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20 juin 1939: EULALIO FERRER raconte son départ du CAMP d’ARGELÈS

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Eulalio Ferrer est un républicain espagnol, natif de Santander, réfugié en 1940 au Mexique où il fit carrière et devint un grand publiciste reconnu aux Etats-Unis. Il raconta son passage dans les camps français de la Retirada par l’écriture d’un journal qui fut publié en France sous le titre Derrière les Barbelés chez L’interdisciplinaire, une maison d’édition de Limonest, en 1993. Suite…

20 juin 1939.

Tout le monde est debout avant le lever du soleil pour le départ, pour un autre monde… bien que ce soit un autre camp de concentration, à quelques kilomètres d’Argelés. Chacun se souvient des 4 mois passés ici, depuis les premiers jours et les nuits de février à la belle étoile sur le sable mouillé, les diarrhées, les Sénégalais brutaux, les luttes fraticides et les gestes de solidarité…

Eulalio a mis son beau costume de flanelle pour ce départ. Et voilà la longue colonne de réfugiés qui se met en branle, surveillée par les gendarmes, jusqu’aux camions qui doit emmener tout ce monde plus loin. Les hommes sont surpris de marcher sur de l’asphalte alors que ça faisait 4 mois qu’ils n’avaient foulé que du sable, de voir des maisons habités, des gens travailler, des filles qu’ils hèlent, des paysages et des vignobles verdoyants… La vie en un mot. Un dernier regard pour le cimetière des Espagnols où reposent des milliers de personnes décédées durant leur séjour…

Dans les camions, il faudra 4 heures pour rejoindre les environs de leur destination. De nouveaux kilomètres à pied pour rejoindre le camp du Barcarès ! Le camarade d’Eulalio qui lui porte sa machine à écrire n’en peut plus et décide de l’abandonner. Par chance, un gendarme leur rachète pour 60 francs.

Et c’est l’entrée derrière de nouveaux barbelés, le camp étant divisé en îlots. Eulalio, son père et quelques amis se retrouvent dans l’îlot Y, baraque 22. Avec toujours des rêves de Mexique !

A suivre le 21 juin…

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19 juin 1939: EULALIO FERRER raconte la vie au CAMP d’ARGELÈS

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Eulalio Ferrer est un républicain espagnol, natif de Santander, réfugié en 1940 au Mexique où il fit carrière et devint un grand publiciste reconnu aux Etats-Unis. Il raconta son passage dans les camps français de la Retirada par l’écriture d’un journal qui fut publié en France sous le titre Derrière les Barbelés chez L’interdisciplinaire, une maison d’édition de Limonest, en 1993. Suite…

19 juin 1939.

Le réveil est un peu brutal pour Eulalio, un des montants de sa litière ayant cédé.

Dans la matinée, une copie de lettre d’Indalecio Prieto est lu à haute voix dans la baraque. Eulalio est proche politiquement parlant de Prieto. Celui-ci est parti au Mexique en mars et il annonce qu’il sera difficile à tous ceux qui le demandent de partir pour cette destination. Ce qui met à bas pas mal d’illusions et attise la haine de certains pour le personnel politique de l’ancienne République. Deux bons camarades communistes de l’auteur partent pour une destination inconnue. Nouvelles émotions !

Dans l’après-midi, l’Autorité Française annonce la fermeture imminente du camp d’Argelès dont plusieurs secteurs ont déjà été fermés. Les hommes doivent se tenir prêt au départ et quand Eulalio essaie de rassembler ses affaires, il s’aperçoit qu’il lui faudra plusieurs paquets, surtout avec ses papiers et sa machine à écrire.
Dans le camp, des feux sont allumés, les détenus brûlent tout ce qu’ils ne pourront emporter.

A suivre le 20 juin…

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12 juin 1939: EULALIO FERRER raconte la vie au CAMP d’ARGELÈS

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Eulalio Ferrer est un républicain espagnol, natif de Santander, réfugié en 1940 au Mexique où il fit carrière et devint un grand publiciste reconnu aux Etats-Unis. Il raconta son passage dans les camps français de la Retirada par l’écriture d’un journal qui fut publié en France sous le titre Derrière les Barbelés chez L’interdisciplinaire, une maison d’édition de Limonest, en 1993. Suite…

12 juin 1939.

Long et intéressant article que celui de ce jour, sur un nouveau cahier pour son Journal qu’il vient d’inaugurer.

Il vient d’apprendre qu’en tant qu’officier, il a droit à une somme de 500 francs de la part de la SERe et rêve à ce qu’il va pouvoir s’acheter. Il retient du pain long rempli de fromage et de chocolat et une valise pour ranger ses archives qui sont importantes.

Au réveil ce jour-là, c’est le tonnerre qui met tout le mode debout. Certains croient qu’il s’agit d’une attaque de l’armée française contre les Franquistes. Doux rêve ! L’orage menace et une odeur pestilentielle venant des WC envahit le camp. Finalement, l’orage éclatera en fin de journée.
C’est en consultant sa montre qu’Eulalio va écrire un texte sur les rapports méconnus entre les Sénégalais et les prisonniers. Il possédait une montre de qualité et au début du séjour, il la cachait le plus possible pour éviter d’attirer la convoitise des soldats sénégalais fiants de ces objets. Si certains les achetaient pour quelques sous, bien en dessous de la valeur, d’autres n’hésitaient pas de tirer comme des fous sur les poignets des malheureux prisonniers pour leur arracher, ne se gênant pas de donner des coups de baïonnette quelquefois très graves pour obtenir ce qu’ils convoitaient. En représailles, la nuit, certains gardiens étaient attirés dans des pièges et leurs corps disparaissaient sous le sable de la plage ou dans la mer.

On apprend que le camp civil est envahit par des milliers de mouches et un compagnon d’Eulalio est inquiet pour les siens, lui qui doit partir travailler bientôt dans une ferme à la frontière belge. Il raconte l’anecdote d’un chauffeur madrilène et de sa petite amie embauchés au service du Colonel du Camp. Cela se termina par une fuite avec la femme du colonel tandis que sa petite amie devenait la maîtresse du gradé.

Notes de lecture d’Eulalio qui a lu « Madrid » de César Falcon. Il est en total désaccord avec l’auteur qui dit que ce sont les Communistes qui ont sauvé Madrid en novembre 1936 alors que lui, pense que c’est le peuple madrilène unit qui sauva la capitale.
Une bonne nouvelle pour l’ami, le meilleur chaudronnier du monde dont il a parlé le 2 juin, a obtenu le visa d’émigration au Chili. Moments de joie et de larmes pour la communauté.

A suivre le 19 juin…

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08 juin 1939: EULALIO FERRER raconte la vie au CAMP d’ARGELÈS

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Eulalio Ferrer est un républicain espagnol, natif de Santander, réfugié en 1940 au Mexique où il fit carrière et devint un grand publiciste reconnu aux Etats-Unis. Il raconta son passage dans les camps français de la Retirada par l’écriture d’un journal qui fut publié en France sous le titre Derrière les Barbelés chez L’interdisciplinaire, une maison d’édition de Limonest, en 1993. Suite…

08 juin 1939.

Les autorités françaises ont vacciné tous les Espagnols contre le tétanos après la mort de nombreux prisonniers à cause de ce mal. Eulalio souffre de ce vaccin et est amoindri. De bonne heure, toutefois, il part à la recherche de bois pour la cuisine de la baraque. D’ailleurs, il va s’essayer à la confection du plat de pois chiche et recevra les félicitations de ses compagnons.

Après le repas, les hommes jouent aux dominos, aux cartes avec des parties de mariage ou de brisque.

Le père d’Eulalio a reçu un peu d’argent d’amis cantabriques réfugiés à Paris. Il semblerait d’après l’autorité espagnole, que de transferts se feraient bientôt vers le camp du Barcarès mais pas encore pour des Compagnies de Travail. Comme cela vient d’un officier grand lanceur de rumeurs, cela est à prendre avec des pincettes !

Tout comme les supputations faites ici et là quant à l’avenir proche: la guerre possible, la défaite française prévisible, la puissance allemande… Eulalio n’est pas du même avis que les officiers espagnols.

Il rencontre des visages connus qu’il n’avait pas vus depuis longtemps. Un homme dont la dernière rencontre remontait à un bombardement aérien du côté de l’Escudo. Un autre devenu totalement amnésique. Il tente de lui rappeler ses exploits à la tête de sa compagnie dans les batailles d’Espinosa de los Monteros. A la fin du dialogue, il semble aller mieux même s’il se met à ânonner un monologue que personne ne comprend.

Dans la baraque, un homme raconte un épisode de son exil en France. Lors de la retraite, il a croisé un camion militaire arrêté près de Port-Bou au bord de la route. Pris d’assaut par les fuyards, le véhicule contenait une quantité énorme de billets, de bijoux et de lingots d’or. Il put prendre un peu de ce butin mais il se lamente du fait qu’on lui a volé la valise le contenant lors d’un appel. Rêve ou réalité?

A suivre le 12 juin…

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02 juin 1939: EULALIO FERRER raconte la vie au CAMP d’ARGELÈS

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Eulalio Ferrer est un républicain espagnol, natif de Santander, réfugié en 1940 au Mexique où il fit carrière et devint un grand publiciste reconnu aux Etats-Unis. Il raconta son passage dans les camps français de la Retirada par l’écriture d’un journal qui fut publié en France sous le titre Derrière les Barbelés chez L’interdisciplinaire, une maison d’édition de Limonest, en 1993. Suite…

02 juin 1939.

Le moral n’est pas très bon ce jour-là: la nourriture est toujours la même ce qui fait exploser Pedrin, le père d’Eulalio a les pieds enflés et cherche des médicaments, les nouvelles d’un départ pour le Mexique se font attendre et la solidarité attendue d’amis socialistes, elle-aussi, ne vient pas.

Heureusement, lors du match au terrain de football, une équipe d’Espagnols bat largement 4-1 une équipe de soldats français à la grande joie du public composé uniquement de prisonniers.

Le vent fait s’introduire le sable de partout et le mieux est de se protéger dans les baraques. Pedrin, en revenant à la baraque, est pris d’une crise de folie. Il hurle qu’il est le meilleur chaudronnier du monde et que bientôt, il gagnera beaucoup d’argent quand son talent sera reconnu.

Les cas semblables de folie sont nombreux, causés autant par le désoeuvrement que par l’enfermement et la promiscuité. Eulalio raconte ses scènes quotidiennes d’un homme au bord de l’eau passant son temps à jeter des pierres dans la mer, celui d’un autre qui tous les jours vient sur la plage avec sa valise dans l’attente d’un bateau qui viendrait le prendre et l’emmener. D’autres s’inventent des trouvailles exceptionnelles qui les rendront libres et indépendants… un autre imite la voix de Dieu à l’infirmerie où il a été accepté…

L’attente et la misère écrasent les prisonniers qui ne s’attendaient pas à ce que leur enfermement dure si longtemps.

A suivre le 8 juin…

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30 mai 1939: EULALIO FERRER raconte la vie au CAMP d’ARGELÈS

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Eulalio Ferrer est un républicain espagnol, natif de Santander, réfugié en 1940 au Mexique où il fit carrière et devint un grand publiciste reconnu aux Etats-Unis. Il raconta son passage dans les camps français de la Retirada par l’écriture d’un journal qui fut publié en France sous le titre Derrière les Barbelés chez L’interdisciplinaire, une maison d’édition de Limonest, en 1993. Suite…

30 mai 1939.

Quand l’autorité française pose la question, pas mal de prisonniers décident de retourner en Espagne et maintenant ces départs ne sont pas ponctués par les insultes de ceux qui restent mais par des émouvants adieux qui étonnent les gendarmes français.

Eulalio fait le bilan de la population des camps d’Argelès qui a tendance à diminuer: fermeture de secteurs du camp, départs pour l’Espagne, pour les commandos de travail en France et dans les colonies. Il estime à 30 000 le nombre de présents dans son camp militaire, plus ceux du camp civil, ceux du camp des punis et des « indésirables » et ceux des hôpitaux. L’Indépendant de Perpignan estime à 350 000 le nombre de réfugiés espagnols restant encore en France.

A intervalles réguliers revient l’espoir d’un départ pour le Mexique. Alors les hauts-parleurs égrainent les noms des heureux élus, les autres restant avec leur tristesse.

Eulalio a reçu un colis d’aide d’une quakeresse britannique. Dans celui-ci, il trouve une serviette de bain, du savon, de l’aspirine, un produit laxatif, une pommade contre la gale, un liquide contre les poux, du bicarbonate et des pastilles de chlorate de sodium. Il le partage avec son père et un ami.

Pas de nourriture dans le colis qui serait pourtant la bienvenue avec cette cuisine collective dont la qualité et la quantité des aliments diminuent considérablement. Par chance, la cuisine parallèle des baraques reste de bonne qualité.

Aujourd’hui, les prisonniers se rendent sur le terrain de football pour assister à un match opposant deux équipes d’unités militaires. Y figurent quelques anciens footballeurs professionnels exilés. Le match joué en sandales est acharné et après le premier et unique but de match les coups pleuvent et une bagarre générale intervient. Néanmoins, les spectateurs sont contents de ce spectacle qui rompt la monotonie de la vie quotidienne.

Des rumeurs circulent comme quoi la France et l’Angleterre seraient sur le point de forcer Franco à décréter une amnistie générale. Les prisonniers s’enthousiasment oubliant que ce n’est qu’une des innombrables rumeurs sans fondement qui circulent sans arrêt dans le camp.

Au retour à la baraque, Eulalio et un ami mettent dehors une prostituée traînant dans celle-ci. Ils sont la visée des sarcasmes des autres. Pour fuir ces bruits, Eulalio se réfugie dans la rêverie et fait le point de son courte vie sentimentale à l’époque de la guerre civile. Il passe rapidement sur les prostituées des Ramblas qu’il n’a pas cotoyées et préfère se souvenir de cette idylle platonique qu’il vécut près d’Almatret avec une jeune fille qui était restée avec sa soeur atteinte de tuberculose à un stade avancé près de la ligne du font et qui s’en occupait  attentionnément.

A suivre le 02 juin…

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23 mai 1939: EULALIO FERRER raconte la vie au CAMP d’ARGELÈS

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Eulalio Ferrer est un républicain espagnol, natif de Santander, réfugié en 1940 au Mexique où il fit carrière et devint un grand publiciste reconnu aux Etats-Unis. Il raconta son passage dans les camps français de la Retirada par l’écriture d’un journal qui fut publié en France sous le titre Derrière les Barbelés chez L’interdisciplinaire, une maison d’édition de Limonest, en 1993. Suite…

23 mai 1939.

Eulalio Ferrer étouffe dans sa baraque et préfère se lever tôt pour se promener au bord de la mer. Il y rencontre son professeur Don Paulino, presque au chômage tant ses élèves sont peu assidus. En déambulant, ils écoutent le vieil homme parler. Il raconte tout, avec sureté, comme s’il était en train de lire.  Ce jour-là, il disserte sur la guillotine, symbole d’égalité quand elle fut adoptée à la Révolution. Avant, la peine de mort était au bon vouloir de chacun, suivant des méthodes plus cruelles les unes que les autres. L’invention du Docteur Guillotin rendit une forme d’égalité aux supplices des condamnés. Pour Eulalio, c’est un moment de pur bonheur que d’écouter son professeur. Tout comme quand, dans une baraque, un homme long et maigre se met debout sur un tabouret et mime la direction d’un orchestre pour un « public » attentif. Ce jour-là, c’était « Persival » de Wagner. Après la représentation, des applaudissements crépitent comme pour un vrai concert.

A suivre le 30 mai…

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18 mai 1939: EULALIO FERRER raconte la vie au CAMP d’ARGELÈS

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Eulalio Ferrer est un républicain espagnol, natif de Santander, réfugié en 1940 au Mexique où il fit carrière et devint un grand publiciste reconnu aux Etats-Unis. Il raconta son passage dans les camps français de la Retirada par l’écriture d’un journal qui fut publié en France sous le titre Derrière les Barbelés chez L’interdisciplinaire, une maison d’édition de Limonest, en 1993. Suite…

18 mai 1939.

Eulalio Ferrer écrit peu ce 18 mai mais un petit propos qui nous décrit un aspect peu agréable de la vie dans le camp: l’odeur pestilentielle que dégage les toilettes et qui envahit tout. Il titre d’ailleurs son propos: Merde… merde… merde…

L’odeur de la merde est partout surtout avec cette petite brise marine qui fait croire que même la mer sent ainsi.

C’est la conséquence du fait que les latrines n’ont pas été vidées de quelques jours. Tout sent la merde et un petit comique assure qu’ils sont au paradis de la merde !

Un colosse, Juanon, s’amuse à planter le nez d’un pauvre gars aux manières raffinées au-dessus des fosses… et il renouvellera l’expérience sur d’autres.

Si bien que quand les couleurs tricolores sont hissées sur le camp, les Espagnols les accueillent au cri de: Merde… merde… merde…!

A suivre le 23 mai…

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15 mai 1939: EULALIO FERRER raconte la vie au CAMP d’ARGELÈS

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Eulalio Ferrer est un républicain espagnol, natif de Santander, réfugié en 1940 au Mexique où il fit carrière et devint un grand publiciste reconnu aux Etats-Unis. Il raconta son passage dans les camps français de la Retirada par l’écriture d’un journal qui fut publié en France sous le titre Derrière les Barbelés chez L’interdisciplinaire, une maison d’édition de Limonest, en 1993. Suite…

15 mai 1939.

Après presque 2 semaines de silence, Eulalio Ferrer reprend son journal le 15 mai. Le temps est maintenant agréable sur les plages roussillonnaises et beaucoup de prisonniers se baignent dans la mer. Certains essaient de construire des petits vaisseaux avec des planches trouvées ici et là. Mais les gendarmes français veillent pour empêcher les évasions… ou tout simplement éviter les noyades corrige l’auteur.
Il nous apprend que son père se trouve en position de n°5 pour partir au Mexique et lui en position de 47. C’est ce que leur a communiqué un de leurs contacts extérieur au camp. D’ailleurs un ami lui a dit qu’il était surnommé Zozaya par les autres tant il envoyait des courriers, du moins tant que les prisonniers bénéficiaient de la franchise postale, qui vient d’être supprimée par la poste.

L’auteur continue de suivre des cours de philosophie même si l’effectif de ce groupe a fondu quelque peu puisqu’il ne reste plus que 3 étudiants. Au programme du jour: Nietzsche.

Le « Quartier Chinois » vient d’être fermé par les autorités françaises et les baraques entourées d’une clôture. La marchandise a été saisie. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase fut un nouveau meurtre pour une histoire de jupons. Plusieurs malfaiteurs régnant sur ce quartier ont été renvoyés en Espagne. S’il s’agit de la vraie pègre, pas sûr qu’elle se retrouve en prison.

De nouveaux baraquements plus confortables viennent de remplacer les anciennes baraques.

La journée se termine par une soirée poésie pendant laquelle le groupe d’amis déclament les textes qu’ils connaissent.

A suivre le 18 mai…

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2 mai 1939: EULALIO FERRER raconte la vie au CAMP d’ARGELÈS

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Eulalio Ferrer est un républicain espagnol, natif de Santander, réfugié en 1940 au Mexique où il fit carrière et devint un grand publiciste reconnu aux Etats-Unis. Il raconta son passage dans les camps français de la Retirada par l’écriture d’un journal qui fut publié en France sous le titre Derrière les Barbelés chez L’interdisciplinaire, une maison d’édition de Limonest, en 1993. Suite…

2 mai 1939.

Lendemain de fête et toujours la pluie qui continue de tomber, drue. En fin d’après-midi une éclaircie fera apparaître les sommets enneigés des Pyrénées frontalières. Sale temps pour un 2 mai !

Au déjeuner, partagé avec son père, Eulalio revient sur ses projets (SERE pour le père, départ espéré pour le Mexique). Le père semble un peu moins affecté et paraît accepter les décisions de son fils.

Dans son écrit, l’auteur revient sur son inscription à la Compagnie de Travail. Il se rend au bureau littéralement pris d’assaut par les volontaires voulant sortir du camp. Cela arrange les militaires français qui ont besoin de ces travailleurs bon marché, avec les bruits de bottes qui s’intensifient en ce printemps 1939. La pression augmente aussi pour pousser les hommes à s’engager dans la Légion. Outre sortir du camp, travailler dans une Compagnie de Travail permet d’améliorer l’ordinaire, l’hébergement et de gagner 1 franc par jour. Pas négligeable !

Avec cette visite au bureau français, Eulalio s’aperçoit du « luxe » de l’Etat-Major espagnol avec des conditions de vie scandaleusement privilégiées par rapport au reste de la population du camp. Ecoeurant !

De retour dans son quartier, l’auteur rencontre un homme qui a fui il y a quelque temps pour repartir en Espagne retrouver sa famille. Mais l' »accueil » de la Gendarmerie espagnole, les coups reçus dans leurs locaux pour sa catalanité et ses anciennes préférences anarchistes l’ont refroidi. Les prisons pleines de prisonniers républicains à Barcelone, la brutalité de la répression franquiste qu’il a vu, tout cela l’a poussé à repasser la frontière française et revenir au camp d’Argelès. L’attitude des vainqueurs écoeure ceux qui écoutent son récit qui ne comprennent que ces derniers ne tendent pas la main aux vaincus. Et l’on sait maintenant que cela dura jusqu’en 1975 !

En début d’après-midi, les haut-marleurs du camp égrainent les noms des 20 premiers chanceux qui partent immédiatement pour le Mexique. Surprise, gêne puis solennité du moment guident leurs pas vers leurs avenirs.

De son côté, Eulalio se replonge dans la lecture de Don Quichotte. Un homme lui a échangé ce livre contre un paquet de cigarettes qu’il avait sur lui et qui ne lui servait à rien, lui, le non-fumeur, du côté de Port-Vendres, en février. Heureux par ce troc,  il essaie de trouver des similitudes entre ces gentils fous qui l’entourent et les attitudes du héros de Cervantès.

A suivre le 15 mai…

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