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La prestigieuse correspondance du citoyen Alexandre Dumont- 13/15 la lettre du 23 juin 1871

Dans cette lettre reçu par Alexandre Dumon, on apprend qu’il a un fils qui vient de faire la guerre contre les Prussiens et qui a été fait prisonniers lors de ce conflit. C’est donc avant tout le père impatient de voir rentrer son fils qui a écrit au député de Haute-Garonne Paul de Rémusat. Ce dernier lui répond pour expliquer le retard pris pour le rapatriement des prisonniers de guerre, pour cause d’encombrement des voies de chemin de fer.

…le gouvernement se préoccupe très vivement de cette question (le retour des prisonniers) et chaque jour, des centaines, des milliers de prisonniers reviennent. Cela ne peut pas se faire aussi vite que chacun le désirerait car les chemins de fer sont encombrés et ne peuvent transporter chaque jour qu’un nombre limité de voyageurs. 

Il faut dire que le désastre français fut tel que pas moins de 371 981 hommes du rang et 11 810 officiers furent capturés par les Allemands auxquels on se doit d’ajouter 80 000 hommes de l’armée de l’Est ayant fui en Suisse et y étant retenus. Ce sont des chiffres considérables car environ 30% des hommes mobilisés dont beaucoup ne combattirent pas, furent fait prisonniers ! Pour mémoire, pour la Grande Guerre, le chiffre est de 7%.

A l’inverse, il n’y eut que 40 000 Allemands capturés par l’Armée française.

Cet afflux inattendu d’hommes en Allemagne causa bon nombre de problèmes aux Allemands. Pas moins de 242 villes durent accueillir des camps de prisonniers. Le statut des officiers était différent puisqu’il était semblable à une assignation à résidence.

18 000 hommes moururent en captivité. N’oublions pas qu’à l’impréparation allemande, à l’épidémie de variole qui ravagea les deux armées, cette crise se déroula par un hiver assez rigoureux. Les hommes commencèrent à rentrer à partir de la fin de la guerre, le 15 février 1871 et ces opérations de rapatriement durèrent jusqu’au 16 août 1871. Alexandre Dumon a donc encore quelques semaines à attendre le retour de son fils !

Dans sa lettre enfin, Paul de Rémusat termine en remerciant Alexandre Dumon pour les excellentes idées qu’il lui a envoyées sur les économies qui peuvent être réalisées. On en saura pas dans quel domaine mais cet Alexandre Dumon semble être une personne aimant donner des conseils à tous ses correspondants !

Paul de Rémusat (1831-1897) fut journaliste, collaborateur à la Revue des Deux-Mondes, député puis sénateur avant d’entrer à l’Académie des Sciences Morales et Politiques.

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Il y a 100 ans jour pour jour: L’HUMANITÉ du samedi 14 janvier 1917

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(JOUR 894 DE LA GUERRE/1561 JOURS DU CONFLIT)

L’Humanité du samedi 13 janvier 1917. Le journal socialiste créé par Jean Jaurès qui a fini par accepter la guerre. Vous allez le voir, le ton est différent mais la censure n’a pas jugé bon d’interdire un article quelconque du journal du jour.

En première pas, un titre important « L’Allemagne répond aux Alliés » avec comme chapô « Elle le fait par une note aux pays neutres » (en fait aux Etats-Unis, à l’Espagne, et la Suisse). Il s’agit de la reproduction d’un long communiqué du Reich sans aucun commentaire de journaliste. C’est vrai que la position allemande est pleine d’inexactitudes historiques… on peut même dire que c’est d’un culot insensé, allant jusqu’à affirmer que la Belgique a violé sa neutralité !

Autre article de la première page illustré d’une photo quasi illisble, « Les oeuvres socialistes dans le 18ème arrondissement ».

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On y devine des femmes faisant la queue devant un magasin de la rue Boudeauville. Il s’agit des oeuvres pour venir en aide aux plus démunis face à la guerre, les femmes seules, les orphelins. Voilà quelque chose que l’autre presse ne dit pas: la guerre amène la misère et ceux qui en souffrent le plus sont les plus pauvres, les plus fragiles.

Le journal n’hésite pas à donner des chiffres après qu’un bateau italien ait coulé après avoir heurté deux mines.

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Le Regina-Margherita transportait 945 personnes et il n’y eut que 270 rescapés. 675 victimes est un chiffre énorme. Il n’est pas certain que la presse ait donné ce nombre… même s’il ne s’agit pas de français et que le drame se soit passé il y a plus d’un mois, le 11 décembre 1916.

Autre événement de la guerre sur mer:

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le torpillage du cuirassé britannique « Cornwallis » par un U-boat, un sous-marin allemand. Le journal minimise la portée de l’événement car ce cuirassé était très ancien.

Reproduction des communiqués de guerre officiel sans plus de commentaires que cela:

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Rien de significatif sur les fronts occidentaux le 12 janvier.

Un long article sur la problème du rationnement du sucre. En effet, ce sont les terres du Nord qui sont devenus les théâtres des opérations. Elles produisaient une part importante des betteraves sucrières qui fournissent les Français en sucre. De même, nombre de sucrerie sont détruites ou occupées. Le sucre est donc rationné et le journal propose que la saccharose soir produite en plus grande quantité pour le remplacer.

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Le journal n’occulte pas les problèmes sociaux dans les usines. On parle donc grèves ce que nombre d’autres titres ignorent.

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Des mouvements sociaux dans la métallurgie pour des augmentations de salaires: chez Malisse et Blin, chez Panhard-Levassor. Le ministre des munitions souhaite que le dialogue s’installe entre syndicats et patronat et va aider à ce rapprochement. Quant au dernier entrefilet en bas, on apprend que le député socialiste d’Aubervilliers va demander que le problème des grèves des femmes dans les industries de son secteur géographique soit discuté au parlement. Rien de bien formidable, si ce n’est que ce député était… Pierre Laval !

Deux articles pour raconter les conditions des déportés belges en Allemagne.

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Des déportés pour aller travailler en Allemagne dans les usines de guerre.

Pour terminer, un mot sur la discussion au parlement d’un nouveau texte concernant les déserteurs.

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La discussion porte sur un article de la loi qui prévoit que les biens de l’insoumis ou du déserteur soient tout simplement confisqués par l’état. Les Socialistes s’y apposent en demandant que les enfants de ceux-ci ne soient pas spoliées par des faits commis par les pères. Mais, rien n’y fait, l’article est adopté par 180 voix contre 38. Le parti de la guerre à outrance est plus que jamais debout contre toute forme de contestation.

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Gabriel Marius DAVID, un autre soldat d’Ancone dans l’aventure coloniale de la France à MADAGASCAR.

Article écrit pour le blog anconecultureetpatrimoineleblog.wordpress.com après des recherches sur l’Etat-civil de la commune mis en ligne par les Archives départementales de la Drôme et cette découverte fortuite qui a marqué la vie de notre commune rhodanienne.

Emmanuel Mallet et Gabriel Marius David étaient des copains de classe  à l’école d’Ancone avec François Régis Faucher comme maître au début de leur scolarité, jusqu’en 1881, puis sous l’autorité de Charles Louis Arnaud en fin de scolarité. De jeunes enseignants tous deux qui allaient connaître l’arrivée de l’école à Jules Ferry. Par contre, ni Emmanuel, ni Gabriel n’allaient fréquenter la nouvelle école du village inaugurée l’année où ils cessèrent leurs études, en 1886. Emmanuel et Gabriel étaient aussi des copains de la Classe au sens militaire du terme, la Classe 92 puisque nés tous deux en 72. Emmanuel en juillet, Gabriel, le plus jeune, était venu au monde le 30 novembre 1872.

Gabriel avait vu le jour du côté de Châteauneuf-du-Rhône où son père était fermier. Ses parents s’étaient mariés quelques années avant, à Ancone le 21 août 1866. Son père Raimond Auguste David était cultivateur, né à Savasse en 1835. Sa mère, Marie Brun, était une fille d’Ancone où son père, bien connu,  exerçait la profession de maçon. Des enquêtes disent qu’elle était repasseuse, d’autres, femme au foyer. Elle était bien plus jeune que son mari puisque seulement âgée de 19 ans le jour des noces. Elle eut rapidement un premier enfant, Auguste André Gabriel né le 30 mai 1867 qui décéda un mois 1/2 plus tard, mi-juillet comme 5 autres bébés anconnais entre le 30 décembre 1866 et juillet 1867. Terrible année ! Epidémie ou malnutrition ? Puis vint une fille Augustine Gabriel deux ans plus tard qui ne vécut que 5 mois. Gabriel eut plus de chance, en 1872 et fut le premier enfant du couple David à vivre jusqu’à l’âge adulte. Dure époque !

Très rapidement, Gabriel vint vivre chez ses grands-parents maternels à Ancone, le temps que ses parents puissent acheter quelques terres dans la commune ou à Savasse. Puis toute la famille se reforma avant 1880 pour s’installer sous le toit d’une maison de la rue Bachasserie quelquefois appelée rue du Milieu, de son nom moderne. Grands-parents Brun, les parents David, enfants et même la tante Françoise, une soeur de la mère, couturière de son état, vivaient à la même porte. Il était courant à l’époque que les générations coexistent ainsi sous le même toit: les anciens élevaient les plus jeunes et les jeunes s’occupaient des anciens quand ils devenaient trop âgés. Autre époque!

Comme son copain Emmanuel, Gabriel ou Marius comme on l’appelait aussi (une autre chose courante alors que celle d’appeler les gens du second ou de troisième prénom pour rendre bien souvent hommage à un aîné disparu- question de poser quelques problèmes aux généalogistes actuels lors de leurs recherches…)  Emmanuel et Gabriel-Marius, donc, furent tirés au sort pour effectuer leurs 3 ans de service militaire, Gabriel avec le n°90 encore une fois juste derrière Emmanuel et son n°86 ! Il fut donc incorporé le 14 novembre 1893. C’est là que les parcours des 2 copains divergèrent légèrement avant de reprendre des destins parallèles !

En gare de Montélimar, si Emmanuel s’était arrêté sur le premier quai pour monter dans le PLM pour le sud, Avignon et les pontonniers, Gabriel dut se rendre sur le quai d’en face pour prendre le PLM en direction du nord,  Valence et les artilleurs. Dans la préfecture de la Drôme, tout le monde connaît le quartier du Polygone et la caserne Latour-Dubourg. Polygone d’artillerie, bien entendu, où le 6ème Régiment d’artillerie faisaient ses manoeuvres et les réglages des tirs. C’était donc le 14 novembre 1893 que  Gabriel Marius David y débarqua. De 2ème Canonnier à son arrivée, il passa 2ème Servant à cheval le 30 mars 1894 puis 2ème Bourrelier le 20 juin 1894 et enfin 1er Bourrelier le 21 décembre 1894. Pas de véritables promotions mais la reconnaissance de ses connaissances antérieures par l’armée pour l’employer où il était le plus compétant… comme bourrelier. Il fallait fabriquer et réparer sans arrêt les lanières  des attelages et c’est le métier qu’il avait appris chez un voisin dans la rue Bachasserie à Ancone.

Le 1er mars 1895, il fut muté au 38ème Régiment d’Artillerie à Nîmes en conservant le grade qu’il avait à Valence. Deux batteries de ce régiment étaient sur le qui-vive depuis que le gouvernement avait décidé d’intervenir militairement en territoire extérieur: à Madagascar. Et un bourrelier qualifié manquait pour l’une d’elle.

Il est bon ici de faire une parenthèse pour expliquer le pourquoi de cette destination originale. On sait que Jules Ferry et nombre de Républicains étaient d’ardents défenseurs de l’agrandissement de l’Empire. Pour faire oublier aux Français les pertes de l’Alsace et de la Lorraine en 1871, ces dirigeants de la Troisième République avaient décidé de se lancer dans ces expéditions coloniales, véritables aventures pour les militaires qu’ils envoyaient: en Indochine où partit Emmanuel Mallet et à Madagascar où ira Gabriel David. A la différence de l’Indochine, c’est vraiment la Troisième République qui initia cette conquête de Madagascar, un territoire aussi grand que la France, une grande île au milieu de l’Océan Indien. Une première expédition pour établir un protectorat avait eut lieu  de 1881 à 1883, un protectorat instauré mais pas vraiment appliqué par les Français ni respecté par les autochtones, un royaume dirigé par des reines. Mais des Français étaient allés s’installer là-bas, attirés par l’appât du gain, de l’or qu’on disait être en abondance, par l’inconnu et la nouveauté. Mais quand les massacres d’Européens initiés par les Hovas, une peuplade plus belliqueuse, furent trop importants, une seconde expédition militaire devint obligatoire en 1895 dans le but de « pacifier » une seconde fois le territoire. On y envoya un Corps Expéditionnaire de 15 500 hommes accompagnés de 7 000 convoyeurs, des Kabyles peu respectueux de leurs bêtes de somme. On y trouvait des Chasseurs à pied, des Tirailleurs algériens, un bataillon de marche de la Légion étrangère, des Marsouins, des troupes coloniales, supplétifs Malgaches, Soudanais et Réunionnais, des unités du train, 4 batteries de l’artillerie alpine et 2 batteries montées, celles de Gabriel David et du 38ème R.A. de Nîmes. Pour transporter le matériel à travers le pays, on avait fait construire 5 000 voitures Lefebvre tirées par autant de mulets…. en oubliant un peu vite que sur ce territoire, il n’y avait pas le moindre kilomètre de route ou de chemin ! Que des pistes muletières ! Tracer des routes fut le principal travail des unités du train qui se tuèrent à la tâche, au sens premier du terme !

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Les Français débarquèrent donc à Mayunga, sur la côte ouest de l’île, le 23 avril 1895 après un beau voyage où ils  franchirent le flambant neuf canal de Suez. Quelle aventure pour l’Anconnais Gabriel David qui figurait parmi eux ! L’objectif des Français: la prise de Tananarive, la capitale du Royaume, au milieu de l’île, distante de 450 kilomètres environ de Mayunga. Ils y parvinrent le 30 septembre 1895 mais à quel prix !!!

On connaît bien les détails quotidiens de cette expédition coloniale grâce aux écrits qu’en fit un soldat, l’Alsacien Léon Silberman engagé dans la Légion étrangère. N’oublions pas que l’Alsace ne faisait plus partie du territoire national en 1895. Ce témoignage est édifiant et consultable dans son intégralité sur la toile. C’est une narration sans complaisance et d’une redoutable précision sur l’impréparation et l’amateurisme de cette expédition, sur l’immense gâchis humain que furent ces 5 mois dans l’Océan Indien. Les chiffres officiels connus de nos jours en attestent: les combats contre les troupes locales, les Hovas, coûtèrent 25 morts au Corps Expéditionnaire Français, presque anecdotique 20 ans avant les hécatombes de la Grande Guerre ! Pourtant celui-ci fut décimé et on dénombra 5 756 morts causées par les maladies tropicales qui assaillirent les hommes. Malgré le dévouement des services de santé, les hommes mourraient par centaines chaque jour, dans les ambulances et les hôpitaux de campagne. Comble d’incompétence, la quinine, indispensable au traitement du paludisme se trouvait au plus bas dans les cales des bateaux, dans des voitures qui ne sortirent qu’à la fin du débarquement et ne parvinrent aux avant-postes de secours que plusieurs mois après le début de l’opération !

Une phrase du récit de Léon Silbermann m’a interpelé. Le légionnaire raconte sa visite faite à une ambulance, un poste de secours avancé.  Je regardais un artilleur qui venait de recevoir les derniers sacrements; l’énergie était présente sur sa physionomie; il sursauta à quelques reprises, comme s’il voulait se défendre contre la mort. Etait-ce les derniers instants de Gabriel David ? On apprend en effet sur sa fiche matricule comme sur l’acte de décès recopié par Louis Salomon, le maire d’Ancone sur le registre de l’Etat-civil que « Marius » décéda le 11 août 1895, à l’ambulance de Beritzoka, un piton rocheux à mi-chemin entre Mayunga et Tananarive,  d’une cachexie paludéenne, un affaiblissement général dû à la malaria. Il disparaissait donc 2 mois après son copain Emmanuel, victime comme lui d’une maladie tropicale, victime surtout des aventures coloniales des hommes de la Troisième République.

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Pour faire un peu de généalogie, notons que Gabriel David et Paul Brun ont un arrière-grand-père commun, Alexandre Brun, né vers la fin du XVIIIème siècle. Paul Brun est l’un des 23 MPLF inscrit sur le Monument aux Morts d’Ancone, disparu le 31 mai 1917 à Berry-le-Bac.

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Emmanuel MALLET soldat d’Ancone, marinier du Rhône, pontonnier en Avignon et… au Tonkin en 1895.

Article écrit pour le blog anconecultureetpatrimoineleblog.wordpress.com après des recherches sur l’Etat-civil de la commune mis en ligne par les Archives départementales de la Drôme et cette découverte fortuite qui a marqué la vie de notre commune rhodanienne.

On connaît Jules Ferry pour être le Ministre de l’Instruction Publique de la Troisième République qui rédigea et fit voter les lois scolaires qu’on résume de nos jours par l’expression « école publique, gratuite, laïque et obligatoire », une école que la Révolution avait déjà amorcé en 1793. Cela, c’est le côté « soleil » du personnage.

Le côté « ombre » de l’homme politique est moins connu et beaucoup controversé. Jules Ferry fut un ardent promoteur de l’expansion coloniale de la France, en particulier dans la péninsule indochinoise et à Madagascar. Un colonialisme purement capitaliste, l’Indochine n’ayant jamais été, à la différence de l’Algérie, une colonie de peuplement. C’étaient les richesses de la contrée qui intéressaient les investisseurs français, l’hévéa pour les transports routiers naissants, les matières premières, le riz… Sans oublier les Missions catholiques qui poussaient à une intervention française pour protéger leurs missionnaires, régulièrement assassinés par les populations locales à qui ils pensaient amener la « bonne parole ».

La France était déjà présente en Cochinchine, le « sud-Vietman » de Saïgon en quelque sorte, depuis Napoléon III qui l’avait annexé en 1862. C’est à partir de 1883 que les crédits seront votés à Paris pour envoyer des troupes à la conquête du Tonkin, le « Nord-Vietnam », celui d’Hanoï. La chose ne se fera pas facilement, devant la résistance des locaux appuyés par l’armée régulière chinoise mais aussi par des irréguliers chinois, les Pavillons noirs ou. jaunes… Il faudra le retrait de la Chine en juin 1885, menacée par des troubles intérieurs et par les bruits de bottes émis par leur encombrant voisin japonais pour que la France s’installe enfin au Tonkin.

Et Ancone dans tout cela, me direz-vous ?

A Ancone habite dans la Grande Rue le couple Clément Mallet et Marie Roussin. Elle est ménagère et lui est « patron sur le Rhône » nous dit le dernier recensement, celui de 1886, c’est-à-dire propriétaire d’un bateau avec lequel il fait du transport de marchandises pour des clients locaux. C’est un dur et dangereux métier qu’il apprend à son plus jeune fils, Emmanuel, depuis que ce dernier a quitté à l’âge de 14 ans, la classe tenue par le jeune instituteur Charles Arnaud. Né le 25 juillet 1872, Emmanuel est un gaillard d’un mètre 67. Né le 24 juillet 1830, Clément (Jean Victor Clément pour l’état-civil) espère que son fils reprendra son affaire quand il aura satisfait ses obligations militaires. A cette époque, ce sont 3 années que les jeunes conscrits doivent à la France depuis la loi Freycinet de 1889. Par tirage au sort. Et justement Emmanuel a été tiré au sort avec le n°86 et va être appelé sous les drapeaux le 14 novembre 1893. Il est alors âgé d’un peu plus de 21 ans.

Le profil professionnel de ce jeune marinier intéresse grandement l’institution militaire. Il est donc dirigé sur le  1er Régiment d’Artilleurs-Pontonniers en résidence à la caserne Hautpoul d’Avignon, aujourd’hui devenue cité administrative, à 2 pas de la gare. Il va exceller sur les eaux impétueuses du Rhône pour construire des ponts de barques, un Rhône qu’il connaît bien, le même que celui d’Ancone. Le 1er octobre 1894, son unité sera dissoute pour devenir le 7ème Régiment du Génie, suite à une décision ministérielle du 20 août 1894. Voilà donc Emmanuel Mallet, 2ème pontonnier au 7ème Génie à partir de cette date !

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Et c’est là que les aventures coloniales de la France rencontrent le destin de ce jeune anconnais. La France lutte en Indochine mais aussi à Madagascar… on en reparlera aussi. Une partie du 7ème Génie est envoyée dans l’île de l’Océan Indien, une autre en Asie du sud-est. Au Tonkin, la guerre est terminée mais les révoltes sont incessantes, sans parler des attaques des Pavillons noirs, devenus des brigands qui s’en prennent essentiellement aux intérêts français. Dans cet état de guerre larvée, les troupes coloniales sont engagées et les pontonniers d’Avignon ont du  pain sur la planche sur le fleuve Rouge, à devoir reconstruire le jour ce que les rebelles détruisent la nuit.

L’unité à laquelle appartient Emmanuel Mallet arrive au Tonkin le 25 août 1894, en peine saison des pluies. Cette chaleur humide et ces pluies incessantes doivent avoir considérablement surpris les jeunes militaires français, habitués à la canicule sèche ou ventée de la vallée du Rhône. Sans parler de ce long voyage de plusieurs semaines. C’est ce milieu physique contraignant et ce climat insalubre voire débilitant qui va faire des ravages dans les unités françaises. Pensez que sur les 13 000 morts de cette guerre de colonisation, 2/3 le fut de maladies ! Emmanuel Mallet d’Ancone en sera l’un d’eux. Son registre matricule indique qu’il s’est éteint le 14 juin 1895 à 11 heures du soir à l’ambulance de Yên Bài, le long du fleuve Rouge, à 130 kilomètres au nord-ouest d’Hanoi. L’écrit officiel parle de fièvre biliaire hépatique, une de ces maladies que les médecins du Corps Expéditionnaire ont du mal à décrire et encore plus à soigner.

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Emmanuel Mallet ne reverra plus les bords de sa Lône et ne passera plus sous son pont de Rochemaure sur la bateau du père. Lequel père disparaîtra à son tour moins de 3 ans plus tard, le 23 février 1898, sans pouvoir léguer son commerce à un fils.

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Fait du hasard pour notre village, 59 ans plus tard, un autre Anconnais, Marcel Mayaud, allait connaître le même sort qu’Emmanuel Mallet. Lui c’était bien plus à l’intérieur du pays indochinois, dans la cuvette de Dien Bien Phu, le 31 mars 1954. Pas pontonnier du Génie mais manutentionnaire dans l’aviation ! Pas pour conquérir l’Indochine mais pour éviter de la perdre ! Son nom est inscrit sur le Monument aux Morts de la commune et cité tous les 8 mai et 11 novembre. Celui d’Emmanuel Mallet y aurait toute sa place !

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Une LETTRE SIGNÉE par EDOUARD HERRIOT, maire de LYON.

Sur une lettre à entête de la

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datée du

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une signature en bas de texte du maire en fonction en cette date

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Quand on se penche sur l’histoire lyonnaise, on s’aperçoit que cette signature est celle d’Edouard Herriot, cet homme politique qui resta à la tête de la ville de 1905 à 1957. Il fut bien révoqué par Pétain de 1940 à 1944 mais retrouva son siège à la Libération en 1945. Il remporta pas moins de 8 municipales et c’est la mort qui mit fin à son mandat le 26 mars 1957.

Grande figure du radicalisme et de la IIIème République, il est le prototype de l’élu modéré, de nombreuses fois ministre et par 3 fois Président du Conseil, c’est-à-dire Premier Ministre.

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Cette lettre concerne des démarches pour l’installation d’un phare pour l’aéronautique sur un Mont du Lyonnais, à Poleymieux, patrie du physicien André-Marie Ampère.

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Le timbre émis en 1977, 20 ans après la disparition de cette grande figure lyonnaise.

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