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PAUL MARQUION parle aussi du MILIEU HUMAIN de CADEROUSSE … en 1971

Après avoir longuement parlé du milieu physique de Caderousse dans ce numéro 44 du bulletin des amis d’Orange,…

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Paul Marquion s’attaque à parler des gens, du milieu humain. Voici les meilleurs extraits de son exposé.

Première considération démographique, la population qui est passé de 4 000 âmes à la Révolution à 2 600 à la veille de la Grande Guerre. En 1971 au moment des écrits, le village ne comptait plus que 1 600 habitants contre 2 750 de nos jours. Il explique cette déclin de population par le machinisme, l’attrait de la ville (l’exode rural), l’absence d’activités artisanales sur place hormis l’agriculture qui n’a pas su attirer des industries de transformation et la grande saignée de la Guerre (-125 jeunes ou moins jeunes hommes soit 1/20ème de la population). Il pointe du doigt le responsable de cette absence d’activités: le Rhône qui, par ses « visites » régulières empêche l’arrivée d’investisseurs qui souhaiteraient s’installer.

Les patronymes.

Il se base sur la « table chronologique de Messieurs les Trésoriers de la Confrérie de Saint-Josph de Caderousse (1649-1792) pour lister les patronymes qui ont traversé les siècles: Rigaud, Vivet, Berbiguier, Vaton, Guérin, Martin, Rieu, Noguier, Point, Rollet, Perrin, Farragut. Puis ceux qui se sont éteints, beaucoup plus nombreux: Garin, Védrilhe, Bertier, Fourgon, Malarthe, Tacussel, Rouviel, Bellon, Faugière, Sance, Rivasse, Ranquet, Causan, Bourtholon, Barbès, Thibaud, Constantin, Maille, Castion, Villard, Drogue, Rougeaud  Lusignan, Bonamour, Chassenet, Colonel, Chaudron, Dupuy, Boyer…. Une liste impressionnante et … surprenante !

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Il cite quelques exemples pour expliquer qu’il serait intéressant de remonter le temps pour déterminer l’ancienneté des familles. Ainsi l’ancêtre  Guericolas viendrait de la Meuse et serait venu à Caderousse pour servir les Ducs de Gramont et y avait fait souche. Les patronymes Gromelle  et Gonner seraient de souche germanique ( … Guérin aussi d’ailleurs). Ils s’appelaient initialement Grimmel et Guinner avant la francisation des noms et on les appelait Grimello et Guinèr en provençal.

Paul marquoir ajoute que le fait de parler provençal facilitait l’intégration rapide des gens. N’oublions pas que le Provençal était parlé par tous, tout le temps avant 1914 et que ce fut la Grande Guerre qui imposa le Français, plus que les hussards noirs de la IIIème République, comme le dit Clément Montrosier !

Les sobriquets.

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C’est une spécialité caderoussienne que celle des sobriquets. D’ailleurs on connaissait les gens plus par ceux-ci que par leur vrai nom, que beaucoup ne savait même pas ! Quelques exemples de escais-noum ayant pour origine le nom des quartiers: Popo de la Bigo, Pierrounet de la Lusignano, Danis de la Limajouine, Clara fou Mautème, Marie de la Baïsso… D’autres viennent d’une spécialité du destinataire: Cacho-nose cassait les noix avec les dents mais pourquoi Cacho-embut (embut= entonnoir) ?

D’autres viennent d’animaux (le Gaou par exemple: le coq ou le Lèbre = le lièvre). D’autre sont plus délicieux: Quatre-sous, Marrit-miou, Pomadin, Curo-lume, cago-mecho, chaucho-grapaud, manjo-sucre, mais certains sont moins agréables.

Il faut noter également que la femme en se mariant ne prenait pas le (sur-)nom de son mari mais conservait son nom de jeune fille et plus souvent encore son surnom. C’est ainsi qu’un certain Marius Perrin  dit Iuiu de Salète avait pour femme Niho de Iouioun et que Joseph Aubépart était connu sous le surnom de Jousé de Camin et sa femme sous celui de Roso dou Popo.

Un sujet inépuisable pour Paul Marquion.

Les liens sociaux.
La noblesse a disparu avec le dernier des Gramont, Ludovic qui s’éteignit sans descendance en 1863. Ses héritiers finirent par faire raser le château en 1900 et le parc devint des jardins. Il ne subsiste que la façade des communs qui donne sur la place de l’église.

Peu de bourgeois, de rentiers, mais quelques professions libérales aisés (docteur, pharmacien, notaire et … instituteurs- Les temps ont bien changé !)

Puis l’auteur liste les emplois des habitants de la commune: quelques petits propriétaires fonciers qui vivent du travail de leurs terres en employant du personnel, quelques entreprises (fabriques de balais) qui emploient aussi des ouvriers (et ouvrières). Des artisans: maréchaux-ferrants, forgerons, bourreliers, charrons, cordonniers, tailleurs et des boutiquiers: bouchers, boulangers, épiciers, drapiers, quincaillers…

La politique.

 Ces différences sociales se retrouvent en politique. A cette époque, on ne détaille pas et les nuances sont inconnues. On est blanc ou rouge, cette appartenance de couleur étant en général un héritage de famille. La religion est un des signes distinctifs: les blancs vont à la messe, les rouges sont anticléricaux et laïques. La relative richesse en est un autre: les gens aisés sont plutôt blancs, les rouges se recrutent de préférence parmi les ouvriers. Les blancs à cette époque votent pour M. Lacour; les rouges pour M. Blanc, et, sur le plan municipal, municipalités rouges et blanches se succèdent , le rouge étant toutefois à Caderousse une couleur plus marquée que le blanc. La politique n’a jamais été toutefois un facteur de division et d’animosité entre individus. On se plaisante, on « s’esbremasse », surtout en période électorale, mais cela ne va pas plus loin:on ne va pas jusqu’à « s’estrigousser ». 

Ainsi se termine ce long préambule à l’étude du genre de vie, de la mentalité, des moeurs et des particularités de la vie à Caderousse et des différences avec la période actuelle (en 1971). 

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PAUL MARQUION parle du MILIEU PHYSIQUE de CADEROUSSE … en 1971 (suite)

Suite de la reproduction du numéro 44 du bulletin des Amis d’Orange…

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dans lequel Paul Marquion parle de Caderousse et en particulier du milieu physique de cette commune du Vaucluse, avant 1914.

La présence de l’eau à faible profondeur a favorisé la dissémination des granges. Si l’on ajoute à cela que la propriété reste encore très morcelée, qu’il n’existe pas, à part l’île de la Piboulette, de grands domaines, que partout la terre se prête à la culture et qu’il n’existe pas de terrains véritablement infertiles, on comprend que les granges sont nombreuses et en général de peu d’importance et n’ont rien de comparable avec, par exemple, le mas provençal.

 Les routes et chemins.

Un gros effort a été fait, depuis la dernière guerre, pour l’amélioration de la viabilité . Avant 1914, seules quelques routes et notamment celle de Caderousse à Orange étaient empierrées. Les charrois y creusaient des ornières et de larges et profonds nids de poule. Des rechargements périodiques les remettaient en état… Les charrettes et autres véhicules à traction animale s’en accommodaient non sans mal. Mais la circulation automobile n’y aurait pas résisté…. Aujourd’hui, tous les chemins sont goudronnés. Un phénomène assez curieux et particulier sans doute à Caderousse, c’est que la plupart des chemins sont en contre-bas des champs. Et cela se comprend: chaque inondation dépose sa couche de limon et ces couches , en se superposant, finissent par élever le niveau général du territoire, alors que les chemins, soumis à une perpétuelle usure et échappant à l’alluvionnement, restent toujours au même niveau.

Les noms des quartiers.

Comme partout ailleurs, le territoire est divisé en quartiers qui, comme les rues et quartiers du village ont conservé leur nom ancestral. Certains de ces noms sont descriptifs:la Baisso est un des quartiers les plus bas du territoire; les Négades sont un quartier qui a souffert particulièrement des inondations, non seulement du Rhône, mais aussi de l’Aygues avant que son cours ne fut détourné au XIVème siècle; les Islons, l’ilot Blanc, qui sont aujourd’hui rattachés à la terre ferme, conservent le souvenir de l’époque où ils n’étaient que des îlots du Rhône; l’Espinet devait être jadis un terrain envahi par les buissons, la Lima-jouino, qu’on a francisé en Limageonne qui ne signifie rien , garde sans doute le souvenir d’une immersion soudaine à une certaine époque, due peut-être à un phémonème naturel, mais peut-être aussi à la construction de l’ancien Moulin de la Ville dont les eaux ont pu se répandre en contre bas et constituer un marécage toujours existant; le Gabin doit certainement son nom à une humidité prononcée de son sol, du provençal: gabinous.

Certains quartiers portent le nom de saints: Saint-Michel, Saint-Martin, Saint-Pierre, Saint-Trophime, souvenirs d’anciens établissements religieux ou de possessions ecclésiastiques.
D’autres ont pris le nom de la ferme principale du quartier, propriété d’anciens familles qui ont disparu: la Lusignane (de Lusignan); la Bonamourde (de Bonamour); la Roubaude (de Roubaud); la Berbiguière (de Berbiguier); le Durbanne (de Fortia d’Urban).

Enfin d’autres quartiers: Fourniras, Chalumeau  le Pont d’Adam, la Péran, les Cabannes, Panier, la Grand’Cairanne, la Cairanette, le Devès, Salarié, les Mians, la Mascarade, le Marran, la Capucelle, le Brou etc… portent des noms dont il est bien difficile de connaître l’origine, une origine qui remonte très certainement à des temps très lointains et antérieurs à toutes archives communales.
 
A ce sujet, on notera l’existence à Caderousse de 2 quartiers limitrophes qui ont nom Campredon et Campblancard. Ces noms remontent-ils au passage d’Hannibal ? Il serait bien téméraire de l’affirmer. En tout cas, si Hannibal a traversé le Rhône à Caderousse, ce qui paraît hors de doute d’après le récit de Polype qui ajoute qu’Hannibal campa un jour et 2 nuits sur les rives du fleuve après son franchissement, on est amené à constater que l’emplacement de ses camps, dans le bec formé alors par le Rhône et l’Aygues ancien, à proximité de l’eau, condition essentielle pour l’installation d’un camp, devait se situer à l’emplacement des quartiers actuels de Campredon et Campblancard dont la superficie correspond d’ailleurs sensiblement à celles des camps d’Hannibal (de 250 à 300 hectares).

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LE CANARD ENCHAÎNÉ du 11 novembre 1970 est bien plus sage que la une d’HARA-KIRI.

Le 11 novembre 1970, c’était le 62ème anniversaire de la Victoire. Mais c’était aussi 2 jours après la disparition du Général De Gaulle. On trouve de nos jours sur les vide-greniers tous ces journaux et magazines qui firent pour l’occasion des unes sensationnelles. Plus rare est ce numéro du Canard Enchaîné qui dût certainement transformer à la va-vite sa première page  pour coller à l’actualité.

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Les 2 canards qui se renvoient la réplique en encadrant le titre…

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font allusion à une expression de De Gaulle qui avait « traité » les Français de veaux lors de l’une de ses conférences de presse.

C’est André Ribaud qui écrit un éditorial finalement assez respectueux sous ce titre:

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En voici la teneur:

Le Roi mourut à Colombey le 9 novembre au soir, sur les sept heures, peu de jours avant d’atteindre ses 80 ans. On différera jusqu’au lendemain d’annoncer la nouvelle au monde, comme si on eût espéré encore qu’un miracle pût le ressusciter. Puis tout fut dit. Les médecins publièrent que le Roi était mort d’un malaise de cœur. Qui sait si ce ne fut point, plus sûrement, de mélancolie et de délaissement ?

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Il avait vécu pour gouverner l’État et l’avait gouverné sans frein pendant longtemps. Depuis que l’État s’était dérobé à lui, il ne faisait en vérité que survivre. Sans doute s’était-il raidi, après son abdication, à paraître soulagé, dispos, curieux de voyages, disert en mémoires, sinon en propos ou en discours. Mais on devinait, à des signes, que c’était pour la montre et pour donner le change du sourd chagrin qui l’envahissait. Le Roi voyait peu à peu l’oubli s’épaissir autour de lui. Le bruit s’assourdissait. La Cour, les ministres avaient cessé de s’apercevoir du vide qu’il avait fait en s’en allant. Il formait à Colombey une statue du Commandeur mais dont la pierre, à mesure, s’effritait et qui n’inspirait plus qu’une frayeur, même une considération chaque jour, chaque mois plus délitées.

Le 4 novembre, sa fête privée avait été célébrée sans que, pour la première fois, pas une gazette en fit mention. Le grand vacarme fait à la parution du premier tome de ses nouveaux « mémoires » était retombé d’un coup, brusquement, après quelques jours. Rien ne semblait plus envelopper le Roi qu’une morne indifférence et qu’un désintérêt public. Le 9 novembre, par un triste soir d’automne, le roi se retira soudainement du monde qui s’était déjà lentement retiré de lui.

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Il avait, pendant sa vie, régné, gouverné, fasciné, frappé les esprits et les imaginations, par la surprise. C’est par surprise aussi qu’il mourut, conformément à son génie profond. Mais la suprême surprise qu’il réservait au monde fut posthume. C’est dans les dispositions qu’il avait prises pour ses obsèques qu’il la fit éclater. Jamais mieux que dans ce peu de mots irréfragables, le Roi ne fait sentir et admirer par beaucoup l’immensité et la force, en même temps que la simplicité et le dépouillement de son orgueil. D’un coup d’épée, il traversait et renversait tous les plans publics pour ses obsèques : point de grandes funérailles, de grands flambeaux, de grandes oraisons. Comme il n’était plus le premier à Paris, le Roi ne voulut être enterré que comme le premier à Colombey. C’est du bout des lèvres, avec condescendance et commisération, même avec un peu de répugnance qu’il acceptait que ce qui gouvernait l’État après lui accompagnât son cercueil et lui fit l’honneur d’un peu de larmes.

La première stupeur passée, après cette mort subite, le Régent prescrivit à la Cour et à l’État de prendre le grand deuil, puis tint Conseil d’En-Haut à l’extraordinaire, où il fit part des dernières volontés du Roi, dont il se trouvait être le dépositaire, non point parce qu’il était présentement le Régent, mais parce qu’il avait été jadis le conseillé privé du Roi. Les membres du Conseil eurent qu’à acquiescer, puis tous marquèrent leur immense douleur publique. Quand ils quittèrent la salle, la fiction se glissait sur tous les visages, mais le soulagement surnageait sur plusieurs. C’en était fini de la peur du jugement du Roi, de son silence, parfois si parlant. Quelques-uns qui redoutaient que le Roi leur fût cruel dans la suite de ses « mémoires », savaient maintenant peu l’ouvrage resterait à jamais inachevé.

Le Roi mourut sans le Régent, depuis qu’il ne lui avait succédé, l’eût revu vivant, ni sans que les ombres qui s’étaient élevées entre eux, avant et après les événements de la Succession, se fussent dissipées. Le « duel », comme on appela parfois leur querelle, été tranché, pour toujours.

C’est remarquablement écrit, c’est critique envers le pouvoir pompidolien et les ministres mais vis à vis de de Gaulle, « le Roi », on est loin de la une d’Hara-Kiri « Bal tragique à Colombey- Un mort ! » qui vous a été présentée dans ce blog, le 16/11/2014 et qui valut la suspension définitive de cet hebdo.

(voir  https://unmondedepapiers.com/2014/11/16/larticle-qui-aur…en-novembre-1970/)

En parlant de bal tragique, le vrai, celui du 1er novembre 1970 à Saint-Laurent-du-Pont avec la destructions du 5-7, le dancing à la mode de la région, en page 3, Le Canard Enchaîné commence à dévoiler les irrégularités qui ont entraîné cette catastrophe.

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Suivant cet article, Pompidou aurait passablement enguirlandé ses ministres : Marcellin celui de l’intérieur à cause de ce dancing ouvert jusqu’à 2 heures du matin alors que le Préfet de l’Isère ne savait même pas qu’il était ouvert, Chalandon celui de l’Equipement et du Logement car le dancing n’avait pas reçu de permis de construire, Duhamel celui de l’agriculture car le dancing n’avait pas d’eau, Galley celui des PTT car le dancing n’était relié au réseau téléphonique… ce qui fait conclure au journaliste à l’adresse du Président: « Alors qu’est-ce que c’est que ces ministres et qui s’est avisé de les choisir ? ». La chienlit aurait dit De Gaulle !

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Un autre 11 SEPTEMBRE, l’EXPÉRIENCE CHILIENNE prenait fin prématurément. Le CANARD ENCHAÎNÉ en parle…

Le Canard Enchaîné du 19 septembre 1973 dans lequel l’hebdo humoristique fait un jeu de mot, le Chili devenant Chienlit, terme que De Gaulle avait remis à la mode pour parler des événements de Mai 68.

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D’ailleurs, dans l’article d’André Ribaud est prononcé un autre mot que De Gaulle a immortalisé en 1961, lors du putsch des Généraux d’Alger: « pronunciamiento » et sur ce petit encart avec une photo des généraux félons…

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on peut lire un troisième mot du grand homme prononcé en la même occasion: quarteron. En septembre 1973, il n’y a pas encore 4 ans que de Gaulle a disparu. Et la droite de Pompidou aurait bien eu besoin de la vision un peu plus avisée de De Gaulle face à cette crise chilienne. D’où cette caricature du Président Pompidou appelant Pinochet…

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pour lui proposer d’entrer dans le Marché Commun (on dirait l’Europe en 2016) sans aucune empathie pour ce qui s’est passé, le coup d’état, la mort du président démocratiquement élu Salvador Allende suicidé par les militaires et la terrible répression que l’on pouvait imaginer et qui ira plus loin que ce que l’on imaginait… quand on saura:

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Un coup d’état manigancé par les Etats-Unis de Nixon qui, lui fête ouvertement cela…

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puisque ce sont les agents de la CIA qui aideront Pinochet avec plus tard l’aide d’anciens nazis convertis, utilisés pour leur savoir-faire ! Les Etats-Unis voulaient préserver les intérêts exclusifs de leurs multinationales américaines alors que le gouvernement Allende voulaient les faire participer au partage des richesses pour aider les plus pauvres. ITT et d’autres seront montrées du doigt par la suite avec appel au boycott de leurs produits en Europe.

Le texte principal est signé par André Ribaud. Le voici.

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« Le gouvernement des militaires est, de tous, le plus coûteux, le plus tyrannique et le plus rétrograde. Fondé sur la peur, il ruine le commerce, avilit les sujets, méprise les principes et néglige le savoir », écrivait l’illustre Churchill, alors dans son jeune âge, en 1899. Superbe définition, mais tellement incomplète, tellement dépassée. Disons que le gouvernement des militaires bafoue la loi, sabre les libertés, emprisonne, torture, exécute les opposants et on aura une idée plus précise de la fière équipe qui vient de faire main basse sur le Chili et de bousiller à coups de roquettes, de mitrailleuses, dans le sang, l’expérience socialiste du noble président Allende.

Pourtant, qu’est-ce qu’on ne nous avait pas raconté sur le loyalisme à toute épreuve de cette armée chilienne, démocratique, légaliste, respectueuse de l’ordre constitutionnel et tout ! Et Pinochet, avec son nom d’opérette, n’est-ce pas un démocrate estampillé et même un démocrate-chrétien ? Les autres généraux putschistes, qui allaient trahir et faire mourir l’homme dont, la veille encore, ils acceptaient commandements et portefeuilles ? Au-dessus de tout soupçon, on disait. Et puis, ce fut, le 11 septembre, le putsch, le pronunciamiento, la répression conduite avec une dureté implacable par cette armée si loyaliste, si démocratique…

En vérité, il n’est si bonne armée dont il ne faille, toujours et partout se méfier. Le trop confiant président Allende a cru devoir et pouvoir faire cautionner, étayer, protéger son expérience par ses généraux. En leur conseillant des ministères, des responsabilités civiles, il a introduit les loups dans la bergerie et les loups l’ont dévoré. Au fond, on en revient toujours là : les civils surtout quand ils sont socialistes, ne doivent jamais donner l’occasion aux militaires de se mêler des affaires des civils. C’est ouvrir la porte à toutes les tentations. Demandez plutôt à Guy Mollet et à Lacoste, après leur expérience de la guerre d’Algérie. Et on murmure de Moscou que Brejnev commence à se mordre les doigts d’avoir fait entrer le maréchal Gretchko dans le Politburo.

La seule armée à peu près sûre c’est celle qu’on renvoie dans ses foyers ou, à tout le moins, qu’on laisse dans ses cantonnements. Et dans l’armée la plus loyale, il y a toujours un Massu modèle 58 ou 68 qui sommeille ou un Pinochet qui ne dort que d’un œil. Le Chili, bien sûr, n’est pas la France. Mais si un jour Mitterrand vient au pouvoir, qu’il se garde bien de donner un portefeuille à un quelconque Pinochet français. Il sait comment cela finit.

Il est vrai que des Pinochet français, le directeur du Figaro, Robinet, en prédit et en promet à Mitterrand. Dans son éditorial époustouflant, le cher confrère explique froidement que si Mitterrand vient au pouvoir avec un gouvernement de gauche élu par le suffrage universel, et bien l’armée sera amenée fatalement à le renverser. Et ce sera la faute à qui ? A Mitterrand, coupable de s’être fait légalement élire par le peuple.

De Robinet en Pinochet… Gloire, gloire aux portes-flambeaux de la belle bourgeoisie française !

Et gloire aussi au gouvernement français pour sa noble courageuse et brillante attitude de Ponce Pilate. Pompidou a attendu trois jours pour envoyer un télégramme conventionnel à la veuve du président Allende. Messmer a bafouillé trois phrases vaseuses pour annoncer que la France n’avait qu’un devoir : se taire. Pardi, la France, comme dit Pompidou, entend « être bien avec le monde » et donc bien avec Pinochet.

Mais voici ce qu’on dit dans les milieux bien renseignés : la France veut éviter à tout prix d’indisposer la junte parce qu’elle espère obtenir une commande d’une vingtaine de « Mirage » et de chars « AMX ». Le général Prats, chef d’état-major sous le président Allende, était venu, en juin, négocier le marché, mais la France, sentant que la situation intérieure au Chili n’était pas sûre, avait suspendu les pourparlers. Maintenant, elle veut enlever le morceau. Tel serait le prix de son noble silence.

La France, naguère, était connue, respectée, aimée, spécialement en Amérique du Sud, comme la championne des libertés et des droits de l’homme. À cette image, la Ve République préfère aujourd’hui celle, sordide, du marchand de canons. Les principes de Monsieur Dassault ont remplacé ceux de 89.

Pauvre Allende !

Un excellent résumé de la situation ! En 1973, les Chiliens en prenaient pour 17 ans de cette dictature militaire de Pinochet qui allait être renvoyée à ses chères études suite au référendum perdu du 5 octobre 1988 dont le déroulement a été raconté récemment dans le film « No » de Pablo Larrain. La mort en 2006 de l’ancien dictateur l’empêcha qu’il réponde de des crimes de son régime devant la justice, d’expliquer le pourquoi et le comment des milliers de morts et disparus.

Quant à la réaction des syndicats en France en 1973, elle se matérialisa par des grèves et des débrayages. Le 12 septembre 1973, c’était mon premier mouvement de grève de jeune enseignant au collège du Moulin d’Albi à Bourg-les-Valence, un débrayage de 30 minutes à 11 heures 30. Ce ne devait pas être le dernier !

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PAUL MARQUION parle du MILIEU PHYSIQUE de CADEROUSSE … en 1971

Dans ce numéro 44 du bulletin des amis d’Orange,…

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Paul Marquion parle de Caderousse dans une série d’articles sur le Bulletin des Amis d’Orange et pour ce numéro 44 du second trimestre 1971 du milieu physique et humain de cette commune du Vaucluse, avant 1914. Il s’agit d’un long article qui sera présenté en 3 fois sur le blog. Tout d’abord une  description commentée des lieux.

Le Rhône est évidemment le grand responsable de cet état de choses (que le village ait conservé son aspect ancestral) : quoi que l’on fasse à Caderousse, il a toujours fallu compter avec le Rhône et ce n’est qu’après la construction de la dérivation du fleuve qui mettra le territoire à l’abri des inondations et dont les premiers travaux viennent d’être entrepris que le visage de Caderousse  risque d’être entièrement modifié. Or si rien pour le moment n’a bien changé, c’est le Rhône lui-même qui a subi les plus grandes modifications. Avant la guerre de 1914, comme en témoignent les photographies de l’époque, son cours était large et relativement profonde. Plus anciennement, il était navigable. Le chemin de halage qui le bordait, le «caladat », s’il est aujourd’hui enfoui sous l’épaisseur des sables est encore visible en certains points, notamment à proximité du village, en bordure de la digue, où l’on voit encore les anneaux scellés dans la pierre qui servaient à l’amarrage des bateaux. L’accès de l’île de la Piboulette se faisait par un bac à traille, le premier aux abords du village même, l’autre au quartier des cabanes qui restait en service toute l’année. Ce n’est qu’en été, aux très basses eaux, que l’on pouvait traverser à gué (à la gaffe). Aujourd’hui , à Caderousse, le Rhône s’est considérablement rétréci, son lit s’est encombré de gravier et de sable sur lesquels a poussé une végétation exubérante de saules et de peupliers, formant de véritables îlots. Les anciens ne reconnaissent plus le Rhône de jadis.

A noter que les travaux de la CNR de la chute de Caderousse sont en train de commencer quand Paul Marquion écrit cet article. A cette époque, mon grand-père Gabriel se plaisait d’aller voir travailler les scrappers et autres mastodontes construisant les berges du canal mais détruisant l’île de la Piboulette dont Paul Marquion va parler. Il ne verra pas la mise en eau du canal puisqu’il décèdera en 1973.

Dernièrement, la grande île de la Pirouette s’est, elle aussi, profondément modifiée. C’était encore, il n’y a pas bien longtemps, avant tout un terrain de chasse, avec des bois très touffus, parfois impénétrables, où les champignons « de matte » et les cèpes poussaient à profusion et où le gibier, lapins et surtout faisans, pullulaient. Seules quelques fermes, installées au milieu de clairière exploitaient un sol de limon particulièrement fertile. C’était le grand terrain de chasse de Monsieur de Lafarge, qui avait fait bâtir un pavillon appelé le château, avec chapelle attenante où certains dimanches de grande chasse, le curé de Caderousse ou son vicaire venait célébrer la messe. De nos jours, l’île a été en grande partie déboisée et défrichée par les pieds-noirs et les vastes étendues forestières ont fait place à des terrains de culture et de vergers. La construction du canal du Rhône, qui doit traverser l’île du nord au sud par son milieu va de nouveau bouleverser la topographie.

Le village lui-même dans sa ceinture de digues, n’a subi aucune transformation importante. Le goudron a remplacé l’ancien pavage en galets du Rhône de la plupart des rues, solide et même inusable, où l’on se tordait facilement la cheville et où les roues cerclées de fer des charrettes cahotaient avec un beau vacarme. Mais les eaux usées s’écoulent toujours par les rigoles et les lônes et l’ancestrale coutume pour les ménagères de balayer chaque matin la rigole devant leur porte est toujours en usage, faute de tout-à-l’égout. Il n’y a même pas l’eau courante qui est considérée pourtant comme un minimum de confort moderne. Peut-être n’en a-t-on jamais senti l’impérieux besoin dans un pays où la nappe et peu profonde et où il n’y a qu’à creuser n’importe où pour trouver de l’eau. On trouve dans certaines rues des pompes à main publiques, fort anciennes, avec bassin. (J’en ai noté une, rue Vénasque, sur le trajet entre l’EHPAD et la place Jean Jaurès) C’est encore avec une pompe à main que se fait dans chaque maison l’alimentation en eau, à moins que le propriétaire ait fait installer un moteur électrique. Avant la guerre de 1914, les maisons aussi bien dans le village que dans la campagne, n’avaient pas toutes leurs pompes et l’eau était puisée directement dans le puits.

Un certain nombre d’immeubles qui menaçaient ruine ont été rasés, comme ont disparu plus anciennement certaines demeures de notables et co-seigneurs de Caderousse qui, d’après les vestiges qui restent, avait dû être spacieuses et confortables. Peu de constructions nouvelles : en tout cas aucun de ces immeubles modernes, dit « cage à l’appel » qui tendent à devenir le mode d’habitat courant de notre époque. A Caderousse, il n’existe que des maisons individuelles. Il serait pourtant injuste de ne pas signaler un effort récent mais tangible de modernisation de nombreuses vieilles demeures et le ravalement de nombreuses façades, ainsi que le nettoyage de certains quartiers, tel celui dit de Médecin, qui fut longtemps une sorte de dépotoir public et qui ne méritait pas cette disgrâce, car il s’agit d’un cours ombragé de très beaux platanes qui borde l’ancien rempart. On peut dire que le village tend à perdre ce visage terne et vétuste qu’il avait il n’y a pas encore beaucoup d’années.

Rien n’a été modifié au tracé des rues dont la caractéristique commune à toutes les villes et villages de jadis, est d’ignorer la ligne droite. Il convient d’ajouter qu’à Caderousse les rues sont en général relativement larges, même quand il s’agit des rues adjacentes qui aboutissent à l’artère principale qui traverse le village du nord au sud, qui a été baptisé à la fin de la dernière guerre « rue du Docteur Guérin », en souvenir d’un bienfaiteur du village mais qu’on continue à appeler « la grand’ carrière ».

Les noms des rues du quartier n’ont pas changé, à de rares exceptions près et sont tels qu’ils figurent sur les anciens cadastres : nom de saints, Saint-Louis, Saint-Michel, nom dont on devine l’origine ancienne par suite de leur situation ou de leur destination : rue du Fond du Sac, rue Juterie (ou devait être cantonné les Juifs), rue de l’Escurier (qui desservait les anciennes écuries du château), quartier de la Pousterle (voisine une des anciennes poternes du rempart), quartier du Pilori (où se trouvait le pilori). Mais sur le nom d’autres rues et quartiers : rue Pied-Gaillard, rue du Puits des Voûtes, quartier du Boulégon… on se perd en conjoncture. (Je suis sûr que Jean-Paul Masse peut expliquer l’origine de ces noms…)

Enfin il faut noter qu’au pied de la digue et à l’intérieur, là où se trouvaient jadis les remparts et des fossés, se développe, tout autour du village, un vaste espace planté de platanes qui, côté levant est dénommé « le cours », bien dégagé et qui, depuis 1 siècle, est devenu le lieu de toutes les festivités foraines et, côté couchant est dénommé «Lou Barri », en souvenir du rempart et qui sert à tout usage – ce n’est pas peu dire – aux riverains…

Suite de l’article avec une description de la campagne:

Ce qui a peut-être le plus modifié le paysage, c’est la disparition du mûrier, devenu inutile avec la disparition totale de l’élevage des vers à soie qui était jadis très florissant à Caderousse, (300 quintaux de cocons avant la Révolution), qui était encore pratiquée sur une grande échelle avant la guerre de 1914, pour décliner entre les deux guerres et disparaître complètement depuis la dernière. Avant la guerre, le mûrier était roi. La plupart des champs avait leur allée de mûriers qui étendaient leurs vertes et épaisses frondaisons et qu’il formait sous le nom de «pourreto » des haies en bordure des chemins. Ils ont presque tous été arrachés, car non seulement ils n’avaient plus d’utilité, mais constituaient avec la traction mécanique, une gêne pour l’exploitation des terres. Le paysage, de ce fait, est beaucoup plus dépouillé que jadis. (Tout a fait exact, il reste dans le grenier familial des clayettes et une couveuse destinées à l’éducation des vers à soie. A quand une expo -si cela n’a pas été fait- sur la sériciculture  ?)

Indépendamment du mûrier, d’autres arbres, d’essences méditerranéennes, tendent à disparaître  ou ont complètement disparu. À Caderousse, on cultivait jadis, avant la Révolution, le figuier, incomparablement plus abondant que de nos jours et qui donnait lieu à un important commerce : cette culture est aujourd’hui abandonnée et le figuier ne se retrouve que dans les cours des granges et des maisons. Avant la guerre de 14, on voyait de nombreux grenadiers et jujubiers dont les fruits étaient vendus dans les épiceries ou même simplement pillés par les gosses qui s’en régalaient. Les enfants d’aujourd’hui ont d’autres friandises à se mettre sous la dent, que des jujubes (ginjouris) ou des grenades (miougran) et ne s’aviseraient pas, comme le faisaient les enfants de notre âge à se barbouiller le visage en suçant la pulpe douceâtre de la cosse du caroubier (carobi). L’écarlate floraison du grenadier a disparu du décor ; rares sont les jujubiers ; disparus complètement les caroubiers. Le cognassier poussait en général sous forme de haies en bordure des chemins, comme d’ailleurs le néflier et le prunellier et c’était là une sorte de domaine public que chacun, et notamment les enfants, mettaient au pillage. Et le coing était utilisé de différentes façons, depuis le pan-coudoun jusqu’à la délicieuse boisson du coudoyant  dont on a perdu le goût, en passant par la gelée, la patte et la confiture de coing….

à suivre…

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Le clin d’oeil matinal de Mr JUJUBE.

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Mr Jujube, c’est ce petit bonhomme qui tous les jours (sauf le dimanche) racontait une petite histoire en 2, 3 ou 4 dessins aux lecteurs du Provençal, le quotidien de Marseille et de la Provence. Son dessinateur JAF de son vrai nom Edmond Guérin, officia longtemps dans le journal.

Le sourire du jour.

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