois brancardiers étaient seuls pour représenter le service de santé de la compagnie. Cette situation ne pouvait pas durer bien longtemps. Le jeune Schaller remplace Roybet. Nous avons un infirmier et comme Major un jeune docteur dans sa deuxième année de service. C’est un gentil garçon. Il est surtout moins fier et plus courageux que son prédécesseur qui doit être actuellement bien remis de son égratignure…

Pierre joue un peu à l’ancien combattant avec cette explication de la perception des tirs des gros calibres allemands et de la logique de la chute des obus. Contrairement au major totalement affolé par la canonnade.

C’est alors que le soldat Gautier raconte ce qui a été écrit dans les cartes et les lettres reçues de la part et d’amis. Il raconte ce qu’il a répondu à l’un d’eux.

Vous demandez des souvenirs. Bien franchement si comme nous, vous aviez été témoins des atrocités de ces barbares, vous m’en voudriez pas un seul. J’ai vu des Allemands prisonniers, beaucoup d’autres morts sur les routes et dans les bois, beaucoup d’objets à mais je n’ai jamais rien ramassé, ça me salirait. Dernièrement j’ai été un soir dans un grand château il y avait peut-être 20 blessés et 10 infirmiers allemands prisonniers. (Les lignes ennemies étaient à plus de 1 km). Avec mes amis et le major nous sommes restés peut-être une heure avec. Très facilement, il nous donnait tout ce qu’on voulait. J’avais trois casques mais je me suis simplement contenté de prendre les trois rosaces placées de chaque côté. Les autres sont dans le fossé. Il y avait aussi un casque superbe d’officiers de chasseurs à cheval. Nous avons seulement conservé un de leurs bouteillons, ils sont très pratiques, en l’aluminium et plus petits que les nôtres. Dans notre équipe nous nous s’en servons pour les extras : thé, chocolat, confiture de pommes, etc.… Si vers la fin je trouve un objet peu encombrant, je promets de vous le rapporter. J’ai déjà plusieurs balles et de jolis éclats d’obus.

Des souvenirs de guerre, des trophées pris à des prisonniers allemands mais dans cette campagne, on comprend que le paquetage et le matériel sont assez lourds pour ne pas s’encombrer de choses supplémentaires. Les écussons militaires, eux, sont petits et légers.

Voici donc les passages les plus intéressants extraits de cette longue lettre.

A suivre d’autres lettres de la correspondance de ce poilu grenoblois

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La correspondance du Poilu Grenoblois- Lettre du dimanche 13 septembre 1914.

Suite de la correspondance du Poilu grenoblois Pierre Gautier avec cette lettre du 13 septembre 1914, 15 heures.

Chers parents.

Vous ne me croirez peut-être pas, mais, même en guerre, les soldats ont aussi leurs vacances! En effet, depuis jeudi, nous nous reposons dans un petit village des Vosges à l’abri des obus. Et c’est là que nous attendons depuis jeudi l’ordre de partir dans une nouvelle direction. Heureusement pour nous, cette attente a duré 4 jours pendant lesquels nous nous sommes bien reposés et, croyez-moi, nous en avions besoin. Un mois de marches et de combats sans discontinuer, c’est plutôt long ! enfin l’ordre de partir est arrivé aujourd’hui et nous devons partir vers minuit: après une marche de 6 k., nous nous embarquons dans le train dans un pays inconnu ? Par les journaux, vous apprendrez le déplacement du 13e corps, nous sommes tous très heureux ! D’abord, les enfants aiment beaucoup le changement et puis, d’où nous venons les obus se ressemblent tous et le nombre d’aller jamais en diminuant ! Ce déplacement va de nouveau nous permettre de faire un joli voyage toujours à l’œil. Le voyage sera peut-être un peu long mais nous ferons tout notre possible pour nous caser dans le bon wagon : première classe ou simplement wagons à chevaux. En guerre en se contente de peu, l’important c’est d’être à l’abri.

Par conséquent, c’est depuis jeudi que le 13e corps de commencer son déplacement et tout naturellement depuis ce jour, nous ne recevons aucune lettre, pour bon compte, c’est avec impatience que j’attends le moment de notre nouvelle formation. Plusieurs cartons de lettres me donneront de vos nouvelles.

Ma dernière lettre est datée je crois du 7 septembre, elle est suivie d’une carte écrite rapidement à la date du 9. Les deux sont certainement en votre possession.

En me servant de mon carnet de route, toujours tenu régulièrement, je retrace en gros notre emploi du temps à partir du 7 à midi.

Le 7 septembre – après-midi continuation des tranchées autour du petit village où se trouve l’état-major du corps d’armée et où nous sommes depuis samedi 5. À huit heures soupe. Les propriétaires d’autres cantonnements mettent leur salle à manger à la disposition de notre petite équipe. Quel plaisir de manger sur une table, boire dans des verres, de s’éclairer avec une lampe. Notre repas est des mieux. Becquet arrive encore d’Epinal et tout ça porte du vin ordinaire, du vin bouché et même… du chocolat. Nous trinquons avec ces braves gens. À neuf heures au lit ou plutôt au foin !

Mardi 8 septembre. Réveil pour moi à 3h30. Je préfère ne pas me recoucher, je suis un peu fatigué. J’en profite pour faire un brin de lessive dans le lavoir municipal. Je suis tranquille mais déjà les paysans commencent leurs provisions d’eau. À 6h30, cacao au lait, nous retournons au travail. Comme distraction, nous assistons d’abord aux vols d’aéroplane, vols de perdrix et même courses de lièvres. Les perdrix sont difficiles à prendre mais les lièvres n’y coupent pas. Un coup de crosse sur les reins et le tour est joué. Le cousin …. en serait épaté !

À midi, soupe, viande, salades et confitures de cerises, c’est une vie de bourgeois. Vers trois heures, un des aviateurs tombe de 20 mètres. L’appareil, un joli Blériot est complètement brisé. Les aviateurs n’ont pas de mal. À quatre, nous accompagnions les sapeurs et fantassins toujours pour creuser des tranchées d’un autre côté du pays.

Pendant le travail, le lieutenant Tourot nous accepte Schatter et moi à ramasser des pois pour la soupe. Vers sept heures, nous revenons au village. Repas épatant civet de lièvres en conserve, riz sucrés au lait, etc. Mais nous sommes dérangés par mon ordre qui nous arrive le départ est fixé pour 10 heures. Nous terminons rapidement et remercions Monsieur et Madame C… pour leur gentillesse à notre égard. Nous profitons d’aller nous reposer pendant une heure. À 10 heures départ, la pluie commence à tomber. Après plusieurs arrêts nous arrivons dans le fameux village que nous avons quitté il y a quelques jours. Le départ est fixé pour 1h30 (nuit du huit au neuf), quelques coups de canons commencent à se faire entendre. Nous devons avec trois régiments d’infanterie faire une attaque de nuit du village situé en avant de la crête où nous avons travaillé pendant plusieurs nuits précédentes. Nous arrivons au sommet vers trois heures du matin, la pluie tombe fine et serrée, il fait froid. L’attaque du village commence. Les balles commencent à siffler à nos oreilles. Avec les fantassins, nous avançons par bonds successifs. Pour nous abriter, nous attendons un moment derrière le talus de la route, couchés dans l’herbe mouillée. Vers 4h30, nous nous déplaçons mais malheureusement nous nous trouvons exactement en face d’une batterie allemande. Les obus commencent à siffler, nous profitons des replis du terrain pour nous dissimuler en nous étendant au sol complètement. Dans cette position plutôt critique, nous restons pendant 40 minutes. Les minutes nous paraissent des heures. Sans interruption, les obus passent sur nos têtes que nous essayons d’enfoncer davantage dans la terre. Je suis à côté de l’ami Petit, nous serrons l’un contre l’autre comme de sardines. Pour me protéger la figure et les mains, je place ma musette devant la tête, ma gamelle fixée après constitue un petit rempart sur la droite. Heureusement pour moi, au bout d’un moment, un morceau d’obus tombe exactement sur l’angle de ma gamelle en y faisant une entaille profonde. Petit, en entendant le bruit me demande des explications. Je le rassure aussitôt, le choc avait été transmis à mon avant-bras droit placé derrière. Je regarde si tout fonctionne et reste dans la même position. Il est vrai qu’à ce moment, je n’avais pas encore regardé l’entaille de la gamelle. Enfin, je vois de plus en plus la situation désespérée et je console Petit en lui disant : « ça y est, nous sommes perdus ! » Au bout de 40 minutes, le feu diminue d’intensité. On entend au loin les tirs des fantassins. Notre position en cet endroit de la part de raison d’être. Le capitaine donne l’ordre de s’enfuir un grand secours bas le plus possible. Les obus commencent à tomber, mais nous sommes vite à l’abri après une course folle dans la terre labourée. Nous nous abritons derrière une tranchée occupée par des chasseurs. Il pleut toujours, nous sommes mouillés et couverts de boue. C’est la première fois que nous venons de friser la mort d’aussi près car plusieurs fois déjà, nous l’avons échappée par miracle. On fait l’appel : un oeil blessé et encore il est avec nous. Le soleil se lève. Pour nous reposer, nous retournons à 12 abris creusés le long de la voie du chemin de fer. Les Allemands bombardent toujours, les fantassins continuent leur marche en avant. Ils ont de grosses pertes. Vers 10 heures, le lieutenant Touret placé plus en avant arrive avec sa section. Ils ont passé aussi un bien triste quart d’heure pour franchir la crête de la Mort en laissant quatre blessés.

Aussitôt, nous partons avec notre brancard. Nous sommes éreintés, nous trouvons le premier à trois kilomètres. Les autres arrivent en grande quantité. Nous transportons notre premier essai au poste de secours, mais quelle misère dans ces terres labourées par les obus et le soleil brûlant. Les autres sont enlevés en voiture et nous revenons à la compagnie (je passe rapidement). L’après-midi nous nous reposons et faisons sécher nos effets en préparant la soupe dans un champ en arrière du village. L’ordre arrive d’aller passer la nuit où nous étions si tranquille depuis samedi. Nous sommes contents. Nous arrivons vers 9 heures en pensant dormir toute la nuit. Mais à minuit, nous repartons pour arriver au village où nous sommes actuellement (13 km d’Épinal).

Depuis jeudi somme sommes ici sans rien faire. Dans ce pays j’apprends la mort de plusieurs officiers du 4ème : le capitaine Godefroy, le capitaine Daurier, le lieutenant Lalande, l’adjudant Jourdan, Fenouil (vaguemestre) en ayant même le nom du capitaine Fradin de Bellabre. Nous perdons des hommes et de bons officiers, les succès de nos troupes en sont la consolation.

En effet, les nouvelles sont bonnes. Nous partons avec courage et plein de confiance pour, dans un dernier élan, écraser l’envahisseur. Pour moi, les Allemands sont perdus. Encore un petit effort le résultat ne se fera pas attendre.

Ce matin, messe militaire. Le prêtre était un maréchal des logis du 53ème d’artillerie. La messe s’ouvre par le sous-lieutenant du 53ème, spectacle inoubliable, cette petite église de campagne était remplie de militaires de tous grades.

Tout va pour le mieux. La santé est excellente et la barbe commence à pousser. Nos amis vont bien, exception faite pour notre ami Roibet blessé il y a quelques jours, je vous raconterai comment.

Je termine rapidement la lettre, je suis pressé.

Je remercie Zizi de cette carte. Je suis maintenant dans l’escouade du caporal May. Tout fonctionne, nous sommes copains.

Mes baisers à toute la famille et en particulier à ma petite Andrée.

Votre fils qui espère bientôt vous revoir.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’auteur n’est pas passé loin de la catastrophe avec cet éclat d’obus stoppé par sa gamelle !

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La correspondance du Poilu Grenoblois- Lettre du 07 septembre 1914.

Voici de larges extraits de la lettre du poilu grenoblois Pierre Gautier adressée à ses chers parents. Quelques passages très intéressants…

Enfin depuis deux jours, nous voilà revenus à peu près à la vie ordinaire; à notre grande satisfaction, nous avons quitté samedi à 11 heures le village où nous étions depuis plusieurs jours et où malheureusement nous avons eu plusieurs blessés.

Suit une description des bombardements subis…

Sans regrets, nous avons abandonné nos abris assez confortables installés le long de la voie du chemin de fer; le sifflement des obus et surtout leurs éclats finissent par devenir insupportables et dangereux. C’est bien malheureux de recevoir sans pouvoir se défendre. Tel est notre cas avec le fusil et la pioche comme instruments de défense.

Dans le nouveau village où il se trouve, Pierre est étonné de voir de la vie. De plus, c’est le siège de l’Etat-Major qu’il se plaît à observer et décrire.

…tous les services y sont installés: Trésor et Postes, centre d’aviation, ballon captif, autos d’état-major, ambulances etc… A l’entrée du village on trouve le cimetière. Deux tombes fraichement creusées contiennent l’une le corps du colonel Tourret du 95ème d’Infanterie tué le 24 août, l’autre celui du lieutenant Robert du 121ème d’Infanterie tué le 27 août et dans une fosse communales dépouilles de plusieurs fantassins et artilleurs. Comme nous arrivions dans ce village, 4 chasseurs à cheval, éclaireurs du 95ème venaient déposer sur la tombe de leur colonel une superbe couronne en fleurs naturelles offerte par les officiers du régiment.

Suit ensuite une réflection sur les dangers d’être fantassin pendant la guerre… ce que personne ne doute, même loin du front. Il pense à son ami Joseph Coutet qui se trouve dans une de ces unités à pied. Puis il revient à son sujet et raconte quelques habitudes qu’il a pris depuis le début de la campagne.

En guerre, une bonne couche de foin vaut dix fois mieux qu’un bon lit en temps de paix. Pour se déshabiller, on quitte ses chaussures quand on ne prévoit pas d’alerte. Pour moi, voici comment j’opère. Je pose d’abord mes chaussures et mes jambières, j’attache le tout ensemble pour éviter de les égarer dans le foin, je dispose près de moi mon képi attaché à ma musette et me voilà prêt à dormir. Si nous couchons dans le foin, je quitte ma capote dont je m’enveloppe comme dans une couverture. On a beaucoup plus chaud. Je n’oublie jamais ma ceinture de flanelle et mon linge à toilette dont je m’entoure la tête. Le matin, il faut être prêt en deux minutes. La toilette se fait en route mais croyez moi, je ne suis pas le dernier

Suit un peu plus loin la description de son armement…

Comme équipement, j’ai d’abord mes 3 cartouchières un peu lourdes avec leurs 100 cartouches, mon fusil complètement rouillé mais toujours prêt à fonctionner, ma musette et gamelle que je garde en permanence et ma petite veste qui fait le pendant. 2 bidons complètent la collection. Il faut se méfier des vols fréquents mais jusqu’à présent, j’ai conservé absolument tous mes objets.

Puis il cite des cas de vols chez des amis, vols qui vont jusqu’à celui d’un cheval dans une écurie, sans oublier les porte-monnaie ! Il s’étonne ensuite de revenir à une vie presque normale, plus de son du canon et comme c’est dimanche la messe dite par l’aumônier militaire et suivie par de nombreux hommes. Son ami Becquet arrive d’Epinal et ramène des provisions appétissantes. La nuit venue, voici un peu d’animation:

A la nuit, les convois font une certaine animation dans le pays. Nous voyons arriver un autobus parisien avec ses phares et lampes intérieures éclairées, on se croierait à Paris. Plusieurs fois déjà, nous avons rencontré de grands convois automobiles. D’abord les autobus pour le transport de la viande et d’autres voitures pour les blessés. Quelques unes de leurs inscriptions nous rappellent notre beau Dauphiné (Grenoble, Villard-de-Lans, la Chartreuse etc etc…)

Est-ce l’épisode des « taxis de la Marne » dont Pierre fait ici allusion ?

La lettre se termine par ce commentaire personnel: … pour moi, je suis étonné de me voir si courageux, j’en profite pour faire mon devoir et quelquefois même plus, en aidant les blessés et les malades, c’est une satisfaction personnelle. 

Ainsi se termine cette lettre plus sereine que les précédentes…

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La correspondance du Poilu Grenoblois- Lettre du 05 septembre 1914.

Nouvelle lettre du Poilu grenoblois Pierre Gautier en date du samedi 5 septembre 1914. Nous sommes en pleine bataille de la Marne. Le soldat écrit sur une petite lettre à l’encre violette, lettre dont le tour est gommé pour pouvoir être collée, lettre plus courte qu’à l’accoutumée.

Mes chers parents.

J’étais encore endormi quand Setallier m’a donné une carte de Gap du 29 août et une carte de Marguerite. Depuis samedi, nous sommes dans le même village en nous déplaçant chaque jour très peu et dans tous les sens. Mais c’est la nuit surtout que nous faisons le plus gros travail. Les obus ont réussi à nous déloger du pays, nous avons emballé notre cantonnement sur la voie du chemin de fer derrière un talus protecteur. C’est dans des abris construits par nous que nous couchons maintenant et depuis deux jours, notre compagnie a eu plusieurs blessés. Les Grenoblois vont bien. Le beau temps continue à nous encourager, la santé est bonne et la nourriture abondante. DSCN0254Comme en guerre nous avons des privations mais c’est tout de même malheureux de voir des paysans et en particulier le maire de la commune demander 2 francs pour un litre de vin et 10 francs pour un litre d’eau de vie. C’est paraît-il une grande faveur qu’ils nous font et les caves sont pleines ! Nous ne pouvons leur souhaiter qu’une seule chose: l’envahissement de ce village par les Allemands. Impossible de trouver lait, oeufs, vin, etc… Nous préférons nous priver plutôt que de nous laisser exploiter, à notre retour, nous aurons le temps de nous rattraper.

Setallier et Petut écrivent à leurs parents, ils vont bien.

Les aviateurs allemands nous ennuient journellement par leurs reconnaissances trop fréquentes. Enfin, voilà bientôt un mois que nous sommes continuellement en lutte, les hommes commencent à être fatigués et très énervés par le bruit de ces canons qui tonnent jour et nuit !

Avez-vous vu mes deux dernières lettres ?  Vous n’avez reçu jusqu’à présent que peu de nouvelles. Les premiers jours, j’étais tellement fatigué que souvent, je négligeais d’écrire. Avec ça, la correspondance marche lentement, le retard est long à rattraper. Je vous promets de vous écrire plus souvent, mais tranquillisez-vous sur mon sort, je m’ennuie que peu. Mais les pères de famille sont plus à plaindre et ils sont nombreux dans notre compagnie ! Je me console en recevant de vos nouvelles et en pensant aux bons moments que je passerais avec vous à mon retour. 

DSCN0253La fatigue de la petite Andrée m’ennuie beaucoup, souhaitons son prompt rétablissement pour le bonheur de tous !

Depuis 2 jours nous sommes sans nouvelles sur la marche de nos armées. Nous sommes inquiets et je vous souhaite d’être plus favorisés. 

Avec ces déplacements fréquents, les services sont moins réguliers. Depuis 2 jours, les lettres n’ont pas été ramassées.

Recevez chers parents et chère famille les baisers de votre fils qui ne vous oublie pas.

Pierre  Gautier fils 

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La correspondance du Poilu Grenoblois- Une lettre du 29 août 1914.

Après avoir présenté 3 lettres écrites 100 ans auparavant, jour pour jour, nous allons passer à des lettres dignes d’intérêt du Poilu grenoblois Pierre Gautier, dans un ordre chronologique, à partir d’août 14.

La première date du 10 août 1914 dans laquelle le soldat raconte son voyage depuis Grenoble jusqu’au front sans dire où il arrive puisque c’est rigoureusement interdit par la hiérarchie militaire.  On apprend ou plutôt, on devine que le voyage a été agréable, par un temps merveilleux et l’auteur compare ce déplacement plus à une promenade qu’à une marche vers la guerre. Il insiste sur l’enthousiasme de la population grenobloise au début, du formidable accueil des gens tout au long de l’avancée du train vers l’est de la France. Mais cette lettre, très dense, écrite sur un petit bout de papier  avec une encre violette passée, est difficile à décrypter.
C’est donc la missive suivante, adressée à ses Chers parents que nous allons vous proposer. Elle date du samedi 29 août 1914 à 8h20 du matin. Du moins pour le début de l’écriture car les éclatements des obus vont interrompre l’écriture plusieurs fois (Pierre Gautier le précise). Si bien que l’on sent ces hachures à travers un écrit moins cohérent. Ce sont donc ses premiers combats que le Poilu grenoblois va narrer à ses parents.

Il a pris un papier à l’entête de la Musique de son unité du Génie dans laquelle il jouait.

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Il a ajouté en oblique ces quelques mots:

J’ai reçu plusieurs cartes d’Allevard. Mes amis vous envoient tous leurs remerciements et leurs amitiés. Nous proposons une bombe pour le retour ?

Mais voici le texte principal de cet écrit.

Je profite d’un instant de repos d’abord pour vous remercier de vos cartes et lettres qui m’ont fait grand plaisir. Loin de ses parents, on ne peut rester un seul instant sans y songer, surtout dans des moments parfois critiques. Je suis bien étonné de vous savoir sans nouvelles. J’ai déjà envoyé une longue lettre datée du 10 août et quelques cartes postales. Ces correspondances devaient contenir quelques renseignements concernant la guerre. Elles ont été arrêtées.

En guerre, on ne devrait pas causer de soi. Mais parler d’autre chose est impossible pour le moment. Jusqu’à présent, je tiens mon carnet de route bien à jour et si j’ai le bonheur de vous le faire lire, vous verrez qu’il ne manque pas d’intérêt. 

Je suis très heureux de me trouver avec de bons amis, d’abord mes 3 collègues brancardiers et le bicycliste de la Compagnie, un jeune homme charmant que je ne connaissais pas du tout. A nous 5, nous formons une équipe de bons copains. Nous sommes toujours ensemble. Il y a aussi les sergents Bugy et Tennequin que nous voyons journalièrement. Les officiers sont charmants pour nous. Nous sommes nos maîtres car le plus souvent le major n’est pas avec nous. Il est vrai que notre emploi de brancardiers n’est que pour la forme. Hier par exemple, nous avons passé la journée dans une tranchée de 4 heures du matin à 7 heures du soir et sans pouvoir sortir. C’était une pluie d’obus qui nous arrosait à raison de 4 par minute. Calculez le nombre de coups ! Par une chance incompréhensible, il n’y a pas eu un seul blessé dans la Compagnie ! Mais nous étions absolument recouverts de terre. Les premiers coups font sensation mais à partir du 10ème, on est habitués. (J’interromps ma lettre car nous partons dans une autre direction. A tout à l’heure la suite ou peut-être à demain).

Le 29 à 2 heures 30. Enfin nous arrivons de faire une petite marche de 10km et c’est assis au pied d’un mur en écrivant sur mes genoux que je continue ma lettre. Depuis ce matin, les obus de 75 nous passent sur la tête et ceux des Allemands tombent devant nous. C’est tous les jours la même répétition. Tout n’est qu’habitude. En attendant, nous faisons notre repas de midi avec du pain, un beef d’hier et le tout arrosé d’un quart de vin. C’est épatant, on peut même dire que c’est du luxe. Souvent, on reste sans dîner. Les denrées ne manquent pas. Au contraire, elles sont abondantes mais souvent le temps manque pour la cuisson et la dégustation (souvent rapide sous les obus).

Enfin, depuis mon départ, je ne me reconnais plus. Je suis très courageux. La santé est excellente. On couche comme on peut, quelquefois au grand air  (c’est hygiénique). On se lave comment ! Après une campagne comme celle-ci, on est homme, prêt à se lancer dans la vie. J’ai déjà parcouru toute une région remplie de richesses, tout m’intéresse, même la direction des obus qu’on tâche d’éviter. Nous avons déjà soigné beaucoup de blessés d’autres régiments. Mais la plupart n’ont pas vu les Allemands, c’est l’artillerie qui fait mal. La campagne de 1914, c’est la guerre moderne, la guerre terrible ! Nous voyons beaucoup d’aéroplanes mais ils sont difficiles à démolir au canon. Les Allemands ont encore leurs Zeppelins, les ballons captifs, etc… etc… Leurs pilotes ont un courage extraordinaire, mais je suis sûr que les nôtres sont supérieurs.

Les Allemands sont terribles. Cette nuit, par exemple, ils ont commencé à 2 heures du matin le bombardement de la ville où nous couchions. Notre Compagnie a eu 2 chevaux tués, 2 gradés et 3 hommes blessés. Les fantassins ont perdu 1 capitaine et plusieurs hommes assis contre un mur. Il est vrai que nos sapeurs avaient désobéi au Sergent Tennequin.

 Voilà, je crois les seuls renseignements que je pense vous donner. Je ne manque de rien au contraire. L’argent est inutile, tous les villages sont inhabités, ou alors, s’il y a quelques habitants, ils n’ont rien. Quelquefois, on a le bonheur de trouver un peu de lait et quelques oeufs, c’est notre régal, nous tenons encore à notre petite santé. Ma couverture de flanelle est indispensable pour la nuit. Je remercie maman d’y avoir songé. Je ne désire qu’une chose, c’est que la guerre se termine bientôt, l’hiver serait dur pour les uns et les autres. Mais pour l’instant, je le répète, tout va pour le mieux et  c’est pour moi une grande satisfaction de prendre part à cette guerre tant désirée dont je me souviendrai toute ma vie.

Priez pour tous les soldats qui déjà reposent sous cette terre, ils ont fait leur devoir.

Ecrivez-moi vous me ferez plaisir.

Au revoir, Chers Parents, recevez les amitiés de votre fils qui vous embrasse, ainsi que toute la famille et les amis.

Pierre Gautier ce 29 août 1914

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Il y a 100 ans jour pour jour: une autre lettre d’un POILU GRENOBLOIS à ses PARENTS.

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Chers parents.

Je suis absolument navré. Entre hier et aujourd’hui je n’ai pas trouvé le temps de faire trois lettres que je devais expédier demain matin: vous savez lesquelles !

Je sais bien que vous vous rendez parfaitement compte de notre situation  mais tout de même, j’aurais été content de pouvoir faire ce que je m’étais proposé. Demain vous aurez la lettre promise, celle-ci ne compte pas, c’est simplement pour ne pas vous laisser dans l’inquiétude !

Si mon camarade Challon est arrivé à Grenoble comme il le pensait, en ce moment, vous devez avoir mon petit envoi.

Rassurez-vous tout à fait. J’ai le plaisir de vous annoncer que depuis mon entrevue avec le Capitaine Rivoire, tout va pour le mieux. Je suis très content et ne désire qu’une chose: rester ici le plus longtemps possible.

Chaque jour, j’ai un ou deux malades à conduire à la visite. Aussi, depuis que je m’en occupe, je n’ai plus eu de temps disponible. Ce n’est pas un travail, une aimable corvée qui dure généralement toute la matinée ! Nous devons être présents dès le commencement  et naturellement, nous passons en dernier lieu. Tous mes après-midi sont consacrés à mes dessins auxquels je m’intéresse plus qu’avant. Vous comprenez pourquoi. J’ai demandé au Capitaine Rivoire toutes les explications complémentaires. Mon chef a compris qu’il valait mieux me laisser travailler à ma façon. Je n’aime pas recommencer plusieurs fois. Je suis toujours très content de recevoir de vos nouvelles, mais au cos où Maman manquerait d’écrire comme l’autre jour. Je ne voudrais pas qu’elle se tourmente pour cela. Nous avons tous des soucis trop grands pour attacher de l’importance à si peu de chose. En attendant ma prochaine lettre, je vous demande de vouloir bien accepter ces quelques mots et tous les baisers qui les accompagne. 

Mes amitiés à tous,

votre fils

Pierre

PS J’ai reçu le 28 −1 lettre de Maman le 21

                                    −1 lettre de Tante Marie le 26

                                     -1 lettre Zizi le 24

                        le 29- 1 lettre de René Desrayaud

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Il y a 100 ans jour pour jour: une autre lettre d’un POILU GRENOBLOIS à ses PARENTS.

Une autre lettre du Poilu grenoblois Pierre Gautier, datée du 20 décembre 1915, il y a 100 ans jour pour jour.

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Depuis deux jours, je voulais faire cette lettre et seulement ce soir, je dispose d’un moment avant d’aller me coucher. A peu près à la même heure avant hier soir, je m’étais installé  au réfectoire pour écrire, quand subitement toutes les batteries environnantes se mirent à cracher pendant dix minutes sans interruption. Les éclairs illuminaient le ciel et tout remuait dans le village. Bien entendu, au lieu de m’occuper de ma correspondance, j’ai voulu me rendre compte de ce qui se passait et d’un petit monticule sur lequel j’étais monté avec quelques camarades, je n’ai rien vu du tout ! Le brouillard était opaque. Je ne parle pas des éclairs qui se voient toujours de très loin mais des éclatements qui se produisirent sur les tranchées ennemies jusqu’à onze heures. Trois fois, nos artilleurs ont recommencé ce concert bruyant et certainement peu agréable pour les Boches. Deux jours avant, un des leurs, un sous-officier s’était rendu  et avait donné des indications précises sur les mouvements des troupes qui devaient se produire le jour de la relève. C’était sur des colonnes que nos artilleurs tapaient si courageusement. Les habitants des tranchées s’en mêlaient aussi car, en entendant la fusillade et la mitrailleuse de temps en temps. Enfin c’était parfait.

 Tant mieux pour nous si nous avons pu démolir des Boches. Nous sommes en guerre mais je pense encore à la lâcheté de cet homme qui a fait tuer ses camarades. C’était paraît-il un embusqué débusqué. Il n’avait que trois jours de tranchées.

Avec tout cela, je n’avais pu faire. Aussi, je m’étais promis de bien employer la soirée d’hier pour rattraper le temps perdu. On dit bien que le temps perdu ne se rattrape pas mais en guerre, on rattrape tout sauf les obus qu’on laisse passer. C’est plus prudent ! Toujours dans le même local, car je n’ai pas le choix. Je m’étais mis pour faire ma lettre hier soir et, de huit heures à onze heures, trois amis sont restés à ma table. Déjà bien énervé par mon travail de la journée, je ne pouvais absolument pas écrire en écoutant discuter à côté de moi. J’étais furieux. Ne sachant plus où aller, je suis resté avec eux, tout naturellement, je me suis mêlé à leur conversation tout en pensant qu’ils feraient bien de me laisser tranquille. Je suis comme toi, je n’aime pas vivre seul mais quand j’ai quelque chose à faire, je voudrais pouvoir le faire: tu me comprends.

Enfin, aujourd’hui, je suis à peu près certain de ne pas être ennuyé. Tous les sapeurs sont allés se coucher et je reste seul  toujours dans le fameux réfectoire ajouré. Nous avons du brouillard maintenant. Il fait beaucoup moins froid que ces derniers jours mais il ne fait pas chaud pour cela. Je sens l’air qui passe sous la toile et tout à l’heure, je serai complètement gelé; c’est une habitude.

Les Boches, les obus et le froid, tout cela n’est rien à côté de ce qui m’inquiète depuis plusieurs jours. Le travail ne me fait pas peur mais je suis navré d’être tombé avec un chef absolument incapable, presque un imbécile. Je me trouve placé dans une situation très délicate entre un Commandant qui me connaît et ce pauvre garçon qui ne comprend absolument rien. Il ne m’ennuie pas mais m’énerve tellement que j’arrive à ne pas pouvoir le supporter. Ce soir encore, il a fait une grosse bêtise. Aussi dès demain matin, je vais lui expliquer ce qu’il en est. Pauvre France ! Enfin, je n’en dis pas plus long. Dans une lettre officielle, j’expliquerai tout cela à Papa. Je regrette le temps où j’étais avec le Capitaine C. ou l’adjudant Chapelain. On faisait du travail utile intéressant.
En fait de repos, j’ai travaillé toute la journée d’hier et pour rien du tout.

J’insiste pour que tu me comprennes bien, Chère Maman, d’un côté, je dis tout va bien et d’un autre, tout va mal. Je m’énerve de voir travailler de la sorte surtout en temps de guerre. Je prétends que ce n’est pas le moment de faire des choses à la légère. Autrement, je me plairais ce soir ici. Je suis bien installé, en bonne santé et suis avec de bons camarades.

 Tout à l’heure, j’étais tellement surexcité que si je n ‘avais pas eu ce retard, je serais presque allé me coucher aussitôt. Je me suis raisonné et surtout, je tenais absolument à ce que ma lettre arrive avant la Fête de Noël qui ne sera pas encore très agréable pour nous cette année. Mon ami Glachet est venu à quatre heures rejoindre notre vieille équipe installée avec le quartier général de la Compagnie dans le village où j’étais pendant le mois qui a précédé ma permission. Il y aura certainement une belle messe de minuit dans l’église du village. Eugène Schaller prêtera son concours je crois. Enfin, je m’ennuierai toujours moins qu’ici. Je serai avec de vieux amis. 

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Tout de même, j’en arrive au sujet principal de cette lettre puisque tu veux bien t’occuper de mes photos, Chère Maman. Je vais d’abord te remercier du petit envoi et ensuite te demander quelques renseignements qui m’intéressent. C’est pourquoi je m’adresse directement à toi.

1er J’envoie toutes les photos pour que Tante Marie et M. Tillon puissent les regarder car je suppose que tu n’en as fait tirer qu’une collection.
2ème Avec toutes celles que j’avais ici, je les ai placées dans un petit carnet-album que je suis content de regarder. Je serais très heureux que tu me les renvoies toutes pour les mettre à leur place. Pour éviter d’en faire un envoi spécial, tu pourrais en mettre 3 ou 4 dans chacune des lettres. Tu mettras de côté dans la serviette celles qui ne font pas partir de la petite collection. Je les ai en double.

3ème Puisque Mme Oddoux a été si aimable, je saurai m’en rappeler. Dorénavant  tu voudras bien porter mes bobines au fils Martinotto, je lui en avais parlé, il le fera volontiers.
D’abord, je ne sais pas si ces taches ne sont que sur les épreuves mais j’ai trouvé que les marques de doigts ne manquaient pas  sur les photos de Papa en particulier et sur d’autres encore ! Si ces pellicules sont marquées ainsi, je ne suis pas content du tout.

4ème Mme Oddoux a numéroté les épreuves en pensant peut-être que nous en commanderions des douzaines. Je crois qu’il n’en a jamais été question.

Dis-moi ce qu’elle t’a pris pour ce travail et, si tu as l’intention d’en faire tirer d’autres. Je suis trop content de regarder ces photos. C’est pourquoi je te demande de me les envoyer.

5ème C’est peut-être un oubli, mais tu ne m’as pas dit comment tu les avais trouvées. Etant donné le temps qu’il faisait, je ne suis pas mécontent du résultat. Celles tirées par Lisi sont bien tirées, tu lui feras des compliments. Celles d’Allevard sont superbes. Il en manque une que j’avais tirée avec M. Tillon. Est-elle mauvaise ou s’est-elle égarée ?

En parlant des ces photos je pense encore à Allevard mais malheureusement la vie est moins calme ici. A l’instant nos artilleurs viennent de sonner l’extinction des feux aux boches. Hier, j’ai entendu la canonnade toute la journée. Je dessinais et chaque coup tiré par une grosse pièce placée assez près me faisait dévier la main. A la fin, on n’y fait plus attention du tout. Jour et nuit, c’est toujours la même musique.

Béquet doit m’apporte une ou deux bobines. Le premier jour de soleil, je pourrai faire des choses intéressantes.

Pour compléter ma lettre concernant les petits colis, il me reste à te demander de joindre à chaque colis deux ou trois bougies au lieu d’une et quelques petits pains. Ce que nous appelons le pain K.K!

Tu voudras bien faire de toutes mes amitiés à Monsieur Tillon et communiquer à tante Marie mes lettres écrites depuis mon retour de permission. Je voudrais pouvoir faire mieux mais j’espère que tout le monde comprend bien notre situation.
Je n’ai pas encore trouvé un moment pour aller voir Monsieur Bret.
J’espère que la chance continuera à me favoriser pour me permettre d’être avec vous pour Noël 1916 !

Mes amitiés à toute la famille.

Reçois Chère Maman les remerciements et meilleurs baisers de ton fils.

Pierre

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