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114 POILUS de CADEROUSSE, 114 DESTINS… Raphaël OUVIER.

114 noms de Poilus de Caderousse tombés lors de la Grande Guerre. 114 parcours qu’on va essayer de raconter au fil des semaines et des mois jusqu’au 11 novembre 2018.

Soixante-douzième nom de la liste: Raphaël Marius OUVIER.

 

La troisième face du Monument aux Morts.

Voilà un garçon naturalisé Caderoussier par la mariage ! En effet, toutes les recherches généalogiques sur Raphaël Ouvier nous mènent à Sorgues sauf, tout à la fin et un certain 19 juillet 1911, trois ans avant la déclaration de guerre, jour où il se marie à Caderousse avec Louise Raphaëlle Soumille, une fille du village née à Orange en 1893 et de treize ans plus jeune que lui. Comment a-t-il atterri derrière les digues ? Les hasards de la vie, peut-être son métier de maréchal-ferrant qui l’amenait quelquefois au village ? Peut-être des rencontres familiales ? Seuls des descendants pourraient nous le dire…

Raphaël est donc né à Sorgues le 5 octobre 1880 d’un père cultivateur, Michel Ouvier et d’une mère Rosalie Malzieu, sage-femme en 1880, originaire du plateau ardéchois, du hameau de Montlaur à Coucouron. Rosalie et sa mère également prénommée Rosalie descendront dans la vallée du Rhône à l’occasion de ces noces, célébrées à Sorgues le 11 février 1872.  Le jeune couple Ouvier-Malzieu s’installe au quartier de Ronquet en 1880. Bien vite naîtra une petite Marie Agricole à la fin de l’année 1972 puis, huit ans plus tard, Raphaël.

Devenu adulte mais pas encore majeur, Raphaël va devancer l’appel en signant un engagement de quatre ans en mairie d’Avignon, le 14 octobre 1898. Maréchal-Ferrant de formation, il est normal qu’il  rejoigne un régiment monté, le 11ème Dragons. A l’Armée, pas de période d’essai.. quand on signe un engagement, on ne peut se rétracter au bout de quelques semaines et on doit aller au terme de son engagement ! Raphaël ne le savait peut-être pas et il ne se présente plus à la caserne deux mois après le début de son service, le 13 décembre. Il devient donc officiellement déserteur un mois plus tard, le 14 janvier 1899, c’est-à-dire recherché par tous les gendarmes de France et de Navarre.

Il arrêtera de son plein gré cette période d’illégalité, le 23 mai 1900, soit un an et demi après le début de la cavale, en se présentant volontairement à la Gendarmerie d’Annemasse. Avait-il essayé de trouver refuge et emploi en Suisse ? En tout cas, retour à la case départ, la caserne des Dragons, le 26 mai tout en devant encore trois ans et dix mois à la Nation et à l’Armée. Mais auparavant, il va falloir payer pour cette petite absence et une condamnation à deux ans d’emprisonnement pour désertion à l’intérieur en temps de paix va tomber dans la foulée, le 6 juillet  1900. Raphaël sera transféré à la prison de Toulon le 24 juillet 1900 pour purger sa peine.

Par chance, une grâce ministérielle tombera le 27 décembre 1900 et le voilà de retour une troisième fois chez les Dragons  le 28 janvier 1901 pour  trois ans et neuf mois. Cela nous transporte au 14 septembre 1904, date à laquelle Raphaël est rendu à la vie civile après avoir accompli son contrat de quatre ans qui en aura duré… six ! Entre temps, il avait été muté au 13ème Dragons en avril 1904.

Retour à Sorgues puis emploi de voiturier en Avignon en 1909 avant ses noces à Caderousse en 1911 avec à la clé, un travail et une résidence à la ferme de ses beaux-parents Soumille. Pas pour très longtemps. Suivant le traçage de l’Armée, il retourne à Sorgues en 1913 puis il est noté sa présence dans le sud-Drôme à Suze-la-Rousse en 1914.

La guerre éclate le 3 août 1914 et Raphaël rejoint son unité, non pas le 13ème Dragons mais le 15ème Escadron du Train des Equipages Militaires. Il ne s’agit d’une unité de chemin de fer mais d’un escadron dont la tache est de ravitailler les troupes au front, autant en troupes fraiches qu’en munitions ou en intendance. Il ne faut pas oublier que les armées en 14-18 étaient essentiellement hippomobiles et la formation de maréchal-ferrant de Raphaël le destinait tout droit à une unité du Train.

Pour la petite histoire, c’est le 26 mars 1807 que Napoléon créa ses unités du train des équipages pour remplacer des prestataires privés beaucoup moins fiables.

 Raphaël va servir au 15ème Escadron puis au 3ème et enfin au 4ème ETEM. C’est le 08 août 1918 qu’il a été tué par un éclat d’obus, près de Dompierre-Maigneley dans l’Oise. La reprise de la guerre de mouvement rendait alors les missions des unités du train encore plus périlleuses.

Le 08 août 1918, Raphaël était âgé de 37 ans et 10 mois.

 

La fiche matricule de Raphaël Marius Ouvier de Mémoire des Hommes.

Raphaël Marius Ouvier, matricule 1512 de la classe 1900, bureau de recrutement d’Avignon, pour ceux qui souhaitent aller consulter sa fiche matricule sur le site des Archives du Vaucluse. Le patronyme Ouvier est encore présent dans le Vaucluse, autour de Carpettes et dans la vallée des Vignères à Apt. Si quelqu’un reconnaît en Henri Joseph un ascendant indirect, qu’il n’hésite pas à se manifester pour compléter cette petite biographie.

A suivre: les trois frères Pecoul (partie généalogie).

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110 POILUS de CADEROUSSE, 110 DESTINS… Henri COLOMBIER.

110 noms de Poilus de Caderousse tombés lors de la Grande Guerre. 110 parcours qu’on va essayer de raconter au fil des semaines et des mois jusqu’au 11 novembre 2018.

Trente-quatrième nom de la liste: Colombier Henri Félicien qui lui aussi, n’apparaît pas sur le monument aux morts de Caderousse. Les destins d’Henri Colombier et d’Augustin Clarisse font montre de bien des similitudes. La première est évidemment l’année de naissance, 1879 pour tous les deux, le 1er avril pour Henri.

La seconde est le fait que l’un comme l’autre ne résidèrent que peu de temps à Caderousse après leur naissance. Comme pour Augustin, la famille Colombier n’apparaît pas sur la liste du recensement de 1881. N’apparaît pas et non n’apparaît plus car, en fait, les Colombier ne sont pas encore arrivés à Caderousse, au quartier du Revestidou lors du précédent recensement, en 1876. Leur séjour caderoussien ne sera donc que de quelques années, quelques mois peut-être, le temps de l’arrivée au monde du petit Henri Félicien. La famille vient de Sorgues d’où elle était originaire le père. Henri naquit dans une ferme au bord du Rhône, du côté du Revestidou, cette rodée du Rhône célèbre chez les mariniers pour sa dangerosité… jusqu’à ce que la canalisation du Rhône lors de l’aménagement de Caderousse vers la fin des années 1970 ne la gomme totalement.

Henri André Colombier et Marie-Louise Gayte s’étaient mariés à Sorgues le 7 septembre 1870, trois jours après l’instauration de la Troisième République. Le père alors âgé de 29 ans était garde dans un des riches domaines de l’île de l’Oiselay. La mère, sa cadette de onze ans était originaire de Privas, préfecture de l’Ardèche.

Il est difficile de suivre la trace de cette famille dans les Archives communales et départementales. On ne peut que proposer quelques flashs et émettre quelques hypothèses.

Deux premiers enfants naquirent avant Henri Félicien. Henri Marius tout d’abord, né le 25 août 1871 dans l’île de l’Oiselay, surnommé Sigeon, très petit, 1 mètre 53 à l’âge adulte que l’armée n’envoya pas au front et laissa travailler ses terres pour l’agriculture, soldat détaché à la production nationale, comme il en eut beaucoup.

Second enfant, Rose-Marie, Sorguaise elle-aussi, née le 14 août 1874. Puis vint donc Henri Félicien pendant la courte période caderoussienne des Colombier, au Revestidou, de 1877 à 1880 environ. Y eut-il d’autres enfants au foyer des Colombier après 1880… ?

On retrouve Henri Félicien Colombier au 2ème Régiment du Génie à partir du 16 novembre 1900, pour son service militaire. Ces classes vont l’emmener bien loin du Vaucluse, au Maghreb, en Tunisie, Bizerte et Tunis.  Le 26/2, le 26ème bataillon du 2ème régiment a été installé en Tunisie après la conquête initiée par le gouvernement de Jules Ferry en 1881. C’est le côté sombre du personnage dont on a surtout retenu la face éclairée, celle de la création de l’école laïque, gratuite et obligatoire en oubliant les aventures coloniales en Indochine, à Madagascar et ici en Tunisie. Le registre matricule attribue à Henri Félicien une campagne de Tunisie du 25 septembre 1901 au 18 septembre 1903, deux années pendant lesquelles les troupes françaises durent à lutter contre des rebellions d’un pays conquis, occupé mais insoumis. Une première campagne militaire, une douzaine d’années avant la seconde, bien plus terrible celle de la guerre contre l’Allemagne.

Entre temps, Henri Félicien s’est marié à Sorgues le 23 juin 1906. Il a pris pour épouse Marie-Pauline Establet. On peut penser, sans risque de trop de tromper, qu’ils furent rapidement parents de petits de la génération suivante.

C’est en tant que sapeur mineur au 4ème Régiment du Génie de Grenoble qu’Henri Félicien participa à la Grande Guerre. Une taupe ! Une de celle qui passaient leurs journées à remuer de la terre pour creuser des boyaux ou pour construire des galeries dans le but de poser des explosifs au-dessous des tranchées ennemis. La terrible guerre des mines, celle de Vauquois ou de Berry-au-Bac. Une guerre terrible pour les nerfs des hommes qui risquaient à tout moment de disparaître ensevelis sous la terre, sans espoir d’être secourus. Henri Félicien ne résista pas à ce stress. Il dut être interné dans un de ces hôpitaux psychiatriques dans lesquels étaient mis les soldats traumatisés psychiques de la guerre qu’on appela les « mutilés du cerveau ». Des films récents ont raconté ces histoires et ont médiatisés ces blessés de guerre un peu particuliers.

Henri Félicien Colombier, Sorguais natif de Caderousse mourut le 10 septembre 1918, deux mois avant l’Armistice, à l’Asile d’aliénés de Maréville de folie, indiquent ses papiers officiels. Il approchait de la quarantaine.

Vue aérienne du quartier de Laxou (banlieue ouest de Nancy) dans lequel était implanté l’Asile d’Aliénés de Maréville dans lequel mourut Henri Félicien Colombier. On voit en haut à droite le porche sous lequel passaient les internés avant d’entrée dans cette structure fermée. Si une structure psychologique existe encore dans un bâtiment, les autres locaux sont devenus des espaces collectifs et des logements particuliers.

La fiche d’Henri Félicien Colombier de Mémoire des Hommes

Henri Félicien Colombier, matricule 1 384 classe 1899, bureau de recrutement d’Avignon pour ceux qui souhaitent aller consulter sa fiche matricule sur le site des Archives du Vaucluse. Le patronyme Colombier existe encore en Vaucluse, à Sorgues, Sarrians, L’Isle-sur-la-Sorgue, peut-être des  descendants direct ou indirect de Henri Félicien. S’ils rencontrent ces lignes est qu’ils reconnaissent leur ancêtre, qu’ils n’hésitent pas à se manifester pour compléter ou corriger cette petite biographie.

A suivre: Léon Combe.

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