Archives de Catégorie: CADEROUSSE

108 POILUS de CADEROUSSE, 108 DESTINS… Louis CARTOUX

108 noms de Poilus de Caderousse tombés lors de la Grande Guerre. 108 parcours qu’on va essayer de raconter au fil des semaines et des mois jusqu’au 11 novembre 2018.

Vingt-huitième nom de la liste: Cartoux Louis Pierre.

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Première face du Monument.

Le fils du coiffeur devenu instituteur public ! En quelques mots, voilà ce que pourrait être le résumé de la courte vie de Louis Cartoux.

Né le 13 mai 1892, Louis était donc le fils du perruquier-coiffeur Pierre Paul Cartoux qui coupait les cheveux et rasait les barbes des Caderoussiers rue Saint-Michel. Ce dernier était lui-même né à Saint-Saturnin-les-Avignon, de parents venus s’installer comme épiciers à Caderousse. Il avait épousé Madeleine Antoinette Sauvage le 9 janvier 1889, une fille du pays , enfant de Pierre Anselme Sauvage et de Lucie Marie Olivier, jardiniers au village.

En 1901, Pierre et Madeleine n’ont qu’un seul enfant, Louis, chose rare à époque. C’est ce que nous dit la liste nominative des habitants du village, établie en début d’année.

Mais en fouillant un peu plus, on s’aperçoit que le couple avait perdu une fille aînée, Lucie Denise née en octobre 1889 mais décédée alors qu’elle allait fêter ses 2 ans, en septembre 1891. Louis était donc arrivé en 1892 suivi d’un petit Paul Anselme en avril 1896 qui n’allait vivre que quelques mois. La mortalité infantile était un véritable fléau à cette époque, fléau qu’allait faire reculer sous le coups des  progrès de la médecine, de l’hygiène et de l’éducation.

Après Louis arriva un autre garçon, Pierre Marius, né en 1902 et qui apparaît dans les listes nominatives de 1906 et 1911.

Recensement de 1906

…et celui de 1911.

On voit qu’à un moment, le grand-père Michel (!), l’ancien épicier de Caderousse, vint vivre au foyer de son fils après le décès de son épouse.

Et Louis Pierre dans tout cela ? Il disparaît des listes nominatives après 1901. Rien de grave pour l’instant ! Il part poursuivre ses études secondaires dans un premier temps à Orange ce qui lui permit d’obtenir le Brevet Supérieur, chose rarissime au début du siècle puis en Avignon, à l’Ecole Normale pour devenir Instituteur public.

Appelé par l’Armée le 04 octobre 1913, il n’eut pas le temps de suivre une formation d’officiers comme le firent nombre de ses collègues enseignants,  la guerre éclatant moins de dix mois après son incorporation. Il était tout de même monté en grade comme caporal, le 15 mars 1914 au 173ème Régiment d’infanterie de Bastia, en Corse.

Il est difficile de suivre le parcours du 173ème R.I. au front, les Journaux de Marche n’ayant pu être sauvés. On sait qu’il reçut le baptême du feu sur le continent  vers le 15 août à Xousse à la frontière du territoire « ennemi » non loin de Lagarde dont on a déjà parlé puis participa à la bataille de Morhange avant de devoir reculer devant la pression allemande pour se reprendre sur le front de la Marne.

Un Résumé des Etapes et Combats fourni par Mémoire des Hommes nous confirme ce que nous dit le Registre Matricule de Louis Cartoux.

Ainsi, le jeune instituteur vauclusien se retrouva avec son régiment au bois de La Gruerie, au nord de Vienne-le-Château, au début de l’été 1915. C’est un secteur de l’ouest de Verdun….,

…à mi-chemin entre la butte de Vauquois symbole de la guerre des mines et la main de Massiges où perdit la vie Louis Berbiguier.

Son registre matricule nous apprend que Louis Pierre Cartoux ne donna plus aucun signe de vie après le 14 juillet 1915.

Il fut longtemps considéré comme « présumé tué » avant d’être officiellement déclaré mort par le Tribunal d’Orange le 21 février 1921, lequel tribunal fixa la date de sa décès au 14 juillet 1915, date à partir de laquelle il ne donna plus aucune signe de vie.

Il avait ce jour-là 23 ans, 2 mois et 1 jour. Pierre Marius Cartoux restait le seul descendant en vie du couple du coiffeur caderoussier Pierre Cartoux- Madeleine Sauvage, sur 4 enfants mis au monde ! Né en 1902, il avait évité de peu la grande boucherie de 14-18.

La fiche de Louis Pierre Cartoux de Mémoire des Hommes

Louis Pierre Cartoux, matricule 723 classe 1912, bureau de recrutement d’Avignon pour ceux qui souhaitent aller consulter sa fiche matricule sur le site des Archives du Vaucluse. Le patronyme Cartoux restant vivant à Orange (Pierre a-t-il eu une descendance ?), si un descendant indirect reconnaît cet ancêtre, qu’il n’hésite pas à se manifester pour compléter ou corriger cette petite biographie.

A suivre: René Charbonnel.

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108 POILUS de CADEROUSSE, 108 DESTINS… Célestin CARTIER.

108 noms de Poilus de Caderousse tombés lors de la Grande Guerre. 108 parcours qu’on va essayer de raconter au fil des semaines et des mois jusqu’au 11 novembre 2018.

Vingt-septième nom de la liste: Cartier Célestin Jean.

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Première face du Monument.

On croyait avoir écrit la biographie la plus courte avec celle de Martial Bertet ! Celle de Célestin Cartier risque d’être encore plus rapide. On pourrait d’ailleurs faire une copie de celle de Martial tant leurs deux destins sont proches. En quelques mots: ils furent incorporés au 61ème Régiment d’Infanterie de Privas, y passèrent quelques semaines et y décèdent de maladie. En 117 caractères, leurs destins sont scellés !

Si la guerre avait été rapide comme chacun en était persuadé en août 14, Célestin n’aurait pas été appelé par anticipation en 1918. Mais la guerre dura quatre ans. Né le 16 septembre 1899 à Caderousse, il n’avait pas encore 15 ans quand le tocsin sonna le 2 août 1914. Il n’en avait pas encore 19 quand l’Armée fit appel à ses services, le 22 avril 1918 ! Un gamin !

C’est par sa mère que Célestin est Caderoussier. Marius Frédéric Cartier, son père, originaire de Piolenc avait dû traverser l’Aigue pour épouser Eugénie Elisabeth Monier le 16 octobre 1897. La famille Cartier habitait d’ailleurs Orange au moment de cette union. Célestin naquit deux ans plus tard dans une ferme du quartier Fazende. Il fut le seul enfant du couple, chose rare à cette époque.

A la ferme, vivaient donc Frédéric et Elisabeth, leur fils Célestin et la mère d’Elisabeth, Catherine Rose Monique Ferragut se faisant appeler Rosine pour faire plus simple, son mari étant décédé  en 1891. En 1911, Rosine était partie mais c’est la mère de Frédéric qui était venue rejoindre le couple, Marguerite née Faure alors que ses prénoms officiels étaient bien plus originaux, Bertille Appoline, âgée de 75 ans.

C’est dans ce milieu un peu fermé que Célestin passa sa courte vie. Sorti avec un petit niveau de l’école, il aidera son père aux champs jusqu’à ce que l’Armée l’appelle. Le même chemin en train que Martial Bertet jusqu’à la caserne Rampon de Privas et le 61ème Régiment d’Infanterie. Il y arriva le 23 avril 1918. Il décéda à l’asile des vieillards Sainte-Marie transformé en hôpital provisoire le 13 juin 1918 d’une broncho-pneumonie grippale ou de courbature grippale suivant ses registres matricules., en un mot d’une mauvaise grippe contractée à la caserne. On pense immédiatement à la grippe espagnole bien que la date de la mi-juin 1918 ne corresponde pas tout à fait à celles que l’Histoire nous a laissées pour cette épidémie. La grippe espagnole décima les troupes comme les civils en deux vagues: de mi-septembre à décembre 1918 puis de février à juin 1919. Mi-juin 1918, cela fait un peu tôt pour être certain que se soit ce virus qui emporta Célestin. Mais la grippe arriva en France en même temps que le gros des troupes américaines en mai-juin 1918 et Célestin croisa peut-être pour son malheur quelques « Sammies » en traitement dans un hôpital de la préfecture ardéchoise. Célestin Cartier, un des premiers morts français de la grippe espagnole ? Le doute subsiste.

Il avait 18 ans 8 mois et 28 jours. Sa famille ne put ou voulut rapatrier sa dépouille sur Caderousse. Il est inhumé au carré militaire du cimetière de Privas, tombe 16 de l’allée 4.

La fiche de Célestin Jean Cartier de Mémoire des Hommes

Célestin Jean Cartier, matricule 1081 classe 1919, bureau de recrutement d’Avignon pour ceux qui souhaitent aller consulter sa fiche matricule (succincte) sur le site des Archives du Vaucluse. Si un descendant indirect (le patronyme Cartier est encore vivant à Orange) reconnaît cet ancêtre, qu’il n’hésite pas à se manifester pour compléter ou corriger cette courte biographie.

A suivre: Louis Cartoux.

Post scriptum.

Au cimetière de Privas, dans le carré militaire…

…dans lequel reposent environ 80 soldats, au rang 4, la tombe 16 de Célestin Cartier.

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108 POILUS de CADEROUSSE, 108 DESTINS… Marius CAMBE.

108 noms de Poilus de Caderousse tombés lors de la Grande Guerre. 108 parcours qu’on va essayer de raconter au fil des semaines et des mois jusqu’au 11 novembre 2018.

Vingt-sixième nom de la liste: Cambe Marius Antoine.

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Première face du Monument.

Né la même année qu’Eugène Cambe, Marius Cambe vécut une existence très proche de celle de son homonyme: copains de nom, copains de classe à l’école de Caderousse, copains de fêtes, copains de régiment, presque voisins et pour finir frères d’armes et de destins tragiques.

Marius Antoine Cambe était le second enfant du couple François Julien Cambe- Thérèse Vivet, tout deux nés au milieu du XIXème siècle à Caderousse. Julien et Thérèse avaient uni leurs destinés le 08 janvier 1878. Lui était ouvrier baletier et elle ménagère. Ils habitaient rue de l’Hôpital à l’intérieur des digues. Très vite la famille s’agrandit.

De cette union était née tout d’abord une fille Marguerite Rose ou Thérèse suivant les sources, le 29 août 1879.  Le second fut donc Marius Antoine, venu au monde le 14 mars 1882… un futur conscrit pour la classe 1902. Le 29 décembre 1885, une seconde fille arriva, Marie Julienne qui allait vivre au village jusqu’en 1968. Equilibre parfait, le suivant et dernier enfant fut un garçon, Auguste Théophile né le 10 février 1888. On évoquera son parcours militaire pendant la Grande Guerre dans le post-scriptum.

Voici la famille au complet, vivant rue de l’Hôpital, en 1891. Le père cultive maintenant quelques terres et c’est la mère qui a pris le relais aux balais pour compléter le revenu familial. Il faut tout de même nourrir six personnes !

La situation n’a pas changé en 1896. Le père est maintenant jardinier et doit vendre sa production au village. Il est secondé dans sa tâche par Marius, son fils aîné, en âge de travailler puisqu’ayant atteint… 14 ans ! Il avait tout de même quitté l’école avec un bon niveau d’instruction, comme le jugera plus tard l’Armée.

Marguerite, l’aînée, exécute quelques travaux de couture. Elle a maintenant 16 ans et va rapidement se marier et quitter le foyer. Ce sera le 18 octobre 1899 qu’elle deviendra Mme Elie (lecture incertaine) César Auguste Ponsson (même remarque) comme on disait à l’époque, quand les femmes perdaient leur identité en prenant époux.

Au XXème siècle naissant, le père a quitté le village pour se rapprocher des terres qu’il mène, quartier Campblancart, à l’est du village. Marius travaille toujours aux champs avec son père et Julienne prend le même chemin que sa soeur aînée en se perfectionnant dans son futur métier d’épouse. Elle se mariera peu après, le 11 mai 1904 avec Julien François Gonner de Caderousse, avant son grand frère qui ne prendra femme qu’après sa période militaire.

C’est ce que confirme le recensement de 1906. Marius est incorporé depuis le 16 novembre 1903 au 24ème Bataillon de Chasseurs à Pied de Villefranche-sur-Mer près de Nice. Il s’agit d’un régiment alpin composé de jeunes hommes du Midi de la France, des Niçois et des Marseillais, des Vauclusiens, des Ardéchois et des Lozériens, des Toulousains, des Basques et des Bordelais. Il deviendra caporal en 1904 et retournera dans ses foyers le 18 septembre 1906, après l’établissement du recensement et muni d’un certificat de bonne conduite. Trois ans d’armée tout de même au compteur !

Julienne a eu un bébé, un petit Gilbert, né en 1904. Elle vit avec son fils chez ses parents, quartier Campblancart. Pourquoi donc ? Son époux, Julien Gonner, est tout simplement soldat au 15ème Escadron du Train des Equipages à Orange depuis le 10 octobre 1905. Il sera libéré peu de temps après le recensement, le 18 septembre 1906, le même jour que son beau-frère.

En 1911, Marius est donc marié. Il a épousé Marie Léa Siffrein le 28 octobre 1908, à Caderousse. C’est une fille de Caderousse, de 10 ans sa cadette, née le 21 janvier 1892. Elle est la fille d’un cultivateur des Cabannes, Joseph Siffrein et de Théalinde Agnès Labrouve. Marius et Marie se sont d’ailleurs installés dans cette ferme, à l’ouest de Caderousse, les parents n’étant plus là.

Ils ont même eu un premier enfant, un petit Julien, né en 1910, que le hasard de l’écriture d’un recensement a séparé de ses parents par le jeu de la mise ne page. Julien porte le prénom usuel de son grand-père paternel.

Lesquels grands-parents, à la soixantaine, continuent d’exploiter seuls la ferme de Campblancard. Seuls car Auguste, le petit dernier, termine sa période militaire. Il sera libéré le 24 septembre 1911.

Quelques mois après, Marius comme Auguste allaient être rappelés dans les casernes, le 02 août 1914 comme des millions de jeunes Français, Marius sur la Côte d’Azur, chez les Alpins qu’il avait quitté huit ans auparavant. Le 24ème Bataillon de Chasseurs à Pied allait connaître le feu à Dieuze en Lorraine momentanément libérée puis ce fut Verdun, Ypres et ce qu’il restait de Belgique non occupée. Les Alpins allaient ensuite être envoyés dans un milieu plus conforme à ce qu’était l’ADN des troupes de montagne: les Vosges et ces sommets arrondis que se disputaient farouchement Français et Allemands. C’est là que le destin de Marius Cambe rejoignit celui d’Auguste Bruguier, mort sur les pentes du Reichakerkopf et celui de Martial Bruguier, tombé au Linge.

Deux sommets à l’importance stratégique peu évidente auxquels on peut ajouter l’Almattkopf à deux kilomètres au sud-ouest du Reichakerkopf et le Braunkopf tout proche. On devine la ligne de front sur la carte replaçant ces quatre sommets maudits. Les Alpins y arrivèrent le 11 février 1915. C’est le 16 juin 1915 que Marius Cambe fut tué à l’ennemi. En bivouac à l’arrière de la ligne de front, au lac de Schissroth le 15 juin, le 24ème B.C.P. fut enjoint de se hâter à se rendre sur le front pour attaquer immédiatement. Mais les défenses allemandes étaient imprenables sans une préparation sérieuse d’artillerie ce qui était le cas et les hommes se firent hacher par les mitrailleuses. Parmi eux, Marius Cambe.

L’Historique du régiment paru après guerre fait allusion à ces attaques du 15 juin principalement, reprenant en cela le Journal de Marche de l’unité rédigée en direct. Le Bataillon perdit 223 hommes (57 tués, 125 blessés et 41 disparus) le 15 juin d’après ce dernier ouvrage et 125 (31 tués, 83 blessés et 12 disparus) le lendemain, avec une attaque portée sur le Braunkopf, quelques hectomètres au sud de l’Almattkopf pour des gains quasi-inexistants. Une terrible hécatombe !

La narration de la journée du 16 juin dans le Journal de marche: 

Marius Cambe apparaît dans la liste des soldats décédés durant l’année 1915 dans l’Historique du Bataillon… avec une petite erreur d’orthographe sur son nom, devenu Combe à la place de Cambe.

Mais le prénom, le grade et la date de décès correspondent.

Marius Cambe était âgé de 33ans, 3 mois et 1 jour.

La fiche de Marius Antoine Cambe de Mémoire des Hommes

Marius Antoine Cambe, matricule 619 classe 1902, bureau de recrutement d’Avignon pour ceux qui souhaitent aller consulter sa fiche matricule sur le site des Archives du Vaucluse. Si un descendant du petit Julien reconnaît son ancêtre, qu’il n’hésite pas à se manifester pour compléter ou corriger cette biographie.

A suivre: Célestin Cartier.

Post-Scriptum. Le parcours d’Auguste Théophile Cambe, le petit frère de Marius.

Né le 10 février 1888, il appartenait à la classe 1908. Il fit donc ses classes du 1er octobre 1909 au 24 septembre 1911 au 10ème Régiment de Cuirassiers de Lyon. Il porta donc le même uniforme flamboyant qu’Isidore Brémond dont on a déjà parlé. A la mobilisation générale du 2 août 1914, il se retrouva comme Isidore au 55ème Régiment d’Artillerie d’Orange. Sa guerre contre l’Allemagne dura du 3 août 1914 au 10 juillet 1919. Cinq ans loin de Caderousse, de son épouse Inès Delphine Jaubert qu’il avait épousé à Valence le 10 août 1912. A sa démobilisation en 1919, on sait qu’il vécut à Châteauneuf-du-Rhône près de Montélimar puis à Sainte-Cécile-des-Vignes (en 1923), aux Négades à Orange (en 1929) puis se fixa à Châteauneuf-du-Pape (en 1931). Il y décéda le 12 janvier 1957.

Auguste Théophile Cambe, matricule 280, classe 1908, bureau de recrutement d’Avignon.

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108 POILUS de CADEROUSSE, 108 DESTINS… CAMBE Eugène.

108 noms de Poilus de Caderousse tombés lors de la Grande Guerre. 108 parcours qu’on va essayer de raconter au fil des semaines et des mois jusqu’au 11 novembre 2018.

Vingt-cinquième nom de la liste: Cambe Eugène Pierre Martin.

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Première face du Monument.

Voilà une Poilu caderoussier dont on pourrait en savoir beaucoup plus que ces quelques lignes car il est certain qu’il a eu une descendance. Né le 18 janvier 1882, c’est un encore jeune homme de 32 ans au début de la guerre. Mais il était marié et avait eu deux enfants dont un petit Albert venu au monde en 1911. Ce nom « Albert Cambe » m’était connue car souvent  entendu dans la bouche de mes grands-parents, dans les années 60. On le verra dans la post-scriptum. Mais prenons les choses depuis le début.

Aussi loin que nous avons cherché dans les listes nominatives de la commune, les Cambe vivent dans une ferme quartier Miémart. C’est le coin le plus méridional de la commune, excepté le sud de l’île de la Piboulette, non loin du pont de Roquemaure. Il existe aussi deux îles portant ce nom, de l’autre côté du Rhône dans cette commune gardoise: cet îlot qui précédait l’ancien pont suspendu et une grande île artificielle créée par un canal du Rhône. On le voit sur cette carte de 1880.

En 1881, Eugène n’est pas encore là.

Le père également prénommé Eugène qu’on différenciera de son fils par son second prénom Urbain, est un jeune homme, un cultivateur, marié à Marie-Louise Pujade originaire de Saint-Laurent-(les-Arbres). Le couple a eu une fille Albertine Josephine venue au monde le 7 août 1877.

Né en 1882, le jeune Eugène a 9 ans en 1891. Louis Cambe et Marie Lafond doivent être l’oncle et la tante d’Eugène Urbain père. Les parents d’Urbain, Joseph Cambe et Magdelaine-Caroline Fabre, sont tous deux disparus à cette date.

Pas de modification en 1896 ni en 1901. Tout le monde a pris 5 ans puis 10 ans de plus ! Logique !

En 1906, la situation  bien changé. Les parents restent seuls pour mener la ferme du quartier Miémart. Ils ont engagé un domestique, Pierre Brunet, venu de Sérignan. De son côté, Albertine a convolé en justes noces et Eugène junior est sous les drapeaux où il finit sa période de préparation militaire. Il a été appelé le 16 novembre 1903 à la caserne Pépin de Pont-Saint-Esprit. Incorporé au 55ème Régiment d’Infanterie, il est devenu première classe le 11 septembre 1905 et a été rendu à la vie civile le 18 septembre 1906. On peut en déduire que ce recensement a été effectué au premier semestre 1906.

1911 maintenant. 5 années sont passées et des nuages noirs s’accumulent dans le lointain. Bien des choses sont arrivées dans la vie d’Eugène Combe âgé de 29 ans. Sa mère est décédée, il s’est marié, il a repris la ferme de son père âgé de presque 70 ans et il a eu deux garçons. Rien que cela ! En reprenant dans l’ordre, il a épousé le 09 janvier 1909 une fille d’une ferme voisine du quartier Miémart, Laurence Marie Alex Avy (ou Avi), de 3 ans sa cadette. Deux enfants sont nés de cette union: Gaston en 1909 et Albert en 1911.

C’est donc trois ans plus tard qu’Eugène va être rappelé lors de la mobilisation générale du 2 août 1914. Il rejoint la caserne Chabran d’Avignon comme prévu dans ses papiers militaires et non la caserne de Pépin de Pont et le 258ème Régiment d’Infanterie et non au 55ème. Regroupé sur l’Isle-sur-la-Sorgue, Chateauneuf-de-Gadagne, Monfavet, ce régiment mettra un certain temps à partir pour le front, laissant les troupes d’actives passer les premières sur les voies de chemin de fer. On a déjà parlé de cela dans la biographie de Marius Bruguier.

Premiers combats très meurtriers le 24 août 1914 vers Fresnes-en-Woèvre, au sud de Verdun. Quelques semaines après c’est toujours là que se trouve le régiment, devant résister au mieux à une violente poussée allemande dans ce secteur au nord de Saint-Mihiel. En reportant sur une carte actuelle l’avancée allemande du 19 au 26 septembre, on s’aperçoit que la tache a été rude pour les hommes du 258ème lors de cette autre semaine sanglante et que les pertes humaines ont été considérables.

Il n’est qu’à lire un passage du Journal de Marche du Régiment en date du 25 septembre 1914, pour s’apercevoir de l’étendue des dégâts.

Car malgré la pression allemande, les généraux supérieurs restent sur leur philosophie mortifère d’attaque à outrance au lieu de la prudence qui aurait dû prévaloir. Ainsi va se créer le fameux « saillant de Saint-Mihiel » qui ne sera gommé qu’à la fin de l’été 1918.

C’est lors de cette semaine qu’Eugène Cambe laissera sa vie. L’Armée n’a pu donner d’explication sur les raisons de sa mort puisqu’il sera considéré comme disparu. On sait que cela se passa entre le 20 et le 27 septembre 1914. La date du décès sera fixée arbitrairement au 25 septembre 1914 par un jugement du Tribunal d’Orange du 15 octobre 1921. Dans un premier temps il semble qu’elle ait été enregistrée le 20 septembre, premier jour de l’attaque allemande comme cela est dit sur le registre matricule de « Mémoire des Hommes », date reprise par la famille sur la tombe du cimetière de Caderousse.

Une tombe sur laquelle on aperçoit l’épitaphe suivante: A LA MÉMOIRE DE EUGÈNE CAMBE DISPARU LE 20 SEPTEMBRE 1914 À VIGNEULLES (MEUSE) À L’AGE DE 32 ANS.

Eugène Cambe laissait deux enfants de 6 et 3 ans et une ferme sans bras pour la mener ! Terrible épreuve pour sa veuve Laurence !

La fiche d’Eugène Pierre Martin Cambe de Mémoire des Hommes

Eugène Pierre Martin Cambe matricule 622 classe 1902, bureau de recrutement d’Avignon pour ceux qui souhaitent aller consulter sa fiche matricule sur le site des Archives du Vaucluse. Si un descendant souhaite se manifester pour donner d’autres précisions et fournir une photo de son ancêtre, ce sera avec plaisir que parle lui sera donnée. 

A suivre: Marius Cambe.

Post-scriptum:

Albert Cambe, donc, fil d’Eugène Cambe au même titre que Gaston Cambe. Plus jeune de 10 ans que mon grand-père Gabriel, il fut colistier de celui-ci lors des élections municipales de 1947 désignant le premier conseil municipal élu après Libération. Sous la bannière du Parti Radical et Radical-Socialiste d’Edouard Saladier, ils furent élus et siégèrent 6 ans lors du premier mandat de Jean Farjon, colonel à la retraite.

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108 POILUS de Caderousse, 108 DESTINS… CAMBE Auguste.

108 noms de Poilus de Caderousse tombés lors de la Grande Guerre. 108 parcours qu’on va essayer de raconter au fil des semaines et des mois jusqu’au 11 novembre 2018.

Vingt-quatrième nom de la liste: Cambe Auguste Marius., inscrit sur la seconde face du monument… quelques problèmes de classement orthographique pour le graveur en 1937 !

Seconde face du Monument.

Trois Cambe sont morts pendant la Grande Guerre et sont tous trois inscrits sur le Monument aux Morts: Cambe Eugène, Cambe Marius et plus loin dans la liste Cambe Auguste Marius. Nous allons rétablir l’ordre alphabétique à l’occasion de cette publication.
Il ne semble pas que ces trois hommes aient une proche parenté. En remontant jusqu’à leurs arrières-grands-pères Cambe, pas d’origine commune. Peut-être en remontant plus loin…?

Né le 18 août 1887, Auguste fait partie des hommes rappelés lors de la déclaration de guerre d’août 1914 après avoir fait une première période militaire à l’âge de 21 ans. Mais auparavant, voyons sa jeunesse au bord du Petit Rhône. La lecture des recensements est très intéressante surtout que le hasard de domicile fait qu’il ne faudra guère tourner de pages… virtuelles.

1891, la première page sur laquelle apparaît Auguste qui n’a alors que trois ans. Sa famille habite Grande Rue, côté gauche… facile à repérer, à condition de savoir de quel côté on commence ! La Grande Rue est devenue rue du Docteur Guérin, bienfaiteur de la ville. Le père, officiellement prénommé Louis Vincent André, apparaît sous le prénom d’Adrien. Mauvaise transcription de l’agent recenseur. Il est né le 15 avril 1857, au même endroit. Il s’est marié avec une fille d’Orange: Marie Joséphine Elisa Farjon, de sept dans sa cadette. Il est cultivateur « propriétaire ». Auguste est le second enfant du couple. Un Paul Louis Victor Edmond Cambe l’a précédé au foyer Cambe-Farjon, en 1885.

1896. André, le père, a retrouvé sa vraie identité. Un petit Gaëtan est arrivé dans le foyer en 1892, un troisième garçon pour les Cambe-Farjon ! En bas de la liste des membres de la maisonnée apparaît Victorine Breton, mère de Mme Farjon. Le décès du père de Marie Joséphine Farjon a eu pour conséquence ce regroupement familial. Agée de 60 ans, ce serait une jeune grand-mère à notre époque. Rentière donc relativement aisée.

1901, tout le monde a pris 5 ans mais pas de changement notable dans le foyer d’André et Joséphine Farjon. Les enfants n’ont pas encore choisi leur avenir professionnel. Ce sera pour très bientôt pour les deux plus grands !

1906. Le fils aîné Paul travaille maintenant comme commis de banque en Avignon, à  l’établissement Gaïdan. Est-ce l’ancêtre de la banque Arnaud-Gaidan de Nîmes ? Pour peu de temps encore car il s’apprête à partir remplir ses obligations militaires. Ce sera pour le seconde semestre de l’année 1906 et l’Armée se servira de ses compétences professionnelles pour l’incorporer à la 15ème section de Secrétaire d’Etat-Major et de Recrutement de Marseille. Il continuera donc sous l’uniforme à travailler dans les bureaux, jusqu’en 1908. Ces secrétaires militaires furent d’une extraordinaire efficacité organisationnelle. Pensez qu’avec seulement leurs plumes et leurs papiers, ils permirent à la France de rappeler en quelques heures trois millions de réservistes lors de la mobilisation générale du 2 août 1914. Sans téléphone, sans portables, sans internet, SMS ou réseaux sociaux… !

1911. Une bonne nouvelle pour la famille et une mauvaise. Commençons par cette dernière ! La mère de Marie Joséphine Elisa Cambe (à noter que dans les recensements précédents, Mme Cambe s’est fait appeler par tous ces prénoms) n’est plus là et est  décédée. Elle aurait eu 76 ans en 1911. Par contre, bonne nouvelle, Paul de retour de l’armée a pu se rapprocher des siens et travaille maintenant comme comptable à Orange chez Martin. Auguste, lui aussi, a accompli son service militaire. Il ne s’est pas arrêté ni en Avignon, ni à Marseille mais a rejoint Nice et le 141ème Régiment d’Infanterie le 07 octobre 1911. Première classe le 5 décembre 1912, il a été renvoyé dans ses foyers le 25 septembre 1910 avec un Certificat de Bonne Conduite en poche. Deux années sur la Côte d’Azur avant de reprendre place auprès de son père pour le seconder dans les champs. Le recensement doit avoir été fait en début d’année 1911 car Auguste est encore célibataire quand le registre a été rempli. Pourtant le 08 août 1911, il s’est marié avec Rose Henriette de Valois (ou Devalois) de Sarrians. Leur lune de miel s’achèvera brutalement 3 ans et 25 jours plus tard !

Rappelé le 2 août 1914, il retrouve Nice mais le 163ème Régiment d’Infanterie, une unité dont on déjà parlé quand on a évoqué le souvenir d’un autre Caderoussier, Norbert Brichet, décédé le 15 août 1915 près de Saint-Mihiel. Le parcours d’Auguste Cambe sera bien plus bref. C’est seulement les 15 et 16 août 1914 que les bataillons embarqueront à destination de Belfort. Baptême du feu le 19 août à Tagolsheim (35 km à l’est de Belfort, entre Mulhouse et Altkirch donc en territoire ennemi conquis en 1914), le régiment perdra en un violent affrontement contre les Allemands 8 officiers et 210 hommes de troupe (36 tués, 131 blessés et 51 disparus tous grades confondus). Le régiment cruellement éprouvé est relevé et est envoyé à nouveau par train un peu plus au nord, à Saint-Dié dans les Vosges.

La troupe débarque à 5 heures du matin et va devoir, en marche forcée, avec un barda de 25 kilogrammes sur le dos, se porter au devant des Allemands dans la vallée voisine d’Autrey- Saint-Benoît-Bru. Le rédacteur du Journal de Marche du 163ème de Ligne emploie l’expression « étape longue et pénible ». Sur Google Maps, on peut évaluer cela à 28 kilomètres le chemin pour atteinte de Saint-Dié, le bois d’ Anglemont sous un soleil de plomb et sans savoir quel accueil sera fait à ce petit monde à l’arrivée.

Violents combats dans ce bois puis affrontement un peu plus au sud rue Larifontaine à Bru. C’est là qu’Auguste Cambe sera blessé peut-être le 02 septembre 1914, peut-être un ou deux jours auparavant. Il fut atteint par des billes d’un shrapnel allemand (obus qui en explosant projette de nombreuses billes de plomb) au visage avec « plaie à la face, au cuir chevelu et à l’aisselle ». S’il avait survécu, il aurait été un de ces blessés aux visages qu’on a surnommé « les Gueules Cassées ». Après-guerre, on leur dédia une tranche de la Loterie Nationale pour leur venir en aide.

Cela ne se produisit pas. Auguste Cambe décéda à l’ambulance, un peu en arrière, à Autrey, le 02 septembre 1914, 31 jours après le début de la guerre. Il fut inhumé à la Nécropole Nationale de Saint-Benoît-de-Chipotte, tombe individuelle 330.  Ce cimetière est situé au coeur de la forêt vosgienne, près du col de la Chipotte.

La fiche d’Auguste Cambe de Mémoire des Hommes

Auguste Marius Cambe, matricule 323 classe 1907, bureau de recrutement d’Avignon pour ceux qui souhaitent aller consulter sa fiche matricule sur le site des Archives du Vaucluse. Le patronyme Cambe étant toujours vivant à Caderousse et dans la région, si un descendant indirect reconnaît un membre se sa famille, qu’il ne se gène pas pour réagir, surtout s’il possède quelques photos ou documents. 

A suivre: Cambe Eugène.

Post-scriptum.

On a parlé dans l’article de Paul et Gaëtan Cambe, quels furent leurs parcours pendant la Grande Guerre ?

Paul Cambe (matricule 407, classe 1905 d’Avignon).

Après sa période comme secrétaire lors de son incorporation, il fut envoyé pendant la guerre dans une unité du Train, au 20ème régiment du Train de Versailles et au 4ème du Train de Chartres. Il était donc dans le ravitaillement et on peut comprendre qu’on avait besoin, là, d’hommes capables de transcrire des ordres, d’être rigoureux et organisés. Il sortit sans dommage de la guerre et on sait qu’il fut secrétaire de Mairie à Caderousse à partir de 1924.

Gaëtan Cambe (matricule 721, classe 1912 d’Avignon).

Moins de chance pour le petit frère d’Auguste. Incorporé le 14 octobre 1913 au 173ème Régiment d’Infanterie de Corté en Corse, il se retrouva bien vite sur le front. Quelques jours après le décès de son frère (l’avait-il su ?), il fut pris par les Allemands à Montfaucon d’Argonne le 30 septembre 1914. Il connut donc le même sort que son compatriote Marius François Bruguier pris à quelques kilomètres de là, au bois de Malancourt, dans l’anéantissement du 258ème RI le 20 mars 1916. Mais il eut plus de chance que lui. Il fut envoyé en camp de prisonniers de Dülmen (au nord de Dortmund près de la frontière néerlandaise) mais il en revint vivant, certes très longtemps après, le 28 décembre 1918. 51 mois de captivité !  En 1921, il quitta Caderousse pour Rochegude dans la Drôme.

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108 POILUS de Caderousse, 108 DESTINS… BRUGUIER Martial.

108 noms de Poilus de Caderousse tombés lors de la Grande Guerre. 108 parcours qu’on va essayer de raconter au fil des semaines et des mois jusqu’au 11 novembre 2018.

Vingt-troisième nom de la liste: Bruguier Martial Roger…. qui n’est pas inscrit sur le Monument aux Morts de Caderousse. Comme on l’a déjà lu, Martial avait suivi sa famille partie dans le Gard entre 1907 et 1911, allant vivre du côté de Bagnols-su-Cèze, faisant ainsi le chemin inverse du grand-père passé de Bagnols à Caderousse au milieu du XIXème siècle.

N’ayant pas eu accès au registre matricule complet de Martial Bruguier, cet article sera susceptible d’être modifié. Toutefois, son parcours militaire étant très court, on peut imaginer que nous sommes en grande partie dans le vrai.

Né le 1er mars 1894, Martial Bruguier dut être incorporé sur la fin de 1914. Où ? C’est une question à laquelle pourrait répondre la registre matricule. Au 14ème Bataillon de Chasseurs à Pied où on le retrouve en 1915 ?

Toujours est-il qu’il est envoyé tout près du secteur où disparaîtra son petit-cousin Léon Bruguier, lui aussi chez les Chasseurs… Alpins… dans les Vosges. Les sorts de l’un comme de l’autre sont étroitement liés. L’un, Léon arrive dans le secteur du Reichackerlopf pour remplacer les pertes considérables subies par le 6ème BCA les 20 et 21 juillet. L’autre, Martial va être tué lors d’une attaque mise au point par l’Etat-Major sur ordre de Joffre pour faire oublier l’échec de l’attaque du 22-21 juillet. Mais le sommet visé est un peu différent, il s’agit du Linge ou Lingenkopf, surnommé plus tard « le Tombeau des Chasseurs » ! Tout un programme !

Entre les 2 lieux, environ 6 kilomètres à vol d’oiseau, toujours autour de Munster. Une série d’attaque se dérouleront pour prendre ce promontoire dominant… pas grand chose ! Car c’est bien là le malheur. L’intérêt stratégique du Linge était très modeste. Il ne dominait pas une voie de traversée des Vosges, celle du col de la Schlucht étant trop au sud, ni la plaine d’Alsace bien trop à l’Est. Mais Joffre voulait à tout prix ce sommet et les Allemands voulaient à tout prix le conserver. Bilan des combats du 26 juillet au 15 octobre 1915: 16 000 morts, 7 000 Allemands et presque 9 000 Français. Un inutile carnage puisqu’après la mi-octobre, on abandonna l’idée de prendre le Linge et le secteur resta calme pour le reste de la guerre, les Allemands l’abandonnant sans combat au moment de leur retraite !

Au premier jour de l’attaque, les Chasseurs atteignirent le sommet au prix de pertes considérables. La 3ème Compagnie de Martial Bruguier s’y installa. La suite, ce fut la riposte allemande et de terribles bombardements que subirent les défenseurs dont le Gardois ouCaderoussier Martial Bruguier. Voilà ce qu’en dit le Journal de Marche de l’unité en date du 27 juillet 1915.

Bilan de la journée pour le narrateur: 16 tués, 157 blessés et 2 disparus. Un nombre relativement optimiste de morts puisque, par exemple, pour Martial Bruguier répertorié comme blessé, il est considéré comme décédé ce jour-même, le 27 juillet 1915.

Il était alors âgé de 21 ans 4 mois et 27 jours.

A visiter le site sur le Linge avec nombre de photos récentes de cette colline classée monument historique.

La fiche de Martial Roger Bruguier de Mémoire des Hommes

Martial Roger Bruguier, matricule 34 classe 1914, bureau de recrutement de Pont-Saint-Esprit pour ceux qui souhaiteront aller consulter sa fiche matricule sur le site des Archives du Gard quand elles seront un jour numérisée. 

A suivre: Cambe Eugène.

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108 POILUS de Caderousse, 108 DESTINS… BRUGUIER Marius.

108 noms de Poilus de Caderousse tombés lors de la Grande Guerre. 108 parcours qu’on va essayer de raconter au fil des semaines et des mois jusqu’au 11 novembre 2018.

Vingt-deuxième nom de la liste: Bruguier Marius François.

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Première face du Monument.

Petit frère de Léon Bruguier, né le 16 août 1886, Marius fut appelé sous les drapeaux le 7 octobre 1907. La révolte des vignerons du Midi et la mutinerie des soldats du 17ème de Ligne étant passées par là, Marius dut prendre la direction de Besançon au lieu d’Avignon. Pas de caserne Chabran et de 58ème RI mais la caserne Charmont et le 60ème Régiment d’Infanterie pour le jeune Caderoussier ! Sa période militaire durera un peu plus de trois ans à cause d’un petit problème de discipline au début de l’an 1908 !

En effet, la lecture du registre matricule de Marius Bruguier nous apprend qu’il sera un temps considéré comme déserteur. Oui, il quitta en douce le régiment doubiste et la région de Besançon le 21 janvier 1908. L’autorité militaire s’en aperçut lors de l’appel du soir. Le semaine réglementaire d’attente passée, l’Armée le plaça comme déserteur le 28 janvier suivant. Ça ne sentait pas très bon pour Marius, rentré à Caderousse dans son foyer. C’est là que les gendarmes d’Avignon vinrent le cueillir le même jour et sa fugue prit fin. Il était ramené dans son unité entre deux gendarmes le 31 janvier 1908.

L’armée ne lui tint pas rigueur de cette petite incartade car Marius ne connut pas le trou, sa « désertion » ne fut pas inscrite dans son dossier militaire et il reçut tout de même à sa libération un certificat de bonne conduite. Mais comme le règlement est le règlement, il fit deux semaines de supplément à la fin de ses trois années et retrouva la vie civile avec 15 jours de retard, le 24 octobre 1909.

Six ans plus tard, c’était la guerre, la mobilisation générale du 2 août 1914 et un retour sous les drapeaux pour tous les réservistes nés à partir de 1867. Marius en faisait bien entendu partie mais on le convoqua à la caserne Chabran d’Avignon et non à Besançon. Il fut donc incorporé au 258ème Régiment d’Infanterie, la réserve du 58ème Régiment d’Infanterie. Ce petit détail, non mentionné sur les registres matricules de Marius Bruguier, ne posa problème un bon moment lors de cette recherche, avant de pouvoir renouer le fil de ce récit !

Ce sont les régiments des jeunes recrues qui furent envoyées en premier vers le front de l’est et du nord de la France. Le 58ème R.I. partit d’Avignon très rapidement pour la région de Nancy, on en a parlé lors de l’évocation de la courte guerre d’Augustin Aubert, tué le 11 août 1914, lors d’une initiative malheureuse d’un gradé inconscient du côté de Lagarde. A cette date, les « vieux » du 258ème campaient du côté de L’Isle-sur-la-Sorgue, de Chateauneuf-de-Gadagne, attendant en tirant quelques coups de feux d’entraînement que le PLM ait pu absorbé le flot des troupes prêtes au combat.

Le 258ème prit le train le 21 août et débarqua à Dugny-sur-Meuse ce fameux 22 août 1914, le « Bloody Day » de l’Armée française. On est là au sud de Verdun. Les premiers coups de feu sont échangés avec les Allemands deux jours plus tard, à Buzy-Darmont. Mais ce n’est rien d’un gentil prologue. Le Journal de Marche de l’unité parle d’une petite panique (cohue) chez les hommes devant la puissance de tir ennemie. Finies les manoeuvres à Gadagne, on dénombre 100 tués et 300 blessés dans les rang du 258ème, en 24 heures ! Terrible baptême du feu !

Mais le régiment connaîtra bien pire, un an et demi plus tard. Nous sommes toujours dans le même coin d’Argonne mais depuis le 21 février 1916, c’est l’enfer. Les réservistes avignonnais tiennent le secteur du bois de Malancourt, à 20 kilomètres au nord-ouest de Verdun. Les jours qui précèdent le 20 mars 1916 sont plutôt calmes: quelques tirs croisés. Trop calmes ! Les Allemands amènent en cachette des observateurs français qui ont tout de même entendu des bruits de véhicules,  de nombreuses troupes. Le matin du 20 mars 1916, c’est l’attaque et la narration qu’en fait le membre de l’Etat-Major de l’unité à l’arrière est édifiante:

Scénario classique: un déluge d’artillerie s’abat sur les tranchées du 258ème au bois de Malancourt laissant les hommes hébétés et annihilant toute réaction quand les vagues d’assaut des fantassins allemands déboulent. Bilan, de nombreux tués et blessés et quasiment tout le régiment détruit à l’exemption de la 22ème compagnie, l’Etat-Major s’en apercevra 2 jours après quand elle réapparaîtra ! Un désastre tel que le régiment sera dissout, faute de combattants, quelques jours après.

Beaucoup d’hommes furent fait prisonniers et ce fut le cas de Marius Bruguier. Sa guerre était terminée et il fut envoyé à l’arrière, au camp d’Heuberg. Ce camp était situé sur la commune de Stetten-am-Kalten-Markt, non loin de Sigmaringen où en 1945 se réfugièrent Pétain et Laval. Ce camp fut ouvert dès le 17 octobre 1914 par l’armée allemande. Les 29 premiers prisonniers français arrivèrent en 25 novembre de la même année. Cinq jours plus tard, ils étaient presque 200 et deux ans et demi après, Heuberg était devenu une ville cosmopolite de 15 000 hommes, principalement des Russes (7 500) et des Français (5 000) ! Le site de l’Amicale du 3ème Dragons évoque ce camp et publie d’intéressantes photos et textes. A visiter !

A cette date de la fin d’été 1917, Marius Bruguier n’était plus en Bade-Württemberg. Le 17 septembre 1917, gravement malade, les autorités allemandes autorisèrent la Croix-Rouge à l’évacuer en Suisse. Toujours retenu, il bénéficia des accords de Berne entre les belligérants français et allemands sur le sort des prisonniers de guerre blessés ou malades pour être définitivement transféré en France. Tous les 2 mois, deux trains de prisonniers faisaient la navette entre Constance et Lyon, emmenant et ramenant des centaines de malades et grands blessés.  A partir du 29 mars 1918, Marius Bruguier fut hospitalisé un temps à Saint-Genis-Laval, dans cette bourgeoise banlieue ouest lyonnaise puis évacué chez lui, à Caderousse.

Atteint d’une grave tuberculose pulmonaire, il s’éteignit auprès des siens le 08 août 1918, quelques jours avant de fêter son 32ème anniversaire. Il est considéré comme Mort Pour La France, ayant contracté cette maladie en camp de prisonniers de guerre.

La fiche de Marius François Bruguier de Mémoire des Hommes

…et une autre fiche concernant le même Marius Bruguier sur ce même site.

Marius François Bruguier matricule 311 classe 1906, bureau de recrutement d’Avignon pour ceux qui souhaitent aller consulter sa fiche matricule sur le site des Archives du Vaucluse. 

A suivre: Martial Bruguier.

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