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02 juin 1939: EULALIO FERRER raconte la vie au CAMP d’ARGELÈS

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Eulalio Ferrer est un républicain espagnol, natif de Santander, réfugié en 1940 au Mexique où il fit carrière et devint un grand publiciste reconnu aux Etats-Unis. Il raconta son passage dans les camps français de la Retirada par l’écriture d’un journal qui fut publié en France sous le titre Derrière les Barbelés chez L’interdisciplinaire, une maison d’édition de Limonest, en 1993. Suite…

02 juin 1939.

Le moral n’est pas très bon ce jour-là: la nourriture est toujours la même ce qui fait exploser Pedrin, le père d’Eulalio a les pieds enflés et cherche des médicaments, les nouvelles d’un départ pour le Mexique se font attendre et la solidarité attendue d’amis socialistes, elle-aussi, ne vient pas.

Heureusement, lors du match au terrain de football, une équipe d’Espagnols bat largement 4-1 une équipe de soldats français à la grande joie du public composé uniquement de prisonniers.

Le vent fait s’introduire le sable de partout et le mieux est de se protéger dans les baraques. Pedrin, en revenant à la baraque, est pris d’une crise de folie. Il hurle qu’il est le meilleur chaudronnier du monde et que bientôt, il gagnera beaucoup d’argent quand son talent sera reconnu.

Les cas semblables de folie sont nombreux, causés autant par le désoeuvrement que par l’enfermement et la promiscuité. Eulalio raconte ses scènes quotidiennes d’un homme au bord de l’eau passant son temps à jeter des pierres dans la mer, celui d’un autre qui tous les jours vient sur la plage avec sa valise dans l’attente d’un bateau qui viendrait le prendre et l’emmener. D’autres s’inventent des trouvailles exceptionnelles qui les rendront libres et indépendants… un autre imite la voix de Dieu à l’infirmerie où il a été accepté…

L’attente et la misère écrasent les prisonniers qui ne s’attendaient pas à ce que leur enfermement dure si longtemps.

A suivre le 8 juin…

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30 mai 1939: EULALIO FERRER raconte la vie au CAMP d’ARGELÈS

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Eulalio Ferrer est un républicain espagnol, natif de Santander, réfugié en 1940 au Mexique où il fit carrière et devint un grand publiciste reconnu aux Etats-Unis. Il raconta son passage dans les camps français de la Retirada par l’écriture d’un journal qui fut publié en France sous le titre Derrière les Barbelés chez L’interdisciplinaire, une maison d’édition de Limonest, en 1993. Suite…

30 mai 1939.

Quand l’autorité française pose la question, pas mal de prisonniers décident de retourner en Espagne et maintenant ces départs ne sont pas ponctués par les insultes de ceux qui restent mais par des émouvants adieux qui étonnent les gendarmes français.

Eulalio fait le bilan de la population des camps d’Argelès qui a tendance à diminuer: fermeture de secteurs du camp, départs pour l’Espagne, pour les commandos de travail en France et dans les colonies. Il estime à 30 000 le nombre de présents dans son camp militaire, plus ceux du camp civil, ceux du camp des punis et des « indésirables » et ceux des hôpitaux. L’Indépendant de Perpignan estime à 350 000 le nombre de réfugiés espagnols restant encore en France.

A intervalles réguliers revient l’espoir d’un départ pour le Mexique. Alors les hauts-parleurs égrainent les noms des heureux élus, les autres restant avec leur tristesse.

Eulalio a reçu un colis d’aide d’une quakeresse britannique. Dans celui-ci, il trouve une serviette de bain, du savon, de l’aspirine, un produit laxatif, une pommade contre la gale, un liquide contre les poux, du bicarbonate et des pastilles de chlorate de sodium. Il le partage avec son père et un ami.

Pas de nourriture dans le colis qui serait pourtant la bienvenue avec cette cuisine collective dont la qualité et la quantité des aliments diminuent considérablement. Par chance, la cuisine parallèle des baraques reste de bonne qualité.

Aujourd’hui, les prisonniers se rendent sur le terrain de football pour assister à un match opposant deux équipes d’unités militaires. Y figurent quelques anciens footballeurs professionnels exilés. Le match joué en sandales est acharné et après le premier et unique but de match les coups pleuvent et une bagarre générale intervient. Néanmoins, les spectateurs sont contents de ce spectacle qui rompt la monotonie de la vie quotidienne.

Des rumeurs circulent comme quoi la France et l’Angleterre seraient sur le point de forcer Franco à décréter une amnistie générale. Les prisonniers s’enthousiasment oubliant que ce n’est qu’une des innombrables rumeurs sans fondement qui circulent sans arrêt dans le camp.

Au retour à la baraque, Eulalio et un ami mettent dehors une prostituée traînant dans celle-ci. Ils sont la visée des sarcasmes des autres. Pour fuir ces bruits, Eulalio se réfugie dans la rêverie et fait le point de son courte vie sentimentale à l’époque de la guerre civile. Il passe rapidement sur les prostituées des Ramblas qu’il n’a pas cotoyées et préfère se souvenir de cette idylle platonique qu’il vécut près d’Almatret avec une jeune fille qui était restée avec sa soeur atteinte de tuberculose à un stade avancé près de la ligne du font et qui s’en occupait  attentionnément.

A suivre le 02 juin…

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23 mai 1939: EULALIO FERRER raconte la vie au CAMP d’ARGELÈS

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Eulalio Ferrer est un républicain espagnol, natif de Santander, réfugié en 1940 au Mexique où il fit carrière et devint un grand publiciste reconnu aux Etats-Unis. Il raconta son passage dans les camps français de la Retirada par l’écriture d’un journal qui fut publié en France sous le titre Derrière les Barbelés chez L’interdisciplinaire, une maison d’édition de Limonest, en 1993. Suite…

23 mai 1939.

Eulalio Ferrer étouffe dans sa baraque et préfère se lever tôt pour se promener au bord de la mer. Il y rencontre son professeur Don Paulino, presque au chômage tant ses élèves sont peu assidus. En déambulant, ils écoutent le vieil homme parler. Il raconte tout, avec sureté, comme s’il était en train de lire.  Ce jour-là, il disserte sur la guillotine, symbole d’égalité quand elle fut adoptée à la Révolution. Avant, la peine de mort était au bon vouloir de chacun, suivant des méthodes plus cruelles les unes que les autres. L’invention du Docteur Guillotin rendit une forme d’égalité aux supplices des condamnés. Pour Eulalio, c’est un moment de pur bonheur que d’écouter son professeur. Tout comme quand, dans une baraque, un homme long et maigre se met debout sur un tabouret et mime la direction d’un orchestre pour un « public » attentif. Ce jour-là, c’était « Persival » de Wagner. Après la représentation, des applaudissements crépitent comme pour un vrai concert.

A suivre le 30 mai…

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18 mai 1939: EULALIO FERRER raconte la vie au CAMP d’ARGELÈS

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Eulalio Ferrer est un républicain espagnol, natif de Santander, réfugié en 1940 au Mexique où il fit carrière et devint un grand publiciste reconnu aux Etats-Unis. Il raconta son passage dans les camps français de la Retirada par l’écriture d’un journal qui fut publié en France sous le titre Derrière les Barbelés chez L’interdisciplinaire, une maison d’édition de Limonest, en 1993. Suite…

18 mai 1939.

Eulalio Ferrer écrit peu ce 18 mai mais un petit propos qui nous décrit un aspect peu agréable de la vie dans le camp: l’odeur pestilentielle que dégage les toilettes et qui envahit tout. Il titre d’ailleurs son propos: Merde… merde… merde…

L’odeur de la merde est partout surtout avec cette petite brise marine qui fait croire que même la mer sent ainsi.

C’est la conséquence du fait que les latrines n’ont pas été vidées de quelques jours. Tout sent la merde et un petit comique assure qu’ils sont au paradis de la merde !

Un colosse, Juanon, s’amuse à planter le nez d’un pauvre gars aux manières raffinées au-dessus des fosses… et il renouvellera l’expérience sur d’autres.

Si bien que quand les couleurs tricolores sont hissées sur le camp, les Espagnols les accueillent au cri de: Merde… merde… merde…!

A suivre le 23 mai…

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15 mai 1939: EULALIO FERRER raconte la vie au CAMP d’ARGELÈS

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Eulalio Ferrer est un républicain espagnol, natif de Santander, réfugié en 1940 au Mexique où il fit carrière et devint un grand publiciste reconnu aux Etats-Unis. Il raconta son passage dans les camps français de la Retirada par l’écriture d’un journal qui fut publié en France sous le titre Derrière les Barbelés chez L’interdisciplinaire, une maison d’édition de Limonest, en 1993. Suite…

15 mai 1939.

Après presque 2 semaines de silence, Eulalio Ferrer reprend son journal le 15 mai. Le temps est maintenant agréable sur les plages roussillonnaises et beaucoup de prisonniers se baignent dans la mer. Certains essaient de construire des petits vaisseaux avec des planches trouvées ici et là. Mais les gendarmes français veillent pour empêcher les évasions… ou tout simplement éviter les noyades corrige l’auteur.
Il nous apprend que son père se trouve en position de n°5 pour partir au Mexique et lui en position de 47. C’est ce que leur a communiqué un de leurs contacts extérieur au camp. D’ailleurs un ami lui a dit qu’il était surnommé Zozaya par les autres tant il envoyait des courriers, du moins tant que les prisonniers bénéficiaient de la franchise postale, qui vient d’être supprimée par la poste.

L’auteur continue de suivre des cours de philosophie même si l’effectif de ce groupe a fondu quelque peu puisqu’il ne reste plus que 3 étudiants. Au programme du jour: Nietzsche.

Le « Quartier Chinois » vient d’être fermé par les autorités françaises et les baraques entourées d’une clôture. La marchandise a été saisie. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase fut un nouveau meurtre pour une histoire de jupons. Plusieurs malfaiteurs régnant sur ce quartier ont été renvoyés en Espagne. S’il s’agit de la vraie pègre, pas sûr qu’elle se retrouve en prison.

De nouveaux baraquements plus confortables viennent de remplacer les anciennes baraques.

La journée se termine par une soirée poésie pendant laquelle le groupe d’amis déclament les textes qu’ils connaissent.

A suivre le 18 mai…

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Il y a 100 ans jour pour jour: LA GUERRE PHOTOGRAPHIÉE du 13 mai 1915

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(JOUR 283 DE LA GUERRE/1561 JOURS DU CONFLIT)

Ce numéro est assez intéressant mais la couverture semble se moquer du monde: « Remise de Décorations sur le Front »… alors qu’on a vraiment l’impression que cette cérémonie se passe place Bellecour à Lyon, bien loin du front de 14-18 !

On a déjà parlé du drame du « Léon-Gambetta » torpillé le 25 avril 1915 en entrée d’Adriatique qui coûté la vie à 684 hommes.

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On en reparlera sur une autre revue de la semaine (Sur le Vif du 15 mai) avec des vues d’actualité.

La vie dans les tranchées et ce cagna bien confortable quand la mitraille n’est pas là:

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ou ce pistolet de tranchée pour prendre l’assaillant en enfilade

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ou cet autre aménagement avec rondins de bois pour lutter contre la boue:

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Pour les civils proches du front, la vie se passe souvent dans les cave et un chauffage de fortune a été installé…

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et on voit le tuyau du poêle sortir du sol. Gare au CO2 toutefois ! On a vu un aménagement semblable dans un numéro précédent… mais la guerre dans le nord de la France se déroule dans un pays très peuplé.

La photo philatélie avec ces enveloppes exceptionnelles…

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montrant les déplacements des troupes après lequel court le service postal des Armées.

Sur le canal de l’Yser, les fusiliers marins ont construit une radeau…

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pour que traverse une automobile blindée:

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Le sort cruel réservé aux animaux pendant cette guerre.  Les chevaux

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ont payé un lourd tribut pendant ce conflit, comme pendant le suivant…

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Jean-Marie Caujolle invalide des membres inférieurs.

et les vaches sont abattus au grand air pour aller rejoindre le rata des combattants:

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Une mine sous-marine, redoutable pour la marine militaire et marchande, a été neutralisée par les démineurs:

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Les Suisses gardent toujours leurs frontières avec les belligérants

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mais la tension semble être retombée.

Enfin, un intéressant document que cette carte nous présentant les camps de prisonniers de guerre dont le territoire allemand s’est couvert…

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certainement pour rationnaliser le ravitaillement de ceux-ci…

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avec la liste nominative des 125 lieux de détention. C’est Sur le Vif qui s’est fait la spécialité de retrouver les PG disparus pour les familles.

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2 mai 1939: EULALIO FERRER raconte la vie au CAMP d’ARGELÈS

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Eulalio Ferrer est un républicain espagnol, natif de Santander, réfugié en 1940 au Mexique où il fit carrière et devint un grand publiciste reconnu aux Etats-Unis. Il raconta son passage dans les camps français de la Retirada par l’écriture d’un journal qui fut publié en France sous le titre Derrière les Barbelés chez L’interdisciplinaire, une maison d’édition de Limonest, en 1993. Suite…

2 mai 1939.

Lendemain de fête et toujours la pluie qui continue de tomber, drue. En fin d’après-midi une éclaircie fera apparaître les sommets enneigés des Pyrénées frontalières. Sale temps pour un 2 mai !

Au déjeuner, partagé avec son père, Eulalio revient sur ses projets (SERE pour le père, départ espéré pour le Mexique). Le père semble un peu moins affecté et paraît accepter les décisions de son fils.

Dans son écrit, l’auteur revient sur son inscription à la Compagnie de Travail. Il se rend au bureau littéralement pris d’assaut par les volontaires voulant sortir du camp. Cela arrange les militaires français qui ont besoin de ces travailleurs bon marché, avec les bruits de bottes qui s’intensifient en ce printemps 1939. La pression augmente aussi pour pousser les hommes à s’engager dans la Légion. Outre sortir du camp, travailler dans une Compagnie de Travail permet d’améliorer l’ordinaire, l’hébergement et de gagner 1 franc par jour. Pas négligeable !

Avec cette visite au bureau français, Eulalio s’aperçoit du « luxe » de l’Etat-Major espagnol avec des conditions de vie scandaleusement privilégiées par rapport au reste de la population du camp. Ecoeurant !

De retour dans son quartier, l’auteur rencontre un homme qui a fui il y a quelque temps pour repartir en Espagne retrouver sa famille. Mais l' »accueil » de la Gendarmerie espagnole, les coups reçus dans leurs locaux pour sa catalanité et ses anciennes préférences anarchistes l’ont refroidi. Les prisons pleines de prisonniers républicains à Barcelone, la brutalité de la répression franquiste qu’il a vu, tout cela l’a poussé à repasser la frontière française et revenir au camp d’Argelès. L’attitude des vainqueurs écoeure ceux qui écoutent son récit qui ne comprennent que ces derniers ne tendent pas la main aux vaincus. Et l’on sait maintenant que cela dura jusqu’en 1975 !

En début d’après-midi, les haut-marleurs du camp égrainent les noms des 20 premiers chanceux qui partent immédiatement pour le Mexique. Surprise, gêne puis solennité du moment guident leurs pas vers leurs avenirs.

De son côté, Eulalio se replonge dans la lecture de Don Quichotte. Un homme lui a échangé ce livre contre un paquet de cigarettes qu’il avait sur lui et qui ne lui servait à rien, lui, le non-fumeur, du côté de Port-Vendres, en février. Heureux par ce troc,  il essaie de trouver des similitudes entre ces gentils fous qui l’entourent et les attitudes du héros de Cervantès.

A suivre le 15 mai…

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1er mai 1939: EULALIO FERRER raconte la vie au CAMP d’ARGELÈS

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Eulalio Ferrer est un républicain espagnol, natif de Santander, réfugié en 1940 au Mexique où il fit carrière et devint un grand publiciste reconnu aux Etats-Unis. Il raconta son passage dans les camps français de la Retirada par l’écriture d’un journal qui fut publié en France sous le titre Derrière les Barbelés chez L’interdisciplinaire, une maison d’édition de Limonest, en 1993. Suite…

1er mai 1939.

C’est un jour important que ce Premier Mai pour tous ces militants de gauche du camp. Mais la pluie tombe drue qui va faire annuler les festivités prévues, tout étant inondé. Comme le faisait son père à Santander qui inaugurait tous les ans un nouveau costume pour aller à la manifestation, Eulalio a mis une chemise de flanelle grise emmenée de Barcelone. Mais son père est malade et il part lui chercher du lait concentré pour le revigorer.

Au « Quartier Chinois », quasiment toutes les boutiques sont fermées et il a bien du mal à trouver ce qu’il est venu chercher et qu’il va acheter à un prix prohibitif. Ensuite, Eulalio s’amuse à lire les panonceaux des boutiques expliquant la raison de la fermeture du 1er Mai, toutes plus inventives les unes que les autres.

Les discussions des hommes vont aussi bon train et les Français en prennent pour leur grade pour leur abandon de la République et le sort réservé aux réfugiés. Beaucoup parle de la future victoire des Nazis. Prémonitoire!

De retour à la baraque, il trouve son père affaibli par ces angines successives et moralement atteint. Et quand il lui dit que bientôt, ils migreront pour le Mexique, le père ne se résout pas à s’éloigner de son Espagne. Pour l’heure, il espère que ce dernier pourra sortir du camp et rejoindre le SERE, une structure pour les malades.

A travers la méditation d’Eulalio, on apprend qu’il vient de s’inscrire pour  une Compagnie de Travail malgré son peu d’accointance pour la pelle et pour la pioche…

A suivre le 2 mai…

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Des précisions et des coupures de presse sur LOUIS DELPECH et CAMILLE REVELIN.

Les Allobroges, quotidien communiste, commença de paraître à la Libération de la Drôme, en septembre 1944 jusqu’à ce qu’il soit absorbé par Le Dauphiné Libéré, un an plus tard. Le nom de Delpech et Revelin vont apparaître à plusieurs reprises dans les numéros de l’année 1945.

Joséphine Revelin, l’épouse de Camille Revelin, était très influente dans l’association U.F.F., l’Union des Femmes de France, organisation d’obédience communiste de la famille. On le lit dans ce renouvellement de bureau du 4 avril 1945:

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On y apprend qu’autour de Noël 1944, avait eu lieue une manifestation enfantine dont Les Allobroges font un compte-rendu dans le numéro du 3 janvier.

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On peut y lire que Louis Delpech comme Camille Revelin avaient une fille chacun qui récita un texte. Celle de Revelin se prénomme Odette et a été adoptée. Le journal publia ensuite des erratas pour citer d’autres personnes présentes à cette réunion enfantine.

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Joséphine Revelin était à l’époque présidente de l’U.F.F. d’Ancone et forte personnalité, tançait poliment les personnalités locales qui n’avaient pas daigné se déplacer à cette après-midi festive.

Alors que les Prisonniers de Guerre et Déportés du Travail commencent à rentrer au pays, on en parlera en fin d’article, la triste nouvelle tombe pour Louis Delpech le 30 juin, dans ce petit communiqué:

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Louis Delpech ne reviendra pas de Dachau. Roselyne Devin, une mémoire du village, se souvient qu’après ce drame, sa famille qui logeait à l’entrée du village près du pont du Meyrol quand il sort du tunnel du camp d’aviation, quitta Ancone pour la Côte d’Azur.

Quant à Camille Revelin, Les Allobroges ne parleront pas de son décès. Un Camille Revelin qui survit un peu par le prénom de son petit-neveu, taxi roulant bien connu au village. Ce dernier d’ailleurs ne connut jamais les faits qui entraînèrent l’arrestation et la déportation de son grand-oncle, la famille n’évoquant jamais ce sujet. Mme Revelin, de son métier matelassière, forte personnalité on l’a vu ci-dessus et que confirme cet autre article pour sa lutte contre le marché noir…

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avait souvent eu tendance à trop s’étendre sur des choses qui auraient dû rester confidentielles, surtout dans la période trouble de l’Occupation. Une fois son mari déporté, elle avait eu le courage d’essayer de le faire libérer en allant jusqu’en Allemagne. Sans succès. Camille Revelin est mort du typhus dans d’affreuse souffrance au camp de Neuengamme, situé a nord de l’Allemagne, proche de Hambourg. Voici quelques vues de ce sinistre lieu, implanté dans une région marécageuse, construit par les prisonniers eux-mêmes, vues extraites du livre de Pierre Brunet « Les Martyrs de Neuengamme- le camp méconnu… » paru en 1975.

VUE GÉNÉRALE DE NEUENGAMME

VUE GÉNÉRALE DE NEUENGAMME

PLAN GÉNÉRAL

PLAN GÉNÉRAL

UNE DES PORTES INTÉRIEURES SÉPARANT DIVERS SERVICES

UNE DES PORTES INTÉRIEURES SÉPARANT DIVERS SERVICES

CAMP DE NEUENGAMME

CAMP DE NEUENGAMME

Ce sont les derniers prisonniers de ce camp qui disparurent dans le tragique épisode du Cap Arcona, ce paquebot affrété par les SS pour aller les couler en mer du Nord mais que l’aviation britannique anticipa involontairement la catastrophe, croyant avoir affaire à des nazis essayant de s’échapper.

Le typhus est la maladie de la promiscuité et du manque d’hygiène dans des groupes humains importants: réfugies, prisonniers, déportés, victimes de catastrophes naturelles ou humaines. Déclenché par les rats et souris, il est transmis à l’homme et d’homme à homme par les puces et les poux. Il se caractérise par de fortes fièvres et des irruptions cutanées. Sans antibiotique, la mort est quasi certaine.

Pour terminer, quelques extraits de presse des Allobroges nous présentant ceux qui sont revenus, des prisonniers de guerre et déportés du travail de retour au village en ce premier semestre 1945:

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dans le numéro du 19 avril: Albert Mercier

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dans celui du 15 mai: ceux de Henri Fabregoule, Robert Mandraud, Marcel Lauzun, Marcel Astier et Julien Hilaire

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dans celui du 2 juin, le retour de Charles Froment.

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27 avril 1939: EULALIO FERRER raconte la vie au CAMP d’ARGELÈS

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Eulalio Ferrer est un républicain espagnol, natif de Santander, réfugié en 1940 au Mexique où il fit carrière et devint un grand publiciste reconnu aux Etats-Unis. Il raconta son passage dans les camps français de la Retirada par l’écriture d’un journal qui fut publié en France sous le titre Derrière les Barbelés chez L’interdisciplinaire, une maison d’édition de Limonest, en 1993. Suite…

27 avril 1939.

Les nuits où il a du mal à trouver le sommeil, Eulalio entend les cris des hommes qui font des cauchemars en dormant. Des cris d’hommes qui se remémorent les dures scènes de la guerre qu’ils ont vécues. Ceux de Paco « le Catalan » qui parle de ceux qu’il a exécuté.

En pensant aux Paco qu’il connaît, il va voir Paco « Penacastillo » qui est coiffeur et qui peut officier de camp en camp. Il lui prédit une calvitie précoce, ce qu’il a pu constater aux touffes de cheveux qu’il perd tous les matins en se coiffant. Pour lui, c’est le contre-coup de toutes les émotions qu’il a connues. A la vue de photos du livre datant du mois d’août, le mal ne s’est pas aggravé mais sur celle ci-dessus, la calvitie est bien venue avec l’âge.

Ce Paco qui connaît donc tous les camps dit que le « Quartier Chinois » d’Argelès est le plus fourni mais le plus dangereux. Il raconte l’assassinat au couteau d’un homme par un Gitan, lequel Gitan avait déjà tué un Sénégalais. Il pense aussi que Franco sera renversé par les militaires qui décrèteront l’amnistie…

Eulalio nous apprend qu’il possède une collection de timbres qu’il a pu amener avec lui. Il recevait beaucoup de lettres de ses connaissances espérantistes. Dans le camp d’Argelès, le commerce  des timbres est contrôlé par les Catalans, les timbres servant de monnaie d’échange.

Il va voir un ami vivant avec sa femme et son fils dans le camp des familles. Il est impressionné par les provisions importantes possédées par cet Abelardo. Abelardo qui au début de la guerre partit sur le paquebot Christophe Colomb au Mexique à le recherche d’armes pour la République. Il en revint par miracle.

Un chapitre sur la cigarette. Eulalio a convaincu un ami atteint de diarrhées chroniques d’arrêter de fumer… Pour sa part, il a été dégouté par la cigarette à l’âge de 9 ans, quand, surpris par son maître en train de fumer à l’école, celui-ci le força de continuer de le faire, en classe devant tout le monde. Honteux et ayant la sensation d’être intoxiqué, il ne toucha plus au tabac.

Dans l’après-midi du 27, les hauts-parleurs du camp ont diffusé un concert donné par des chanteurs de sa Montagne de Cantabrie. Grand moment d’émotion en écoutant ces voix en se souvenant des paysages de là-bas.

Il dit avoir appris à jouer aux dominos grâce à un ami et commence à bien se débrouiller.

A suivre le 1er mai…

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