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Ce dramatique 14 juillet 1902 à Ancone (Drôme).

Article écrit pour le blog anconecultureetpatrimoineleblog.wordpress.com après des recherches sur l’Etat-civil de la commune mis en ligne par les Archives départementales de la Drôme et cette découverte fortuite qui a marqué la vie de notre commune rhodanienne.

C’est en consultant l’Etat-civil d’Ancone et plus particulièrement le registre des décès que nous découvrîmes cette dramatique après-midi du 14 juillet 1902, en bord de Lône. Férié depuis 1880, le 52ème Régiment d’Infanterie devait avoir donné quartier libre à ses hommes à l’occasion de la Fête Nationale après la prise d’armes en matinée. Un petit groupe de trois copains décida, par la chaleur qui faisait, de venir prendre le frais au bord de la Lône, du côté d’Ancone où les épis de roches posés dans ce bras secondaire du Rhône faisaient de petits bassins propices à la baignade.

 Le groupe de jeunes hommes arriva en début d’après-midi. Il n’y avait pas grand monde à l’endroit où le groupe décida de se baigner. Les jeunes gens se languissaient de se mettre à l’aise et de se débarrasser de la chaude tenue militaire dont ce pantalon rouge et cette vareuse bleue qui collaient à la peau après la route, parcourue à pied sous un soleil de plomb, sans un brin d’ombre, pour arriver jusqu’à la Lône d’Ancone. C’est Augustin Pellat, le plus jeune des trois qui plongea le premier dans les eaux de la Lône. Ce fut le drame !

Augustin venait du Trièves voisin, ce pays blotti au pied oriental du Vercors, non loin du Mont Aiguille. Il était arrivé récemment au 52ème et avait fini ses classes. C’était l’une de ses premières sorties, un moment de liberté. Né à Mens le 28 février 1883, il n’avait connu que la ferme de ses parents, Augustin et Désirée, au Monestier-du-Peray. Puis c’avait été le conseil de révision, à Grenoble et ce voyage en train, jusqu’à Montélimar et la vallée du Rhône, une aventure ! Un grand fleuve, il ne connaissait pas trop et nager encore moins. Mais entre copains, on devient téméraire, surtout quand quelques verres avalées pour célébrer la Fête Nationale finissent de vous désinhiber. Et puis, à 19 ans, on n’a pas le temps de réfléchir.

Augustin Pellat plongea dans l’eau de la Lône et coula à pic.

Comprenant ce qui se passait, Hyppolite Cyrus Louis Moullet se jeta à l’eau à son tour. Ce n’était pas la première fois qu’il venait à Ancone, à la Lône d’Ancone. Si Augustin commençait sa période de 3 ans, lui, Hyppolite était sur le point d’être rendu à la vie civile. Il était montilien d’adoption à la caserne Saint-Martin depuis le 16 novembre 1900, caporal depuis peu. C’était son second été en Drôme provençale et en bord de Lône, sans compter toutes les fois où il était passé sur le pont de Rochemaure lors de manoeuvres. Il venait lui aussi des Préalpes, mais, un peu plus au sud, d’un petit village perché dominant la vallée de la Durance au nord de Sisteron, Ventavon. Son père Cyrus tenait la ferme seul, Marie sa mère n’étant plus de ce monde. Lui savait nager, il avait appris dans la Durance, sans compter les cours -très théoriques- reçus pendant sa période d’instruction militaire.

Ce fut le second drame ! Hyppolite s’enfonça dans les eaux et ne réapparut plus !

Le troisième soldat, totalement impuissant devant le drame qui venait de se jouer sous ses yeux, partit à toute allure au village pour aller chercher de l’aide. Quelques villageois rencontrés à la terrasse du café de la place du platane se précipitèrent sur les lieux, pleins de bonne volonté mais aussi démunis que le jeune homme face à cette situation. Lequel jeune avait poursuivi son chemin pour donner l’alerte à la caserne.

Un groupe de militaires se rendit rapidement sur les lieux et un excellent nageur de l’équipe plongea et réussit à remonter les corps sans vie des deux copains.

Ainsi, le soir même, Louis Salomon, le maire d’Ancone en 1902, officier d’état-civil, pouvait conclure ce drame en laisser une trace pour la postérité sur le registre des décès de la commune, en écrivant ces quelques mots: mort à trois heures du soir d’asphyxie survenue au cours d’un bain qu’il prenait dans la Lône du Rhône, située à huit cents mètres environ au nord-est du pont de Rochemaure. On peut penser qu’Augustin et Hyppolite furent frappés l’un comme l’autre d’hydrocution au contact d’une eau bien plus fraîche que l’air ambiant. Deux des témoins du drame, Jean Pons, le garde-champêtre et Félicien Marion attestèrent pour la Loi les décès des deux pioupious.


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L’armée ramena leurs corps sans vie à la caserne et informa les familles de ses disparitions. Les maires du Monestier-du-Peray et de Ventavon durent, chacun de leur côté,  se rendre à la ferme familiale pour avertir des parents et proches qu’ils ne reverraient plus leur enfant. Les obsèques furent célébrées le lendemain. On barra d’un double trait les pages d’Augustin Pellat et Hyppolite Moullet, dans les registres matricules, à Grenoble et à Gap, avec la mention DÉCÉDÉ.

A Ancone, ce fut certainement un sujet de discussion dans les cafés et les commerces, le soir et les jours qui suivirent… Le Journal de Montélimar, ancêtre de la Tribune en parla lors de la parution le samedi suivant, le 19 juillet de son numéro. C’est cette narration qui nous a permis d’écrire ces quelques lignes. Puis la vie reprit, les baignades dans la Lône aussi. On construisit même quelques années plus tard, une petite base de loisirs sur ce bras mort du fleuve. Comme pour les montagnards, les riverains du Rhône savaient bien, hier plus qu’aujourd’hui, que le fleuve peut aussi se montrer redoutable et qu’il y a toujours quelques risques au bord de l’eau.

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Gabriel Marius DAVID, un autre soldat d’Ancone dans l’aventure coloniale de la France à MADAGASCAR.

Article écrit pour le blog anconecultureetpatrimoineleblog.wordpress.com après des recherches sur l’Etat-civil de la commune mis en ligne par les Archives départementales de la Drôme et cette découverte fortuite qui a marqué la vie de notre commune rhodanienne.

Emmanuel Mallet et Gabriel Marius David étaient des copains de classe  à l’école d’Ancone avec François Régis Faucher comme maître au début de leur scolarité, jusqu’en 1881, puis sous l’autorité de Charles Louis Arnaud en fin de scolarité. De jeunes enseignants tous deux qui allaient connaître l’arrivée de l’école à Jules Ferry. Par contre, ni Emmanuel, ni Gabriel n’allaient fréquenter la nouvelle école du village inaugurée l’année où ils cessèrent leurs études, en 1886. Emmanuel et Gabriel étaient aussi des copains de la Classe au sens militaire du terme, la Classe 92 puisque nés tous deux en 72. Emmanuel en juillet, Gabriel, le plus jeune, était venu au monde le 30 novembre 1872.

Gabriel avait vu le jour du côté de Châteauneuf-du-Rhône où son père était fermier. Ses parents s’étaient mariés quelques années avant, à Ancone le 21 août 1866. Son père Raimond Auguste David était cultivateur, né à Savasse en 1835. Sa mère, Marie Brun, était une fille d’Ancone où son père, bien connu,  exerçait la profession de maçon. Des enquêtes disent qu’elle était repasseuse, d’autres, femme au foyer. Elle était bien plus jeune que son mari puisque seulement âgée de 19 ans le jour des noces. Elle eut rapidement un premier enfant, Auguste André Gabriel né le 30 mai 1867 qui décéda un mois 1/2 plus tard, mi-juillet comme 5 autres bébés anconnais entre le 30 décembre 1866 et juillet 1867. Terrible année ! Epidémie ou malnutrition ? Puis vint une fille Augustine Gabriel deux ans plus tard qui ne vécut que 5 mois. Gabriel eut plus de chance, en 1872 et fut le premier enfant du couple David à vivre jusqu’à l’âge adulte. Dure époque !

Très rapidement, Gabriel vint vivre chez ses grands-parents maternels à Ancone, le temps que ses parents puissent acheter quelques terres dans la commune ou à Savasse. Puis toute la famille se reforma avant 1880 pour s’installer sous le toit d’une maison de la rue Bachasserie quelquefois appelée rue du Milieu, de son nom moderne. Grands-parents Brun, les parents David, enfants et même la tante Françoise, une soeur de la mère, couturière de son état, vivaient à la même porte. Il était courant à l’époque que les générations coexistent ainsi sous le même toit: les anciens élevaient les plus jeunes et les jeunes s’occupaient des anciens quand ils devenaient trop âgés. Autre époque!

Comme son copain Emmanuel, Gabriel ou Marius comme on l’appelait aussi (une autre chose courante alors que celle d’appeler les gens du second ou de troisième prénom pour rendre bien souvent hommage à un aîné disparu- question de poser quelques problèmes aux généalogistes actuels lors de leurs recherches…)  Emmanuel et Gabriel-Marius, donc, furent tirés au sort pour effectuer leurs 3 ans de service militaire, Gabriel avec le n°90 encore une fois juste derrière Emmanuel et son n°86 ! Il fut donc incorporé le 14 novembre 1893. C’est là que les parcours des 2 copains divergèrent légèrement avant de reprendre des destins parallèles !

En gare de Montélimar, si Emmanuel s’était arrêté sur le premier quai pour monter dans le PLM pour le sud, Avignon et les pontonniers, Gabriel dut se rendre sur le quai d’en face pour prendre le PLM en direction du nord,  Valence et les artilleurs. Dans la préfecture de la Drôme, tout le monde connaît le quartier du Polygone et la caserne Latour-Dubourg. Polygone d’artillerie, bien entendu, où le 6ème Régiment d’artillerie faisaient ses manoeuvres et les réglages des tirs. C’était donc le 14 novembre 1893 que  Gabriel Marius David y débarqua. De 2ème Canonnier à son arrivée, il passa 2ème Servant à cheval le 30 mars 1894 puis 2ème Bourrelier le 20 juin 1894 et enfin 1er Bourrelier le 21 décembre 1894. Pas de véritables promotions mais la reconnaissance de ses connaissances antérieures par l’armée pour l’employer où il était le plus compétant… comme bourrelier. Il fallait fabriquer et réparer sans arrêt les lanières  des attelages et c’est le métier qu’il avait appris chez un voisin dans la rue Bachasserie à Ancone.

Le 1er mars 1895, il fut muté au 38ème Régiment d’Artillerie à Nîmes en conservant le grade qu’il avait à Valence. Deux batteries de ce régiment étaient sur le qui-vive depuis que le gouvernement avait décidé d’intervenir militairement en territoire extérieur: à Madagascar. Et un bourrelier qualifié manquait pour l’une d’elle.

Il est bon ici de faire une parenthèse pour expliquer le pourquoi de cette destination originale. On sait que Jules Ferry et nombre de Républicains étaient d’ardents défenseurs de l’agrandissement de l’Empire. Pour faire oublier aux Français les pertes de l’Alsace et de la Lorraine en 1871, ces dirigeants de la Troisième République avaient décidé de se lancer dans ces expéditions coloniales, véritables aventures pour les militaires qu’ils envoyaient: en Indochine où partit Emmanuel Mallet et à Madagascar où ira Gabriel David. A la différence de l’Indochine, c’est vraiment la Troisième République qui initia cette conquête de Madagascar, un territoire aussi grand que la France, une grande île au milieu de l’Océan Indien. Une première expédition pour établir un protectorat avait eut lieu  de 1881 à 1883, un protectorat instauré mais pas vraiment appliqué par les Français ni respecté par les autochtones, un royaume dirigé par des reines. Mais des Français étaient allés s’installer là-bas, attirés par l’appât du gain, de l’or qu’on disait être en abondance, par l’inconnu et la nouveauté. Mais quand les massacres d’Européens initiés par les Hovas, une peuplade plus belliqueuse, furent trop importants, une seconde expédition militaire devint obligatoire en 1895 dans le but de « pacifier » une seconde fois le territoire. On y envoya un Corps Expéditionnaire de 15 500 hommes accompagnés de 7 000 convoyeurs, des Kabyles peu respectueux de leurs bêtes de somme. On y trouvait des Chasseurs à pied, des Tirailleurs algériens, un bataillon de marche de la Légion étrangère, des Marsouins, des troupes coloniales, supplétifs Malgaches, Soudanais et Réunionnais, des unités du train, 4 batteries de l’artillerie alpine et 2 batteries montées, celles de Gabriel David et du 38ème R.A. de Nîmes. Pour transporter le matériel à travers le pays, on avait fait construire 5 000 voitures Lefebvre tirées par autant de mulets…. en oubliant un peu vite que sur ce territoire, il n’y avait pas le moindre kilomètre de route ou de chemin ! Que des pistes muletières ! Tracer des routes fut le principal travail des unités du train qui se tuèrent à la tâche, au sens premier du terme !

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Les Français débarquèrent donc à Mayunga, sur la côte ouest de l’île, le 23 avril 1895 après un beau voyage où ils  franchirent le flambant neuf canal de Suez. Quelle aventure pour l’Anconnais Gabriel David qui figurait parmi eux ! L’objectif des Français: la prise de Tananarive, la capitale du Royaume, au milieu de l’île, distante de 450 kilomètres environ de Mayunga. Ils y parvinrent le 30 septembre 1895 mais à quel prix !!!

On connaît bien les détails quotidiens de cette expédition coloniale grâce aux écrits qu’en fit un soldat, l’Alsacien Léon Silberman engagé dans la Légion étrangère. N’oublions pas que l’Alsace ne faisait plus partie du territoire national en 1895. Ce témoignage est édifiant et consultable dans son intégralité sur la toile. C’est une narration sans complaisance et d’une redoutable précision sur l’impréparation et l’amateurisme de cette expédition, sur l’immense gâchis humain que furent ces 5 mois dans l’Océan Indien. Les chiffres officiels connus de nos jours en attestent: les combats contre les troupes locales, les Hovas, coûtèrent 25 morts au Corps Expéditionnaire Français, presque anecdotique 20 ans avant les hécatombes de la Grande Guerre ! Pourtant celui-ci fut décimé et on dénombra 5 756 morts causées par les maladies tropicales qui assaillirent les hommes. Malgré le dévouement des services de santé, les hommes mourraient par centaines chaque jour, dans les ambulances et les hôpitaux de campagne. Comble d’incompétence, la quinine, indispensable au traitement du paludisme se trouvait au plus bas dans les cales des bateaux, dans des voitures qui ne sortirent qu’à la fin du débarquement et ne parvinrent aux avant-postes de secours que plusieurs mois après le début de l’opération !

Une phrase du récit de Léon Silbermann m’a interpelé. Le légionnaire raconte sa visite faite à une ambulance, un poste de secours avancé.  Je regardais un artilleur qui venait de recevoir les derniers sacrements; l’énergie était présente sur sa physionomie; il sursauta à quelques reprises, comme s’il voulait se défendre contre la mort. Etait-ce les derniers instants de Gabriel David ? On apprend en effet sur sa fiche matricule comme sur l’acte de décès recopié par Louis Salomon, le maire d’Ancone sur le registre de l’Etat-civil que « Marius » décéda le 11 août 1895, à l’ambulance de Beritzoka, un piton rocheux à mi-chemin entre Mayunga et Tananarive,  d’une cachexie paludéenne, un affaiblissement général dû à la malaria. Il disparaissait donc 2 mois après son copain Emmanuel, victime comme lui d’une maladie tropicale, victime surtout des aventures coloniales des hommes de la Troisième République.

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Pour faire un peu de généalogie, notons que Gabriel David et Paul Brun ont un arrière-grand-père commun, Alexandre Brun, né vers la fin du XVIIIème siècle. Paul Brun est l’un des 23 MPLF inscrit sur le Monument aux Morts d’Ancone, disparu le 31 mai 1917 à Berry-le-Bac.

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Emmanuel MALLET soldat d’Ancone, marinier du Rhône, pontonnier en Avignon et… au Tonkin en 1895.

Article écrit pour le blog anconecultureetpatrimoineleblog.wordpress.com après des recherches sur l’Etat-civil de la commune mis en ligne par les Archives départementales de la Drôme et cette découverte fortuite qui a marqué la vie de notre commune rhodanienne.

On connaît Jules Ferry pour être le Ministre de l’Instruction Publique de la Troisième République qui rédigea et fit voter les lois scolaires qu’on résume de nos jours par l’expression « école publique, gratuite, laïque et obligatoire », une école que la Révolution avait déjà amorcé en 1793. Cela, c’est le côté « soleil » du personnage.

Le côté « ombre » de l’homme politique est moins connu et beaucoup controversé. Jules Ferry fut un ardent promoteur de l’expansion coloniale de la France, en particulier dans la péninsule indochinoise et à Madagascar. Un colonialisme purement capitaliste, l’Indochine n’ayant jamais été, à la différence de l’Algérie, une colonie de peuplement. C’étaient les richesses de la contrée qui intéressaient les investisseurs français, l’hévéa pour les transports routiers naissants, les matières premières, le riz… Sans oublier les Missions catholiques qui poussaient à une intervention française pour protéger leurs missionnaires, régulièrement assassinés par les populations locales à qui ils pensaient amener la « bonne parole ».

La France était déjà présente en Cochinchine, le « sud-Vietman » de Saïgon en quelque sorte, depuis Napoléon III qui l’avait annexé en 1862. C’est à partir de 1883 que les crédits seront votés à Paris pour envoyer des troupes à la conquête du Tonkin, le « Nord-Vietnam », celui d’Hanoï. La chose ne se fera pas facilement, devant la résistance des locaux appuyés par l’armée régulière chinoise mais aussi par des irréguliers chinois, les Pavillons noirs ou. jaunes… Il faudra le retrait de la Chine en juin 1885, menacée par des troubles intérieurs et par les bruits de bottes émis par leur encombrant voisin japonais pour que la France s’installe enfin au Tonkin.

Et Ancone dans tout cela, me direz-vous ?

A Ancone habite dans la Grande Rue le couple Clément Mallet et Marie Roussin. Elle est ménagère et lui est « patron sur le Rhône » nous dit le dernier recensement, celui de 1886, c’est-à-dire propriétaire d’un bateau avec lequel il fait du transport de marchandises pour des clients locaux. C’est un dur et dangereux métier qu’il apprend à son plus jeune fils, Emmanuel, depuis que ce dernier a quitté à l’âge de 14 ans, la classe tenue par le jeune instituteur Charles Arnaud. Né le 25 juillet 1872, Emmanuel est un gaillard d’un mètre 67. Né le 24 juillet 1830, Clément (Jean Victor Clément pour l’état-civil) espère que son fils reprendra son affaire quand il aura satisfait ses obligations militaires. A cette époque, ce sont 3 années que les jeunes conscrits doivent à la France depuis la loi Freycinet de 1889. Par tirage au sort. Et justement Emmanuel a été tiré au sort avec le n°86 et va être appelé sous les drapeaux le 14 novembre 1893. Il est alors âgé d’un peu plus de 21 ans.

Le profil professionnel de ce jeune marinier intéresse grandement l’institution militaire. Il est donc dirigé sur le  1er Régiment d’Artilleurs-Pontonniers en résidence à la caserne Hautpoul d’Avignon, aujourd’hui devenue cité administrative, à 2 pas de la gare. Il va exceller sur les eaux impétueuses du Rhône pour construire des ponts de barques, un Rhône qu’il connaît bien, le même que celui d’Ancone. Le 1er octobre 1894, son unité sera dissoute pour devenir le 7ème Régiment du Génie, suite à une décision ministérielle du 20 août 1894. Voilà donc Emmanuel Mallet, 2ème pontonnier au 7ème Génie à partir de cette date !

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Et c’est là que les aventures coloniales de la France rencontrent le destin de ce jeune anconnais. La France lutte en Indochine mais aussi à Madagascar… on en reparlera aussi. Une partie du 7ème Génie est envoyée dans l’île de l’Océan Indien, une autre en Asie du sud-est. Au Tonkin, la guerre est terminée mais les révoltes sont incessantes, sans parler des attaques des Pavillons noirs, devenus des brigands qui s’en prennent essentiellement aux intérêts français. Dans cet état de guerre larvée, les troupes coloniales sont engagées et les pontonniers d’Avignon ont du  pain sur la planche sur le fleuve Rouge, à devoir reconstruire le jour ce que les rebelles détruisent la nuit.

L’unité à laquelle appartient Emmanuel Mallet arrive au Tonkin le 25 août 1894, en peine saison des pluies. Cette chaleur humide et ces pluies incessantes doivent avoir considérablement surpris les jeunes militaires français, habitués à la canicule sèche ou ventée de la vallée du Rhône. Sans parler de ce long voyage de plusieurs semaines. C’est ce milieu physique contraignant et ce climat insalubre voire débilitant qui va faire des ravages dans les unités françaises. Pensez que sur les 13 000 morts de cette guerre de colonisation, 2/3 le fut de maladies ! Emmanuel Mallet d’Ancone en sera l’un d’eux. Son registre matricule indique qu’il s’est éteint le 14 juin 1895 à 11 heures du soir à l’ambulance de Yên Bài, le long du fleuve Rouge, à 130 kilomètres au nord-ouest d’Hanoi. L’écrit officiel parle de fièvre biliaire hépatique, une de ces maladies que les médecins du Corps Expéditionnaire ont du mal à décrire et encore plus à soigner.

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Emmanuel Mallet ne reverra plus les bords de sa Lône et ne passera plus sous son pont de Rochemaure sur la bateau du père. Lequel père disparaîtra à son tour moins de 3 ans plus tard, le 23 février 1898, sans pouvoir léguer son commerce à un fils.

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Fait du hasard pour notre village, 59 ans plus tard, un autre Anconnais, Marcel Mayaud, allait connaître le même sort qu’Emmanuel Mallet. Lui c’était bien plus à l’intérieur du pays indochinois, dans la cuvette de Dien Bien Phu, le 31 mars 1954. Pas pontonnier du Génie mais manutentionnaire dans l’aviation ! Pas pour conquérir l’Indochine mais pour éviter de la perdre ! Son nom est inscrit sur le Monument aux Morts de la commune et cité tous les 8 mai et 11 novembre. Celui d’Emmanuel Mallet y aurait toute sa place !

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CADEROUSSE: le BANQUET des 40 ANS de la CLASSE 1945.

Connaissez-vous la particularité de la classe 1945 ? Vous avez 30 secondes !

Bip… Bip… Bip…Bip… Bip… Bip…Bip… Bip… Bip…

Personne n’a deviné ? La classe 45, composée de jeunes gens nés en 1925, a été dispensée de service militaire pour faits de Libération, de Capitulation et de réorganisation des services de l’Etat. En quelque sorte, l’embryon d’Armée Française en reconstitution, en pleine campagne d’Allemagne, avait d’autres chats à fouetter que de former de jeunes français à défendre la Patrie… que plus personne ne menaçait d’ailleurs, l’Allemagne étant vaincue.

Les veinards (planqués dirons certaines mauvaises langues) de la classe 45 n’eurent pas à quitter leur famille et en l’occurence pour ceux qui nous intéressent leur cher Caderousse pour aller passer une année ou plus dans une caserne du nord ou de l’est de la France ou (pire encore) d’Allemagne occupée ! Quoique ce départ forcé aurait pu faire le plus grand bien à certains… dont un que je connais particulièrement !

Cela n’empêcha pas les « conscrits » de 1945 de se rassembler pour fêter leurs 40 ans du côté du Café de France, un dimanche midi de la fin d’année 1965, en novembre me semble-t-il. Une photo fut faite de ses agapes. La voici !

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Mon père a pu mettre un nom sur quelques uns des visages. Donc, en partant de la gauche vers la droite:

René COULON (qui est pensionnaire à la Maison de Retraite de Chateauneuf après la disparition de son épouse Thérèse)- Robert MARCELLIN (qui se désaltère)- ??? caché par la main de Robert Marcellin- Adrien GUÉRIN donc-Robert BERTHET- Paul RUAT pour les convives de gauche.

Au fond, qui préside la tablée Marcel DUPEYRE.

Gabriel ROCHE- Jacques CHAUME- une personne cachée- André FLORENÇON puis une personne dont mon père a oublié le nom mais qu’il sait qu’il était vendeur de bois aux Cabannes.

Pour votre prochain tiercé, essayez le 5-9-14 qui était sorti le dimanche précédent !

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La CONSCRIPTION et les ENGAGEMENTS MILITAIRES en 1821

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D’autres actes administratifs intéressants extraits du Recueil de la Préfecture dont on a parlé déjà dans 2 articles.

Il s’agit là de textes sur le Service Militaire tel qu’il était organisé à l’époque et d’autres sur les conditions pour s’engager dans les Armées Royales.

Tout d’abord la conscription. On est bien loin d’un service militaire pour tous.

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Les troupes royales ont besoin de 40 000 hommes et, par une règle de trois, la Drôme en amènera 349 !

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Ainsi, un tirage au sort aura lieu parmi les jeunes hommes nés entre le 11 nivôse de l’an VIII et le 10 nivôse de l’an IX (les jeunes nés en 1800) pour désigner les heureux élus qui feront l’armée. Oui, un tirage au sort qui aura lieu le

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Pour les jeunes de la circonscription de Montélimar, cela représentera

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16 montiliens ou habitants des villages alentour. Totalement injuste, pas plus toutefois que le système qui consistait à se faire réformer pour raisons diverses sur la fin du service militaire dans les années 1980-90 !

Longtemps ce tirage au sort fut pratiqué jusqu’à ce que l’antagonisme avec l’Allemagne n’oblige les dirigeants à créer le service pour tous (sauf pour les séminaristes et les élèves des grandes écoles) puis la loi des 3 ans sans exceptions.

Mais on pouvait aussi s’engager dans l’Armée royale si l’on n’appartenait pas à la classe appelée et si l’on avait fait déjà son service obligatoire. Avec quelques restrictions physiques tout de même !

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Pour rentrer dans l’infanterie de ligne, il fallait mesurer plus de 1,57 mètres ce qui devait correspondre à pas mal d’hommes, plus petits que de nos jours.

Mais pour d’autres unités, la règle était plus contraignante

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Chez les Carabiniers de Monsieur, la taille minimum était 1,78 m., chez les Artilleurs à pied et à cheval, les Cuirassiers c’était 1,73 m. et dans le Génie, les Dragons et les ouvriers du Génie et de l’Artillerie 1,70m. Conditions que ne devaient remplir beaucoup de jeunes gens de l’époque.

Alors, face à cette disette de personnel, les normes furent abaisser quelque peu

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d’un centimètre en général !

Quant à ceux qui s’engageaient dans la Coloniale, le point de ralliement était l’île d’Oléron

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Fort Boyard peut-être ? et leurs rétributions étaient améliorées par rapport aux autres corps d’armée.

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Le rhum était même compris dans la solde !

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