Archives de Tag: années 1910

1910 ? Une autre CPA des INONDATIONS à CADEROUSSE.

Une jolie carte postale ancienne ayant circulé montrant une vue des inondations à Caderousse.

Il s’agit là d’une vue du Cours de l’Est, pas encore appelé Aristide Briand. La carte a été expédié du village début janvier 1911 et l’expéditeur insiste auprès de son correspondant pour lui montrer « ce que nous avons enduré ». Il parle bien entendu des dernières inondations dont a souffert le village.

Une remarque préalable. Les digues qui encerclent le village datent de l’après-catastrophe de 1856. Donc, ce n’est pas le Rhône qui est la cause de cette situation mais bien un problème d’eaux d’infiltration ou d’eaux venues du ciel qui n’ont pas pu être envoyées dans le Petit Rhône… Encore un problème de pompes en panne… si tant est qu’il y avait des pompes au début du siècle ! Pas d’électricité, pas de pompes… sinon à bras. La première pompe à bras des pompiers est arrivée au village après-seconde guerre mondiale.

Donc quand le Rhône montait et qu’il pleuvait, l’eau était prisonnière dans le village et mouillait les pieds des Caderoussiens, très fiers de se faire tirer le portrait sur les tréteaux construits le long des portes. De la gymnastique pour aller acheter le pain !

Alors, une crue du Rhin en 1910. Au début de l’an 1910, il y eut la grande crue de la Seine dont on parle toujours et jamais égalée depuis cette date. La Saône donna un peu, soumise qu’elle est au même régime océanique que la Seine. Mais pas de crue notable du Rhône en 1910. La dernière inondation avant janvier 1911 est celle de 1907.

A-t-on affaire à une vue de novembre 1907 ? Ou est-ce la conséquence d’un gros orage ou un gros phénomène cévenol de l’été 1910 ? Je pencherai plutôt pour la seconde solution.

Poster un commentaire

Classé dans CARTES POSTALES

CADEROUSSE: PAUL MARQUION parle du voyage au PELERINAGE à ROCHEFORT avant la GRANDE GUERRE

DSCN1279

Paul Marquion était un des responsables du Bulletin des Amis d’Orange dans les années 60-70. Il écrivait régulièrement dans ce mensuel. Il décida de raconter la vie au temps jadis dans les villages du Vaucluse. Originaire de Caderousse (et copain de mon grand-père Gabriel- voir article sur la borne seigneuriale), le village était tout trouvé et les chroniques racontées n’étaient autres que les souvenirs d’enfance et de jeunesse de l’auteur.

Première chronique: le pèlerinage annuel à Notre-Dame de Rochefort, dans le Gard, à une quinzaine de kilomètres de Caderousse. Une histoire que je connais un tout petit peu, ma grand-mère Philine Boissel, l’épouse de Gabriel, ayant souvent parlé de ce moment agréable, une sortie très attendue, plus par tous les à-côtés que pour son caractère religieux, me semblait-il.

DSCN1281

Voici quelques extraits de la narration de Paul Marquion.

Avant la guerre de 14, le pèlerinage à Notre-Dame de Rochefort était l’un des rares grands événements de l’année qui, avec la foire d’Orange et le conseil de révision, mettait tant branle le village et le sortait en foule hors des murs.

Ce jour-là, les deux diligences de Caderousse qui assuraient le service des voyageurs et des messageries avec Orange et, une fois par semaine, avec Avignon, étaient retenues pour le pèlerinage. La plus grande pouvait bien transporter une vingtaine de personnes : huit dans le coupé et douze dans l’impériale. La plus petite pouvait en transporter une quinzaine. Le coupé été réservé aux personnes âgées qui n’étaient pas trop sensibles au manque d’air et au renfermé et la jeunesse prenait place à l’impériale. Ce n’était d’ailleurs pas le seul moyen de locomotion employé : des diligences étaient utilisées par les habitants intra-muros du village. Les paysans de la campagne s’y rendaient en jardinière et même, plus anciennement, en charrette. Les routes à l’époque n’étaient pas goudronnées : il y avait des ornières et des nids-de-poule, les charrettes n’avaient pas de ressorts. Mais les chaos et des secousses qui résultaient n’enlevaient rien de la belle humeur de ces jeunes filles pas plus d’ailleurs que la longueur d’un voyage accompli dans de telles conditions d’inconfort. De Caderousse à Rochefort, il faut compter une vingtaine de kilomètres, ce qui représentait deux bonnes heures de route.

Et le grand jour arrivait. De très bonne heure, les pèlerins chargés de bagages (paniers à provisions, vêtements) affluaient à la maison de Lengado (c’était le nom du voiturier) et commençaient à prendre place sur les diligences, qui à l’intérieur, qui à l’impériale, ce qui n’allait pas sans discussions, interpellations et rires. Enfin le voiturier prenait place sur son siège et faisait claquer son fouet en proférant un sonore « Toupin d’estièu », car, un jour de pèlerinage, avec une voiture pleine de dévôts, il eût été malséant de lancer le juron de rigueur auquel les chevaux étaient accoutumés. L’aube commençait à peine à poindre quand les diligences franchissaient le portail de Place et preneaient la route du Lampourdier. Le voyage commençait mais on était encore sur le territoire de la commune : le paysage était connu et la surprise ne commençait qu’en arrivant à la montagne. Car pour les Caderoussiers, les collines du lampourdier, c’était la montagne. Comme la route était jusque-là uniformément plate, le voiturier faisait « courir », un ayant soin de prévenir les pèlerins pour leur éviter les surprises d’un changement d’allure. Premier épisode : l’arrivée au Lampourdier, le pont sur la Meyne que l’on appelle à Caderousse le pont de la Roubine et la cascade du canal de Pierrelatte. On en parlait depuis le départ : coulera ? coulera pas ? Joie déception suivant le cas. On longeait ensuite la colline, on passait devant le château du Lampourdier où nul Caderoussier n’ avait jamais pénétré et qui s’enveloppait d’un voile de mystère. Puis la route quittait le Lampourdier et se dirigeait en droite ligne vers le pont de Roquemaure. Du village de Caderousse au Lampourdier, sur une longueur de 3 km, la route ne compte pas moins de 28 détours dont certains à angle droit. Aussi, pour un Caderoussier, cette route toute droite qui va du Lampourdier au pont de Roquemaure était un sujet d’étonnement. Au bout de la route, c’était le pont suspendu de Roquemaure, à plusieurs arches, détruit pendant la dernière guerre et qui a été remplacé par un pont magnifique qui franchit le Rhône d’une seule enjambée. La traversée du Rhône était un des moments solennels et émouvants du pèlerinage. Le vieux pont suspendu était étroit ; les sabots des chevaux faisaient résonner désagréablement les planches du tablier et du haut de l’impériale le fleuve paraissait profond. Disons-le sans ambages : nous n’étions pas tellement fiers ! On respirait quand on arrivait à une pile ; pendant quelques mètres où on se retrouvait sur le dur et où le Rhône était masqué. Mais on n’était vraiment rassuré qu’en arrivant à la dernière. Alors on recommençait à faire les braves, le sourire apparaissait sur les lèvres. Mais disons la vérité, on avait eu peur. Et si les chevaux s’emballaient ! Et si la diligence versait ! Tout autant d’éventualités peu réjouissantes. De loin on avait salué le château de Montfaucon et, après un assez long parcours en plat et en ligne droite où le voiturier avait de nouveau « fait courir », on arrivait aux falaises de Roquemaure, autrement impressionnantes que les collines du Lampourdier. Nouvelle terreur : et si ces falaises à pic venaient à s’effondrer et à écrabouiller nos voitures ! Aussi était-on soulagé d’arriver aux portes de Roquemaure. Sur tout le trajet entre Caderousse et Roquemaure, c’est le seul village traversé : il s’agissait donc de produire une grosse impression sur les habitants, on s’y employait de son mieux en les interpellant du haut des voitures – on ne risquait rien – ou plus sagement encore en chantant des cantiques. Après la traversée de recrutement, on passait sous le pont du chemin de fer avec l’espoir qu’un train passerait à ce moment-là et on arrivait ensuite à une petite chapelle qui se trouve en bordure de la route à gauche en allant sur Rochefort . Dieu sait si on l’attendait cette chapelle ! Depuis longtemps les jeunes filles avaient préparé leur gros sou. Car cette chapelle avait, si elle ne l’a plus, sa réputation. Elle ne s’ouvrait sur la route par une porte pleine et de chaque côté de cette porte se trouvait une fenêtre avec barreaux entrecroisés et passablement rapprochés les uns des autres. Et la croyance voulait que toute jeune fille qui lançait un gros sou du haut de la voiture se marierait dans l’année si le gros sous, adroitement dirigée, pénétrait à l’intérieur de la chapelle par une des fenêtres. Pour la circonstance, le voiturier arrêtait la diligence sur le côté droit de la route en rasant le fossé car il n’avait aucun intérêt à voir les jeunes filles se marier dans l’année et pour cause. La coutume voulait que les gros sous qui avaient manqué le but et étaient tombés hors de la chapelle devenaient sa propriété.

C’est à partir de la chapelle que le voyage prenait toute sa nouveauté. Contrastant avec les routes absolument plates de Caderousse, la route de Rochefort était dès lors une succession de montées et de descentes et le voiturier avait peu d’occasions de faire courir. Les granges devenaient rares, la garrigue tenait plus de place que les cultures. Comparée à l’opulente et verdoyante pleine de Caderousse, la région était une sorte de désert. Et pendant des kilomètres il en était ainsi, ce qui attirait l’apitoiement des pèlerins sur les malheureux habitants d’un pays aussi déshérité. Et on arrivait ainsi à un autre et dernier jalon qu’on appelait la porte des lions, comme à Mycènes. Elle existe encore : il s’agit de l’entrée d’un vaste domaine marquée par de hauts piliers surmontés chacun de lion doré. C’était une curiosité du voyage.

Enfin, après quelques derniers kilomètres, apparaissait ce sanctuaire avec, sur le flanc de la colline, les monumentales stations du Chemin de Croix. Au bas de la montée se trouvait une ferme avec étables où le voiturier dételait et remisait ses chevaux. Pendant quelques instants, chacun s’ébrouait, se dégourdissait les jambes, car en principe le voyage ne comportait pas d’arrêt, et reprenait ses bagages. L’ascension de la côte commençait soit par la route soit par les raccourcis. Le rassemblement avait lieu devant le porche du sanctuaire. Un premier office allait se dérouler : la messe de communion. Car, parmi des pèlerins, un certain nombre allait communier, c’est-à-dire qu’ils étaient rigoureusement à jeun depuis la veille…

A partir de là, Paul Marquion raconte sur 2 pages les diverses cérémonies religieuses de cette journée de pèlerinage: les messes, le chemin de croix, les vêpres… Puis il narre rapidement le retour à Caderousse.

Par le même chemin qu’à l’aller, on regagnait Caderousse après 2 grosses heures de route dont les derniers kilomètres, à partir du Lampourdier, était les plus languissantes. Et la nuit était sur le point de tomber quand les diligences, retentissant du vacarme d’un ultime cantique, abordaient les digues. Tous Caderousse était là, attendant le pèlerinage et ne voulant pas un si rare spectacle. C’était fini, mais on avait des sujets de conversation pendant des semaines entières. Et même si l’on n’avait pas chaque fois un chantre comme celui du Gard à se mettre sous la dent (1), combien d’anecdotes avait-on à raconter et à entendre.

(1) une anecdote narrée plus haut, un concours de chorale qui s’était passé une année et où les chœurs de Caderousse avaient été battus à plate couture, vocalement parlant !

Poster un commentaire

Classé dans Revues

TOUR DE FRANCE 1913: l’étape LUCHON-PERPIGNAN dans l’HUMA du 12 juillet.

DSCN2743

L’Humanité du DSCN2744, au coeur de l’été et du Tour de France avec cette étape Luchon-Perpignan et une belle victoire du coureur belge Marcel Buysse.

Mais auparavant, regardons ce dont nous parle la une du quotidien socialiste.

C’est Jean Jaurès qui écrit l’éditorial sous le titre Bonne journée. Il se félicite de la pauvreté des discours entendus à la Chambre dont celui du Garde des Sceaux en lutte contre les syndicats et les socialistes qu’il vient de traîner en procès. A noter que le tribun socialiste appelle les hommes de la droite  réactionnaire, les réacteurs, terme qui désigne tout autre chose 100 ans plus tard.

Un gros titre guerrier avec des photos qui préfigure la déflagration qui se produira l’année suivante.

DSCN2745

Dans les Balkans, la Roumanie vient de voir ses troupes pénétrer en Bulgarie, déclenchant un conflit que ne se réglera qu’au traité de Trianon en 1920.

A Paris, on inaugure des aménagements urbains dont celui de la place des Vosges nouvellement redessinée.

DSCN2746

Revenons au Tour 1913. L’article raconte l’étape comme les années précédentes en indiquant les ordres de passages dans les contrôles jalonnant la route entre Luchon et Perpignan, les villes de Saint-Girons, Tarascon-sur-Ariège, Ax-les-Thermes, Bourg-Madame: un rallye cycliste de 324 kilomètres plutôt vallonnés.

On apprend qu’il ne reste plus que 35 coursiers au départ de Luchon sur les 55 coureurs par équipes et la centaine d’isolés ayant pris le départ à Paris 15 jours plus tôt. Quant au dit départ, il eut lieu à 3 heures du matin !

DSCN2748

Les passages aux contrôles nous apprennent que le champion belge Lucien Buysse fit la course en tête toute la journée.

DSCN2749

A l’arrivée à Perpignan, il avait fait à 5 minutes près, presque 12 heures de selle. Un Lucien Buysse qui remportera 6 des 15 étapes du Tour 1913 mais ne remporta pas la course. En effet, le classement par points des éditions précédentes avait été remplacé par un classement au temps, comme de nos jours. C’est son compatriote belge Philippe Thys,  de la même équipe Peugeot que lui, qui remporta son premier Tour de France en devenant leader (mais pas encore maillot jaune) à Aix-en-Provence.

Philippe Thys, triple vainqueur des éditions 1913, 1914 et 1920 aurait certainement été le premier à gagner 5 ou 6 grandes boucles si la course avait été disputée entre 1914 et 1919 !

Poster un commentaire

Classé dans Journaux

Le PARCOURS du TOUR DE FRANCE 1910 dans L’HUMANITÉ du 1er juin.

Encore un rayon de soleil de juillet, venant de l’Humanité du  DSCN2755 !

DSCN2754

Le journal s’y prend à l’avance pour annoncer le parcours du Tour de France cycliste, un mois à l’avance puisque la course était prévue du 3 au 31 juillet suivants.

Voici donc le parcours tel qu’il avait été concocté par les organisateurs du journal L’Auto autour d’Henri Desgranges.

DSCN2759

14 étapes avec quelques remarques. Tout d’abord l’arrivée à Metz qui était depuis 1870 rattaché au Reich. Les arrivées à Metz commencèrent en 1907 et jusqu’en 1910. Des manifestations pro-françaises s’étant déroulées en cette dernière occasion, le Kaiser revint sur son accord et le Tour ne fut plus autorisé pour cette escapade allemande.

Autre remarque, ces 2 nouveautés avec les étapes Perpignan-Bagnères-de-Luchon et Bagnères-de-Luchon-Bayonne. En 1910, ce fut la première fois que le Tour emprunta les routes des Pyrénées et de ses grands cols: Peyresourde, Aspin, Tourmalet et Aubisque qui obligèrent bien des cyclistes à poser pied à terre pour pousser leurs engins. Le futur vainqueur, Octave Lapize, aurait crié à l’adresse des organisateurs: Vous êtes des assassins ! au passage du col d’Aubisque.

Un Octave Lapize qui allait connaître le même sort que son second François Faber, lors de la Grande Guerre, tué vers Toul lors de la chute de son avion lors d’un combat aérien, le 14 juillet 1917.

octave lapize

Le registre matricule d’Octave Lapize…

à la carrière brève mais bien remplie avec ce Tour 1910, 3 Paris-Roubaix (1909-10 et 11), 2 Paris-Bruxelles (1912 et 13), 3 titres de Champion de France (1911-12 et 13) et les Six Jours de Paris 1912.

Voyons les titres les plus importants de cette Huma du 1er juin 1910. Outre la fin des opérations pour essayer de sauver l’équipage du sous-marin Pluviôse échoué près de Calais et qui verra le décés des 27 marins de l’équipage, un article nous apprend…

DSCN2756

que les billets de tramway parisiens sont bien plus chers que ceux des transports équivalents à Londres, Berlin, Rome, Vienne et même de bien des villes de ses pays.

Autre titre sur une mutinerie militaire à Nîmes lors de laquelle…

DSCN2757

le colonel Castaing a été frappé par un réserviste, Thérond, particulièrement récalcitrant puisqu’il venait de passer 3 ans dans un biribi algérien !

Poster un commentaire

Classé dans Journaux