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DES NOUVELLES DU PROJET DP02600819M0010 !

L’article qui aurait dû être proposé à la Gazette de la Lône s’il y avait eu plus de place:

Derrière ce nom de code rébarbatif – celui de la demande de travaux – se cache tout simplement la restauration de la future Maison du Patrimoine. Il est temps d’en donner quelques nouvelles à la population.

Le jour où paraîtra la Gazette, il est à parier que la première tranche des travaux sera achevée et que le grand échafaudage prêté et monté gracieusement par l’entreprise Bonvini ne sera plus là. Ainsi les extérieurs, toits et façades seront achevés.

Soyons clair tout de suite. Les travaux sont effectués par le Quinze d’ACP composé de retraités pour la plupart, anciens artisans dans les secteurs du bâtiment pour beaucoup, avec le soutien d’entreprises du bassin de Montélimar qui interviennent gracieusement à des degrés divers.

Devant ce challenge à la portée de cette équipe, l’arbitre-municipalité n’a pas sorti de carton rouge, d’autant plus que ce groupe évolue à la maison, sur terrain et bâtiment communaux, lieux d’expression naturels de toute société patrimoniale.

Ainsi carte blanche a été délivrée à l’équipe anconaise. Elle seule doit relever le défi mais, comme il se doit, l’arbitre veille et facilite les démarches administratives.

Refaire le toit de l’édifice dont l’origine vous est contée dans le dernier Cahier d’Ancône,  était urgent. Il menaçait ruine depuis plusieurs années. Sous la chaleur caniculaire du début de l’été, les bénévoles ont tout d’abord retiré les tuiles dont la plupart ont pu être récupérées après nettoyage. Les poutres de la charpente ont été retirées et remplacées par trois nouvelles, longues de presque sept mètres, posées grâce à la grue installée par la même entreprise Bonvini.

Installation du nouveau toit toujours sous la chaleur et réfection des génoises ; trois rangées, signe de richesse de l’ancien édifice ! Une nouvelle a même été ajoutée sur le pignon est, celui qui domine le Monument aux Morts pour, qu’il ressemble comme deux gouttes d’eau à celui de l’entrée, un peu caché à la vue des visiteurs de par son orientation.

Sous la toiture, la voûte menaçait, minée par les infiltrations des eaux pluviales. Vouée à la démolition, elle a pu être sauvée par une restauration efficace et entre toit et voûte, une bonne couche d’ouate de cellulose a été déposée gracieusement par l’entreprise Info Economie d’Energie, spécialisée dans le domaine de l’isolation. Un « trou d’homme » qui n’existait pas a été ajouté pour avoir accès aux combles et des chenaux et descentes (entreprises Richardson et Guiraud) ont été posées pour terminer la réalisation de la toiture.

Alors que cette dernière renaissait, d’autres membres de l’équipe s’attaquaient aux murs pour enlever l’enduit primitif qui se détruisait lentement. Les gravats furent emportés par l’entreprise Florent Courdesse. Ainsi réapparurent les belles pierres de taille des angles, celles des murs où, autre signe de richesse, les galets se comptent sur les doigts d’une main et même une croix gravée au-dessus de la porte d’entrée. Ce nouveau décor ne manqua pas d’interpeller les passants, élu-e-s et visiteuses du cimetière qui firent remarquer aux bénévoles qu’il serait judicieux de laisser les pierres apparentes. Ire ! Quand ce sont les autres qui ont à la faire…!

C’est donc sous ce vox-populi que furent revus les plans initiaux qui prévoyaient la pose d’un enduit couvrant. Certes, cela occasionna un surplus de travail sous des températures plus clémentes de l’automne, avec le creusement des joints puis la pose de nouveaux avec l’aide gracieuse de l’entreprise Christophe Rousset pour la partie technique et des ciments Lafarge-Holcim Le Teil et Cruas pour la matière première mais avouez que le résultat valait cette peine !

Il ne restait que quelques fignolages comme l’embellissement des tirants métalliques, plutôt quelconque jadis, pour terminer cette première tranche de travaux avant de s’attaquer à l’intérieur.

Pour cette première mi-temps laborieuse, le Quinze d’ACP était composé de :

Jean-Paul Bonvini (conseiller technique)- Camille Broc (un débutant prometteur)- Michel Courbeil- Bernard Duc (de retour de blessure)- Bernard Ferrato- Claude Froment (capitaine)- Jean-Louis Gontard – Lionel Parigny (autre conseiller)- Bernard Peylhard- Christian, Claude et Jean-Pierre Reboul- Christophs Rousset – Maurice Edmond Albert Rousset dit Kiky- Georges Ruiz- Patrick Sévenier- Gilbert Tauleigne.

Un grand bravo à eux !

Espérons que ces magnifiques vitraux puissent être récupérés.

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Au CRÈS (Hérault), trois chemins pour le prix d’un !

Le saviez-vous: au cœur du bourg ancien du Crès, devant l’église et à 2 pas de la mairie, passe au même endroit 3 chemins dont 2 historiques: la Via Domitia, le Chemin de Saint-Jacques de Compostelle et  le (plus moderne) GR (chemin de Grande Randonnée).

La Via Domitia.

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La voie romaine fut construite à partir de 118 avant notre ère pour rejoindre Rome à la péninsule ibérique. Elle franchissait les Alpes au col du Mongenèvre au-dessus de Briançon pour rejoindre la vallée de la Durance. Elle traversait le Rhône, le plus important obstacle naturel de son parcours à Beaucaire, certainement par des bacs tenus par les Nautes ou sur un pont de barques comme à Arles. Ensuite, c’était Nîmes (avant qu’elle ne s’appelle Nemausus) puis un  tracé que reprirent, à quelques détails près, les décideurs de la construction de l’autoroute A9.

Des restes tangibles dans le secteur: les milliaires, ces bornes disposées tous les mille romains (1 460 mètres), ancêtres des bornes kilométriques modernes. Il en reste 2 sur la commune du Crès:

le premier est dédié à Tibère et a servi de pierre de construction, à droite du portail de l’église,

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malheureusement placé à l’horizontale,

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mais redressé par la magie du numérique.

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On peut lire en bas LVII soit 57 milles romains depuis Narbonne, environ 83 km. Les méthodes modernes nous donnent environ 100 km de Narbonne au Crès. Faut-il en déduire que ce milliaire été déplacé ?

Le second est dédié à Auguste. Il a été placé au centre d’un rond-point récent, avec reconstitution d’un bout de Via Domitia.

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Une belle borne…

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et une inscription en relatif bon état.

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Un autre milliaire se trouve devant l’église de Saint-Aunès. Non loin de là,  le fameux pont sur le Vidourle…

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que peignit Gustave Courbet lors de son séjour montpelliérain chez le grand amateur d’art François-Xavier Fabre, co-fondateur du musée qui porte son nom. A noter que le pont n’a plus qu’une seule arche (celle de droite), l’autre ayant disparu dans les flots lors d’une violente crue, le 27 septembre 1933.

Après Perpignan, la Via se divisait en 2 pour le franchissement des Pyrénées. Une branche passait le long de la côte par Collioure et Port Vendres, une autre par le col de Panissars, actuellement sur la commune du Perthus à l’ouest du village actuel et où se trouvait la Trophée de Pompée (l’équivalent du Trophée des Alpes de La Turbie mais qui servit de carrière à la chute de l’Empire Romain).

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Lire cet excellent site parlant de la Via Domitian: http://carlig.typepad.fr/viadomitia/ ou http://nemausensis.com/Nimes/ViaDomitia/VoieDomitienne01.html

A noter que les rues sur lesquelles passaient la Via Domitia portent le nom de Rue de la Voie Domitienne, rue de la monnaie et rue de Substantion. Si la première va de soi, la seconde appelée aussi Cami de la Mouneda vient du fait qu’il voyait passer, outre les Légions romaines, les collecteurs des impôts du Trésor Public de Rome. Quant au troisième nom, il s’agit du nom romain donné à l’oppidum qui a donné naissance à la commune de Castelnau-le-Lez.

L’Empire Romain disparu, c’est au IXème siècle que l’on crut découvrir le tombeau de l’apôtre Saint-Jacques en Galice et à partir de ce moment se développa le pèlerinage vers le Finistère espagnol qui prit toute son ampleur au XIème siècle. De France, quatre grands chemins furent tracés, partant d’Arles, du Puy, de Vézelay et de Paris avec une multitude de variantes. C’est le chemin d’Arles, la Via Tolosana qui passe au Crès.

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La coquille, symbole des pèlerins est dessinée sur les poteaux indicateurs, à côté des indications rouge et blanche du chemin de Grande Randonnée, le GR 653, déclinaison païenne du chemin d’Arles.

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A quelques kilomètres de là, à Castelnau-le-Lez, c’est dans le sol que la municipalité a fait graver les marques du pèlerinage chrétien.

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La Via Tolosana part donc d’Arles, passe à Saint-Gilles (carrefour du chemin d’Arles, du chemin de Bordeaux à Jérusalem et de la voie Régordane descendant des Cévennes), continue sur Montpellier, Lodève, Castres, traverse Toulouse (à qui elle doit son nom). Elle continue sur Auch et Pau pour traverser les Pyrénées au col du Somport. En Navarre, elle retrouve les 3 autres chemins français qui empruntent le col de Roncevaux à Puente-la-Reina où commence le Camino Francès.

Fait du hasard, se tenait à quelques pas de là du chemin, une exposition d’aquarelles réalisée par une jeune femme ayant fait le pèlerinage vers Saint-Jacques en 2015, à partir du Puy. Elle se fixait tous les jours pour objectif la réalisation d’un dessin sur un moment marquant de sa journée, scène, décor, monument… tout en prenant des notes permettant de fixer ses souvenirs.

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70 jours qui transforment une existence… assurait-elle lors du vernissage. A lire sur le blog de Loedi:

http://loedi.over-blog.com/

Texte écrit après les quinze jours passés au Crès en avril 2016, en attendant Sophia.

 

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VISITE du TOUEUR « CONSERVÉ » au port de L’ÉPERVIÈRE à VALENCE

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Jusqu’à il y a une vingtaine d’années, ce toueur était entreposé dans les chantiers fluviaux de la Coucourde, au nord de Montélimar. Puis, on le déplaça dans le port de la capitale (de la Drôme), sûr qu’il allait être restauré et mis en valeur  et qu’il deviendrait la pièce emblématique d’un futur hypothétique musée de la batellerie du Rhône. Raté ! Les crédits espérés ne vinrent jamais et voilà le fier bateau, mis à l’écart, abandonné au bord de l’eau, devenant peu à peu un tas de ferraille rouillée, tagué de dessins d’aucune valeur, au sud du port de l’Epervière, à demi-immergé  dans les eaux irrespectueuses du fleuve. Les joggeurs, promeneurs avancent sur la digue, juste à côté sans même le voir et ce n’est pas le panneau explicatif que plus personne ne regarde qui va raviver l’intérêt du passant pour cet ancien maître du Rhône. Qui aurait envie de visiter une casse automobile ? Sans compter le danger que peut représenter une épave dans cette position si l’on s’en rapproche trop… Quel gâchis !

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Sur le panneau en question, on nous le présente ainsi, tel qu’il avait été photographié il y a plus d’un siècle, pour les besoins d’une carte postale, au port du Pouzin. Voilà ce qu’il est devenu avec en toile de fond, le nouveau pont des Lônes sous lequel il n’est jamais passé dans sa jeunesse.

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Comme on peut le lire,

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8 toueurs (9 au début en 1896) se partageaient le passage le plus pentu du Rhône de Glun à Pont-Saint-Esprit, par tranches de 12 à 15 km. 8 ports d’attache et 8 secteurs sur lesquels les joueurs se relayaient pour remonter 2 barques chargées de 300 tonnes de marchandises.

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8 étapes à la remonte: Pont-Saint-Esprit- Bourg-Saint-Andéol; Bourg-Saint-Andéol- Viviers; Viviers- Le Teil; Le Teil- Cruas; Cruas- Le Pouzin; Le Pouzin- Etoile-Chamfort; Etoile-Chamfort- Valence; Valence- Glun. A chaque étape, il fallait donc détacher les barques du toueur arrivant du sud pour les rattacher au toueur descendant du nord… et ainsi de suite. Comme ici le passage de relais à Bourg-Saint-Andéol (1)..

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Certainement un peu fastidieux ! A la descente, les barques étaient attachées de part et d’autre du toueur pour éviter qu’elles ne poussent celui-ci, étant plus lourdes que lui. (1).

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Celui de l’Epervière a d’ailleurs gardé ses câbles d’attache des barques, presque encore enroulés sur leur treuil…

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ainsi que les guides vers le cul aval du bateau (pas une grossièreté, on appelait aussi les toueurs « bateaux à 2 culs »!)

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Décomposons un peu cette antiquité à partir de cette vue latérale:

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L’avant…

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d’où le cable fixé au port en amont, sortait de l’eau et venait coulisser sur des poulies et guides qui le conduisait jusqu’au grand tambour sur lequel il s’enroulait. On en reparlera.

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Voici donc le dessus de la salle…

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dans laquelle se trouve le grand tambour sur lequel le câble venait s’enrouler. En s’approchant, on constate que câble comme tambour sont encore bien présents…

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baignant dans l’eau du fleuve qui est entrée dans tout le bateau. Quelle tristesse ! Ce tambour fait tout de même 1,50 mètre de diamètre et 3,50 mètres de largeur ! C’est la pièce essentielle du bateau puisque c’est ce tambour qui en tournant fait avancer le bateau qui remonte le fleuve. D’autres vues de cette salle du tambour:

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A l’arrière de celle-ci, presque au dessus, la passerelle sur laquelle se trouvait le capitaine qui conduisait le bateau:

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On y accédait par un escalier dont les marches ont disparu.

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Il ne reste plus que la carcasse de cette cabine de pilotage, les côtés comme le toit, en matériau périssable (du bois et de la toile) ayant disparu. On peut le constater ci-dessous sur cette vue d’un toueur à l’arrêt au port de Viviers, en face du défilé de Donzère (1).

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Continuons notre descente du bateau avec la salle des machines dans laquelle se trouvait un moteur de 200 CV…

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surmontée de la cheminée par laquelle sortaient les fumées.

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Une cheminée dont on remarque en bas l’articulation qui lui permettait de se plier quand le bateau passait sous les ponts.

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On peut le constater sur cette vue ancienne d’un toueur arrêté au port de Montélimar, après qu’il soit passé sous le pont du Teil, la hauteur d’eau étant assez importante à cet endroit (1).

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Une salle des machines elle-aussi envahie par les eaux du Rhône.

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Les aérations sont toujours là…

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avec leur gueule semblant hurler toute la détresse de leur situation.

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Nous sommes quasiment à l’extrémité du bateau, reste l’arrière dont on a déjà parlé où étaient attachées les barques remplies de marchandises.

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Le Rhône ne fut pas le seul fleuve à connaître les toueurs comme on peut le lire sur ce panneau explicatif.

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Mais seuls les mariniers du Rhône devaient veiller à ce que le cable ne passe la nuit dans l’eau sous peine d’être recouvert par les graviers que chassait régulièrement le fleuve. Ainsi le toueur devait obligatoirement rejoindre son port d’attache (c’est le cas de le dire !) avec le cable enroulé au tambour.

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Toueur à l’arrêt au port de Montélimar (1).

Les mariniers de la Seine ou de la Loire ne connaissaient pas ce problème.

Il existe un dernier toueur en activité dans le tunnel de Riqueval dans l’Aisne. Il est utilisé pour tirer les péniches dans ce tunnel non ventilé. Il est lui-même mû par l’électricité ce qui évite émanations et intoxications. Sur le Rhône, le touage a disparu au moment où les péniches, automoteurs ou autres remorqueurs à roue à aubes furent assez puissants pour remonter le Rhône dans ce secteur le plus pentu, un dénivelé de 70 mètres entre Glun et Pont-Saint-Esprit. C’était en 1936.

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Le château de Crussol qui domine le Rhône en face de Valence

et veille sur les derniers jours du dernier toueur du fleuve.

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La seule inscription moderne digne d’intérêt !

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Une barque que l’on pouvait guider et son toueur au fond, au port de Montélimar (1).

(1) les cartes postales font partie de la collection de Marc Durand qui nous les a prêtées pour illustrer cet article . Qu’il en soit remercié !

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