La correspondance du Poilu Grenoblois- Lettre du 05 septembre 1914.

Nouvelle lettre du Poilu grenoblois Pierre Gautier en date du samedi 5 septembre 1914. Nous sommes en pleine bataille de la Marne. Le soldat écrit sur une petite lettre à l’encre violette, lettre dont le tour est gommé pour pouvoir être collée, lettre plus courte qu’à l’accoutumée.

Mes chers parents.

J’étais encore endormi quand Setallier m’a donné une carte de Gap du 29 août et une carte de Marguerite. Depuis samedi, nous sommes dans le même village en nous déplaçant chaque jour très peu et dans tous les sens. Mais c’est la nuit surtout que nous faisons le plus gros travail. Les obus ont réussi à nous déloger du pays, nous avons emballé notre cantonnement sur la voie du chemin de fer derrière un talus protecteur. C’est dans des abris construits par nous que nous couchons maintenant et depuis deux jours, notre compagnie a eu plusieurs blessés. Les Grenoblois vont bien. Le beau temps continue à nous encourager, la santé est bonne et la nourriture abondante. DSCN0254Comme en guerre nous avons des privations mais c’est tout de même malheureux de voir des paysans et en particulier le maire de la commune demander 2 francs pour un litre de vin et 10 francs pour un litre d’eau de vie. C’est paraît-il une grande faveur qu’ils nous font et les caves sont pleines ! Nous ne pouvons leur souhaiter qu’une seule chose: l’envahissement de ce village par les Allemands. Impossible de trouver lait, oeufs, vin, etc… Nous préférons nous priver plutôt que de nous laisser exploiter, à notre retour, nous aurons le temps de nous rattraper.

Setallier et Petut écrivent à leurs parents, ils vont bien.

Les aviateurs allemands nous ennuient journellement par leurs reconnaissances trop fréquentes. Enfin, voilà bientôt un mois que nous sommes continuellement en lutte, les hommes commencent à être fatigués et très énervés par le bruit de ces canons qui tonnent jour et nuit !

Avez-vous vu mes deux dernières lettres ?  Vous n’avez reçu jusqu’à présent que peu de nouvelles. Les premiers jours, j’étais tellement fatigué que souvent, je négligeais d’écrire. Avec ça, la correspondance marche lentement, le retard est long à rattraper. Je vous promets de vous écrire plus souvent, mais tranquillisez-vous sur mon sort, je m’ennuie que peu. Mais les pères de famille sont plus à plaindre et ils sont nombreux dans notre compagnie ! Je me console en recevant de vos nouvelles et en pensant aux bons moments que je passerais avec vous à mon retour. 

DSCN0253La fatigue de la petite Andrée m’ennuie beaucoup, souhaitons son prompt rétablissement pour le bonheur de tous !

Depuis 2 jours nous sommes sans nouvelles sur la marche de nos armées. Nous sommes inquiets et je vous souhaite d’être plus favorisés. 

Avec ces déplacements fréquents, les services sont moins réguliers. Depuis 2 jours, les lettres n’ont pas été ramassées.

Recevez chers parents et chère famille les baisers de votre fils qui ne vous oublie pas.

Pierre  Gautier fils 

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