Archives de Tag: Infanterie

110 POILUS de CADEROUSSE, 110 DESTINS… Jean GROMELLE.

110 noms de Poilus de Caderousse tombés lors de la Grande Guerre. 110 parcours qu’on va essayer de raconter au fil des semaines et des mois jusqu’au 11 novembre 2018.

Quarante-huitième nom de la liste: Jean Constantin GROMELLE.

La seconde face du monument.

Deux Ferragut inscrits sur le monument aux morts de Caderousse sans lien de parenté proche, deux Gromelle à la suite qui ne sont pas parents eux-aussi. Jean Constantin Gromelle est le premier de la liste et le plus jeune. Il est né le 21 mai 1884 à Caderousse où ses parents viennent de s’installer peu de temps auparavant après avoir vécu à Orange. Son père François est d’ailleurs originaire du chef-lieu du canton où son nom est orthographié Groumelle. C’est en arrivant à Caderousse qu’il perdra son U. Il a pris pour épouse une fille de Caderousse, Rose Anaïs Barre de quatre ans sa cadette. Ils se sont mariés à Orange le 27 novembre 1867 alors qu’ils étaient majeurs et âgés respectivement de 27 et 23 ans.

François et Anaïs, çar c’est ce prénom qui semble désigner la mère de Jean Constantin, sont un couple de paysans vivant quartier de Meyne à Orange. Quatre enfants vont naître, quatre filles… Rose Françoise en 1870, Léonine Rose en 1872, Marie Marthe en 1875 et Marie Antoinette en 1879, toutes des Orangeoises. C’est donc l’air de Caderousse et plus particulièrement celui du quartier du Brout qui offrira un héritier mâle au couple de François et Anaïs: Jean Constantin que la France leur prendra trente ans plus tard.

Jean Constantin va faire son service militaire au 58ème Régiment d’Infanterie d’Avignon du 10 octobre 1905 au 22 septembre 1907. Il vit toujours chez ses parents à cette époque comme en atteste le recensement de 1906.

Extrait du recensement de 1906.

Au retour de l’armée, il va se marier avec une fille de Caderousse, Marie Valentine Bouchet, une couturière née en 1890. Le jour des noces, le 22 janvier 1910, Valentine n’a pas encore 20 ans.

Extrait du recensement de 1911.

Le couple s’installe tout près des parents de Jean, quartier du Brout. Auront-ils des enfants ? Peut-être en 1913 ou début 1914 ? Car dès le 3 août 1914, l’armée va le rappeler. En juin 1915, il va compléter les effectifs du 55ème Régiment d’Infanterie décimé par les combats. La troupe va prendre position du côté de Berry-au-Bac, à Pontavert, près de Craonne qui deviendra célèbre deux ans plus tard. Nous sommes en septembre 1915. Le régiment doit renforcer le système défensif français dans le secteur du Bois de Beau Marais, mis à mal par les bombardements et les mines. Le travail ne peut se faire que de nuit pour échapper aux tireurs allemands et aux bombardements incessants des deux camps. Sur le Journal de Marche de l’unité…

on peut lire que la situation est relativement calme. Cela n’empêche pas les hommes de tomber quand la malchance leur tombe dessus. C’est le cas de Jean Constantin Gromelle, tué à l’ennemi le 23 septembre 1915 au Bois de Beau Marais à Pontavert.

Il avait 31 ans et 4 mois. Il repose depuis dans la Nécropole Nationale de Pontavert dans l’Aisne, tombe individuelle 3928.

 

Le rédacteur du Journal de Marche du 55ème R.I. a agrémenté son propos de photos qu’il devait prendre et developper sur place. En voici une prise dans ce secteur quelques jours avant le 23 septembre. Paysage dévasté.

La fiche matricule de Jean Constantin Gromelle de Mémoire des Hommes.

Jean Constantin Gromelle, matricule 184 classe 1904, bureau de recrutement d’Avignon, pour ceux qui souhaitent aller consulter sa fiche matricule sur le site des Archives du Vaucluse. Le patronyme Gromelle est toujours vivant à Caderousse et près d’Orange. Si une personne reconnaît en ce Poilu, un ascendant direct ou indirect, qu’il n’hésite pas à se manifester pour compléter ou corriger cette petite biographie.

A suivre: Joseph Gromelle.

Poster un commentaire

Classé dans CADEROUSSE

110 POILUS de CADEROUSSE, 110 DESTINS… Louis FERRAGUT.

110 noms de Poilus de Caderousse tombés lors de la Grande Guerre. 110 parcours qu’on va essayer de raconter au fil des semaines et des mois jusqu’au 11 novembre 2018.

Quarante-septième nom de la liste: Louis Ferragut.

La seconde face du monument.

Louis Ferragut n’était pas de la même génération que son homonyme Léon Ferragut puisque né treize ans avant lui. Quand la guerre arriva, c’était déjà un « vieux » soldat ce qui ne l’empêcha pas de se trouver au coeur de la bataille et d’être tué à l’ennemi pour reprendre la formule officielle.

Louis Barbe Ferragut était donc né le 04 décembre 1877, ce qui explique son original second prénom, masculinisé pour l’occasion. Il était le cinquième enfant d’une fratrie de six, quatre garçons et deux filles. Leurs parents, Joseph Ferragut né en 1837 et Marie-Thérèse Roche née en 1841 étaient tout deux du village et avaient unis leurs destins le 03 février 1864. C’était un couple d’agriculteurs qui menaient une ferme dans le quartier des Négades, des terres basses facilement inondables donc pas très riches. Voici donc la fratrie au complet sur ce document de 1881.

Extrait du recensement de 1881.

Marie Thérèse Roche mettait au monde un enfant tous les trois ans. Joseph, l’aîné arriva en 1865, Isidore le cadet en 1868, Marie Louise l’aînée des filles en 1871, Joséphine en 1874, Louis en 1877 et enfin Hippolyte en 1880. Tous ces enfants atteignirent l’âge adulte. En 1896, la liste nominative montre que seuls les quatre garçons demeurent à la ferme.

Extrait du recensement de 1896.

Les deux filles se sont mariées en 1895, Marie-Louise le 16 février avec Pierre Paul Simon (patronyme Simon) et Joséphine le 06 juillet avec François Adrien Charrier. Puis ce sera au tour des aînés des garçons de quitter le foyer, si bien qu’en 1911, seuls Louis et Hippolyte demeurent à Campblancard avec leurs parents.

Extrait du recensement de 1911.

Entre temps, Louis a répondu à ses obligations militaires du 16 novembre 1899 au 21 septembre 1901, au 40ème Régiment d’Infanterie de Nîmes. A la veille de la guerre, il se marie et prend pour épouse Louise Léonie Millet, le 31 août 1912 à Caderousse. Il a alors trente-quatre ans.

Moins de trois ans après, l’armée le rappelle lors de la mobilisation générale du 1er août 1914. Il rejoint alors le 118ème R.I.Territoriale d’Avignon comme bon nombre de Vauclusiens. En septembre de la même année, il passe au 21ème Régiment d’Infanterie puis la réserve de celui-ci, le 221ème R.I.

Début mars 1917, il gèle à pierre fendre sur le front de Champagne. La neige est encore là mais cette ambiance plutôt fraîche ne ralentit pas les ardeurs de l’Etat-Major français. Il faut attaquer, encore attaquer et c’est le 221ème R.I. qui est sollicité le 12 mars au matin.

Après un travail préparatoire d’artillerie, la troupe se lance courageusement à l’assaut d’un bourg appelé « Maisons-de-Champagne » dans le Journal de Marche de l’unité. Cela doit se situer dans la Marne, à la limite de ce département avec la Meuse. Le rédacteur raconte en détail cette attaque, la défense allemande, la contre-attaque allemande à la grenade une fois que la tranchée est tombée.

Bilan de ces quelques hectomètres gagnés, une citation pour le régiment et pas moins de 155 prisonniers ennemis: 3 officiers, 7 sous-officiers, 6 caporaux et 139 hommes du rang pour qui la guerre est finie. Du côté français, le rédacteur du Journal de Marche a rédigé la longue liste des victimes de cette journée du 12 mars 1917: 67 tués, 250 blessés, 23 disparus et 17 intoxiqués car les allemands ont riposté avec des armes chimiques. 357 hommes mis hors de combat pour un gain territorial modeste, cela en valait-il la peine ?

Pour Louis Barbe Ferragut, de la 19ème Compagnie du 221ème R.I., son nom apparaît sur la fin de cette liste macabre.

Il était âgé de 39 ans et 3 mois.

La narration de la bataille du 12 mars 1917 en Champagne:

 

 

La fiche de Louis Barbe Ferragut de Mémoire des Hommes.

Louis Barbe Ferragut, matricule 799 classe 1897, bureau de recrutement d’Avignon, pour ceux qui souhaitent aller consulter sa fiche matricule sur le site des Archives du Vaucluse. Le patronyme Ferragut est très répandu en Vaucluse et à Orange. Si une personne reconnaît en ce Poilu, un ascendant direct ou indirect, qu’il n’hésite pas à se manifester pour compléter ou corriger cette petite biographie.

A suivre: Jean Gromelle.

 

Si les deux frères aînés de Louis évitèrent la Grande Guerre, ce ne fut pas le cas d’Hippolyte, né en 1880 et donc rappelé en 1914. Il combattra dans les rangs du 24ème Bataillon de Chasseurs à Pied et  sera blessé deux fois: une première en Belgique d’une balle dans le pied gauche le 18 novembre 1914 et une seconde à Cléry d’un éclat d’obus dans la fesse gauche. Ces blessures ajoutées à la disparition de son frère eurent pour conséquence de voir l’armée le retirer des premières lignes pour lui donner une attribution au 8ème Escadron du Train, le 15 août 1917. Il allait recevoir la médaille militaire pour les faits d’arme mentionnés.

Poster un commentaire

Classé dans CADEROUSSE

110 POILUS de CADEROUSSE, 110 DESTINS… Henri DURAND.

110 noms de Poilus de Caderousse tombés lors de la Grande Guerre. 110 parcours qu’on va essayer de raconter au fil des semaines et des mois jusqu’au 11 novembre 2018.

Quarante-Cinquième nom de la liste: Henri Célestin Durand.

La seconde face du monument.

Henri Célestin Duand est l’un des morts les plus âgés pour la France de Caderousse et du Vaucluse. Certes il était un tout petit peu plus jeune que mon arrière-grand-père mais il n’était plus un gamin depuis longtemps quand la guerre éclata.

Célestin plutôt qu’Henri sur les listes nominatives de la commune, est né le 30 avril 1873. C’était le septième enfant du couple Henri Durand- Françoise Bernard. Ces derniers s’étaient unis au village le 30 septembre 1857. Lui venait de Langogne en Lozère et était descendu de sa montagne dans la riche vallée du Rhône qui offrait plus de travail que sa terre natale pour les familles nombreuses des paysans cévenols. A Caderousse, il vendait des fruits et légumes; « revendeur » pour l’agent recenseur.

Françoise Bernard était la fille d’un vannier et d’une demoiselle Berbiguier. Elle avait deux ans de moins que son époux et allait passer sa vie de femme à enfanter des gamins. Entre 1857 date de leur mariage et 1887, date du décès prématuré de Françoise, le couple allait avoir neuf enfants.

La famille presque au complet sur ce recensement de 1876.

Comme on le voit ci-dessus, seuls six enfants allaient survivre: Françoise née en 1858 et Jeanne Rose en 1860 avaient déjà quitté la maison en 1876. Rose née en 1860, Anselme l’aîné des garçons né en 1867, Thérèse en 1870 et Henri Célestin en petit dernier complètent la fratrie. Une première Thérèse n’avait vécu que 14 mois en 1865-66 et deux petits frères de Célestin: David Auguste et Alfred Etienne n’avaient vivre respectivement que six et vingt-un mois en 1876 et 1877-79. Terrible mortalité infantile !

La famille vivait derrière les digues qu’elle avait vu construire, rue Juteriez (plutôt Juiverie) au moment du recensement de 1876 mais avait déménagé auparavant dans le village de nombreuses fois: rue Monsieur puis rue Vénasque puis  grande rue puis  impasse Pied-Gaillard et enfin rue Juterie… comme on peut la suivre au gré des actes des recensements et des naissances.

Anselme avait fait sa période militaire de trois ans à Nice de 1888 à 1891. Henri allait s’arrêter un peu plus près, à Marseille, de 1894 à 1895, au 3ème Régiment d’Infanterie. L’armée l’avait envoyé en stage au 15ème Escadron du Train des Equipages pendant 40 jours. Dommage que cette expérience n’ait pas été concluante pour Henri car son destin aurait pu être modifié.

De retour de l’armée, Henri loue ses bras en devenant homme à tout faire, domestique, chez un patron, ici en 1901, chez François Bastides, un paysan.

Le recensement de 1901.

A l’âge de 29 ans, Henri va prendre pour épouse une jeune fille de Blauvac*, Erminie Louise Caritoux**, de huit ans sa cadette. Le mariage sera célébré à Caderousse le 28 juin 1902. Quelques mois plus tard, une petite Rose éclora le 30 janvier 1904 suivie d’un petit Gabriel un an plus tard, le 29 juillet. Ce seront les deux seuls enfants du couple.

Ces enfants voient partir leur père le 03 août 1914 pour la guerre. Il a alors un peu plus de 40 ans et eux 10 ans. Ce sera un épisode qu’ils n’oublieront pas. Comme pour mon arrière-grand-père, dans un premier temps, c’est en Territoriale qu’on retrouve Henri, ce qui signifie qu’il est éloigné du front momentanément. Mais la grande saignée du début du guerre oblige la hiérarchie militaire d’envoyer de « vieux » soldat dans les tranchées de première ligne. En octobre 1915, ça cogne fort dans la Marne, du côté de Suippes. Le Journal de Marche du 118ème R.I. raconte sur quelques pages les terribles journées endurées par ses hommes. N’oublions pas que nous sommes ici non loin de Tahure, village rasé lors de ces combats qui ne sera jamais reconstruit et aujourd’hui… « Mort pour la France » comme une dizaine d’autres dans le nord et nord-est de la France.

Dès le début, les pertes sont sérieuses… Les hommes vivent comme des rats, constamment terrés dans des trous le jour et ne bougeant que la nuit pour réaménager leurs caches. Les Allemands sont solidement positionnés.

Même pour attaquer, pour éviter des hécatombes, on ruse et on se sert de la nuit. Cela marche quelquefois comme on le lit dans l’épisode narré ci-dessus.

 

Dans la journée du 07 octobre, les Allemands attaquent avec des armes chimiques et on parle pudiquement de « pertes sensibles » dans les rangs français; autrement dit, il y a beaucoup de victimes.

Après plus d’une semaine dans cet enfer, les hommes sont à bout. Ils seront relevés le 09 au soir, du moins pour les survivants. Henri ne fait plus partie de ceux-ci. Il a été grièvement blessé pendant cette période sans qu’on puisse dire exactement à quel moment précis, et emmené vers un hôpital de campagne, à l’arrière, à Ludes, où il va décéder suite à ses blessures le 19 octobre 1915.

Il avait alors 42 ans et demi. Rose et Gabriel, ses enfants, allaient être adopté comme Pupille de la Nation par un jugement du Tribunal d’Orange le 19 juillet 1919. Cette décision ne ferait pas revenir leur père mais allait leur permettre d’être aidés matériellement par l’Etat. C’était beaucoup mieux que les 150 francs octroyés aux parents de soldats célibataires décédés.

Le 118ème R.I. retiré au camp Bonnefoy allait recevoir un renfort de 930 hommes venus de Vendée et de l’ouest de la France… et même d’éclopés du 63ème R.I…. c’est dire l’importance des pertes enregistrée pendant cette semaine sanglante d’octobre 15 en Champagne pouilleuse.

On retrouve une trace de Célestin Durand sur une tombe du premier cimetière de Caderousse, tombe ancienne à l’inscription difficilement lisible, en belle pierre de Provence sculptée. Les parties lisibles correspondent à ce que l’on connaît. Le corps de Célestin doit bien avoir été amené au pays, certainement après-guerre.

                
c

La fiche d’Henri Célestin Durand de Mémoire des Hommes.

 

Henri Célestin Durand, matricule 1061 classe 1893, bureau de recrutement d’Avignon, pour ceux qui souhaitent aller consulter sa fiche matricule sur le site des Archives du Vaucluse. Le patronyme Durand est très répandu en région même s’il n’est plus présent à Caderousse. On le retrouve à Montfaucon, Orange… Si une personne reconnaît en ce Poilu, un ascendant direct ou indirect, qu’il n’hésite pas à se manifester pour compléter ou corriger cette petite biographie.

A suivre: Léon Ferragut.

*Blauvac, village du Vaucluse, à l’est de Carpentras, proche de Ville-sur-Auzon.

**Caritoux, près de Carpentras, serait-ce une ascendante indirecte du champion cycliste des années 80, Eric Caritoux ?

Poster un commentaire

Classé dans CADEROUSSE

110 POILUS de CADEROUSSE, 110 DESTINS… Marius DEVALOIS.

110 noms de Poilus de Caderousse tombés lors de la Grande Guerre. 110 parcours qu’on va essayer de raconter au fil des semaines et des mois jusqu’au 11 novembre 2018.

Quarante-unième nom de la liste: DeValois Marius Léon Henri.

La seconde face du monument.

Devalois pour l’Etat-Civil, DeValois pour l’armée, pas une grande différence mais une première petite interrogation.

Joseph Léon Devalois est venu d’Orange épouser une fille de Caderousse, Delphine Scholastique Roche, un nom très porté à cette époque au village. Le mariage fut célébré le 12 juillet 1871. Joseph avait alors 23 ans (né en 1847) et, fait peu courant à l’époque, Delphine était légèrement plus âgée, 26 ans (née en 1845). De cette union allait naître sept enfants, trois filles et quatre garçons.

La famille lors du recensement de 1886.

En 1886, comme nous le voyons, ci-dessus, Léon, le Poilu qui nous intéresse, est le petit dernier de la fratrie. Né à Caderousse le 30 avril 1883, il était alors âgé de trois ans.

Le couple Joseph-Delphine avait perdu leur premier enfant, Marguerite Françoise Léonie qui n’avait vécu que 49 jours en 1872-73. Puis vinrent donc Antoine Jouis Charles né fin 1873, Félix Joseph Mathurin né en 1875, Marguerite Delphine Léonie  à qui on donna deux des trois prénoms de sa grand soeur décédée, née en 1877, Marie Louise Lydie Gabrielle Victoire (ou Victorine) née en 1882 et enfin Marius Léon Henri. Un dernier enfant allait venir au monde en 1888, Jean-Baptiste Joseph Benjamin.

Le recensement de 1896.

Dix ans plus tard, lors du recensement de 1896, les deux aînés ont quitté le foyer. Ils sont tous deux à l’armée. Antoine s’est engagé en 1891 et il y fera carrière jusqu’en 1905 ce qui l’amènera à Madagascar pour maintenir l’ordre, à la Réunion, en Crête. Félix a été appelé en 1896 pour sa période militaire mais il sera rapidement réformé car son frère aîné était sous les drapeaux.

A Caderousse, la famille vit dans la Grande Rue jusqu’en 1876. Elle part ensuite habiter le quartier des Jardinières, toujours à l’intérieur des digues. Puis elle s’installe route d’Orange au quartier de Bayard. Le père est quelquefois géomètre, quelquefois cultivateur suivant les recensements. Bizarre !

Marius va effectuer son service militaire du 16 novembre 1904 jusqu’au 12 juillet 1907, presque trois ans. Il est incorporé au 58ème Régiment d’Infanterie d’Avignon et en sortira avec un Certificat de Bonne Conduite. De retour à Caderousse, il se marie le 09 janvier 1909 avec Léonie Marie Arnoux, une fille du pays et part vivre à Orange, 17 rue Victor Hugo où ils tiennent une épicerie à compter du 03 décembre de la même année. On peut penser qu’il a eu des enfants assez rapidement. C’est donc à Orange qu’il entendra le tocsin sonner la Mobilisation Générale d’août 14 et il rejoindra son unité le le 04. Il lui restait alors moins de deux mois à vivre !

Il est versé au 34ème Régiment d’Infanterie Coloniale où il aurait pu côtoyer un autre pays, Louis Raphaël Dardun, s’il n’avait péri aussi rapidement. C’est l’époque de la terrible et meurtrière guerre de mouvement. Les pertes sont si considérables que l’Armée a du mal à suivre tous les destins de ses hommes. Ce fait est attesté dans le registre matricule qui fait disparaître Marius Devalois le 07 septembre 1914 dans un premier temps avant de rectifier et de signifier le décès le 25 ou 26 septembre du même mois. C’est ce qu’indique la fiche matricule de Mémoire des Hommes.

Si la disparition de Marius est survenue le 07 septembre, elle a eu lei à Beauzée-sur-Aire. Le livresouvenir du 34ème RIC raconte les événements. Le régiment progresse sur une crête ce qui n’est pas le meilleur moyen de passer inaperçu et ce fait cueillir par sous la triple action des canons, mitrailleuses et fusils allemands. Bilan de la journée: aucune avancée territoriale et 669 hommes mis hors de combat, tués, blessés et disparus !

Si la disparition a eu lieu à Chauvoncourt, ville voisine de Saint-Mihiel et son fameux saillant allemand, une autre attaque tout aussi inutile qu’à Beauzée a coûté 339 pertes aux Coloniaux. Soit en deux jours pratiquement 1 000 hommes sur le flanc dont la majorité peut être considérée comme décédés. C’est ce que reconnaîtra le tribunal d’Orange pour Marius Devalois le 21 avril 1921, sept ans après les faits !

Marius Devalois était âgé de 31 ans 1/2 la jour de sa disparition.

 

La fiche de Louis Raphaël Dardun de Mémoire des Hommes

Louis Raphaël Dardun, matricule 278 classe 1900, bureau de recrutement d’Avignon, pour ceux qui souhaitent aller consulter sa fiche matricule sur le site des Archives du Vaucluse.

 

La fiche de Marius Léon Henri Devalois de Mémoire des Hommes

Marius Léon Henri Devalois , matricule 177 classe 1903, bureau de recrutement d’Avignon, pour ceux qui souhaitent aller consulter sa fiche matricule sur le site des Archives du Vaucluse.

Il semble que le patronyme DeValois ou Devalois soit encore très présent à Caderousse. Si une personne reconnaît en  ce Poilu, un ascendant direct ou indirect, qu’il n’hésite pas à se manifester pour compléter ou corriger cette petite biographie.

A suivre: Alphonse Dortindeguey.

Quelques mots sur les parcours des trois frères de Marius pendant la Grande Guerre.

  • Antoine le militaire de carrière était assez âgé lors de la déclaration (41 ans). Un militaire aguerri aurait pu intéresser l’armée. Mais elle ne put compter sur lui, étant atteint de graves problèmes psychiatriques rédhibitoires au port des armes. Il fut réformé.
  • Félix lui aussi fut réformé. Il souffrait de sciatique chronique et fut détaché à l’agriculture, c’est-à-dire que, tout en restant sous les drapeaux, il cultivait ses terres à Caderousse. Il décéda au village le 12 décembre 1956.
  • Jean-Baptiste, le plus jeune, ne coupa pas à son destin. Comme son frère, il fut déclaré disparu le 27 mai 1918 à Ostel dans l’Aisne. Mais lui, réapparut… dans un camp de prisonniers de guerre français en Allemagne, à Griessen. Il fut libéré le 5 décembre 1918 conformément aux clauses de l’Armistice et regagna… son régiment pour quelques mois encore. En 1931, il travaillait à la Poudrerie de Sorgues.

Poster un commentaire

Classé dans CADEROUSSE, Recherche

110 POILUS de CADEROUSSE, 110 DESTINS… Paul CONSTANCE.

110 noms de Poilus de Caderousse tombés lors de la Grande Guerre. 110 parcours qu’on va essayer de raconter au fil des semaines et des mois jusqu’au 11 novembre 2018.

Trente-septième nom de la liste: Constance Paul Auguste.

La seconde face du monument.

Paul Auguste est donc né à Caderousse le 27 juillet 1887 d’un père agriculteur Jean Auguste Constance né en 1849 et d’une mère Marie-Louise Paschal née en 1854. Ils habitent une ferme au quartier de la Durbane, non loin du fameux Revestidou, cette rodée du Rhône. D’ailleurs dans les divers recensements, ce lieu sera appelé Miémart, comme les petite et grande îles proches du pont de Roquemaure.

Paul est le cinquième enfant de la fratrie, derrière Augustine l’aînée née en 1875, Louis Marius l’aîné des garçons venu au monde en 1879, Victor Félix en 1882, Marguerite Louise en 1885. La mère va décéder en 1898 ou 1899. Augustine qui avait quitté la maison reviendra alors dans le foyer de la Durbane pour la seconder le père dans les tâches domestiques.

Au recensement de 1891, Paul est âgé de 3 ans.

Paul va faire son service militaire au 141ème Régiment d’Infanterie de Nice à partir du 07 octobre 1908. Première classe le 10 juin 1910, il sera libéré le 25 septembre 1909 gratifié d’un Certificat de Bonne Conduite.

Il est rappelé comme tous les hommes âgés de moins  de 48 ans au début du mois d’août 1914 dans le régiment qu’il avait quitté quatre ans auparavant, le 141ème R.I., à Marseille pour embarquer vers le front du nord-est de la France à la gare de Longchamp. Il dut d’ailleurs se retrouver quelques jours après pas très loin du lieu où tomba son homonyme de Caderousse, Lucien Henri Constance puisque le journal de marche du 3ème R.I. fait état de la présence du 141ème R.I. non loin de Coincourt. Paul s’en tira mieux que Lucien puisqu’il survécut à l’attaque aventureuse de l’infanterie française.

Pas pour très longtemps ! Le registre matricule de Paul Constance nous apprend que Paul fut fauché lors d’un combat du côté de Poperinge en Belgique, le 25 novembre 1914 et qu’il décéda dans un hôpital d’évacuation dans la journée. Les circonstances de cet épisode sont difficiles à cerner pour cause de contradictions dans les écrits militaires.

Suivant le registre matricule, Paul était soldat au 141ème R.I. mais à la date du 25 novembre, cette unité se trouvait en première ligne à une dizaine de kilomètres à l’ouest de Verdun, bien loin de la Belgique !

Suivant la fiche matricule de Mémoire des Hommes, Paul était alors soldat au 163ème R.I. au moment de son décès. Là encore fin novembre 14, le 163ème R.I. combattait à l’est-sud-est de Saint-Mihiel, à Bouconville, encore plus loin de la Belgique que Verdun.

Nous voilà guère avancé ! Mais en retournant un peu en arrière dans les biographies des Poilus de Caderousse, on retrouve un autre Paul, Paul Aubert qui fut gravement blessé autour du 25 novembre à Poperinge pour décéder dans un hôpital de l’ouest de la France le 12 décembre 1914. Nous vous invitons donc à relire ce qui a été dit sur cette opération de défense de la Belgique et de la Course à la Mer pour comprendre ce qu’il arriva dans la froidure de la fin de l’automne.

Paul avait 27 ans et 4 mois au moment de son décès. Il repose dans le cimetière militaire de Saint-Charles de Potyze, près d’Ypres, tombe individuelle 810.

La fiche de Paul Auguste Constance de Mémoire des Hommes

Paul Auguste Constance, matricule 318 classe 1907, bureau de recrutement d’Avignon pour ceux qui souhaitent aller consulter sa fiche matricule sur le site des Archives du Vaucluse. On fera la même remarque que pour Lucien, le patronyme Constance est encore présent à Caderousse et dans le Vaucluse. Si un descendant forcément indirect de ce Poilu reconnait cet arrière-grand-oncle, qu’il n’hésite pas à se manifester pour compléter ou corriger cette petite biographie.

Nous n’avons pas trouvé les renseignements militaires pour Louis Constance qui n’apparaît dans aucun bureau de recrutement, ni en Avignon, ni à Montélimar, ni à Marseille, ni en Ardèche, ni dans le Gard. Bizarre. Après guerre, il se maria avec Thérèse Point à Caderousse le 19 avril 1919.

Par contre Victor (645 classe 1902 bureau de recrutement d’Avignon), pourtant dispensé de service militaire avant-guerre puis retenu dans le corps des auxiliaires militaires en tant que fourrier jusqu’en 1915, finit par se retrouver dans les tranchées et obtint même une citation pour son courage et son sang-froid dans la tourmente de Verdun de juin à octobre 1916. Il s’était marié le 10 février 1902 avec Marie Berbiguier à Caderousse. 

A suivre: Joseph Cuer.

Poster un commentaire

Classé dans CADEROUSSE

108 POILUS de CADEROUSSE, 108 DESTINS… Louis CARTOUX

108 noms de Poilus de Caderousse tombés lors de la Grande Guerre. 108 parcours qu’on va essayer de raconter au fil des semaines et des mois jusqu’au 11 novembre 2018.

Vingt-huitième nom de la liste: Cartoux Louis Pierre.

SAMSUNG CAMERA PICTURES

Première face du Monument.

Le fils du coiffeur devenu instituteur public ! En quelques mots, voilà ce que pourrait être le résumé de la courte vie de Louis Cartoux.

Né le 13 mai 1892, Louis était donc le fils du perruquier-coiffeur Pierre Paul Cartoux qui coupait les cheveux et rasait les barbes des Caderoussiers rue Saint-Michel. Ce dernier était lui-même né à Saint-Saturnin-les-Avignon, de parents venus s’installer comme épiciers à Caderousse. Il avait épousé Madeleine Antoinette Sauvage le 9 janvier 1889, une fille du pays , enfant de Pierre Anselme Sauvage et de Lucie Marie Olivier, jardiniers au village.

En 1901, Pierre et Madeleine n’ont qu’un seul enfant, Louis, chose rare à époque. C’est ce que nous dit la liste nominative des habitants du village, établie en début d’année.

Mais en fouillant un peu plus, on s’aperçoit que le couple avait perdu une fille aînée, Lucie Denise née en octobre 1889 mais décédée alors qu’elle allait fêter ses 2 ans, en septembre 1891. Louis était donc arrivé en 1892 suivi d’un petit Paul Anselme en avril 1896 qui n’allait vivre que quelques mois. La mortalité infantile était un véritable fléau à cette époque, fléau qu’allait faire reculer sous le coups des  progrès de la médecine, de l’hygiène et de l’éducation.

Après Louis arriva un autre garçon, Pierre Marius, né en 1902 et qui apparaît dans les listes nominatives de 1906 et 1911.

Recensement de 1906

…et celui de 1911.

On voit qu’à un moment, le grand-père Michel (!), l’ancien épicier de Caderousse, vint vivre au foyer de son fils après le décès de son épouse.

Et Louis Pierre dans tout cela ? Il disparaît des listes nominatives après 1901. Rien de grave pour l’instant ! Il part poursuivre ses études secondaires dans un premier temps à Orange ce qui lui permit d’obtenir le Brevet Supérieur, chose rarissime au début du siècle puis en Avignon, à l’Ecole Normale pour devenir Instituteur public.

Appelé par l’Armée le 04 octobre 1913, il n’eut pas le temps de suivre une formation d’officiers comme le firent nombre de ses collègues enseignants,  la guerre éclatant moins de dix mois après son incorporation. Il était tout de même monté en grade comme caporal, le 15 mars 1914 au 173ème Régiment d’infanterie de Bastia, en Corse.

Il est difficile de suivre le parcours du 173ème R.I. au front, les Journaux de Marche n’ayant pu être sauvés. On sait qu’il reçut le baptême du feu sur le continent  vers le 15 août à Xousse à la frontière du territoire « ennemi » non loin de Lagarde dont on a déjà parlé puis participa à la bataille de Morhange avant de devoir reculer devant la pression allemande pour se reprendre sur le front de la Marne.

Un Résumé des Etapes et Combats fourni par Mémoire des Hommes nous confirme ce que nous dit le Registre Matricule de Louis Cartoux.

Ainsi, le jeune instituteur vauclusien se retrouva avec son régiment au bois de La Gruerie, au nord de Vienne-le-Château, au début de l’été 1915. C’est un secteur de l’ouest de Verdun….,

…à mi-chemin entre la butte de Vauquois symbole de la guerre des mines et la main de Massiges où perdit la vie Louis Berbiguier.

Son registre matricule nous apprend que Louis Pierre Cartoux ne donna plus aucun signe de vie après le 14 juillet 1915.

Il fut longtemps considéré comme « présumé tué » avant d’être officiellement déclaré mort par le Tribunal d’Orange le 21 février 1921, lequel tribunal fixa la date de sa décès au 14 juillet 1915, date à partir de laquelle il ne donna plus aucune signe de vie.

Il avait ce jour-là 23 ans, 2 mois et 1 jour. Pierre Marius Cartoux restait le seul descendant en vie du couple du coiffeur caderoussier Pierre Cartoux- Madeleine Sauvage, sur 4 enfants mis au monde ! Né en 1902, il avait évité de peu la grande boucherie de 14-18.

La fiche de Louis Pierre Cartoux de Mémoire des Hommes

Louis Pierre Cartoux, matricule 723 classe 1912, bureau de recrutement d’Avignon pour ceux qui souhaitent aller consulter sa fiche matricule sur le site des Archives du Vaucluse. Le patronyme Cartoux restant vivant à Orange (Pierre a-t-il eu une descendance ?), si un descendant indirect reconnaît cet ancêtre, qu’il n’hésite pas à se manifester pour compléter ou corriger cette petite biographie.

A suivre: René Charbonnel.

Poster un commentaire

Classé dans CADEROUSSE, Recherche

108 POILUS de Caderousse, 108 DESTINS… CAMBE Auguste.

108 noms de Poilus de Caderousse tombés lors de la Grande Guerre. 108 parcours qu’on va essayer de raconter au fil des semaines et des mois jusqu’au 11 novembre 2018.

Vingt-quatrième nom de la liste: Cambe Auguste Marius., inscrit sur la seconde face du monument… quelques problèmes de classement orthographique pour le graveur en 1937 !

Seconde face du Monument.

Trois Cambe sont morts pendant la Grande Guerre et sont tous trois inscrits sur le Monument aux Morts: Cambe Eugène, Cambe Marius et plus loin dans la liste Cambe Auguste Marius. Nous allons rétablir l’ordre alphabétique à l’occasion de cette publication.
Il ne semble pas que ces trois hommes aient une proche parenté. En remontant jusqu’à leurs arrières-grands-pères Cambe, pas d’origine commune. Peut-être en remontant plus loin…?

Né le 18 août 1887, Auguste fait partie des hommes rappelés lors de la déclaration de guerre d’août 1914 après avoir fait une première période militaire à l’âge de 21 ans. Mais auparavant, voyons sa jeunesse au bord du Petit Rhône. La lecture des recensements est très intéressante surtout que le hasard de domicile fait qu’il ne faudra guère tourner de pages… virtuelles.

1891, la première page sur laquelle apparaît Auguste qui n’a alors que trois ans. Sa famille habite Grande Rue, côté gauche… facile à repérer, à condition de savoir de quel côté on commence ! La Grande Rue est devenue rue du Docteur Guérin, bienfaiteur de la ville. Le père, officiellement prénommé Louis Vincent André, apparaît sous le prénom d’Adrien. Mauvaise transcription de l’agent recenseur. Il est né le 15 avril 1857, au même endroit. Il s’est marié avec une fille d’Orange: Marie Joséphine Elisa Farjon, de sept dans sa cadette. Il est cultivateur « propriétaire ». Auguste est le second enfant du couple. Un Paul Louis Victor Edmond Cambe l’a précédé au foyer Cambe-Farjon, en 1885.

1896. André, le père, a retrouvé sa vraie identité. Un petit Gaëtan est arrivé dans le foyer en 1892, un troisième garçon pour les Cambe-Farjon ! En bas de la liste des membres de la maisonnée apparaît Victorine Breton, mère de Mme Farjon. Le décès du père de Marie Joséphine Farjon a eu pour conséquence ce regroupement familial. Agée de 60 ans, ce serait une jeune grand-mère à notre époque. Rentière donc relativement aisée.

1901, tout le monde a pris 5 ans mais pas de changement notable dans le foyer d’André et Joséphine Farjon. Les enfants n’ont pas encore choisi leur avenir professionnel. Ce sera pour très bientôt pour les deux plus grands !

1906. Le fils aîné Paul travaille maintenant comme commis de banque en Avignon, à  l’établissement Gaïdan. Est-ce l’ancêtre de la banque Arnaud-Gaidan de Nîmes ? Pour peu de temps encore car il s’apprête à partir remplir ses obligations militaires. Ce sera pour le seconde semestre de l’année 1906 et l’Armée se servira de ses compétences professionnelles pour l’incorporer à la 15ème section de Secrétaire d’Etat-Major et de Recrutement de Marseille. Il continuera donc sous l’uniforme à travailler dans les bureaux, jusqu’en 1908. Ces secrétaires militaires furent d’une extraordinaire efficacité organisationnelle. Pensez qu’avec seulement leurs plumes et leurs papiers, ils permirent à la France de rappeler en quelques heures trois millions de réservistes lors de la mobilisation générale du 2 août 1914. Sans téléphone, sans portables, sans internet, SMS ou réseaux sociaux… !

1911. Une bonne nouvelle pour la famille et une mauvaise. Commençons par cette dernière ! La mère de Marie Joséphine Elisa Cambe (à noter que dans les recensements précédents, Mme Cambe s’est fait appeler par tous ces prénoms) n’est plus là et est  décédée. Elle aurait eu 76 ans en 1911. Par contre, bonne nouvelle, Paul de retour de l’armée a pu se rapprocher des siens et travaille maintenant comme comptable à Orange chez Martin. Auguste, lui aussi, a accompli son service militaire. Il ne s’est pas arrêté ni en Avignon, ni à Marseille mais a rejoint Nice et le 141ème Régiment d’Infanterie le 07 octobre 1911. Première classe le 5 décembre 1912, il a été renvoyé dans ses foyers le 25 septembre 1910 avec un Certificat de Bonne Conduite en poche. Deux années sur la Côte d’Azur avant de reprendre place auprès de son père pour le seconder dans les champs. Le recensement doit avoir été fait en début d’année 1911 car Auguste est encore célibataire quand le registre a été rempli. Pourtant le 08 août 1911, il s’est marié avec Rose Henriette de Valois (ou Devalois) de Sarrians. Leur lune de miel s’achèvera brutalement 3 ans et 25 jours plus tard !

Rappelé le 2 août 1914, il retrouve Nice mais le 163ème Régiment d’Infanterie, une unité dont on déjà parlé quand on a évoqué le souvenir d’un autre Caderoussier, Norbert Brichet, décédé le 15 août 1915 près de Saint-Mihiel. Le parcours d’Auguste Cambe sera bien plus bref. C’est seulement les 15 et 16 août 1914 que les bataillons embarqueront à destination de Belfort. Baptême du feu le 19 août à Tagolsheim (35 km à l’est de Belfort, entre Mulhouse et Altkirch donc en territoire ennemi conquis en 1914), le régiment perdra en un violent affrontement contre les Allemands 8 officiers et 210 hommes de troupe (36 tués, 131 blessés et 51 disparus tous grades confondus). Le régiment cruellement éprouvé est relevé et est envoyé à nouveau par train un peu plus au nord, à Saint-Dié dans les Vosges.

La troupe débarque à 5 heures du matin et va devoir, en marche forcée, avec un barda de 25 kilogrammes sur le dos, se porter au devant des Allemands dans la vallée voisine d’Autrey- Saint-Benoît-Bru. Le rédacteur du Journal de Marche du 163ème de Ligne emploie l’expression « étape longue et pénible ». Sur Google Maps, on peut évaluer cela à 28 kilomètres le chemin pour atteinte de Saint-Dié, le bois d’ Anglemont sous un soleil de plomb et sans savoir quel accueil sera fait à ce petit monde à l’arrivée.

Violents combats dans ce bois puis affrontement un peu plus au sud rue Larifontaine à Bru. C’est là qu’Auguste Cambe sera blessé peut-être le 02 septembre 1914, peut-être un ou deux jours auparavant. Il fut atteint par des billes d’un shrapnel allemand (obus qui en explosant projette de nombreuses billes de plomb) au visage avec « plaie à la face, au cuir chevelu et à l’aisselle ». S’il avait survécu, il aurait été un de ces blessés aux visages qu’on a surnommé « les Gueules Cassées ». Après-guerre, on leur dédia une tranche de la Loterie Nationale pour leur venir en aide.

Cela ne se produisit pas. Auguste Cambe décéda à l’ambulance, un peu en arrière, à Autrey, le 02 septembre 1914, 31 jours après le début de la guerre. Il fut inhumé à la Nécropole Nationale de Saint-Benoît-de-Chipotte, tombe individuelle 330.  Ce cimetière est situé au coeur de la forêt vosgienne, près du col de la Chipotte.

La fiche d’Auguste Cambe de Mémoire des Hommes

Auguste Marius Cambe, matricule 323 classe 1907, bureau de recrutement d’Avignon pour ceux qui souhaitent aller consulter sa fiche matricule sur le site des Archives du Vaucluse. Le patronyme Cambe étant toujours vivant à Caderousse et dans la région, si un descendant indirect reconnaît un membre se sa famille, qu’il ne se gène pas pour réagir, surtout s’il possède quelques photos ou documents. 

A suivre: Cambe Eugène.

Post-scriptum.

On a parlé dans l’article de Paul et Gaëtan Cambe, quels furent leurs parcours pendant la Grande Guerre ?

Paul Cambe (matricule 407, classe 1905 d’Avignon).

Après sa période comme secrétaire lors de son incorporation, il fut envoyé pendant la guerre dans une unité du Train, au 20ème régiment du Train de Versailles et au 4ème du Train de Chartres. Il était donc dans le ravitaillement et on peut comprendre qu’on avait besoin, là, d’hommes capables de transcrire des ordres, d’être rigoureux et organisés. Il sortit sans dommage de la guerre et on sait qu’il fut secrétaire de Mairie à Caderousse à partir de 1924.

Gaëtan Cambe (matricule 721, classe 1912 d’Avignon).

Moins de chance pour le petit frère d’Auguste. Incorporé le 14 octobre 1913 au 173ème Régiment d’Infanterie de Corté en Corse, il se retrouva bien vite sur le front. Quelques jours après le décès de son frère (l’avait-il su ?), il fut pris par les Allemands à Montfaucon d’Argonne le 30 septembre 1914. Il connut donc le même sort que son compatriote Marius François Bruguier pris à quelques kilomètres de là, au bois de Malancourt, dans l’anéantissement du 258ème RI le 20 mars 1916. Mais il eut plus de chance que lui. Il fut envoyé en camp de prisonniers de Dülmen (au nord de Dortmund près de la frontière néerlandaise) mais il en revint vivant, certes très longtemps après, le 28 décembre 1918. 51 mois de captivité !  En 1921, il quitta Caderousse pour Rochegude dans la Drôme.

Poster un commentaire

Classé dans CADEROUSSE, Recherche