Résistance en Ardèche – Le massacre des Crottes à Labastide-de-Virac – 2/3 Ce funeste 03 mars 1944 aux Crottes

Tout commence pendant l’hiver 1943-44 que le Maquis Bir-Hakeim passe dans l’arrière-pays de Pont-Saint-Esprit, à la limite du Gard, à Méjannes-le-Clap. Repéré par les Occupants, il s’installe au Mas de Serret, grosse ferme inhabitée à Labastide-de-Virac le 26 janvier 1944, inhabitée mais confortable. C’est le lieu idéal, loin de tout, au cœur d’une forêt mais avec un gros problème quand on est un Maquis motorisé, doté d’une seule voie d’accès. 

Malgré cela, le Maquis est repéré par les Allemands. Le 26 février 1944, La 8ème compagnie de la division SS Brandebourg renforcée de soldats de la Wehrmacht venus de Nîmes soit environ 350 hommes supérieurement armés passent à l’attaque. En face, les 70 hommes du Maquis arrivent à se replier à travers les bois tandis qu’un petit groupe résiste pendant une demi-journée. Un homme blessé restera seul et sera pris vivant par les Allemands, assez marris de cet échec. Ce sera la seule perte humaine du Bir-Hakeim, qui aura toutefois abandonné une partie de son parc automobile.

Un groupe de maquisards se déplace et s’installe aux Crottes tandis que le gros de la troupe traverse l’Ardèche. 

Les Allemands, à nouveau bien informés, décident une opération sur les Crottes le 03 mars suivant. Également au courant de cette opération, le groupe de biraquims fuit la nuit précédente. C’en est trop pour les Allemands à nouveau bredouille. Les soldats nazis, excités par leurs chefs, se déchaînent avec sauvagerie sur la population civile, pourtant informée elle-aussi de l’opération mais qui n’a pas voulu partir. Quatorze villageois sont fusillés dans un champ, un quinzième qui a été vu en train de fuir, est pris et massacré plus loin. Le village est saccagé, les maisons pillées et brûlés, le bétail emporté par les Nazis.

C’est le maire du village qui devra reconnaître les corps de ses compatriotes, onze Français et quatre Italiens ; sept hommes, quatre femmes et quatre adolescents âgés de 14 à 17 ans (on considère les trois enfants du couple italien comme Français car nés en France amis ils n’auront la distinction « Mort pour la France »).

Pourtant, il y a aussi un quinzième homme, une seizième victime, un homme inscrit comme INCONNU sur le monument du souvenir élevé plus tard. Un inconnu qui ne l’est plus de nos jours, après le travail de recherche d’un journaliste originaire de la région, Olivier Bertrand (patronyme Bertrand). Il a consigné son travail, ses démarches et sa réponse dans un livre Les Imprudents paru en mars 2019 pour les 75 ans du massacre, rédigé d’une manière très originalement comme un road-trip.

La seizième victime de la barbarie nazie serait (est, devrions-nous dire tant la démarche est convaincante) le maquisard blessé au Mas de Serret, fait prisonnier, certainement torturé, déjà mort ou agonisant cinq jours après et abandonné avec les malheureux habitants des Crottes.

Cet inconnu se nomme donc René Auguste Desandre, né à Paris en 1923, âgé de 21 ans mais qui se faisait appeler Grand-Père, tourneur-outilleur avant la guerre, agriculteur quand il est devenu réfractaire au STO ce qui explique sa présence au Bir-Hakeim. Symboliquement, c’est le lien entre les huit Ardéchois et sept Italiens des régions de Bergame et Brescia, suppliciés car, lui-même, avait des origines italiennes, son père ayant rejoint la France depuis le Val d’Aoste, dans l’entre-deux guerres.

Le Maquis Bir-Hakeim continuera son nomadisme après le 03 mars 1944, traqués par les Allemands, la Milice et la Police de Vichy. Il tombera le 28 mai suivant, jour de Pentecôte, en Lozère, sur le Causse Méjean après de nouvelles imprudences. Décidément, le titre de l’œuvre d’Olivier Bertrand résume bien cette histoire, imprudents ces Maquisards, imprudents les villageois des Crottes ayant refusé de tout quitter… mais s’ils avaient fui, la colère des Allemands serait peut-être tombée sur les habitants du chef-lieu…

Au recensement de 1946, le hameau des Crottes n’est même plus mentionné ! Contrairement à Oradour-sur-Glane, le petit-Oradour ardéchois a retrouvé une vie de nos jours.

à suivre

Sources:  Le Maquis Bir-Hakeim de R. MARUÉJOL & Aimé VIELZEUF paru en 1947 ; …et la Cévenne s’embrasa…de Aimé VIELZEUF paru chez Louis Salle (Nîmes) en 1965, Les Imprudents d’Olivier Bertrand paru en 2019 chez le Seuil, le texte du site de l’ANACR-07 sur le massacre des Crottes. 

Illustrations: ruines au hameau des Crottes de nos jours.

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 Résistance en Ardèche – Le massacre des Crottes à Labastide-de-Virac – 3/3 Les seize victimes

Foyer- IDENTITÉ(x : mariée à)Date de naissanceLieu de naissance(07) sauf préciséMétierÂge le 03 mars 1944Aux Crottes en 1936
Foyer 1- BOYER Régis Lucien14/02/1871Labastide-de-ViracCultivateur- Conseiller municipal (1935-1944)73 ansoui
PRADIER Ernestine Elisa Louise(x BOYER Lucien le 09/09/1895 à Labastide)25/08/1875Labastide-de-Viractravaille à la ferme68 ansoui 
BOYER Georges Marc (fils)23/08/1907Labastide-de-Viraccultivateur36 ansoui
Foyer 2- BRUNEL Jules Louis23/03/1897Saint-Michel-d’Euzet (30)cultivateur46 ansnon
TOURRE Joséphine Mélanie Augustine (x BRUNEL Louis le 21/02/1925 à Labastide)12/03/1900Labastide-de-Viractravaille à la ferme44 ansnon
Foyer 3- MANIFACIER Adrien Marius07/03/1899Berrias-et-Casteljaucultivateur45 ansnon
BOYER Madeleine(x MANIFACIER Adrien le 30/10/1926 à Labastide)30/06/1900Labastide-de-Viractravaille à la ferme43 ansnon
MANIFACIER Georges Adrien11/05/1927Labastide-de-Viracaide à la ferme16 ansnon
Foyer 4- ALCAINI Giovanni07/07/1904Dossena (Italie)*bucheron39 ansnon
Foyer 5- ALCAINI Philippo28/12/1898Dossena (Italie)*bucheron45 ansoui
Foyer 6- GALIZZI Noël26/12/1900San Gallo (Italie)*bucheron43 ansoui
MICHELI Teresa (x GALIZZI Noël)10/12/1900Dossena (Italie)*travaille à la ferme43 ansoui
GALIZZI Antoine (fils)13/08/1926Aubenasaide à la ferme18 ansoui
GALIZZI Michel (fils)11/07/1927Orgon (13)aide à la ferme17 ansoui
GALIZZI Jacques (fils)04/031929Grasaide à la ferme14 ansoui
Inconnu : DESANDRE RenéAuguste dit GRAND-PÈRE15/01/1923Paris VImetourneur -cultivateur- résistant21 ansnon

* Dossena et San Gallo sont situées en Italie ; Dossena à une trentaine de kilomètres au nord de Bergame et San Gallo, commune de Batticino à quinze kilomètres à l’est de Brescia.

Sources : recensement 1936 Labastide (AD 07) – Les Imprudents d’Olivier Bertrand (le Seuil 2019) – Sites Généanet et Filae.

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La fusée de Tintin a enfin décollé

Belle prouesse technique réalisée dans la Drôme !

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REPORTAGE DU JOUR: L’ACCIDENT DU « RHÔNE PRINCESS » DANS LA NUIT DU 28 AU 29 DÉCEMBRE 2021.

Une fois n’est pas coutume… des images d’actualité qui n’ont pas plusieurs dizaines d’années mais quelques heures.

Le « Rhône Princess » qui mouille au port du Pouzin. Par devant, rien d’anormal…

De dos… même chose. Mais côté rivière… on s’aperçoit du problème !

Mieux vaut le téléobjectif pour prendre la photo que de jouer aux acrobates. È pericoloso sporgersi ! comme on le lisait dans les trains !

Les conséquences du choc du paquebot fluvial avec une pile du viaduc ferroviaire de La Voulte, 7 kilomètres en amont de là, la nuit dernière.

Quelques croisiéristes ont dû connaître un réveil brutal, au coeur de la nuit.

Heureusement, personne n’a été blessé. Juste une belle frayeur pour quelques uns.

Une longue estafilade de 20 mètres.

Quant au viaduc ferroviaire de La Voulte… il va bien ! Merci !

Juste une petite trace de cette rencontre nocturne inopinée ! Qui lui vaudra tout de même une visite des spécialistes pour qu’il puisse reprendre du service… et la navigation fluviale aussi !

Il faut dire qu’en quatre-vingts ans d’existence, il en a vu d’autres… des collisions !

Ainsi s’est terminée pour 140 touristes, une croisière qui sera inoubliable comme disait le prospectus publicitaire… mais pas pour les mêmes raisons !

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Tintin et Milou chez les Arumbayas… vous connaissez ?

C’est ainsi que commence l’histoire dans à la fin du mois de janvier 1937. Tintin et Milou viennent de rentrer de l’Extrême-Orient et on peut comprendre la lassitude du héros en tenant compte des conditions des transports de l’époque. C’est loin la Chine mais ça l’était bien plus que de nos jours dans les années 30 !

Tout cela pour voir apparaître dans le numéro du 7 février 1937, les débuts d’une nouvelle histoire…

Enfin, le « vrai » titre n’arrivera que le 14 février…

En bien regardant, cette histoire est devenue ceci dans les albums qui paraissent de nos jours.

La réponse à la question « vous connaissez ? » était donc « Oui, Tintin et Milou chez les Arumbayas était le premier nom de l’album L’oreille cassée » .

Pour les besoins de la mise en page dans Coeurs Vaillants, le découpage des images était un peu différent mais la chute finale de la planche, la même, pour donner envie de lire la suite et donc d’acheter le numéro suivant de l’hebdo. La suite, la voici…

puis une semaine plus tard…

Ce qui donne presqu’un siècle plus tard…

Mais où est donc passée la scène du cauchemar de la sarbacane ?

Avec une seule page publiée chaque semaine dans Coeurs Vaillants, fin décembre 1937, on n’était pas arrivé au bout de l’histoire mais seulement la page 49 d’un album qui en compte 62 en tout.

Heureusement, pour les impatients, on pouvait toujours acheter l’album complet édité par Casterman disponible en France à partir de novembre 1937 (pour la Saint-Nicolas voulait Hergé) en même temps que Tintin au Congo et Tintin en Amérique avec les fameuses pages de garde bleues foncées, une nouveauté pour l’occasion. Des petites de nos jours !

Pour ceux qui veulent vraiment briller lors du prochain repas de famille, même s’ils n’ont jamais lu un Tintin, voir:

http://bdzoom.com/61219/actualites/la-vraie-edition-originale-de-l’oreille-cassee/

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Le Camp GREENE

Un banal livre ancien trouvé dans un magasin solidaire dont ce petit papillon collé sur la première de couverture avait attiré mon regard.

Un texte en anglais assez facilement traduisible:

Association des bibliothèques américaines.
Soldats et marins
Bibliothèque du camp

On peut penser que le livre a été la propriété de la Librairie d’un camp de soldats américains lors d’un des deux conflits mondiaux.

Cet ouvrage portant 1909 comme date de publication à New York et un copyright de 1908, on peut penser qu’il s’agissait de la Première Guerre Mondiale.

En intérieur, un tampon nous indique plus précisément son origine.

Le camp Greene !

De quoi s’agit-il là ?

Le camp Greene était situé à Charlotte en Caroline du Nord, sur la côte est, un de ses états dont on parla beaucoup en novembre dernier lors des élections présidentielles avec des re-comptages des voix à n’en plus finir.

Ce camp fut créé pendant le premier conflit mondial, au moment de l’entrée en guerre des Etats-Unis, pour regrouper et entraîner les troupes qui allaient traverser l’Atlantique pour venir se battre sur le nord et l’est de la France. On y compta jusqu’à 40 000 hommes alors que la ville de Charlotte où était installé le camp ne comptait que 6 000 âmes de plus.

Le nom Greene rend hommage à un grand général américain de la guerre d’indépendance, Nathanael Greene, à la fin du XVIIIème siècle.

Voilà un drôle de voyage pour ce livre qui dut traverser l’Atlantique dans le paquetage d’un des Sammies venu combattre en France.

Il est même précisé que c’était un soldat du 38ème régiment d’infanterie.

Quant au livre par lui-même, on ne peut pas dire que Christopher Hibbault, roadmaker (constructeur de routes) est entrée dans l’histoire de la littérature américaine en France de même que son auteure Marguerite Bryant qui pourtant connut un certain succès outre-Atlantique, au début du XXème siècle.

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Classé dans Livres

Un exercice de conjugaison auquel plus aucun enseignant ne s’oserait de nos jours !

Des cahiers bien tenus par Adrien Guérin en 1883 dans une école de maristes de Caderousse. Adrien Guérin, né en 1872, est alors âgé de onze ans. On est juste avant la mise en application des lois laïques de Jules Ferry.

De tout temps, pour conjuguer un verbe du second groupe, on se sert du fameux finir… finissant vous finissez, vous finirez, ils finirent…

Sauf qu’en 1883, on va découvrir cette page qu’aucun enseignant n’oserait faire copier à ses élèves de nos jours !

Tout simplement jouissif !

L’article aurait dû s’arrêter après ce point d’exclamation.

Sauf qu’après quelques recherches sur RétroNews, on apprend dans l’Eclaireur de l’Ain du 14 décembre 1902…

Après coup, les déclinaisons du bisaïeul sont beaucoup moins marrantes !

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Classé dans humour, Vieux papiers

Ah si au début de XXème siècle, on avait fait d’autres choix dans le domaine des transports !!!

« Qu’est devenu le temps, temps bien proche pourtant, où l’on n’osait sortir de Paris en électrique de peur de n’avoir point assez d’énergie pour revenir ?… Maintenant le record pour une voiture électrique munie d’une batterie Fulmen est de 307 kilomètres, la distance de Paris à Chatellerault sans recharger ! »

Voici un article datant de 2010 n’est-ce pas ? Et bien non, pas du tout ! Voici la voiture dont il s’agit:

Une électrolette Krieger qu’on qualifierait de tacot à la première vision…et le journal en question n’était pas l’Automobile mais la revue de sports de l’époque…

…La vie au grand air », n°163, magazine sportif du 27 octobre 1901 (120 ans !) qui allait disparaître à la déclaration de la Grande Guerre.

Un petit mot avant d’aller plus loin : électrolettes pour désigner une voiture électrique… un côté désuet sympathique ! Quel fabriquant oserait ?

Donc, on apprend dans cet article de deux pages qu’en 1901, les voitures munies de batteries pouvait rouler sur plus de 300 bornes sans problème. A cette époque, les 9/10ème de la France ne connaissait l’électricité qu’à travers les merveilles des illuminations à Paris vues dans le Magasin Pittoresque ou l’Illustration et beaucoup attendront encore plusieurs dizaines d’années avant de connaître les bienfaits de la fée électricité dans leur chez-eux au quotidien !

C’est d’ailleurs pour cela que Georges Prade l’auteur du texte prend le soin d’expliquer sur presque 1/3 du texte, ce que sont des volts, des watts et très pédagogiquement, compare les batteries qui se vident de leur courant à des bonbonnes dont on fait couler de l’eau pour entraîner un moulin… Quand elle est vide, tout s’arrête et…

…on rentre comme cela, le chauffeur du riche possesseur de l’électrolette se muant en porteur de brouette !

Bien sûr, en lisant bien, on voit que les 307 km de Paris-Chatellerault ont été parcouru en… 15 heures et 15 minutes ! Soit si on fait un rapide calcul, à la vitesse de 20 km à l’heure ! De quoi admirer la paysage et voir des cyclistes quelque peu sportifs vous dépasser allègrement !

On s’aperçoit aussi, à la vue des illustrations que, comme dans tous les domaines, la course à l’exploit règne dans le petit monde des électrolettes.

Jeantaud, le premier à parcourir 100 km sans recharge puis Jenatzy qui lui fera 6 km de plus !

Puis le Comte de Chasseloup-Laubat fait un Paris-Rouen soit 140 km sans recharge et enfin…

…la bien nommée « Alesia » de Garcin, tenant du précédent record entre Paris et Alise-Sainte-Reine où César vainquit Vercingétorix, soit 262 km avant…

… les 307 km entre Paris et Chatellerault de Krieger avec ses 15h15 de balade sur des chemins caillouteux, quelquefois pavés.

Il faut dire que l’auteur nous précise que les électrolettes possédaient des accumulateurs gigantesques. Pour la première course Paris-Bordeaux de 1895, Jeantaud avait monté une batterie pesant 900 kilogrammes qu’il fallut recharger quatorze fois car la voiture roulait plus vite, à 40km/h. Ce fut ce même Jeantaud qui, en 1899, atteignit la vitesse de 100km/h avec une électrolette ou un fiacre électrique comme on disait aussi ! Fiacre électrique, ça passerait moins bien de nos jours !

En fait, ce sont les fabricants d’accumulateurs qui se livraient cette bataille à l’exploit pour prouver la puissance et la fiabilité de leur matériel.

Oui mais alors, comment percevoir quelques taxes sur ces voitures électriques alors que pour les véhicules à moteurs thermiques, on pouvait allègrement taxer les carburants ?

La solution ? Simple ! Non seulement l’Etat ne s’intéressa pas à la voiture électrique mais on découragea les innovateurs et les innovations ! Au grand dam de la planète et de la santé ! Cent vingt ans plus tard, la note écologique est salée !

Cela n’empêche pas que maintenant, devant l’augmentation du parc automobile électrique, les techniciens de Bercy commencent à chercher comment faire pour taxer l’électricité destinée à recharger les batteries des… électrolettes modernes !

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Classé dans Revues

La grande crue de 1856 racontée dans le Courrier de la Drôme et de l’Ardèche.

C’est un quotidien dont j’avais pu obtenir des photocopies aux Archives Départementales de Valence en ne touchant seulement que… des microfilms. Voilà une frustration assouvie en trouvant ce journal régional, 165 ans après sa parution, le 3 juin 1856…

Tout au long du sillon rhodanien, on rencontre des repères de crue portant cette indication…

On lit RHÔNE et on devine 31 MAI 1856. Il s’agit là du repère posé sur la culée du pont de Rochemaure, rive gauche. Il en existe quatre autres plaques datées du même jour, seulement sur Ancône; plus de 200 sur tout le sillon rhodanien.

Le samedi 31 MAI 1856, c’est donc le jour du paroxysme de cette crue. Le Courrier ne paraissant pas le dimanche, ce sont les nouvelles les plus fraîches de cet événement que les lecteurs liront. Le journal consacrera deux pages sur les quatre qui le composent.

Autant dire que c’est une véritable catastrophe qui s’est abattue sur tout le Sud-Est, de Lyon à la mer mais aussi le long de la vallée de l’Isère et même si le journal n’en fait pas état, pour tous les riverains des moindres ruisseaux descendant des Alpes et des Cévennes.

A Lyon, par exemple, on fait du bateau sur la place Bellecour et les rues avoisinantes et on est très inquiet pour quelques onze cents soldats travaillant sur le chantier d’un nouveau fort sur la rive gauche dont on est sans nouvelles. Des rumeurs avancent la disparition par noyade d’environ trois cents militaires.

Dans le sillon rhodanien, les ponts tombent comme des mouches. Ainsi celui de Rochemaure qui a été inauguré en 1843 a été balayé comme une cabane en bois.

Plus au sud, le pont de Robinet entre Donzère et la plaine de Viviers a connu le même sort.

Bien entendu, tous les villages riverains ont connu l’inondation puisque les digues ont rompu de partout mais la presse ne le sait pas encore. On parle de la destruction de centaines de maisons à Lyon mais ce sera pareil partout ailleurs.

A Valence, les quartiers de la Basse-Ville, les plus proches du Rhône sont sous les eaux. Idem en Avignon.

Les batardeaux des portes des remparts ont été insuffisants et toute la vieille ville est sous plus d’un mètre cinquante d’eau.

La catastrophe est telle que l’Empereur, Napoléon III viendra visiter les lieux sinistrés. On l’annonce à Valence pour l’après-midi du mardi 3 juin.

Il faut reconnaître la réactivité du pouvoir grâce au tout nouveau PLM arrivé à Montélimar seulement deux ou trois ans avant 1856. Le PLM à cette époque, c’était le TGV en l’an 2000 !

Parti de Lyon, l’Empereur s’arrêtera à Valence, Montélimar, Orange, Avignon et Arles. Un dessin de propagande le représentera chevauchant une barque au milieu des flots en furie du Rhône sur fond de pont Saint-Bénézet… En fait, il se contentera à chaque étape de descendre du train pour faire quelques pas… au sec en promettant des aides à la reconstruction. Les crédits arriveront quelques années plus tard dans le cadre d’une reconstruction et d’un aménagement cohérent et global.

Après son périple en vallée du Rhône, l’Emperreur visitera ensuite le val de Loire, également frappée par une crue exceptionnelle. C’était tout un grand Sud-Est de la France qui avait subi un mois de mai 1856 sous des trombes d’eau continuelles.

Sans aucun rapport avec les pages précédentes, en page 4, le Courrier de la Drôme et l’Ardèche nous annonce…

… la toute première ouverture des thermes de Bondonneau, à Allan, suite à la récente reconnaissance par la médecine des bienfaits des eaux des sources locales. Une grande mode pour la bourgeoisie sous le Second Empire d’aller prendre les eaux… chose dont les riverains du Rhône se passeraient bien.

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Classé dans Journaux

Qui aurait le code ?

Une carte postale ancienne datant de presque 120 ans, une correspondance entre une fille et son paternel.

Pour le verso, pas de problème…

Par contre pour le recto…

… faut avoir le code !

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