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110 POILUS de CADEROUSSE, 110 DESTINS… Paul JULIEN.

110 noms de Poilus de Caderousse tombés lors de la Grande Guerre. 110 parcours qu’on va essayer de raconter au fil des semaines et des mois jusqu’au 11 novembre 2018.

Cinquante-troisième nom de la liste: Paul Louis JULIEN.

La seconde face du monument.

La partie la plus abracadabrante du parcours de Paul Julien aura été celle qui suivi sa disparition le 20 septembre 1914 sur un champ de bataille dans le secteur de Saint-Mihiel, plus précisément sur le territoire de la commune de Vigneulles-lès-Hattonchâtel.

Le 258ème Régiment d’Infanterie était parti le 8 août d’Avignon. 37 officiers, 130 sous-officiers, 1 647 caporaux et soldats, 150 chevaux et mulets et 15 voitures avaient embarqué à Pont d’Avignon et avaient subi le baptême du feu le 25 août 1914 à Buzy dans la Meuse. De marches forcées en accrochages meurtriers, le 258ème RI se trouvait à l’est de Saint-Mihiel à la mi-septembre 14, dans des tranchées creusées pour essayer de contenir l’avancée des troupes allemandes. Lors d’une violente attaque, Paul Julien fut porté disparu, le 20 septembre 1914. Il avait alors 32 ans et 9 mois.

Dans le Journal de Marche du 258ème, l’attaque allemande du 20 septembre 1914.

C’est à ce moment que Clochemerle s’invite à la destinée posthume de Paul Julien et surtout à celle des siens. Clochemerle ou plutôt un certain Voltaire Henry Litot, un Caderoussier de cinq ans son cadet. Le registre matricule de ce dernier est long comme un jour sans fin tant ce Voltaire, bien peu philosophe, a été condamné une infinité de fois par les tribunaux de la région, que ce soit celui d’Orange, celui de Nîmes, celui d’Uzès et j’en passe… Des faits mineurs comme toutes ses condamnations pour braconnage,  chasse en dehors des périodes légales… mais aussi des faits plus graves vol, d’agression, évasion de la prison… Même s’il bénéficia en plusieurs occasions d’amnisties présidentielles, il n’en demeure pas moins que ce Voltaire était un sacré  personnage qu’il ne valait mieux pas croiser.

Et son rapport avec Paul Julien et les ennuis posthumes de ce dernier ? Voltaire devait avoir eu vent de la disparition de son compatriote et usurpa tout simplement son identité, question de se refaire une virginité relative. Si bien que quand Paul-Voltaire fut arrêté par la Gendarmerie le 17 juin 1920, le statut de Paul passa d’officiellement décédé comme l’avait prononcé le tribunal d’Orange en 1918, à celui de déserteur puisqu’on venait miraculeusement de le retrouver. Bien entendu, le prisonnier Paul-Voltaire s’évada de la prison militaire du 58ème RI d’Avignon le 04 juillet 1920. Vous l’avez compris, on n’avait pas affaire à Paul Julien mais à son alias Voltaire Litot.

Quand l’autorité militaire s’aperçut de la supercherie et de son erreur, elle réhabilita Paul Julien le 11 janvier 1922 dans son statut de disparu, ce que confirma le tribunal d’Orange le 02 mars 1924 en officialisant à nouveau son décès.

Incroyable ! Quid de la pension que percevait sa veuve entre juin 1906 et mars 1924 ?

Car Paul Julien s’était mariée à Caderousse le 10 novembre 1906. Il avait épousé une fille descendue des Hautes-Alpes pour la vallée du Rhône, Marie Marguerite Faraud, née à Sainte-Marie le 09 octobre 1887. Chose rare, il semblerait qu’ils n’aient pas eu d’enfant.

A cette époque, Paul exerçait la profession de cochet, ayant en quelque sorte pris la succession de son père, Jean Eugène Julien qui était charretier. Jean Eugène et son épouse, Marie Marguerite Chicornard s’étaient mariés en 1872 et avait eu cinq enfants. A la maison de la rue Neuve, derrière les digues, aux côtés des parents, vivaient donc…

Extrait du recensement de 1896. A cette époque, Jullien prenait 2 L.

Eugène l’aîné né en 1873, Marie-Laure née en 1875 mais qui décéda à l’âge de 13 mois, Marie Eugénie née en 1878, Paul Henri le futur Poilu né le 21 décembre 1881 et Marie Marguerite venue au monde en 1885.

Pour terminer cette biographie inversée, on peut ajouter que Paul fit son service militaire au 40ème Régiment d’Infanterie d’Alès dans le Gard de novembre 1902 à septembre 1905. Trois ans sous les drapeaux. Son second séjour militaire en 1914 fut beaucoup plus court.

La fiche matricule de Paul Louis Julien de Mémoire des Hommes.

Paul Louis Julien, matricule 326 de la classe 1901, bureau de recrutement d’Avignon, pour ceux qui souhaitent aller consulter sa fiche matricule sur le site des Archives du Vaucluse. Le patronyme Julien semble être très présent en Vaucluse, si une personne reconnaît en ce Poilu, un ascendant direct ou indirect, qu’il n’hésite pas à se manifester pour compléter ou corriger cette petite biographie.

A suivre: Louis Lassiat.

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Il y a 100 ans jour pour jour: L’HUMANITÉ du samedi 14 janvier 1917

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(JOUR 894 DE LA GUERRE/1561 JOURS DU CONFLIT)

L’Humanité du samedi 13 janvier 1917. Le journal socialiste créé par Jean Jaurès qui a fini par accepter la guerre. Vous allez le voir, le ton est différent mais la censure n’a pas jugé bon d’interdire un article quelconque du journal du jour.

En première pas, un titre important « L’Allemagne répond aux Alliés » avec comme chapô « Elle le fait par une note aux pays neutres » (en fait aux Etats-Unis, à l’Espagne, et la Suisse). Il s’agit de la reproduction d’un long communiqué du Reich sans aucun commentaire de journaliste. C’est vrai que la position allemande est pleine d’inexactitudes historiques… on peut même dire que c’est d’un culot insensé, allant jusqu’à affirmer que la Belgique a violé sa neutralité !

Autre article de la première page illustré d’une photo quasi illisble, « Les oeuvres socialistes dans le 18ème arrondissement ».

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On y devine des femmes faisant la queue devant un magasin de la rue Boudeauville. Il s’agit des oeuvres pour venir en aide aux plus démunis face à la guerre, les femmes seules, les orphelins. Voilà quelque chose que l’autre presse ne dit pas: la guerre amène la misère et ceux qui en souffrent le plus sont les plus pauvres, les plus fragiles.

Le journal n’hésite pas à donner des chiffres après qu’un bateau italien ait coulé après avoir heurté deux mines.

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Le Regina-Margherita transportait 945 personnes et il n’y eut que 270 rescapés. 675 victimes est un chiffre énorme. Il n’est pas certain que la presse ait donné ce nombre… même s’il ne s’agit pas de français et que le drame se soit passé il y a plus d’un mois, le 11 décembre 1916.

Autre événement de la guerre sur mer:

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le torpillage du cuirassé britannique « Cornwallis » par un U-boat, un sous-marin allemand. Le journal minimise la portée de l’événement car ce cuirassé était très ancien.

Reproduction des communiqués de guerre officiel sans plus de commentaires que cela:

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Rien de significatif sur les fronts occidentaux le 12 janvier.

Un long article sur la problème du rationnement du sucre. En effet, ce sont les terres du Nord qui sont devenus les théâtres des opérations. Elles produisaient une part importante des betteraves sucrières qui fournissent les Français en sucre. De même, nombre de sucrerie sont détruites ou occupées. Le sucre est donc rationné et le journal propose que la saccharose soir produite en plus grande quantité pour le remplacer.

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Le journal n’occulte pas les problèmes sociaux dans les usines. On parle donc grèves ce que nombre d’autres titres ignorent.

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Des mouvements sociaux dans la métallurgie pour des augmentations de salaires: chez Malisse et Blin, chez Panhard-Levassor. Le ministre des munitions souhaite que le dialogue s’installe entre syndicats et patronat et va aider à ce rapprochement. Quant au dernier entrefilet en bas, on apprend que le député socialiste d’Aubervilliers va demander que le problème des grèves des femmes dans les industries de son secteur géographique soit discuté au parlement. Rien de bien formidable, si ce n’est que ce député était… Pierre Laval !

Deux articles pour raconter les conditions des déportés belges en Allemagne.

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Des déportés pour aller travailler en Allemagne dans les usines de guerre.

Pour terminer, un mot sur la discussion au parlement d’un nouveau texte concernant les déserteurs.

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La discussion porte sur un article de la loi qui prévoit que les biens de l’insoumis ou du déserteur soient tout simplement confisqués par l’état. Les Socialistes s’y apposent en demandant que les enfants de ceux-ci ne soient pas spoliées par des faits commis par les pères. Mais, rien n’y fait, l’article est adopté par 180 voix contre 38. Le parti de la guerre à outrance est plus que jamais debout contre toute forme de contestation.

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