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114 POILUS de CADEROUSSE, 114 DESTINS… Paul MILLET.

114 noms de Poilus de Caderousse tombés lors de la Grande Guerre. 114 parcours qu’on va essayer de raconter au fil des semaines et des mois jusqu’au 11 novembre 2018.

Soixante-septième nom de la liste: Paul Joseph Marie MILLET.

 

La troisième face du Monument aux Morts.

Oui, c’est inscrit sur le Monument aux Morts de Caderousse mais aussi sur le Journal de Marche du 363ème Régiment d’Infanterie,  Paul Millet est bien mort sur le champ de bataille au col de la Chapelotte, en Meurthe-et-Moselle, dans les premiers contreforts des Vosges, le 25 avril 1916.

Ce sont les Allemands qui attaquent et les troupes françaises qui essaient de maintenir leurs positions malgré la violence des bombardements comme le raconte cet extrait du Journal. En certains endroits, le terrain est tellement bouleversé que les hommes sont enterrés vivants dans les galeries effondrées.

Ailleurs, les Allemands utilisent des armes chimiques pour « nettoyer » les tranchées françaises, des liquides enflammés.

Les combats sont acharnés et se terminent au couteau comme pour ce sergent Imbert achevé par un coup de couteau dans le dos.

La guerre dans toute son horreur ! Comme cette attaque allemande repoussée par les défenseurs français sortis de leur tranchée pour affronter les assaillants sur le no-man’s land, au milieu des obus qui continuent de tomber ici et là, venant d’un camp comme de l’autre.

Il est sûr que la lecture de nombre de ces Journaux de Marche comme celui présenté ici doivent inspirer les scénaristes de cinéma ou de bandes dessinées pour rendre le plus réaliste possible leurs scènes de guerre.

Voici donc avec ces quelques extraits, des repères pour comprendre les derniers instants de Paul Millet, peut-être tué après le premier coup de canon, après tout. L’enfer sur terre, avec plan à l’appui !

Le 25 avril 1916, Paul Joseph Marie avait 30 ans et 1 mois.

Il était en effet né le 19 mars 1886 rue Vénasque d’un père Caderoussier de naissance, Louis Marie Millet, né en 1861. Louis était alors ouvrier baletier quand il épousa Joséphine Perrin, une Caderoussienne de 21 ans, née de parents originaires du village et dont la mère portait aussi le patronyme Millet. Les noces furent célébrées le 10 mai 1883. Dix mois plus tard naissait Louis Auguste le 03 mars 1884 qui allait disparaitre prématurément quatorze mois plus tard. Paul était donc l’aîné de deux filles venues au monde en 1890 et en 1900. Marie Joséphine Charlotte se maria deux ans avant la guerre avec Antoine Joseph Emile Ripert dont on fera la biographie quand on arrivera à la lettre R, disparu un mois avant son beau-frère Paul, le 22 mars 1916 dans la Meuse. Lucienne Joséphine Pauline eut plus de chance et se prit pour époux après guerre, un parisien, Victor Eugène Martel, dans le septième arrondissement.

La famille au recensement de 1901, rue de l’Hôpital.

En 1901, sous le même toit, vivent le coupe de Louis et Joséphine, tous deux ouvriers dans une fabrique de balais, leurs trois enfants, les parents de Joséphine et le père de Louis. Paul est alors ouvrier agricole, certainement employé par ses grands-parents.

La famille au recensement de 1911, rue de l’Hôpital.

Dix ans plus tard, les vieux ne sont plus là, Jean est parti en 1902, son épouse Joséphine en 1907 et Auguste en 1910… de même que Joséphine, la mère de Paul le 02 avril 1908. Ce dernier, bien que recensé à Caderousse, a quitté le foyer et travaille comme valet de chambre chez Monsieur le Comte à Piolenc.

Entre temps, il avait fait ses deux années de service sur la Côte d’Azur, à Nice, au 141ème de Ligne du 06 octobre 1908 au 25 septembre 1910. Il sera rappelé le 2 août 1914… pour la conclusion que l’on connaît. Il repose à la Nécropole Nationale de la Chapelotte à Badonviller, tombe individuelle 979.

 

La fiche matricule de Paul Joseph Marie Millet de Mémoire des Hommes.

Paul Joseph Marie Millet, matricule 278 de la classe 1906, bureau de recrutement d’Avignon, pour ceux qui souhaitent aller consulter sa fiche matricule sur le site des Archives du Vaucluse. Le patronyme Millet est assez répandu en Vaucluse. Si quelqu’un reconnaît en Félix Marius un ascendant indirect, qu’il n’hésite pas à se manifester pour compléter cette petite biographie.

A suivre: André Paul Mondan.

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113 POILUS de CADEROUSSE, 113 DESTINS… Victor MENIER.

 

113 noms de Poilus de Caderousse tombés lors de la Grande Guerre. 113 parcours qu’on va essayer de raconter au fil des semaines et des mois jusqu’au 11 novembre 2018.

Soixante-deuxième nom de la liste: Victor  MENIER.

Pas de Monument aux Morts de Caderousse pour Victor Menier, il a été oublié dans la liste établie lors de l’édification du cénotaphe. Sans toutefois qu’il y ait à s’indigner car la famille Menier quitta Caderousse longtemps avant la Grande Guerre. Certes, le père de Victor, Jean-Baptiste Menier ou Ménier, était originaire de Caderousse tout comme son grand-père paternel, également prénommé Jean-Baptiste, venu au monde sous le Directoire.

Jean-Baptiste Menier prit donc pour épouse Marie Mathilde Chapus de neuf ans sa cadette le 19 mai 1869. Bien qu’originaire de Carsan dans le Gard, les noces furent célébrées à Piolenc où avait déménagé la belle famille de J-B. Le couple s’installa au quartier des Mians à Caderousse et Victor vint au monde le 30 novembre 1870. C’était donc un vieux soldat quand éclata la guerre de 14, de deux ans l’aîné de mon arrière-grand-père Adrien Guérin.

Deux autres garçons suivirent, Jean-Baptiste (comme c’est original !) le 26 janvier 1873 puis Auguste le 15 juin 1875. On retrouve cette petite famille dans la liste du recensement de 1876, aux Mians.

Extrait du recensement de 1876 à Caderousse.

C’est entre 1877 et 1881 que les Menier partiront de Caderousse, pour une autre commune du nord-Vaucluse, certainement Mondragon. Quand Victor est appelé sous les drapeaux en 1890, le rédacteur de son registre matricule indique qu’il réside au pays du Drac et quand son frère Auguste en fait de même cinq ans plus tard, on retrouve la même domiciliation.

Victor Menier va servir au 1er Régiment de Hussards du 12 novembre 1891 au 15 octobre 1894. Trois années intéressantes dans un régiment de cavalerie.

On retrouve la trace de la famille Menier en 1901 du côté de Lapalud, l’autre capitale des balais. Ils habitent dans le quartier sud, rue des Orfèvres (!) et seul Victor l’aîné est retourné auprès de ses parents après son service militaire. Il travaille les champs que mène le père.

Extrait du recensement de 1901 à Lapalud.

Extrait du recensement de 1906 à Lapalud.

Quelques approximations dans la liste de 1906 avec le père né en 1838 au lieu de 1837 et le fils devenu Lapalutien au lieu de Caderoussier !

Les parents semblent être décédés après 1906 puisque Victor reste seul à Lapalud en 1911…

Extrait du recensement de 1911 à Lapalud.

… avec d’autres approximations plus remarquables: Mégnet… Eugène… et 1866 ! Mais aucun Mégnet Eugène n’étant né à Caderousse autour de 1866, on peut penser qu’il s’agisse bien Victor Menier né en 1870 à Caderousse !

La Grande Guerre va éclater le 3 août 1914 mais le vieux Poilu Victor Menier ne sera rappelé qu’en novembre 1914. Il a alors 44 ans ! On ne va pas le propulser sur le front, contrairement à Adrien Guérin, mais il va servir au 15ème Escadron du Train (des Equipages). Certainement une affectation logique pour l’ancien cavalier qu’il a été.

Malgré cela, il va connaître la mort et sera considéré comme MPLF. Mais il s’agit là d’une mort bien originale et pour le moins idiote. En effet, du côté d’Hargicourt, dans la Somme, à 35 kilomètres au sud-est d’Amiens mais tout de même assez loin du front,  Victor Menier va décéder à l’Hôpital Origine d’Etapes n°18 d’une… intoxication alimentaire due… à des champignons vénéneux ! Avec quelques vétérans, ce 5 octobre 1916, ils devaient avoir voulu améliorer l’ordinaire militaire en ramassant quelques champignons dans les champs ou le long du ruisseau, la Brache. Mais les champignons de la Somme ne sont pas ceux du Nord-Vaucluse et leur méconnaissance du terrain conduisit ces hommes à la catastrophe. Victor Menier avait 45 ans et 10 mois et pas encore la sagesse de ses artères.

Il repose à la Nécropole Nationale de Montdidier, tombe individuelle 5 351, dans la même terre qui avait fait pousser les fameux champignons mortels.

 

La fiche matricule de Victor Menier de Mémoire des Hommes.

Victor Menier, matricule 160 de la classe 1890, bureau de recrutement d’Avignon, pour ceux qui souhaitent aller consulter sa fiche matricule sur le site des Archives du Vaucluse. Le patronyme Menier existe quelque peu encore en Vaucluse, tout comme Chapus beaucoup plus usité… Si quelqu’un reconnaît en Victor un ascendant indirect, qu’il n’hésite pas à se manifester pour compléter cette petite biographie.

A suivre: Paul Menu.

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110 POILUS de CADEROUSSE, 110 DESTINS… Jean GUEILEN.

110 noms de Poilus de Caderousse tombés lors de la Grande Guerre. 110 parcours qu’on va essayer de raconter au fil des semaines et des mois jusqu’au 11 novembre 2018.

Cinquantième nom de la liste: Jean Adrien GUEILEN.

La seconde face du monument.

Voici une biographie plus que partielle de Jean Gueilen. Bizarrement, alors que certains jeunes qui ont fait toute leur enfance et jeunesse au village avant de le quitter ont été oubliés au moment de l’édification du Monument aux Morts, Jean Gueilen arrivé lui à Caderousse peu avant le début de la Grande Guerre a bien été inscrit sur ce dit-monument. Car Jean Gueilen est le premier Poilu raconté dans les biographies sur Un Monde de Papiers à n’être pas né au village.

Jean Adrien Gueilen est donc venu au monde à Rochefort-du-Gard le 24 juin 1879. Au moment de son recensement militaire, au début du XXème siècle, il vit chez ses parents à Chateauneuf-du-Pape comme l’indique cet extrait de la liste nominative.

Extrait du recensement de 1901 de Chateauneuf-du-Pape.

Ses parents Jacques Simon Gueilen et Justine Trinquier sont fermiers chez Pascal du côté de la Tour de l’hera, écrit curieusement l’Airs. Jean Adrien les aide à la ferme et un berger René Simon complète le personnel du foyer.

Jean Adrien va faire sa période militaire du 16 janvier 1901 au 19 septembre 1903 au 55ème Régiment d’Infanterie, du côté d’Aix-en-Provence.

Au son retour de l’armée, il va travailler à Orange comme employé agricole chez Latour, quartier de Meyne. Il se marie peu de temps après avec Philomène Brigitte Talagrand du même âge que lui. On retrouve quelques années après ce jeune couple à Caderousse, au quartier du Panier. C’est là que naîtra leur fille Simone Marie Louise le lendemain du Jour de l’An 1912.

Jean Adrien est rappelé par l’Armée lors de la mobilisation générale du 1er août 1914. Il rejoint son unité d’affectation puis passe au 57 R.I. à Auxonne en octobre 14 et enfin au 227ème R.I. en novembre de la même année.

On le retrouve sur le front des Vosges à l’automne 1916. Le 227me R.I. tient un somment, la cote 607, à Lusse. Nous sommes là à une douzaine de kilomètres à l’est de Saint-Dié.

C’est la guerre de positions dans toute son horreur. On se bombarde réciproquement. On s’envoie même des choses inconnues.

Les tranchées françaises reçoivent quotidiennement un millier d’obus et il doit en être de même pour les tranchées allemandes. Les Minerwerfen pleuvent sur les lignes françaises.

Le 6 octobre, ce sont plutôt des grenades à ailettes. Par malchance quelquefois, le projectile fait mouche et tue un malheureux placé au mauvais endroit au mauvais moment. C’est le cas de Jean Adrien Gueilen, ce jour-là. Il apparaît dans le décompte officiel du Journal de Marche du régiment…

…gu côté d’un certain Marc Octave Lelu, sergent, tué le même jour. Il avait alors 37 ans et 3 mois. Il repose à la Nécropole Nationale de Bertrimoutier dans les Vosges.

La fiche matricule de Jean Adrien Gueilen de Mémoire des Hommes.

Jean Adrien Gueilen, matricule 685 classe 1899, bureau de recrutement d’Avignon, pour ceux qui souhaitent aller consulter sa fiche matricule sur le site des Archives du Vaucluse. Bien que le patronyme Gueilen ne soit plus guère présent dans la région, si une personne reconnaît en ce Poilu, un ascendant direct ou indirect, qu’il n’hésite pas à se manifester pour compléter ou corriger cette petite biographie.

A suivre: Adrien Guérin.

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110 POILUS de CADEROUSSE, 110 DESTINS… les frères Louis et Martial DARDUN.

110 noms de Poilus de Caderousse tombés lors de la Grande Guerre. 110 parcours qu’on va essayer de raconter au fil des semaines et des mois jusqu’au 11 novembre 2018.

Trente-neuvième et quarantième noms de la liste: Dardun Louis Raphaël et Dardun Martial Avit.

La seconde face du monument.

Première fratrie rencontrée dans notre écriture des biographies des morts de la Grande Guerre de Caderousse: les frères Louis et Martial Dardun qui perdirent tous deux la vie sur le front du nord-est de la France. A ces deux hommes, on se doit d’ajouter François, le troisième frère qui en réchappa de justesse, blessé trois fois pendant cette période et qui finit par déserter après la mort de son second frère.

Le recensement de 1906, le seul où les trois frères Dardun apparaissent ensemble aux Cabanes.

Reprenons tout cela depuis le début. Peu avant 1880, François Avit Dardun né le 17 juin 1846 prend pour épouse à Codolet Françoise Rosalie Chevalier, une fille du pays en 1849. Le couple traverse le Rhône par le bac de l’Ardoise pour s’installer juste en face, dans une ferme du quartier des Cabanes. De cette union vont naître trois garçons: Louis Raphaël le 25 octobre 1880, François Joseph le 19 mars 1883 et Martial Avit le 23 juillet 1888.

Au recensement de 1881, seul Louis Raphaël est là.

Cinq ans plus tard, en 1886, François est arrivé. 

Après 1886, la famille va aller s’installer un temps dans le Gard proche (dont l’absence d’archives numérisées nous handicape quelque peu dans nos recherches). Pour preuves, la naissance de Martial Avit du côté de Saint-Victor-la-Coste et l’absence de cette famille Dardun dans le recensement de 1901.

 

En 1896, la famille est de retour aux Cabanes mais les grands frères louent leurs bras chez des patrons locaux en attendant que l’Armée ne les appelle.

Pour Louis, ce sera au 112ème Régiment d’Infanterie d’Antibes, pour lequel il contractera un engagement volontaire de quatre ans à partir du 25 septembre 1900. L’Armée le renverra par anticipation dans son foyer le 28 octobre 1903 pour bronchite chronique !

Pour François, le cadet, il sera incorporé au 58ème R.I. d’Avignon le 16 novembre 1904. Sa forte personnalité lui jouera deux vilains tours. Tout d’abord, sa rétrogradation décidée par le commandant de l’unité de première à seconde classe après avoir obtenu cet honneur. Puis son maintien sous les drapeaux presque trois ans puisqu’il ne sera libéré que le 12 juillet 1907.

Pour Martial, le benjamin, c’est son métier de charpentier qui l’orientera nécessairement vers le 2ème Régiment du Génie… en Tunisie. Parti le 14 octobre 1900, il y connaîtra le feu pendant sa campagne de Tunisie qui s’achèvera le 29 septembre 1911, juste pour la Saint-Michel de Caderousse.

A la déclaration de guerre du 3 août 1914, les trois frères ne connaîtront pas le même sort. Seul Martial rejoindra son unité de réserve, le 7ème Génie d’Avignon. C’est seulement le 26 septembre 1914 que François sera appelé, ayant été momentanément dispensé de par son métier de boulanger. Il fallait nourrir tous ces hommes mobilisés ! Quant à louis, il faudra la réunion de la commission de révision d’Orange pour le déclarer apte pour le service armé et pour qu’il rejoigne le 34ème Régiment d’Infanterie Coloniale dans les tranchées du nord-est de la France.

C’est aussi Martial qui le premier va rencontrer son terrible destin. Cela se passa du côté de Vingré, dans l’Aisne, à l’ouest de Soissons. Vingré, c’est ce village connu pour ces six Poilus-Martyrs qu’une décision inique d’un Tribunal militaire envoya arbitrairement devant le peloton d’exécution le 4 décembre 1914. Réhabilités après la guerre, ils sont maintenant immortalisés par les derniers mots écrits par l’un d’eux, Jean Blanchet, à sa femme: Au revoir, là-haut repris dans le titre d’un film récent. Pour le Sapeur-Pontonnier Martial Avit Dardun, ce fut une balle ennemie dans la tête qui acheva sa vie, le 05 septembre 1909, à l’âge de 27 ans et 2 mois. Son père reçut quelque temps après les 150 francs de dédommagement des Poilus célibataires. Il repose depuis à la Nécropole Nationale Bois Robert d’Ambleny, sur l’autre rive de l’Aisne, tombe individuelle B-78.

Son grand frère connut le même sort quelques mois plus tard, dans la Somme, le 18 août 1916, lors de cette fameuse bataille sensée être la réponse à l’attaque allemande sur Verdun. Les Coloniaux du 34ème Régiment d’Infanterie tiennent en cet été funeste le secteur de Barleux. Le régiment est envoyé à l’attaque des tranchées allemandes sous la mitraille, le 20 juillet. Est-ce ce jour que Louis est touché ? La lecture de la narration de cette attaque dans le livre officiel de l’unité fait froid dans le dos…

…de même que les chiffres des pertes avancés quelques lignes après est édifiant.

1 051 hommes tués, blessés ou disparus pour la seule attaque du 20 juillet 1916 pour les 2 régiments coloniaux envoyés à la boucherie, 827 hommes mis hors de combat pour seul 34ème R.I.C. entre le 06 juillet et le 15 août 1916. Glaçant ! Louis Raphaël Dardun mourut le 18 août 1916 à l’arrière, dans l’ambulance 2/7 à Villers-Bretonneux. Il aurait eu 36 ans deux mois après et laissait certainement une veuve éplorée, car il devait s’être marié peu de temps avant la guerre.  Lui aussi repose dans la terre d’une Nécropole Nationale, celles d’Albert dans la Somme, tombe individuelle 2358.

Les deux frères ne sont éloignés que de quelques dizaines de kilomètres dans le nord-est de la France.

Quand au troisième membre de la fratrie Dardun, François, il fut blessé une première fois à la main de Massiges en Champagne, le 21 décembre 1914 d’un éclat d’obus ayant engendré une plaie à la cuisse droite. Rapidement de retour, un autre éclat d’obus le blessa aux reins, dos et oreille droite le 25 septembre 1915. A nouveau revenu, c’est un éclat de grenade au mollet droit le 06 juillet 1916 qui le mit à nouveau sur le flanc. Ce coup-ci, il prit la clé des champs et fut considéré comme déserteur à l’issue de la période de latence réglementaire. Il ne réapparaîtra au grand jour qu’après la promulgation d’une première loi d’amnistie du 24 octobre 1919 qui le soustrayait à toute sanction militaire. On peut comprendre facilement ce qui s’était passé dans sa tête et dans son corps.

La fiche de Louis Raphaël Dardun de Mémoire des Hommes

Louis Raphaël Dardun, matricule 278 classe 1900, bureau de recrutement d’Avignon, pour ceux qui souhaitent aller consulter sa fiche matricule sur le site des Archives du Vaucluse.

La fiche de Martial Avit Dardun de Mémoire des Hommes

Martial Avit Dardun, matricule 314 classe 1908, bureau de recrutement d’Avignon, pour ceux qui souhaitent aller consulter sa fiche matricule sur le site des Archives du Vaucluse.

Il semble que le patronyme Dardun soit encore très présent dans le Vaucluse, à Orange et à Caderousse. Si une personne reconnaît en  ces trois jeunes hommes évoqués un ascendant direct ou indirect, qu’il n’hésite pas à se manifester pour compléter ou corriger cette petite biographie.

A suivre: Léon DeValois.

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108 POILUS de CADEROUSSE, 108 DESTINS… Ernest CHIROT.

108 noms de Poilus de Caderousse tombés lors de la Grande Guerre. 108 parcours qu’on va essayer de raconter au fil des semaines et des mois jusqu’au 11 novembre 2018.

Trente-deuxième nom de la liste: Chirot Ernest Marius Joseph.

Seconde face du Monument.

Premier nom de la seconde face du monument, la face sud.

Le tragique destin d’Ernest Chirot va nous emmener sur le champ de bataille le plus connu de la Grande Guerre pour le grand public, Verdun, au coeur de cette année 1916. En effet, Ernest Chirot appartenant au 2ème et 3ème Régiments de Marche des Zouaves, des régiments d’Afrique dont il ne foulera jamais le sol puisque les métropolitains étaient regroupés en France, se retrouva au coeur de la tourmente.

Né le 18 février 1896 à Caderousse, il fut donc appelé sous les drapeaux par anticipation, en 1915, le 10 avril. Après sa période de formation militaire, il fut versé au 3ème Zouaves le 29 novembre de la même année. Le régiment était alors au repos à l’arrière des troupes britanniques et belges dans le nord de la France, du côté de Petite Synthe, non loin de Dunkerque. Ce repos était bien mérité pour les hommes de ce régiment qui avaient subi des pertes importantes lors de la seconde bataille de Champagne du 25 septembre au 6 octobre 1915. Le régiment avait été cité à l’ordre de l’armée par le général Gouraud pour des faits d’arme pendant cette bataille. Cela Ernest ne l’avait pas connu.

Couverture du livret racontant l’historique du 2ème R.M. Zouaves.

L’attaque allemande sur Verdun du 21 février 1916 allait rapidement emmener ce régiment dans ce secteur, au milieu du déluge de feu. Cela Ernest allait le connaître et il allait y laisser sa vie. Dès le 24 février, les hommes étaient au front à la cote du Poivre, un secteur particulièrement visé par les bombardements des troupes allemandes. Le 25, le 3ème Zouaves brisait une attaque des fantassins allemands, défense qui allait sauver Verdun d’une prise allemande suivant l’avis de la hiérarchie française.

Du 10 avril au 1er juillet 1916, le 3ème Zouaves tint le secteur du bois Carré d’Avocourt, à l’ouest de Verdun. Sous les bombardements incessants, dans la boue due à un printemps particulièrement pluvieux, Ernest et ses frères d’infortune souffrirent beaucoup.

Le 23 juin 1916, le 2ème Régiment de Zouaves ayant été décimé toujours sur le front de Verdun, des éléments du 3ème Zouaves furent prélevés pour renforcer cette unité. Il faut dire que la préoccupation de l’Etat-Major était la future bataille de la Somme et que les régiments à Verdun devaient se débrouiller seuls pour compléter leurs effectifs. Ernest retrouva donc le 2ème Zouaves quelques mois après l’avoir quitté.

On est alors à un moment charnière de la bataille de Verdun. Les Allemands n’ont pas réussi à percer et les Français commencent leurs mouvements de reconquête du terrain perdu. Le 15 juillet, les Zouaves attaquent sur les crêtes de Thiaumont à Fleury et brisent la résistance allemande.

Extrait de l’Historique du 2ème R.M. Zouaves.

Ernest fait partie de ces hommes intrépides. Puis, le 19, ce sera la prise de la poudrerie de Fleury où les Zouaves firent plus de prisonniers allemands qu’ils n’étaient eux-mêmes. Ernest est tué le 26 juillet suivant lors de combats de renforcement de positions quelques heures avant que le 2ème Zouaves ne soit relevé momentanément de ce secteur. Cela Ernest ne le connaîtra pas.

Il avait 20 ans et 177 jours. Il n’avait pas connu grand chose de la vie.

Il était le premier enfant du couple Joseph Elie Chirot- Victorine Jeanne Millet qui s’était uni à Caderousse le 1er mai 1895.  A cette date, son père était un jeune homme de 24 ans originaire de Roquemaure qui avait monté une entreprise de fabrication de balais en Vaucluse. Son épouse, sa cadette de 2 ans, était originaire de Caderousse. Ernest naquit donc quelques mois après cette union. La famille  habitait dans la petite rue Pied-Gaillard. Un petit frère Olivier allait naître en 1902 dans le foyer. Il aura la chance d’éviter la Grande Guerre, ce qui dut soulager les siens. Il semble que le corps d’Ernest ait été ramené à Caderousse après guerre, bien qu’il n’en reste aucune trace dans le cimetière du village.

La famille Chirot lors du recensement de 1906 à Caderousse.

D’un bon niveau scolaire, Ernest était conducteur d’auto quand l’armée eut besoin de ses services… et de sa vie.

Il semble que son corps ait été ramené à Caderousse après guerre, bien qu’il n’en reste aucune trace dans le cimetière du village.

 

La fiche d’Ernest Marius Joseph Chirot de Mémoire des Hommes

Ernest Marius Joseph Chirot , matricule 1036 classe 1916, bureau de recrutement d’Avignon pour ceux qui souhaitent aller consulter sa fiche matricule sur le site des Archives du Vaucluse. Bien que ce patronyme Chirot ne soit plus présent dans la région, les plus près étant dans l’Ain et le Gers, si un descendant indirect reconnaît cet ancêtre, qu’il n’hésite pas à se manifester pour compléter ou corriger cette petite biographie.

A suivre: Augustin Clarisse.

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Un journal de Tranchées: LA ROULANTE du 369 n°9 du 25 décembre 1916 (5/10)

Sous les traits de crayon d’A. Guille, les Rois Mages rendent visite au Christ. Ils amènent des présents: une marionnette, un mouton et un canon. Des symboles pour désigner les Poilus ? Des marionnettes et des moutons pour l’Armée ? Qui sont les personnages caricaturés, l’ange et les rois ? Que signifie le titre au dessous de Noël 1916: Naissance du Bluet ? Une autre écriture de bleuet certainement. Peut-être une référence aux « Bleuets » les soldats de la classe 17 appelée par anticipation en 1916.

P. Montagné raconte en seconde page le repas délicieux de Noël avec des sardines pour entrée, du « boeuf gros sel » ou « gros sel boeuf » ou « boeuf au riz » ou « riz au boeuf » et un camembert pour finir. Le tout arrosé de toute forme de pinards. Un vrai réveillon avec la daube ordinaire des rations militaires !

Les quatrains du V.P. (le Vieux Poilu): La Marraine, L’Indiscret et Le Bouc. La marraine fait référence aux marraines de guerre:

« Sidi, ne faites pas l’enfant ! »

Dit la dame confuse à son vainqueur.

« Madame, dit Sidi, rêveur,

« Ti aurais du le dire avant ! »

Plein de sous-entendus.

Une chanson en page 30, la quatrième de couverture: « le commerce n’est plus possible »: une chanson en plusieurs couplets pour dénoncer la fermeture d’un commerce de tranchée, d’un Foyer de Soldat par l’autorité militaire, commerce qui ne faisait aucun bénéfice mais procurait un peu de bonheur aux Poilus. On sent là qu’il s’agit d’une histoire vraie derrière les traits d’humour.

Un feuillet recto-verso volant (il devait y en avoir plus d’un à l’origine) avec ce dessin humoristique de Louis Schem et au dos…

… un dessin d’A. Guille et un texte de Ch. Dujardin paraphrasant avec la graphie de l’époque des propos de Rabelais pour annoncer que la Roulante continuera de paraître en 1917. Original. On sent que les rédacteurs de cette feuille destranchées sont d’un niveau d’instruction 4 pour faire référence à une rubrique des fiches matricules.

 

 

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Un journal de Tranchées: LA ROULANTE du 369 n°7 du 20 octobre 1916 (4/10)

La Roulante est passé à un 4 pages, la une d’A. Guille y moque les aviateurs, les « As » qui ont l’honneur des communiqués à la place des taiseux, les Poilus de première ligne, la chair à canon. Les « As » sont devenus des chiens se disputant… les rats qui pullulent dans les tranchées.

Page 20 donc… (numérotation depuis le n°1)

A gauche, un conte d’Alphonse Daudet sur la Tarasque. Sauf qu’il s’agit là de la Tarasque du Nord, animal nouveau et encombrant, les tanks, les chars de combat. Bouratin va le découvrir au front puis en rêver la nuit venue.
A droite, la suite du feuilleton des Fiefs de Poilus inauguré au n°3. Des lettres fictives de lecteurs… Une affaire qui plaît aux Poilus.

Une pièce de théâtre en 3 actes sur un coup de main que doit faire un homme sur un point ennemi. Il revient avec quatre Allemands prisonniers qu’il a tourné… puisqu’il était tourneur à l’usine et qu’il est au front car un épicier l’a remplacé à l’usine (chute pas évidente !)

En page 22, un dessin humoristique sur le jeu de mot « Somme », la région où combattent les Anglais et la sieste !

Des Percos (des brèves) , on y moque les « As » à nouveau, surtout ceux planqués, la censure avec cette simili-coupe…

…et quelques frivolités avec un article sur la mode hivernale dans les tranchées qui sera… le port du casque !

 

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