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La prestigieuse correspondance du citoyen Alexandre Dumont- 7/15 lettre du 20 janvier 1858

Combien de temps Alexandre Dumon est-il resté Vice-Consul de France à Trinidad de Cuba ? L’histoire ne le dit pas. Toujours est-il qu’on le retrouve dix ans plus tard, à Paris, en janvier 1858. La République a fait long feu et après s’être fait élire Président, Louis-Napoléon Bonaparte a fini par rétablir l’Empire en devenant Empereur sous le nom de Napoléon III… Napoléon-le-Petit comme écrira Victor Hugo.

Pour quelle raison Alexandre Dumon fait-il cette démarche qu’on comprend à la lecture de la réponse apportée par directeur des Consulats et des Affaires Commerciales du Ministère des Affaires Etrangères ?

En effet, il a demandé par courrier que le Ministère confirme le fait qu’il s’était démis  volontairement de l’emploi d’Agent Vice-Consul de France à Trinidad de Cuba auquel il avait été appelé par une décision ministérielle en date du 28 avril 1848. 

Ce que le responsable dudit Ministère confirme tout à fait par ces mots:

Il résulte de la vérification que j’ai fait faire à ce sujet, dans les bureaux de mon département, que c’est en effet par un acte de votre volonté que vous avez cessé d’exercer les fonctions qui vous avaient été confiées à l’époque mentionnée ci-dessous.

Alexandre Dumon voulait-il prendre du recul avec le mouvement républicain où il avait activement milité et qui l’avait nommé à Cuba, pour se rapprocher du pouvoir en place, de l’Empire, comme on va le comprendre dans des lettres à venir ?

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La prestigieuse correspondance du citoyen Alexandre Dumont- 6/15 lettres de CUBA

Le 26 août 1848, Alexandre Dumont est à Cuba, à Trinidad, une ville de l’ouest de l’île. Il est agent consulaire, vice-consul de la République Française. Ce ne sont pas les ors du pouvoir à Paris comme il l’avait peut-être imaginé pendant la Révolution de Février mais c’est tout de même un poste de représentation.

Il va garder de cette époque quelques retours de courrier de correspondances avec le gouvernement central ou avec le pouvoir local, le maire de la ville en quelque sorte.

A ce dernier, il demande à ce qu’un passeport soit délivré à une personne proche du vice-consul et Juan Herrera Davila, le Maire de Trinidad lui répond que la remise de ce papier ne fait pas partie de ses compétences. Les textes sont bien entendu en castillan, écrits d’une belle écriture régulière. L’une de ces lettres est accompagnée de l’enveloppe qui l’a contenue avec un tampon du Gouvernement local.

 

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La prestigieuse correspondance du citoyen Alexandre Dumont- 4/15 lettres des 05 mai et 26 juillet 1848

Malgré son rôle dans les Journées de Février 1848 et les lettres de recommandations de Ledru-Rollin et Lamartine, Alexandre Dumon n’a pu obtenir le rôle de commissaire de la Seconde République dans son bon département du Tarn-et-Garonne. Ou n’a-t-il pas été très emballé par cette fonction obscure et difficile !

Toujours est-il que peu avant la fin de son ministère, le 28 avril 1848, Alphonse de Lamartine va nommer très officiellement son ami, vice-consul de la République Française à Trinidad de Cuba. Il prendra la suite de M. Delcourt, révoqué, qui devait être un peu trop anti-républicain. Cette nouvelle qualité lui rapportera tout de même une allocation de 3 000 francs par an. Une jolie somme !

C’est le contenu essentiel de la lettre envoyée depuis la direction commerciale du Ministère des Affaires Etrangères par le secrétaire général Jules Bastide, le 05 mai 1848.

Bien entendu le rédacteur y va d’un couplet républicain… Vous justifierez pleinement, j’en suis certain, Monsieur, le témoignage de confiance par l’utilité de vos services, par votre entier dévouement à la France Républicaine.

Et le départ est immédiat… Je vous invite à faire immédiatement vos préparatifs de départ.

Pas tant que cela tout de même puisque le 26 juillet, Alexandre Dumon reçoit par une nouvelle missive, la confirmation de sa nomination à Cuba.

Il faut dire que Lamartine quitte le ministère des Affaires Etrangères le 11 mai, que des troubles commencent le 15 mai et qu’une Révolution ouvrière sera balayée par l’armée et le général Cavaignac en juin 1848, après la fermeture des Ateliers Nationaux. On eut un temps d’autres chats à fouetter que nommer un vice-consul à Trinidad de Cuba !

La première lettre est donc signée par Jules Bastide,

un secrétaire général du Ministère des Affaires Etrangères qui deviendra… ministre au départ de Lamartine, le 11 mai et cela jusqu’à l’élection de Louis-Napoléon Bonaparte comme président de la République en décembre 1848. Fervent républicain, Jules Bastide quittera peu ou prou la politique après la fin de la Seconde République pour se consacrer à l’écriture de livres historiques.

La seconde lettre est signée du Directeur du Ministère, un certain Ph. de Lesseps… Un parent de ce cher Ferdinand ?

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La prestigieuse correspondance du citoyen Alexandre Dumont- 3/15 lettre du Ministre des Affaires Etrangères.

Pas de date précise pour cette missive envoyée par le Cabinet du Ministre des Affaires Etrangères. Ce qui est sûr, c’est qu’elle a été expédiée à Alexandre Dumon entre le 24 février et le 11 mai 1848, dates entre lesquelles le signataire de cette lettre exerça la fonction de Ministre des Affaires Etrangères.

C’est à peu près la même lettre que celle envoyée par Ledru-Rollin, une lettre de recommandation. Il faut trouver une place au bon révolutionnaire Alexandre Dumon.

Mon cher collègue.

Je vous présente un de nos meilleurs combattants , Dumont (la rédacteur a failli oublier de mentionner son nom), des Journées de Février. Il en aura les qualités, je suis son témoin. Il désire être attaché au Tarn-et-Garonne au commissaire de son département. 

La signature est prestigieuse: Lamartine.

Oui, il s’agit bien d’Alphonse de Lamartine, le grand poète, dramaturge, romancier et homme de théâtre mais aussi homme politique qui soutint la Monarchie de Juillet avant de devenir fervent républicain et l’un des principaux protagonistes de la Révolution de 1848 qui institua la Seconde République.

Son écriture est quelque peu délicate à lire mais la signature est indiscutable. Il fallait caser Alexandre Dumon dans la commission représentant l’Etat dans son département.

Exemple de signature de Lamartine selon Wikipédia. 

On ne peut pas dire que cette lettre fut couronnée de succès et Lamartine s’y prit par la suite autrement pour offrir une récompense officielle à son ami. On le verra…

 

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La prestigieuse correspondance du citoyen Alexandre Dumont- 2/15 lettre du 11 mars 1848

11 mars 1848. La Révolution de février 1848 a un peu plus de deux semaines d’existence . Alexandre Dumon cherche à être utile au nouveau Gouvernement Provisoire de la Seconde République et on pourrait avoir besoin de ses services dans son département d’origine, le Tarn-et-Garonne. Aussi le Ministre de l’Intérieur prend sa plus belle plume et écrit cette lettre de recommandation à destination du super-Préfet de la région Sud-Ouest nommé par le Gouvernement Provisoire.

Le Ministre de l’Intérieur recommande vivement à l’intérêt du citoyen-commissaire pour les départements de la Haute-Garonne, du Lot-et-Garonne, du Gers, du Tarn et du Tarn-et-Garonne le citoyen Alexandre Dumon qui s’est fort bravement conduit pendant notre Révolution de Février. C’est un homme de courage que le citoyen-commissaire pourra très utilement employer soit près de lui, soit près du département du Tarn-et-Garonne dont il est originaire. 

C’est Monsieur le Ministre de l’Intérieur en personne qui paraphe cette lettre… Ledru-Rollin, Alexandre Ledru-Rollin. Un tampon du Gouvernement Provisoire accompagne ce paraphe.


Ledru-Rollin, né en 1807 à Paris est un avocat devenu homme politique. Il représente l’aile gauche de la Révolution de février 1848 et sera évincé quand la bourgeoisie reprendra le pouvoir en 1849. Il est à l’origine de la campagne des Banquets qui précéda la Révolution de 1848. Il s’exilera en Angleterre en juin 1849 pour échapper aux foudres de la réaction bourgeoise et ne reviendra qu’en 1871, après la proclamation de la Troisième République. Il retrouvera un poste électif mais ne sera guère influant. Il décède peu après en 1874 à Fontenay-aux-Roses.

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La prestigieuse correspondance du citoyen Alexandre Dumont- 1/15 lettre du 24 février 1848

Quelques vieux papiers attendant le chaland, au sol, sur un vide-grenier glauque, un samedi non loin d’Avignon… des entêtes accrocheuses et, un petit marchandage plus tard, à la lecture des documents, un petit trésor historique que l’on va pouvoir conter.
Cette correspondance appartient à un certain Alexandre Dumon ou Dumont, originaire du Sud-Ouest, du département du Tarn-et-Garonne, ayant des liens avec la commune de Montaigu-du-Quercy, semble-t-il. Il s’agit de lettres qu’il a reçu de correspondants parfois prestigieux et qui bornent son parcours personnel.

Ainsi donc,  Alexandre reçoit le 24 février 1848 un genre de sauf-conduit signé par Ferdinand Flocon.

Le 24 février 1848, c’est tout simplement le jour de l’abdication de Louis-Philippe 1er, la chute de la Monarchie. Après ce 24 février, la France ne connaîtra plus jamais un Roi à sa tête. Par corrélation, ce 24 février 1848, un Gouvernement Provisoire va s’installer et sa première décision sera de proclamer la République, la Seconde République.

Ferdinand Flocon est l’un des membres de ce Gouvernement Provisoire, pas le plus connu certes, aux côtés d’Alphonse de Lamartine, Alexandre Ledru-Rollin, du savant François Arago ou de Louis Blanc.

Ce sauf-conduit semble demander qu’un cheval soit fourni au citoyen Dumont, sous-secrétaire des Délibérations du Gouvernement Provisoire.

Aux côtés de la signature de Ferdinand Flocon, deux sceaux de la Mairie de Paris et du Gouvernement Provisoire aux noms de la République Française.  Le nouveau Gouvernement Provisoire siège à la Mairie de Paris.

Né en 1800, Ferdinand Flocon était un journaliste et un homme politique. Il participa à la Révolution de Juillet 1830 mais devint vite un opposant à Louis-Philippe en écrivant dans la Tribune puis en étant le rédacteur en chef de la Réforme. Proche des idées de Marx, après sa participation au Gouvernement Provisoire, dans la minorité toutefois, il s’exila après l’avènement de Napoléon III et décéda sans avoir revu la France, à Lausanne, en 1866.

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La correspondance du Poilu Grenoblois- Une lettre du 27 septembre 1914.

Nouvelle lettre du Poilu grenoblois Pierre Gautier à ses parents.Longue lettre écrite certainement en plusieurs épisodes. Dans son propos, Pierre raconte à la fois ce qu’il vit sur le front ou près du front et des allusions à ses connaissances familiales et amicales et les nouvelles qu’il reçoit d’elles. Cela donne un récit assez peu cohérent mais intéressant à lire…

Voici donc principalement les extraits qui parlent de la vie militaire.

Depuis notre changement de résidence, nous ne restons pas sans rien faire, actuellement nous établissons tout autour d’un village d’importantes fortifications.…

Le beau temps continue mais il fait moins chaud et dans une quinzaine de jours je supporterai bien un caleçon d’hiver. Le foin commence à se faire rare et les nuits sont fraîches.… Le capitaine doit nous faire distribuer à chacun un chandail en laine et dans ce cas, la camisole serait inutile et encombrante. Notre petite équipe possède déjà 2 couvertures mais ce n’est pas suffisant, toujours par les grands moyens nous en aurons une troisième et tout ira pour le mieux, nous serons chez nous (système débrouille).

Plus loin, il va raconter, à la demande de ses parents dans leur lettre précédente, une combat qui va entraîner la blessure d’un ami grenoblois.

Mais puisque vous y tenez voici quelques détails sur l’accident arrivé à notre ami Roybet. C’était le 3 septembre, nous étions depuis quelques jours au village de Saint-Maurice dans les Vosges. Malheureusement par sa situation géographique, ce petit pays se prêtait admirablement à l’opération du bombardement et pour ce travail les Allemands employaient le 220. Vous voyez d’ici ! Ce qui devait arriver arriva. Un beau matin, les obus après avoir passé longtemps au-dessus de notre grange, finirent par trouver le chemin un peu long et trois d’entre eux tombèrent au milieu de notre carrefour. Résultat dans notre compagnie plusieurs blessées parmi lesquels Roybet avec fracture de la clavicule par un éclat d’obus, l’infirmier et quatre ou cinq sapeurs. Il y avait encore d’autres militaires gravement blessés et un mort. Heureusement le poste de secours était à côté et nos blessés ont été pansés immédiatement. C’est après le premier obus que nous avons eu tous nos blessés. Nous étions après les panser les autres tombèrent devant l’ambulance (je passe sur beaucoup de détails). Toutes les vitres volèrent en éclats et d’un seul coup la maison fut remplie d’une épaisse fumée. En dernier lieu c’est à la cave que nous nous sommes réfugiés. Par Sohaler, nous avons souvent des nouvelles de notre blessé. Il va de mieux en mieux et espère bientôt être rétabli.

On comprend avec la parenthèse (je passe sur beaucoup de détails) que Pierre va taire une scène certainement assez dure avec la chute de cet obus de gros calibre sur une ambulance.

Puis il parle du personnel de santé qu’il côtoie.

Comme major, nous avions un docteur parisien très fort paraît-il, mais excessivement peureux, vous pouvez le croire. C’est dans l’après-midi du 2 septembre qu’il a été blessé en se sauvant sur la route toujours dans le même village. Et pendant ce temps, j’étais tranquillement assis au bord du ruisseau occupé à voir tomber les fameux obus. En observant un peu, on se rend compte du tir de ces grosses pièces qui portent de 10 à 12 km (c’est ce qui nous manque malheureusement). Le tir va toujours en s’allongeant et à peu près dans la même direction ; il va sans dire que comme en grammaire il y a quelques exceptions à la règle. Je crains beaucoup moins ces obus que leur petit 77 dont un éclat a marqué ma gamelle, vous savez déjà. Tout naturellement, je vous explique cela, il est vrai que depuis deux mois finissant par être tout à fait entraîné à ce genre de sport. Après ces petits accidents, trois brancardiers étaient seuls pour représenter le service de santé de la compagnie. Cette situation ne pouvait pas durer bien longtemps. Le jeune Schaller remplace Roybet. Nous avons un infirmier et comme Major un jeune docteur dans sa deuxième année de service. C’est un gentil garçon. Il est surtout moins fier et plus courageux que son prédécesseur qui doit être actuellement bien remis de son égratignure…

Pierre joue un peu à l’ancien combattant avec cette explication de la perception des tirs des gros calibres allemands et de la logique de la chute des obus. Contrairement au major totalement affolé par la canonnade.

C’est alors que le soldat Gautier raconte ce qui a été écrit dans les cartes et les lettres reçues de la part et d’amis. Il raconte ce qu’il a répondu à l’un d’eux.

Vous demandez des souvenirs. Bien franchement si comme nous, vous aviez été témoins des atrocités de ces barbares, vous m’en voudriez pas un seul. J’ai vu des Allemands prisonniers, beaucoup d’autres morts sur les routes et dans les bois, beaucoup d’objets à mais je n’ai jamais rien ramassé, ça me salirait. Dernièrement j’ai été un soir dans un grand château il y avait peut-être 20 blessés et 10 infirmiers allemands prisonniers. (Les lignes ennemies étaient à plus de 1 km). Avec mes amis et le major nous sommes restés peut-être une heure avec. Très facilement, il nous donnait tout ce qu’on voulait. J’avais trois casques mais je me suis simplement contenté de prendre les trois rosaces placées de chaque côté. Les autres sont dans le fossé. Il y avait aussi un casque superbe d’officiers de chasseurs à cheval. Nous avons seulement conservé un de leurs bouteillons, ils sont très pratiques, en l’aluminium et plus petits que les nôtres. Dans notre équipe nous nous s’en servons pour les extras : thé, chocolat, confiture de pommes, etc.… Si vers la fin je trouve un objet peu encombrant, je promets de vous le rapporter. J’ai déjà plusieurs balles et de jolis éclats d’obus.

Des souvenirs de guerre, des trophées pris à des prisonniers allemands mais dans cette campagne, on comprend que le paquetage et le matériel sont assez lourds pour ne pas s’encombrer de choses supplémentaires. Les écussons militaires, eux, sont petits et légers.

Voici donc les passages les plus intéressants extraits de cette longue lettre.

A suivre d’autres lettres de la correspondance de ce poilu grenoblois

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