Archives mensuelles : avril 2016

Il y a 100 ans jour pour jour: LE MIROIR du dimanche 30 avril 1916

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(JOUR 580 DE LA GUERRE/1561 JOURS DU CONFLIT)

Cette une ne présente pas un grand intérêt: une remise de décoration (la Légion d’Honneur) entre gradés de haut rang: Joffre honorant ainsi Hamilton sur le front occidental pour son commandement à Gallipoli. Sauf que Gallipoli fut un grave échec des Alliés face aux Turcs ! Qu’à cela ne tienne ! Cela mérite la Légion d’Honneur tout de même !

Seconde de couverture avec de l’aviation:

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Les acrobaties de Navarre sur son Nieuport au-dessus de Verdun dans les premiers jours de l’offensive allemande (daté  du 26 février 1916 par une écriture en surimpression)

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Un Drachen, un de ces ballons captifs allemands d’observation, tombé dans les eaux, certainement aidé par un tir allié.

Ce Miroir du 30 avril va nous montrer Verdun dans toute sa brutalité, des images du front jusque là soigneusement évitées par la presse. Des images de Douaumont labouré par le tir incessant des artilleries.

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Des ruines, une végétation détruite, un paysage bouleversé, Damloup, Douaumont, Vaux…. l’enfer sur terre !

Outre ces 3 pages consacrées à Verdun, on nous présente l’équipage du Zeppelin L-15 abattu non loin de Londres et qui tomba dans l’estuaire de la Tamise.

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L’équipage n’a pas subi de pertes et les hommes ont été fait prisonniers par les Britanniques.

Le front d’Orient maintenant avec les troupes russes qui progressent en Turquie en libérant des territoires qui furent jadis peuplés d’Arméniens…

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troupes russes qui avancent aussi en perse (actuellement Irak) et progressent vers Bagdad.

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Le début de la désagrégation de l’Empire Ottoman !

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Il y a 100 ans jour pour jour: SUR LE VIF du 29 avril 1916

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(JOUR 637 DE LA GUERRE/1561 JOURS DU CONFLIT)

Un numéro de Sur le Vif en très mauvais état avec première et quatrième de couverture séparées du corps de la revue. Ce corps d’ailleurs qui n’est pas celui de ce numéro. On y reviendra.

Sur cette couverture, on voit des hommes dans une tranchée attendant dit-on l’attaque allemande. Une tranchée bien intacte alors qu’après les préparations d’artillerie, il ne restait pas grand chose debout dans les tranchées françaises de première ligne au moment de l’attaque. On voit les hommes préparer les mitrailleuses de la riposte. On ne le dit pas mais on est à l’évidence à Verdun.

En seconde de couverture, une page pédagogique sur l’aviation.

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En haut un avion allemand (pardon boche) le Fritz. Au milieu, les écussons dessinés sur les avions et qui permet de reconnaître leur camp… sauf quand des couleurs ennemies sont remplacées par des couleurs amies pour tromper l’adversaire. De gauche à droite: Français, couleurs utilisées par les Belges et les Serbes également; Britanniques; Russes; Allemands et Autrichiens; Turcs. Enfin en bas sont listés les points faibles des avions: hélice, moteur, réservoir à pétrole, longerons des ailes, siège du pilote, tendeur, bas de caisse faiblement cuirassé.

Les troisième et quatrième de couverture semblent aussi dater du 29 avril 1916. En effet sur cette page  Sur le front,

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on y voit en bas à gauche la visite d’Alexandre de Serbie à Verdun…

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qui date bien de cette période d’avril 1916.

En dernière page, des oiseaux….

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avec cette légende: Nuée de corbeaux s’abattant sur des restes de nourriture que nos poilus leur jettent. Espérons que ce soit des restes de nourriture comme dit et non d’autres restes…

Rapidement, l’intérieur de la revue qui doit dater de février 1916 car on y voit cette scène macabre…

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datée du 29 janvier correspondant à la chute d’un Zeppelin venu bombarder des civils.

En page centrale, l’armée suisse surveillant ses frontières et se préparant militairement à toute éventualité.

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Enfin, cette tombe collective abritant les restes de 2 soldats français et 5 Allemands. Une date: le 9.9.14 correspondant à la bataille de la Marne.

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Comme le dit la légende, des hommes unis dans la mort.

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Un autre 11 SEPTEMBRE, l’EXPÉRIENCE CHILIENNE prenait fin prématurément. Le CANARD ENCHAÎNÉ en parle…

Le Canard Enchaîné du 19 septembre 1973 dans lequel l’hebdo humoristique fait un jeu de mot, le Chili devenant Chienlit, terme que De Gaulle avait remis à la mode pour parler des événements de Mai 68.

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D’ailleurs, dans l’article d’André Ribaud est prononcé un autre mot que De Gaulle a immortalisé en 1961, lors du putsch des Généraux d’Alger: « pronunciamiento » et sur ce petit encart avec une photo des généraux félons…

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on peut lire un troisième mot du grand homme prononcé en la même occasion: quarteron. En septembre 1973, il n’y a pas encore 4 ans que de Gaulle a disparu. Et la droite de Pompidou aurait bien eu besoin de la vision un peu plus avisée de De Gaulle face à cette crise chilienne. D’où cette caricature du Président Pompidou appelant Pinochet…

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pour lui proposer d’entrer dans le Marché Commun (on dirait l’Europe en 2016) sans aucune empathie pour ce qui s’est passé, le coup d’état, la mort du président démocratiquement élu Salvador Allende suicidé par les militaires et la terrible répression que l’on pouvait imaginer et qui ira plus loin que ce que l’on imaginait… quand on saura:

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Un coup d’état manigancé par les Etats-Unis de Nixon qui, lui fête ouvertement cela…

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puisque ce sont les agents de la CIA qui aideront Pinochet avec plus tard l’aide d’anciens nazis convertis, utilisés pour leur savoir-faire ! Les Etats-Unis voulaient préserver les intérêts exclusifs de leurs multinationales américaines alors que le gouvernement Allende voulaient les faire participer au partage des richesses pour aider les plus pauvres. ITT et d’autres seront montrées du doigt par la suite avec appel au boycott de leurs produits en Europe.

Le texte principal est signé par André Ribaud. Le voici.

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« Le gouvernement des militaires est, de tous, le plus coûteux, le plus tyrannique et le plus rétrograde. Fondé sur la peur, il ruine le commerce, avilit les sujets, méprise les principes et néglige le savoir », écrivait l’illustre Churchill, alors dans son jeune âge, en 1899. Superbe définition, mais tellement incomplète, tellement dépassée. Disons que le gouvernement des militaires bafoue la loi, sabre les libertés, emprisonne, torture, exécute les opposants et on aura une idée plus précise de la fière équipe qui vient de faire main basse sur le Chili et de bousiller à coups de roquettes, de mitrailleuses, dans le sang, l’expérience socialiste du noble président Allende.

Pourtant, qu’est-ce qu’on ne nous avait pas raconté sur le loyalisme à toute épreuve de cette armée chilienne, démocratique, légaliste, respectueuse de l’ordre constitutionnel et tout ! Et Pinochet, avec son nom d’opérette, n’est-ce pas un démocrate estampillé et même un démocrate-chrétien ? Les autres généraux putschistes, qui allaient trahir et faire mourir l’homme dont, la veille encore, ils acceptaient commandements et portefeuilles ? Au-dessus de tout soupçon, on disait. Et puis, ce fut, le 11 septembre, le putsch, le pronunciamiento, la répression conduite avec une dureté implacable par cette armée si loyaliste, si démocratique…

En vérité, il n’est si bonne armée dont il ne faille, toujours et partout se méfier. Le trop confiant président Allende a cru devoir et pouvoir faire cautionner, étayer, protéger son expérience par ses généraux. En leur conseillant des ministères, des responsabilités civiles, il a introduit les loups dans la bergerie et les loups l’ont dévoré. Au fond, on en revient toujours là : les civils surtout quand ils sont socialistes, ne doivent jamais donner l’occasion aux militaires de se mêler des affaires des civils. C’est ouvrir la porte à toutes les tentations. Demandez plutôt à Guy Mollet et à Lacoste, après leur expérience de la guerre d’Algérie. Et on murmure de Moscou que Brejnev commence à se mordre les doigts d’avoir fait entrer le maréchal Gretchko dans le Politburo.

La seule armée à peu près sûre c’est celle qu’on renvoie dans ses foyers ou, à tout le moins, qu’on laisse dans ses cantonnements. Et dans l’armée la plus loyale, il y a toujours un Massu modèle 58 ou 68 qui sommeille ou un Pinochet qui ne dort que d’un œil. Le Chili, bien sûr, n’est pas la France. Mais si un jour Mitterrand vient au pouvoir, qu’il se garde bien de donner un portefeuille à un quelconque Pinochet français. Il sait comment cela finit.

Il est vrai que des Pinochet français, le directeur du Figaro, Robinet, en prédit et en promet à Mitterrand. Dans son éditorial époustouflant, le cher confrère explique froidement que si Mitterrand vient au pouvoir avec un gouvernement de gauche élu par le suffrage universel, et bien l’armée sera amenée fatalement à le renverser. Et ce sera la faute à qui ? A Mitterrand, coupable de s’être fait légalement élire par le peuple.

De Robinet en Pinochet… Gloire, gloire aux portes-flambeaux de la belle bourgeoisie française !

Et gloire aussi au gouvernement français pour sa noble courageuse et brillante attitude de Ponce Pilate. Pompidou a attendu trois jours pour envoyer un télégramme conventionnel à la veuve du président Allende. Messmer a bafouillé trois phrases vaseuses pour annoncer que la France n’avait qu’un devoir : se taire. Pardi, la France, comme dit Pompidou, entend « être bien avec le monde » et donc bien avec Pinochet.

Mais voici ce qu’on dit dans les milieux bien renseignés : la France veut éviter à tout prix d’indisposer la junte parce qu’elle espère obtenir une commande d’une vingtaine de « Mirage » et de chars « AMX ». Le général Prats, chef d’état-major sous le président Allende, était venu, en juin, négocier le marché, mais la France, sentant que la situation intérieure au Chili n’était pas sûre, avait suspendu les pourparlers. Maintenant, elle veut enlever le morceau. Tel serait le prix de son noble silence.

La France, naguère, était connue, respectée, aimée, spécialement en Amérique du Sud, comme la championne des libertés et des droits de l’homme. À cette image, la Ve République préfère aujourd’hui celle, sordide, du marchand de canons. Les principes de Monsieur Dassault ont remplacé ceux de 89.

Pauvre Allende !

Un excellent résumé de la situation ! En 1973, les Chiliens en prenaient pour 17 ans de cette dictature militaire de Pinochet qui allait être renvoyée à ses chères études suite au référendum perdu du 5 octobre 1988 dont le déroulement a été raconté récemment dans le film « No » de Pablo Larrain. La mort en 2006 de l’ancien dictateur l’empêcha qu’il réponde de des crimes de son régime devant la justice, d’expliquer le pourquoi et le comment des milliers de morts et disparus.

Quant à la réaction des syndicats en France en 1973, elle se matérialisa par des grèves et des débrayages. Le 12 septembre 1973, c’était mon premier mouvement de grève de jeune enseignant au collège du Moulin d’Albi à Bourg-les-Valence, un débrayage de 30 minutes à 11 heures 30. Ce ne devait pas être le dernier !

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Il y a 100 ans jour pour jour: LA GUERRE PHOTOGRAPHIÉE du 27 avril 1916

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(JOUR 635 DE LA GUERRE/1561 JOURS DU CONFLIT)

A la une de ce numéro du 27 avril de La Guerre Photographiée, une photographie assez connue d’un troupeau de chevaux se désaltérant dans la Meuse. Tous montés par des soldats chaudement habillés, ce qui fait penser que cette vue date de l’hiver dernier. Pas des bêtes de cavalerie, plutôt des bêtes de trait amenées à tirer les canons vers l’enfer de Verdun. Les chevaux subiront aussi un lourd tribut au premier conflit mondial.

En double page centrale, la convalescence de soldats prisonniers de guerre en Suisse, à Leysin…

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dans le canton de Vaud… où cette situation est plutôt agréable, bien loin des camps de prisonniers en Allemagne.

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Il s’agit de prisonniers de guerre évadés d’Allemagne qui espéraient rentrer en France par la Suisse. Mais pris par l’armée ou la police suisse, ils sont gardés prisonniers dans ce pays en raison des conventions de guerre internationales.

Rien à voir avec ces vues de destructions de villes proches du front:

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En haut Sommeilles dans la Meuse où l’on voit ce qu’il reste de la Mairie datant de 1836: le péristyle qui fait penser à un temple grec. Le village peuplé de 365 habitants en 1911 n’en avait plus que 269 en 1921 et 203 en 2013, ce qui tend à prouver qu’il ne s’est jamais remis de ce cataclysme.
En dessous, Semaize(-les-Bains) qui connut aussi une forte exode entre 1911 et 1921 avec la population passant de 2 718 âmes à 2 054.

La chute du Zeppelin L-15 dans la Tamise traité par le dessin dans ce magazine:

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avec en encart, le portrait du Lieutenant d’aviation Brandon qui abattit la grosse saucisse. D’autres versions avaient dit que c’étaient des mitrailleuses au sol (la future DCA) qui avaient réussi cet exploit.

Des cartes des fronts d’Orient, celui d’Irak pour commencer où les Britanniques s’opposent aux Turcs.

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Fronts des Balkans avec 2 lignes, en Albanie et dans le réduit de Salonique et son camp retranché:

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Un camp vers lequel des troupes fraîches s’embarquent depuis Toulon sur des paquebots réquisitionnés et transformés en transports.

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Ce qu’il y a d’original et amusant sur cette dernière photo, c’est la légende…

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dans laquelle on a gommé le mot Toulon par To..l..n, ce qui ne rend guère plus difficile la lecture, et on a enlevé le nom du navire alors…

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qu’il suffit de le lire sur la coque !

Pour terminer, une autre vue des munitions en attente à Verdun…

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Ici des calibres assez impressionnants.

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La correspondance du Poilu Grenoblois- Une lettre du 27 septembre 1914.

Nouvelle lettre du Poilu grenoblois Pierre Gautier à ses parents.Longue lettre écrite certainement en plusieurs épisodes. Dans son propos, Pierre raconte à la fois ce qu’il vit sur le front ou près du front et des allusions à ses connaissances familiales et amicales et les nouvelles qu’il reçoit d’elles. Cela donne un récit assez peu cohérent mais intéressant à lire…

Voici donc principalement les extraits qui parlent de la vie militaire.

Depuis notre changement de résidence, nous ne restons pas sans rien faire, actuellement nous établissons tout autour d’un village d’importantes fortifications.…

Le beau temps continue mais il fait moins chaud et dans une quinzaine de jours je supporterai bien un caleçon d’hiver. Le foin commence à se faire rare et les nuits sont fraîches.… Le capitaine doit nous faire distribuer à chacun un chandail en laine et dans ce cas, la camisole serait inutile et encombrante. Notre petite équipe possède déjà 2 couvertures mais ce n’est pas suffisant, toujours par les grands moyens nous en aurons une troisième et tout ira pour le mieux, nous serons chez nous (système débrouille).

Plus loin, il va raconter, à la demande de ses parents dans leur lettre précédente, une combat qui va entraîner la blessure d’un ami grenoblois.

Mais puisque vous y tenez voici quelques détails sur l’accident arrivé à notre ami Roybet. C’était le 3 septembre, nous étions depuis quelques jours au village de Saint-Maurice dans les Vosges. Malheureusement par sa situation géographique, ce petit pays se prêtait admirablement à l’opération du bombardement et pour ce travail les Allemands employaient le 220. Vous voyez d’ici ! Ce qui devait arriver arriva. Un beau matin, les obus après avoir passé longtemps au-dessus de notre grange, finirent par trouver le chemin un peu long et trois d’entre eux tombèrent au milieu de notre carrefour. Résultat dans notre compagnie plusieurs blessées parmi lesquels Roybet avec fracture de la clavicule par un éclat d’obus, l’infirmier et quatre ou cinq sapeurs. Il y avait encore d’autres militaires gravement blessés et un mort. Heureusement le poste de secours était à côté et nos blessés ont été pansés immédiatement. C’est après le premier obus que nous avons eu tous nos blessés. Nous étions après les panser les autres tombèrent devant l’ambulance (je passe sur beaucoup de détails). Toutes les vitres volèrent en éclats et d’un seul coup la maison fut remplie d’une épaisse fumée. En dernier lieu c’est à la cave que nous nous sommes réfugiés. Par Sohaler, nous avons souvent des nouvelles de notre blessé. Il va de mieux en mieux et espère bientôt être rétabli.

On comprend avec la parenthèse (je passe sur beaucoup de détails) que Pierre va taire une scène certainement assez dure avec la chute de cet obus de gros calibre sur une ambulance.

Puis il parle du personnel de santé qu’il côtoie.

Comme major, nous avions un docteur parisien très fort paraît-il, mais excessivement peureux, vous pouvez le croire. C’est dans l’après-midi du 2 septembre qu’il a été blessé en se sauvant sur la route toujours dans le même village. Et pendant ce temps, j’étais tranquillement assis au bord du ruisseau occupé à voir tomber les fameux obus. En observant un peu, on se rend compte du tir de ces grosses pièces qui portent de 10 à 12 km (c’est ce qui nous manque malheureusement). Le tir va toujours en s’allongeant et à peu près dans la même direction ; il va sans dire que comme en grammaire il y a quelques exceptions à la règle. Je crains beaucoup moins ces obus que leur petit 77 dont un éclat a marqué ma gamelle, vous savez déjà. Tout naturellement, je vous explique cela, il est vrai que depuis deux mois finissant par être tout à fait entraîné à ce genre de sport. Après ces petits accidents, trois brancardiers étaient seuls pour représenter le service de santé de la compagnie. Cette situation ne pouvait pas durer bien longtemps. Le jeune Schaller remplace Roybet. Nous avons un infirmier et comme Major un jeune docteur dans sa deuxième année de service. C’est un gentil garçon. Il est surtout moins fier et plus courageux que son prédécesseur qui doit être actuellement bien remis de son égratignure…

Pierre joue un peu à l’ancien combattant avec cette explication de la perception des tirs des gros calibres allemands et de la logique de la chute des obus. Contrairement au major totalement affolé par la canonnade.

C’est alors que le soldat Gautier raconte ce qui a été écrit dans les cartes et les lettres reçues de la part et d’amis. Il raconte ce qu’il a répondu à l’un d’eux.

Vous demandez des souvenirs. Bien franchement si comme nous, vous aviez été témoins des atrocités de ces barbares, vous m’en voudriez pas un seul. J’ai vu des Allemands prisonniers, beaucoup d’autres morts sur les routes et dans les bois, beaucoup d’objets à mais je n’ai jamais rien ramassé, ça me salirait. Dernièrement j’ai été un soir dans un grand château il y avait peut-être 20 blessés et 10 infirmiers allemands prisonniers. (Les lignes ennemies étaient à plus de 1 km). Avec mes amis et le major nous sommes restés peut-être une heure avec. Très facilement, il nous donnait tout ce qu’on voulait. J’avais trois casques mais je me suis simplement contenté de prendre les trois rosaces placées de chaque côté. Les autres sont dans le fossé. Il y avait aussi un casque superbe d’officiers de chasseurs à cheval. Nous avons seulement conservé un de leurs bouteillons, ils sont très pratiques, en l’aluminium et plus petits que les nôtres. Dans notre équipe nous nous s’en servons pour les extras : thé, chocolat, confiture de pommes, etc.… Si vers la fin je trouve un objet peu encombrant, je promets de vous le rapporter. J’ai déjà plusieurs balles et de jolis éclats d’obus.

Des souvenirs de guerre, des trophées pris à des prisonniers allemands mais dans cette campagne, on comprend que le paquetage et le matériel sont assez lourds pour ne pas s’encombrer de choses supplémentaires. Les écussons militaires, eux, sont petits et légers.

Voici donc les passages les plus intéressants extraits de cette longue lettre.

A suivre d’autres lettres de la correspondance de ce poilu grenoblois

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PAUL MARQUION parle du MILIEU PHYSIQUE de CADEROUSSE … en 1971

Dans ce numéro 44 du bulletin des amis d’Orange,…

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Paul Marquion parle de Caderousse dans une série d’articles sur le Bulletin des Amis d’Orange et pour ce numéro 44 du second trimestre 1971 du milieu physique et humain de cette commune du Vaucluse, avant 1914. Il s’agit d’un long article qui sera présenté en 3 fois sur le blog. Tout d’abord une  description commentée des lieux.

Le Rhône est évidemment le grand responsable de cet état de choses (que le village ait conservé son aspect ancestral) : quoi que l’on fasse à Caderousse, il a toujours fallu compter avec le Rhône et ce n’est qu’après la construction de la dérivation du fleuve qui mettra le territoire à l’abri des inondations et dont les premiers travaux viennent d’être entrepris que le visage de Caderousse  risque d’être entièrement modifié. Or si rien pour le moment n’a bien changé, c’est le Rhône lui-même qui a subi les plus grandes modifications. Avant la guerre de 1914, comme en témoignent les photographies de l’époque, son cours était large et relativement profonde. Plus anciennement, il était navigable. Le chemin de halage qui le bordait, le «caladat », s’il est aujourd’hui enfoui sous l’épaisseur des sables est encore visible en certains points, notamment à proximité du village, en bordure de la digue, où l’on voit encore les anneaux scellés dans la pierre qui servaient à l’amarrage des bateaux. L’accès de l’île de la Piboulette se faisait par un bac à traille, le premier aux abords du village même, l’autre au quartier des cabanes qui restait en service toute l’année. Ce n’est qu’en été, aux très basses eaux, que l’on pouvait traverser à gué (à la gaffe). Aujourd’hui , à Caderousse, le Rhône s’est considérablement rétréci, son lit s’est encombré de gravier et de sable sur lesquels a poussé une végétation exubérante de saules et de peupliers, formant de véritables îlots. Les anciens ne reconnaissent plus le Rhône de jadis.

A noter que les travaux de la CNR de la chute de Caderousse sont en train de commencer quand Paul Marquion écrit cet article. A cette époque, mon grand-père Gabriel se plaisait d’aller voir travailler les scrappers et autres mastodontes construisant les berges du canal mais détruisant l’île de la Piboulette dont Paul Marquion va parler. Il ne verra pas la mise en eau du canal puisqu’il décèdera en 1973.

Dernièrement, la grande île de la Pirouette s’est, elle aussi, profondément modifiée. C’était encore, il n’y a pas bien longtemps, avant tout un terrain de chasse, avec des bois très touffus, parfois impénétrables, où les champignons « de matte » et les cèpes poussaient à profusion et où le gibier, lapins et surtout faisans, pullulaient. Seules quelques fermes, installées au milieu de clairière exploitaient un sol de limon particulièrement fertile. C’était le grand terrain de chasse de Monsieur de Lafarge, qui avait fait bâtir un pavillon appelé le château, avec chapelle attenante où certains dimanches de grande chasse, le curé de Caderousse ou son vicaire venait célébrer la messe. De nos jours, l’île a été en grande partie déboisée et défrichée par les pieds-noirs et les vastes étendues forestières ont fait place à des terrains de culture et de vergers. La construction du canal du Rhône, qui doit traverser l’île du nord au sud par son milieu va de nouveau bouleverser la topographie.

Le village lui-même dans sa ceinture de digues, n’a subi aucune transformation importante. Le goudron a remplacé l’ancien pavage en galets du Rhône de la plupart des rues, solide et même inusable, où l’on se tordait facilement la cheville et où les roues cerclées de fer des charrettes cahotaient avec un beau vacarme. Mais les eaux usées s’écoulent toujours par les rigoles et les lônes et l’ancestrale coutume pour les ménagères de balayer chaque matin la rigole devant leur porte est toujours en usage, faute de tout-à-l’égout. Il n’y a même pas l’eau courante qui est considérée pourtant comme un minimum de confort moderne. Peut-être n’en a-t-on jamais senti l’impérieux besoin dans un pays où la nappe et peu profonde et où il n’y a qu’à creuser n’importe où pour trouver de l’eau. On trouve dans certaines rues des pompes à main publiques, fort anciennes, avec bassin. (J’en ai noté une, rue Vénasque, sur le trajet entre l’EHPAD et la place Jean Jaurès) C’est encore avec une pompe à main que se fait dans chaque maison l’alimentation en eau, à moins que le propriétaire ait fait installer un moteur électrique. Avant la guerre de 1914, les maisons aussi bien dans le village que dans la campagne, n’avaient pas toutes leurs pompes et l’eau était puisée directement dans le puits.

Un certain nombre d’immeubles qui menaçaient ruine ont été rasés, comme ont disparu plus anciennement certaines demeures de notables et co-seigneurs de Caderousse qui, d’après les vestiges qui restent, avait dû être spacieuses et confortables. Peu de constructions nouvelles : en tout cas aucun de ces immeubles modernes, dit « cage à l’appel » qui tendent à devenir le mode d’habitat courant de notre époque. A Caderousse, il n’existe que des maisons individuelles. Il serait pourtant injuste de ne pas signaler un effort récent mais tangible de modernisation de nombreuses vieilles demeures et le ravalement de nombreuses façades, ainsi que le nettoyage de certains quartiers, tel celui dit de Médecin, qui fut longtemps une sorte de dépotoir public et qui ne méritait pas cette disgrâce, car il s’agit d’un cours ombragé de très beaux platanes qui borde l’ancien rempart. On peut dire que le village tend à perdre ce visage terne et vétuste qu’il avait il n’y a pas encore beaucoup d’années.

Rien n’a été modifié au tracé des rues dont la caractéristique commune à toutes les villes et villages de jadis, est d’ignorer la ligne droite. Il convient d’ajouter qu’à Caderousse les rues sont en général relativement larges, même quand il s’agit des rues adjacentes qui aboutissent à l’artère principale qui traverse le village du nord au sud, qui a été baptisé à la fin de la dernière guerre « rue du Docteur Guérin », en souvenir d’un bienfaiteur du village mais qu’on continue à appeler « la grand’ carrière ».

Les noms des rues du quartier n’ont pas changé, à de rares exceptions près et sont tels qu’ils figurent sur les anciens cadastres : nom de saints, Saint-Louis, Saint-Michel, nom dont on devine l’origine ancienne par suite de leur situation ou de leur destination : rue du Fond du Sac, rue Juterie (ou devait être cantonné les Juifs), rue de l’Escurier (qui desservait les anciennes écuries du château), quartier de la Pousterle (voisine une des anciennes poternes du rempart), quartier du Pilori (où se trouvait le pilori). Mais sur le nom d’autres rues et quartiers : rue Pied-Gaillard, rue du Puits des Voûtes, quartier du Boulégon… on se perd en conjoncture. (Je suis sûr que Jean-Paul Masse peut expliquer l’origine de ces noms…)

Enfin il faut noter qu’au pied de la digue et à l’intérieur, là où se trouvaient jadis les remparts et des fossés, se développe, tout autour du village, un vaste espace planté de platanes qui, côté levant est dénommé « le cours », bien dégagé et qui, depuis 1 siècle, est devenu le lieu de toutes les festivités foraines et, côté couchant est dénommé «Lou Barri », en souvenir du rempart et qui sert à tout usage – ce n’est pas peu dire – aux riverains…

Suite de l’article avec une description de la campagne:

Ce qui a peut-être le plus modifié le paysage, c’est la disparition du mûrier, devenu inutile avec la disparition totale de l’élevage des vers à soie qui était jadis très florissant à Caderousse, (300 quintaux de cocons avant la Révolution), qui était encore pratiquée sur une grande échelle avant la guerre de 1914, pour décliner entre les deux guerres et disparaître complètement depuis la dernière. Avant la guerre, le mûrier était roi. La plupart des champs avait leur allée de mûriers qui étendaient leurs vertes et épaisses frondaisons et qu’il formait sous le nom de «pourreto » des haies en bordure des chemins. Ils ont presque tous été arrachés, car non seulement ils n’avaient plus d’utilité, mais constituaient avec la traction mécanique, une gêne pour l’exploitation des terres. Le paysage, de ce fait, est beaucoup plus dépouillé que jadis. (Tout a fait exact, il reste dans le grenier familial des clayettes et une couveuse destinées à l’éducation des vers à soie. A quand une expo -si cela n’a pas été fait- sur la sériciculture  ?)

Indépendamment du mûrier, d’autres arbres, d’essences méditerranéennes, tendent à disparaître  ou ont complètement disparu. À Caderousse, on cultivait jadis, avant la Révolution, le figuier, incomparablement plus abondant que de nos jours et qui donnait lieu à un important commerce : cette culture est aujourd’hui abandonnée et le figuier ne se retrouve que dans les cours des granges et des maisons. Avant la guerre de 14, on voyait de nombreux grenadiers et jujubiers dont les fruits étaient vendus dans les épiceries ou même simplement pillés par les gosses qui s’en régalaient. Les enfants d’aujourd’hui ont d’autres friandises à se mettre sous la dent, que des jujubes (ginjouris) ou des grenades (miougran) et ne s’aviseraient pas, comme le faisaient les enfants de notre âge à se barbouiller le visage en suçant la pulpe douceâtre de la cosse du caroubier (carobi). L’écarlate floraison du grenadier a disparu du décor ; rares sont les jujubiers ; disparus complètement les caroubiers. Le cognassier poussait en général sous forme de haies en bordure des chemins, comme d’ailleurs le néflier et le prunellier et c’était là une sorte de domaine public que chacun, et notamment les enfants, mettaient au pillage. Et le coing était utilisé de différentes façons, depuis le pan-coudoun jusqu’à la délicieuse boisson du coudoyant  dont on a perdu le goût, en passant par la gelée, la patte et la confiture de coing….

à suivre…

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RÉSISTANCE 1942 (21/23): TRACT-JOURNAL LA VIE OUVRIÈRE n° 109 du 17 octobre 1942

Un tract de 2 pages (1 feuille recto-verso) ronéotypées, un journal: La Vie Ouvrière, organe de la CGT qui perdure de nos jours, feuille clandestine en 1942. Une date: celle du 17 octobre 1942, une consigne: NE JETEZ PAS CE JOURNAL. FAITES LE CIRCULER.

Pour commencer, un long article en guise d’éditorial, rappelant le drame du 22 octobre 1941, un an auparavant, l’assassinat par les Nazis des otages de Châteaubriant.

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Voici le texte de cet article.

 Le 23 octobre 1941, le peuple de France apprenait que les boches venaient d’assassiner 48 otages de Chateaubriant. L’indignation, la colère, la soif de vengeance, tels furent les sentiments qui s’installèrent dans le cœur de chaque patriote.

En lisant les noms des fusillés, tous les travailleurs de France firent le serment de les venger. C’est eux en effet, qui étaient surtout frappés. Stülpnagel et Pucheu qui fut chargé de désigner les otages, manifestaient leur haine de la classe ouvrière en massacre ses plus honnêtes et ses plus fidèles défenseurs. Secrétaire de fédération, dirigeants de grands syndicats, élus du peuple, des cités ouvrières, constituaient le plus gros contingent des 48 victimes.

Deux jours après, 50 otages furent exécutés à Bordeaux et ce fut la même haine des masses populaires qui précipita leur choix. Depuis, des milliers de patriotes français ont été massacrés. Parmi les hommes comme d’Estienne d’Orves des intellectuels, des savants, toujours figurent en grand nombre des militants ouvriers. Avec Domisse, Brunet et des dizaines d’autres ; Pillet, secrétaire de la fédération du bâtiment, Pourrouault des produits chimiques, des dizaines de secrétaires de syndicats et de délégués ouvriers ont payé de leur vie leur fidélité à la classe ouvrière et leur patriotisme. Tous sont morts en héros, clamant leur foi et leur idéal, leurs certitudes qu’ils seront vengés et que la France serait purgée des envahisseurs et des traîtres.

La vengeance a commencé. Des centaines de Boches pont payés de leur sang le sang de nos martyrs, des traîtres ont reçu le châtiment mérité et qui attend tous leurs congénères, des cheminots ont saboté les transports, envoyé des trains de munitions et de soldats boches dans les remblais, pour venger Sémard et Catelas, les métallos ont saboté, brisé des machines en souvenir de Timbaud, des détachements de francs-tireurs qui portent des dons glorieux : « Timbaud », « Simard », « Péri », « Catalas », « Cadras » etc.… ont exterminé des ennemis. Le souvenir de nos martyres et la haine sacrée de leurs assassins guident leur bras.

La mort glorieuse des héros en a fait surgir de nouveaux par milliers, dont le courroux s’apaisera que lorsque le dernier coupable aura payé, lorsque le dernier Boche aura été chassé de notre sol.

La vengeance comme moteur de la lutte. Oui, le tract oublie un peu l’idéologie mais il est plus facile de mobiliser en évoquant les crimes de l’autre qu’en faisant de la politique. D’ailleurs, en dessous de ce long éditorial, apparaissent 2 sujets de mobilisation immédiate:

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La lutte pour éviter à des jeunes ou des ouvriers de partir travailler en Allemagne et la réussite de la prochaine grande manifestation contre les Nazis et Vichy: faire tout pour célébrer le futur 11 novembre 1942, 24 ème anniversaire de l’Armistice. On en reparlera dans le prochain tract !

Au dos, une série de brèves sur 2 colonnes: les actions des ouvriers dans les usines, les ateliers ici et là.

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Des mouvements dans des usines de la couronne parisienne où le syndicalisme et la politisation des masses sont importants: chez Hotchkiss à Saint-Denis, chez Matra à La Courneuve, chez Gnome & Rhône-Kellermann, chez Citroen à Clichy, chez Babcock à La Courneuve, chez Rateau, à la Lorraine à Argenteuil, chez Chausson, à la S.I.P.A. de Neuilly, P.M. dans le 15ème arrondissement de Paris, chez Alstom à Lecourbe, chez Unic, aux Compteurs de Montrouge, chez Salmon et Voisin, à la S.I.F.: des protestations, des débrayages, des grèves…

Dans la seconde colonne, le tract explique comment organiser une grève pour qu’elle réussisse en évitant l’intervention des forces de l’ordre, la police française. Ainsi est-il faire référence à ce qui se passa en 1936. Voici les 4 commandements de l’organisateur d’une manifestation de ce type:

1-Organiser l’occupation des ateliers, bloquer les issues, organiser leur défense.

2-Prévenir immédiatement les entreprises voisines et les inviter à se joindre au mouvement. Par tous les moyens et surtout en envoyant des courriers, prévenir le plus d’entreprises possibles.

3-Alerter la population des quartiers proches de l’usine pour qu’elle soutienne la grève de l’extérieur.

4-Dans les circonstances présentes, la défense de la grève dans les usines exige la constitution de groupes spéciaux de combat avec des camarades décidés et connaissant bien l’usine. Avoir un objectif de désarmer l’ennemi qui menace et retourner ses armes contre lui.

En 1936, la puissance du mouvement, la rapidité de son extension, mirent les forces policières dans l’impossibilité d’intervenir efficacement. Il faut en être de même aujourd’hui.

À l’action avec courage et audace ! L’heure est venue de combattre et de faire échec à l’ennemi et au traître.

Métallos parisiens ! N’oubliez pas qu’en 1936 vos grèves avec occupation ont sonné le branle-bas dans tout le pays. Aujourd’hui encore tous les yeux sont fixés sur vous.

Un appel à la résistance dans les usines.

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