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Il y a 100 ans jour pour jour: LA GUERRE PHOTOGRAPHIÉE du 20 mai 1915

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(JOUR 290 DE LA GUERRE/1561 JOURS DU CONFLIT)

Une manifestation à Paris en l’honneur des blessés et invalides de guerre à l’occasion de la fête du Muguet, le 1er mai. Symbolique !

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Des soldats allemands arrivent au Puy-en-Velay encadrés de Territoriaux.

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Ils viennent travailler dans le cours du Dolaizon (ou Dolaison) pour retirer les cailloux ramenés par les crues. La guerre est finie pour eux et on nous dit que la population les a bien accueillis.

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La vie dans les tranchées ou à l’arrière quand tout est calme:

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La lessive

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La manille

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Le jus

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Le rata.

Un tirailleur sénégalais préparant son repas ce qui vaut cette légende…

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plutôt raciste, dans le droit fil de Banania…

Y a bon, viande blanche pour bon noir, Bono… !

Encore des prisonniers allemands qui défilent, ici, dans la ville en ruines de Clermont-sur-Argonne:

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Comme pour les Italiens dont on attend l’entrée en guerre imminente (l’Italie s’est désengagée de la Triple Alliance au début du mois de mai), les Alliés font aussi les yeux doux à la Grèce pour reprendre la guerre contre la Turquie et soulager le front russe. Pour l’heure, des volontaires hellènes  du corps expéditionnaire grec pose sur cette photo:

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La machine de guerre tourne à plein…

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et les rouleaux de barbelés arrivent par wagons !

Un poste dans les Dunes de la mer du Nord en Belgique…

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et un avion anglais Liverpool…

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 dont l’escadrille a pris ses quartiers dans le Nord de la France pour être plus près de la zone des combats.

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Il y a 100 ans jour pour jour: LE MIROIR du dimanche 16 mai 1915

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(JOUR 286 DE LA GUERRE/1561 JOURS DU CONFLIT)

La une de la revue est faite avec la garde d’honneur autour de la dépouille du pacha du « Léon-Gambetta » coulé en entrée d’Adriatique le 28 avril. Les corps ont été récupérés en Italie et vont être enterrés dans cette terre. Une page est consacrée aux conséquences de drame.

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On voit le cortège funèbre accompagnant quelques cercueils vers le cimetière ainsi que les survivants vêtus d’uniformes italiens. Nous sommes dans la commune des Pouilles Castrignano del Capo, tout en bas du talon de la botte.

Une Italie que l’on présente de plus en plus comme notre nouvelle alliée, d’où cette double page centrale des tenues des militaires transalpins:

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et les Bersagliere et leur chapeau à plume de coq de bruyère.

 Une double vue d’une tranchée de première ligne française avec, tout proche, la première ligne allemande et des soldats présents dans celle-ci

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Un homme en sort pour venir parlementer et discuter des modalités pour se rendre

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Vrai ou faux. De la qualité des vues, on a plutôt envie d’y croire pour une fois, même si l’histoire de la réédition ne tient pas debout.

Une page pour des combats de la côte 60 dans la région d’Ypres.

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Des lieux dévastés.

Le Miroir nous présente un héros Mathieu Jouy de Castelsarrazin qui au fortin de Beauséjour abattit tout seul 6 ennemis dans un étroit boyau.

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De l’héroïsme certes comme l’héroïsme au quotidien de tous les autres.

Un dessin pour nous expliquer la bataille aux Dardanelles…

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avec le même leitmotiv de l’avancée des Alliés… alors qu’ils sont en échec face aux Turcs.

Des tranchées autrichiennes dans les Carpathes face aux Russes…

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tranchées qui ressemblent comme deux gouttes d’eau aux tranchées d’ailleurs ! Pendant cette guerre des millions d’hommes devinrent des taupes !

Une page très instructive que celle présentant les Comitadjis se battant dans les Balkans plutôt du côté des Allemands à ce moment de l’histoire puisque l’ennemi est alors la Serbie. Une photo de massacre comme on le verra souvent dans cette région du monde au XXème siècle:

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Ce sont des militaires serbes qui attendent leur inhumation après avoir subi des mutilations ou crémations des fameux comitajis bulgares. Au XIXème siècle, ces partisans s’attaquèrent aux occupants d’alors de leur territoire: les Turcs. Après leur départ, ce furent les nouveaux occupants, les Serbes, qui furent leur cible… Cela continua après la Grande Guerre puisqu’Albert Londres les rencontra (difficilement) dans les années 20 puis les années 30. On comprend la difficulté dans les Balkans de régler les problèmes avec des haines qui viennent de si loin !

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Une carte officielle trouvés sur un Comitadjis tué prouvant sa dépendance de l’armée bulgare.

Pour terminer, une vue d’un mortier français, un crapouillot comme on le dit  dans les tranchées:

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Mais plus performant, cet instantané d’un boulet pris au moment où il sort du canon !

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Il y a 100 ans jour pour jour: SUR LE VIF du 15 mai 1915

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(JOUR 285 DE LA GUERRE/1561 JOURS DU CONFLIT)

Des hommes de retour du front reviennent avec des trophées de guerre: un casque pour l’un, un tambour pour l’autre !

La lutte contre les avions s’intensifie et se rationalise avec ces DCA montée sur camions…

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C’est tout de même autre chose que ce qu’on a vu jusque là. Des orgues de Staline avant l’heure !

Des cimetières qui deviendront ce qu’ils sont aujourd’hui…

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mais aussi des petits lieux de recueillement devant la maison d’un Poilu (certainement connu) tombé au front, ici à Joinville.

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Toujours ces observateurs folkloriques

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ou ces scènes ridicules d’attaque minées pour l’objectif du « reporter ».

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Du grand théâtre… tout comme cette scène de paysans découvrant leur maison détruite…

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Il me semble que cette photo a déjà été publiée dans une autre revue dernièrement.

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La halte d’une reconnaissance pour la popotte… alors qu’un feu a été allumé ! Et le guetteur en haut en cible idéale !

Berry-au-Bar et les combats dans le village…

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du déjà vu pour l’image des hommes derrière la grande porte. Berry-au-Bac où disparut corps et âme l’Anconnais Paul Joseph Brun le 31 mai 1917 à la côte 108. Les combats s’éternisèrent dans ce village !

Pour terminer, le document le plus intéressant: le bilan du combat aérien entre un Morane français et un tauba allemand, le 2 avril 1915. Le Morane a atterri après son brillant combat…

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mais se retrouve dans une position pour le moins inconfortable…

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plus enviable que celle du Taube.

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ANCONE: La DISPARITION de BERNARD GOUJON dans la PRESSE en 1961

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La presse fit état de la disparition de l’Aspirant Bernard Goujon d’Ancone en août 1961 puis de son inhumation à Ancone en septembre 1961.

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Le Dauphiné Libéré du 15 août 1961 évoque le décès de Bernard Goujon et présente ses condoléances à sa famille dans un petit article en page départementale.

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C’est au moment des obsèques que le Dauphiné Libéré couvrit largement l’événement qui avait bouleversé toute une région.

Dans le journal du 11 septembre tout d’abord, l’avis des obsèques de la famille et celui du conseil municipal qu’Albert Goujon, père de Bernard présidait.

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Le 12 septembre, c’est un article en page locale qui rappelle la cérémonie.

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Le 13 septembre, un article beaucoup plus conséquent relate les obsèques suivies par tout le village et de nombreuses personnalités civiles et militaires.

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Un article qui permet de comprendre toute la solennité de cette cérémonie et la peine que le village avait éprouvé devant ce drame.

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Autre quotidien départemental,

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dont la zone de diffusion est plutôt sur Valence ne parle pas du décès de Bernard Goujon au mois d’août. Par contre, au moment des obsèques, le journal publiera un grand article en page régionale, rappelant également les faits.

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Un hebdomadaire local maintenant (Drôme-Ardèche sud):

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En pleines vacances d’été, l’hebdomadaire ne paraît que 2 fois par mois. L’article est important et ressemble à celui du Dauphiné, certainement écrit par la même plume, cela sera encore plus net plus loin.

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Après les obsèques du 12 septembre….

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l’article est conséquent, proche de celui du Dauphiné, malgré une mise en page moins visible.

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Malheureusement, toujours pas de photo de cette cérémonie.

Le texte du long article pour vous permettre de le lire:

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Autre hebdomadaire local, aujourd’hui disparu,

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du 19 août annonce le décès en Algérie:

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Après les obsèques, le numéro du 16 septembre publie un article tout en longueur comme pour la Tribune, sans réel titre en page 2:

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En détail pour vous permettre la lecture:

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Un texte proche de ce que l’on a déjà lu.

Enfin, un hebdomadaire départemental, proche de l’église catholique, qui malgré que la famille Goujon était très croyante, n’en fit pas trop:

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Un petit article apprend aux lecteurs le décès de Bernard Goujon

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Le

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c’est dans un éphéméride départemental

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que sont sobrement évoquées les obsèques.

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Enfin, plus tard dans le temps, le bulletin des Anciens Elèves Maristes d’Aubenas…

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consacra une page à la mémoire de Bernard Goujon.

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Avec une nécrologie rappelant le parcours de cet jeune « ancien » élève

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la citation militaire

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et le discours (déjà lu dans le précédent article du blog)  prononcé par le capitaine de l’unité, en Algérie, lors des premières obsèques.

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Les photos et documents des 2 articles ainsi que ce dernier bulletin sont la propriété de Françoise Keledjian qui doit être remerciée pour sa collaboration. Les coupures de presse ont été trouvées aux Archives de l’Agglo. à Montélimar (Le Dauphiné) et aux Archives départementales (La Tribune, Le Montélimar et Peuple Libre).

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MONUMENT AUX MORTS d’ANCONE (Drôme): BERNARD GOUJON mort pour la France en ALGÉRIE en 1961.

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Second volet du petit hommage aux Morts pour la France dont les noms sont inscrits sur le Monument aux Morts d’Ancone avec, en ce 19 mars, jour anniversaire de la fin des hostilités en Algérie, une évocation de la vie de Bernard Goujon, MPLF  le 13 août 1961 en opération.

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L’inscription sur le monument d’Ancone…

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et celle sur le caveau familial.

C’est la petite soeur de Bernard Goujon, Françoise Keledjian, qui nous a permis d’écrire ces quelques lignes.

Bernard était le fils aîné d’Albert Goujon, maire de la commune de 1953 à 1975, en fonction quand survint le drame. Aîné d’une fratrie de 3 enfants, il était venu au monde le 9 novembre 1940 à Beyrouth au Liban. Pourquoi si loin d’Ancone, la commune de sa mère Violette Chapuis ?

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La fratrie vers la fin des années 50, Bernard à droite, en septembre 1960 à Istres.

Son père était entré au service météorologique des Armées en 1932, recalé  pour un problème de vue par l’Education Nationale qu’il rêvait d’intégrer comme instituteur.  Il avait postulé à cette date pour la Syrie (Alep) puis le Liban où son épouse était venue le rejoindre après leur mariage en 1936. C’est donc au Moyen-Orient que Bernard était né, région que la famille avait dû quitter en 1941 sur l’injonction des Britanniques. La mère et les enfants (Bernard et Jean-Pierre, le cadet) étaient alors revenus à Ancone,  le père ayant été muté à Paris, ce qui lui sauva  la vie puisqu’une rafle allemande à la station météo d’Ancone envoya en déportation les 5 fonctionnaires en 1944 dont aucun ne survécut, on le lira dans un autre article, le 25 avril.

Il avait fait ensuite sa scolarité dans l’enseignement libre, à l’école privée Saint-Maurice d’Allex en primaire puis chez les Maristes à Bourg-de-Péage puis à Aubenas. Il avait quitté l’école en juin 1960 au moment du baccalauréat pour s’engager dans l’Armée.

En 1960, entrer dans l’Armée, c’était l’Algérie et les opérations de maintien de l’ordre, comme on le disait pudiquement, pour désigner une guerre civile et une guerre d’Indépendance. Après ses classes, il entra donc à l’école militaire de Cherchell d’où il sortit aspirant.

photo bernard goujon plage

Bernard et ses copains de promotion à Cherchell. C’est le 3ème à partir de la gauche.

Il faisait partie du Peloton 102- Promotion « Capitaine Claude Barrès » en formation à Cherchell de novembre 1960 à avril 1961. Cette promotion de 863 élèves avec 487 aspirants (dont Bernard), portait le nom d’un petit-fils de l’écrivain Maurice Barrès, militaire de carrière tué en Algérie en 1959. De cette Peloton, 5 hommes perdirent la vie en Algérie. On peut voir une photo (n°196/293) de Bernard Goujon au port de Cherchell, sur le site dédié à l’école:

http://www.emicherchell.com/documentation/album.html 

Il rejoignit donc le 63ème Régiment d’Infanterie de Marine, les marsouins où il commanda la 4ème compagnie.

photo bernard goujon en militaire

C’est en opération quelques mois plus tard qu’il va être tué le 13 août 1961. La compagnie était en opération à Dem el Bégrat dans cette région de collines, à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de Bône. En s’enfonçant dans un sentier à la tête de sa section, il sauta sur une mine et fut tué sur le coup par le souffle de l’explosion. Le service sanitaire ne put rien pour lui et son corps fut ramené par hélicoptère sur Bône. Les hommes qui le suivaient directement furent commotionnés lors de l’explosion.

D’ordinaire, c’est le maire du village qui recevait le funeste télégramme et devait annoncer la triste nouvelle à la famille. Dans ce cas, ce fut le premier adjoint M. Gonthard qui le reçut et la famille apprit l’indicible le 13 août sur le coup des 22 heures. Des instants terribles dont se souvient avec effroi Françoise !

Inhumé une première fois en Algérie, cérémonie à laquelle sa famille ne put assister, sa dépouille ne sera rapatriée qu’un mois plus tard à Ancone pour des obsèques au petit cimetière du village, le 12 septembre 1961.

Bernard Goujon était alors fiancé à Danielle D… qui plus tard connut un autre drame avec l’Algérie.

photo bernard goujon fiancée

Il est donc un des 27 000 jeunes hommes qui perdirent la vie dans cette guerre sans nom, cet immense gâchis que fut la décolonisation de l’Algérie. Pour sa famille, le 13 août devint un jour noir au milieu de l’été et elle ne fit jamais vraiment le deuil de ce jeune homme fauché à 20 ans.

photo bernard goujon lettreL’éloge funèbre prononcée par le capitaine Ravard, commandant du 63ème R.I.MA. lors de la cérémonie algérienne.

Le lien pour consulter la fiche de Bernard Goujon sur le site Mémoire des Hommes.

http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/ark:/40699/m00523ad5f37d6c5

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Une rue d’Ancone porte le nom de Bernard Goujon.

…à suivre demain, la disparition de Bernard Goujon relatée dans la presse.

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SÉRAPHIN GUERIN: ITINÉRAIRE D’UN POILU, ARTILLEUR ALPIN pendant la GRANDE GUERRE (3/6-L’ITALIE)

Note: pour faciliter la lecture de cet Itinéraire, les 6 articles publiées en février ont été reclassés. Ainsi, en parcourant les pages du blog, l’histoire du grand-oncle Séraphin apparaît dans le « bon » ordre chronologique, plus intéressant à lire que l’ordre de parution. En conséquent, d’autres articles ont aussi été déplacés.

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Le 3 novembre 1917, Séraphin et les artilleurs alpins du 2ème R.A.M. partent vers l’Italie pour aller soutenir les Italiens dont le front est en train de lâcher face aux Autrichiens. Le frère de mon grand-père va continuer à envoyer des cartes postales à ses poches, cartes qu’il récupérera à la fin de la guerre. Mais pendant cette campagne, il va quelquefois oublier d’en dater précisément quelques unes.

Première étape à Ambérieu où le convoi ferroviaire s’arrête à la gare

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avec le tampon de celle-ci du 3 novembre 1917 ainsi que celui de l’infirmerie militaire implantée dans la gare, certainement rendue nécessaire par l’incessant passage de trains de militaires, valides ou blessés.

Ce qui va nous aider à suivre la campagne d’Italie de cette unité, c’est ce petit livre orange écrit juste après le conflit par le commandant de l’unité, le lieutenant-colonel Castaing.

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Ainsi que cette carte géographique du front italo-autrichien, elle aussi conservée par Séraphin,

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avec la pochette abîmée…

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mais la carte en excellent état.

On voit qu’il s’agit de l’est de l’Italie actuelle, la Vénétie, Trieste, le Frioul, le Tyrol.

Les premières cartes postales envoyées depuis l’Italie ou conservées par Séraphin racontent le voyage depuis le sud des Vosges jusqu’à la région de Vérone. Datée du 6 novembre, une vue de Ruà di Pragelato…

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sur laquelle il a ajouté Les gens parlent guère français.

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Nous sommes en Italie depuis hier et aujourd’hui on a fait 22km à pied pour venir à ce pays. Hier, on était à Sésanne (Césana-Torinese)… Nous avons traversé le col Montgenèvre et comme neige, il y a quelque chose à 3000 et plus d’altitude….Il parle aussi des « pays » Combe d’Orange et les camarades d’Arnoux du 82ème.

Le Montgenèvre est un peu moins haut en réalité (1850m) et le col de Sestrières plafonne à 2035m. Le colonel Castaing, de son côté exprime toute sa fierté de passer devant la colonne de Napoléon au Montgenèvre.

La carte suivante du 8 est envoyée de Pinerolo dans la descente vers la plaine du Pô.

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Séraphin comme Castaing parlent de l’accueil enthousiaste des habitants qui donnent aux soldats français des cigarettes, des fleurs, des pommes pour le premier, des fleurs, des victuailles, du vin qui coule à flot pour le second.

Séraphin a gardé 3 cartes non voyagées de Turin

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dont les 2 premières sont destinées spécialement aux soldats avec ce tampon au dos

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Comité Turinois

pour l’accueil et l’aide morale

aux soldats italiens et alliés.

et une de Milan.

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La dernière carte parlant de ce voyage « aller » pour la Vénétie a été expédiée plus tard (le 22 décembre certainement ) et montre Brescia mais avec cette remarque au recto:

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la ville que nous avons traversée à minuit le 25 novembre 17. Cela faisait alors 3 semaines pleines que l’unité avait quitté les Vosges et n’était toujours pas opérationnelle avec cette interrogation: pourquoi ne pas avoir pris le train par la vallée de la Maurienne et le tunnel du Fréjus qui était même électrifié depuis peu, comme ils le firent au retour ? Pourquoi tous ces kilomètres à pied de Briançon à Pinerolo ? Surcharge sur la ligne ferroviaire réservée à d’autres unités d’infanterie jugées plus utiles, problèmes d’intendance ?

Le régiment franchit l’Adige à Bussolengo

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La suite de la campagne se situe dans le secteur de Verone d’où ont été expédiées de nombreuses cartes non datées

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Sur une carte, il a même une pensée pour son frère Gabriel…

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Gabriel aujourd’hui doit chasser s’il fait beau comme ici… 

ou San Bonifacio

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Le 4 janvier, l’unité est plus à l’est, à Vicenza

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C’est dommage que nous repartions demain, on ne pourra rester longtemps ensemble (avec un certain Francis). C’est Montecchio qu’il s’appelle ce pays. Nous avons encore 60k pour arriver où nous allons.

Montecchio est situé à l’est de Vicenza. En lisant Castaing, à ses dates, les artilleurs sont au front, dans des montagnes au nord de Vicenza…

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en remontant verticalement au-dessus du È de VÉNETIE, au Monte Pallone et le 4ème groupe bombarde le Mont Tomba. Par contre comme le dit Séraphin au dos de cette carte humoristique envoyée le 17 janvier

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il n’est plus dans ce groupe et avec son unité, il se replie sur Vérone dont il n’est éloigné que de quelques kilomètres puisque localisée à Caldiero.

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Pourquoi cette carte envoyée le 1er février à Léonce, pourtant imprimée en Italie mais qui semble montrer une petite hollandaise ? Carte pourtant sur-notée en violet Souvenir de Caprino. 

Il va en voiture jusqu’à Garda, au bord du lac

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conduire des types chez le dentiste. Séraphin est donc toujours à l’infirmerie, et ce n’est pas lui qui a dû conduire la voiture car, contrairement à mon grand-père Gabriel, il n’a jamais appris à conduire.

L’unité est au repos vers Capriano Veronese

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et dans le cadre enchanteur d’un des plus beaux paysages d’Italie

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Les dernières cartes de la série nous apprennent que le 2ème R.AM. est sur le départ pour un retour vers la France, à partir du 15 avril.

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C’est ce que dit Séraphin dans cette carte et qu’il confirme par un note violette par dessus: De Fontaniva veille de l’embarquement pour le retour en France…. ce qui tend à prouver que l’unité s’était reconstituée à l’est.

Comme déjà dit, le retour sera plus rapide puisqu’exécuté en train par le tunnel du Fréjus et Modane d’où Séraphin a envoyé encore deux cartes.

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Cette campagne d’Italie de 5 mois et demi vaudra à l’oncle un joli diplôme italien…

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que, pour raison inconnue, a été réduit en état de puzzle. Il faut dire que le restant de sa vie, il a attendu la médaille et la pension italiennes dont il avait droit.

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à suivre…

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Il y a 100 ans jour pour jour: LE MIROIR du dimanche 21 février 1915.

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(JOUR 202 DE LA GUERRE/1561 JOURS DU CONFLIT)

Passons tout de suite sur le morbide avec ce corps de fantassin allemand congelé.

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Il gèle à pierre fendre du côté d’Arras en janvier 1915.

Ces soldats allemands-là paradent dans les rues de Bruxelles occupée.

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Les principaux monuments de la ville sont occupés et transformés en lieu de vie pour les hommes, comme les tribunaux ou les musées. Bruxelles et une grande partie de la Belgique souffrirent beaucoup de ces 4 années d’occupation allemande. Pendant ce temps, Lille était sous les bombes et les destructions se multipliaient.

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Les hommes comme les chevaux ont payé un lourd tribut pendant les combats. Les photos datent d’octobre 1914 et l’article reste évasif quant au sort de la ville. En fait, à l’instar de Bruxelles, Lille sera elle-aussi occupée de 1914 à 1918 et connaîtra les mêmes privations que la capitale belge.

La page sur la guerre sur la mer.

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Les plans de sous-marins allemands, les U21, les bassins de Wilhemshaven où ils sont retranchés entre leurs tournées meurtrières. Contrairement au titre qui parle de vaine menace, les U21 firent beaucoup de victimes sur les mers et océans.

La page de la guerre aérienne:

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un dessin d’Henri Farré qui sembla avoir succédé à Carrey. On nous dit qu’il est dessiné d’après nature. L’artiste avait pris place dans un second aéroplane survolant celui qui effectuait le bombardement. Sans protection, en cette saison, les aviateurs devaient être congelés au retour des missions.

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En 4 photos, la destruction du clocher de H…-en-Woevre. Une rapide recherche nous permet de savoir qu’il s’agit de Herméville-en-Woevre. Le clocher fort original a été couché par les obus allemands pour qu’il ne puisse servir de lieu d’observation. Ironiquement, la légende nous dit qu’il en coûta 200 000 francs au Reich pour arriver à ses fins.

Double page de géopolitique avec les cartes sensées présenter ce que deviendront les frontières quand la Paix sera signée.

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L’auteur de la carte n’a pas vu la création de la Tchécoslovaquie, la partition Autriche-Hongrie, la défaite de la Russie des Tsars…

Pour finir, des loisirs de blessés

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et de valides

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Peut-être la partie de football de Sur le Vif où le ballon finit dans un trou d’obus rempli d’eau.

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Il y a 100 ans jour pour jour: SUR LE VIF du 20 février 1015.

Inexplicablement, un trou dans la collection des 3 titres qui sont présentés 100 ans jour pour jour après leurs parutions, en ce mois de février 1915. Problème d’approvisionnement en 1915 ou problème de rangement en 2015 ?

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(JOUR 201 DE LA GUERRE/1561 JOURS DU CONFLIT)

Une première page particulièrement macabre pour ce numéro de Sur le Vif: les pertes allemandes face aux Russes qui s’élèveraient à 40 000 morts. Avec un amoncellement de corps pêle-mêle devant une tranchée russe. Du Paris-Match avant l’heure ! Et, en pages intérieures, cela continue avec les massacres de militaires et civils perpétrés par les Autrichiens en Serbie et en Bosnie.

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Décidément ce XXème siècle fut terrible dans les Balkans.

Le reste de la revue est plus soft mais assez intéressant. Un dessin signé Ruck ou Ruek nous présente l’éclairage de chenaux de navigation pour baliser la mer à proximité des ports et éviter les mines allemandes.

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Des mines dont l’effet est dévastateur quand on le teste sur la plage où elles se sont échouées, comme ici par des artificiers néerlandais.

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A nouveau, on nous parle des descendants de Giuseppe Garibaldi dont le fils, le général Riciotti Garibaldi, lui-même accompagné de son fils, le colonel Peppino Garibaldi sont en visite à Paris. Décidément, on multiplie les preuves de connivences avec l’Italie toujours hésitante.

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Toujours à Paris, un aéroplane allemand intact est présenté dans la cour des Invalides.

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Un taube qui doit s’être posé en territoire ennemi suite à un problème mécanique.

Sur cette page, d’autres informations originales:

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Une médaille vendue par millions d’exemplaires le 7 février 1915 pour célébrer le canon de 75. Leur côte de cette médaille ne doit donc pas être très élevée en 2015. Cette journée était organisée par le Touring Club de France dont on peut voir le sigle en bas entre 1914-1915. Elle rapporta énormément d ‘argent (plus de 5 millions de francs) pour les oeuvres des Poilus. On vendait aussi des petits drapeaux tricolores montés sur une épingle.

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Les bas-reliefs sculptés par les Poilus dans les carrières du Soissonnais, dont la plus connue est la Caverne du Dragon au Chemin des Dames (postérieure à celles-ci). On parle très bien de ces lieux dans des sites très intéressants sur internet:

http://memoiremurs.pagesperso-orange.fr/archeologie.html

ou

http://souterrains.vestiges.free.fr/spip.php?article3

Une page sur les tranchées allemandes:

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Deux remarques: dans le commentaire de la première photo on voit les soldats allemands ramper pour ne pas être touchés par les tireurs français… Alors que le photographe pour prendre le cliché est tranquillement à découvert. Et peut-être pour la première fois dans Sur le Vif apparaît le terme entre guillemets de Poilus.

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Jouer au football dans ces secteurs peut entraîner quelques désagréments !

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NOËL 1917 en ITALIE: pas de TRÊVE pour les ALPINS… un article de 1973 sur la CAMPAGNE d’ITALIE du 2ème R.A.M.

A la suite de l’article d’hier sur la campagne d’Italie du 2ème R.A.M., voici une contribution parue en 1973-74 dans la revue Le trait d’union des artilleurs de montagne, publication gardée par Séraphin dans ses vieux papiers. Il était membre de cette amicale comme en atteste cette carte.

Note: Article initialement paru le 15 février et déplacé pour la cohérence des articles sur la Grande Guerre de Séraphin Guérin

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Deux numéros par an pour cette feuille des 2ème, 94ème et 96ème Régiments d’Artillerie de Montagne. Le texte reproduit en intégralité ci-dessous a été publié au second semestre 1973 et au premier semestre 1974. Il raconte les jours qui précèdent la Noël 1917 et le 25 décembre 1917, marqués sous le signe de la violence. Il a été écrit 56 ans après les faits par Léandre Allemand de la 6ème batterie du 2ème R.A.M. (Séraphin était à la 12ème batterie).

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A l’automne 1917, bien qu’ils tinssent des positions que l’on croyait inexpugnables, les Italiens, sous le choc massif de l’Armée autrichienne, grossie de quelques divisions bavaroises, lâchèrent pied à Caporetto, sur l’Isonzo, où ils avaient poussé leur front en vue de Trieste. 

La « retirado » se précipita en déroute et déferla à travers monts jusque dans la plaine de Vénétie.

De l’Isonzo franchie, l’armée d’invasion ne put être contenue sur le Tagliamento où quelques tentatives d’arrière-garde échouèrent, et vint se fixer sur le cours méridional de la Piave, le troisième des feluves côtiers qui, dévalant des Alpes Tyroliennes, vient paresseusement mourir sur les rives de la pâle Adriatique.

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La poussée ennemie envahit la chaîne des montagnes qui couvre la Vénétie; et le front se stabilisa imprécisément sur une ligne qui, du sud au nord suivait la Piave jusqu’au Mont-Tomba, jusqu’à l’appui de résistance de la colline de Montello et, formant l’équerre, s’enfonçait d’Est en Ouest au travers du Grappa dans les Monts d’Asiago, où la défense put mieux s’organiser sur un sol tourmenté, et où les combats épiques s’inscrivirent en faits d’armes dans l’histoire militaire italienne.

Les Alliés furent appelés à la rescousse; et 2 grosses divisions françaises bien entraînées et rompues aux combats de montagne, chasseurs et artilleurs, avec des escadrilles de bombardiers et de chasse, de l’artillerie lourde et de campagne, des corps de pontonniers, de l’infanterie alpine… et un gros contingent écossais parvinrent d’abord à contenir l’avance ennemie, puis à la fixer sur la ligne en équerre que je viens de tracer.

Ma batterie de montagne fit partie de l’Armée d’Italie, formule moderne aux buts différents de ceux que l’Autre, la Napoléonienne avait poursuivis.
Depuis Brescia, nous cheminions à travers la campagne, en bordure du front montagneux, tantôt en…

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position d’attente d’une nouvelle percée ennemie, ou en position de repli, comme au nord de Castelgomberto, tantôt en direction de la montagne où bersaglieri et chasseurs français essayaient d’endiguer un ennemi évidemment fatigué de sa longue avance à travers monts et vallées, où la Starda del Grappa et le mont furent une base stratégique, comme une citadelle où se cramponna la résistance italienne et où se brisa l’élan ennemi.

La route était encombrée de fuyards qui, par petits groupes épars regagnaient en désordre, un arrière déjà peu sûr. Le découragement et la longue fuite tiraient des visages hirsutes, poussiéreux, fatigués. Ils nous regardaient, surpris de nous voir un recours qu’ils disaient vain: « la guerra e finita, rincasate! »

Ces hommes sans armes et dont les uniformes étaient fripés, marchaient pieds nus et portaient à l’épaule leurs godillots suspendus par des lacets. Leur marche forcée avait-elle à ce point meurtri leurs pieds, ou voulaient-ils conserver ces précieux équipements vestimentaires pour la vie civile qu’ils espéraient prochaine et retrouvée en bout de course? C’était l’image hideuse de la déroute après la défaite. 

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Enfin, nous parvînmes, avec bien d’autres régiments alpins, des bataillons de génie, des batteries de campagne, de l’artillerie lourde… à Cittadella, puis à Castelfranco, et vers Montebelluna et Asolo, aux pieds des monts, dans une vaste plaine brumeuse, sous un ciel gris de décembre.

Toute cette armée, apparemment innombrable, bivouaqua sur place, sous la tente, autour de grands feux allumés de branches d’arbres coupées à la hâte dans des taillis qui quadrillaient la plaine de leur bois frêle, pour ainsi dire mort, où chevaux, mulets, chariots, fourgons, pièces d’artillerie… étaient parqués et abrités.

Nous étions en pleine vue des observateurs ennemis et certainement à portée des batteries autrichiennes qui, des montagnes proches où elles tenaient position, pouvaient nous atteindre. Nous nous attendions bien à quelques fulgurants 88; mais le calme de cette nuit d’hiver, sous le ciel bas et gris, resta étendu, tel un immense et rassurant filet, sur le gigantesque campement où les feux de bivouac faisaient danser des ombres.

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Pendant toute la nuit, des hommes tournaient autour des feux. Sentinelles vigilantes, bien sûr, mais aussi cuisiniers impromptus, faisant rôtir aux feux de bivouac et bouillir dans les plats de campement des volailles déballées des sacs. Tout au long de la marche forcée, cantonnant au hasard d’une ferme, d’une fienile, les soldats français avaient fait main basse sur les volatiles haut perchés dans les arbres où ils passaient la nuit. En cette veillée des armes, ils alimentèrent le festin des guerriers. Toute la nuit, on avala du bouillon de gallina coupé de gros vin rouge et l’on grignota des cuisses de vecchi galli italiani.

Au petit jour, on leva le camp. Colonnes par colonnes, chasseurs et artilleurs de montagne gravirent les sentes des premières pentes pour prendre position.
Le Monte Tomba que l’ennemi tenait, était à la charnière du front. Dévalant le mont et déferlant dans la Vénézia propiria l’armée germano-autrichienne pouvait sans obstacles, s’avancer jusqu’en plaine lombarde; autant dire que l’Italie serait envahie. Il était clair qu’il fallait déloger l’ennemi des redoutes qu’il tenait.

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Ma batterie de montagne campa 2 jours encore dans un petit village, à Castelcuco, et je fus détaché par son commandant pour aller reconnaître une position, d’où nos canons, bien qu’ils fussent défilés, pourraient de leurs tirs contrôler tout le mont. Toute l’artillerie française lourde et légère disséminée dans la plaine et sur les premiers contreforts, avait le même objectif de harcèlement et d’accompagnement au jour de l’attaque.
Face au Monte Tomba, sur une large bande du Monte Palona, comme sur une marche d’un immense escalier, abritée sur son flanc par un pan de rocher, tout près d’une grange qui avait dû servir d’abri aux animaux de pacage, je découvris sans peine l’emplacement pour une section de 2 pièces, les autres pouvant s’accrocher par derrière le rocher, sans vue directe sur le Tomba, mais pouvant régler leurs tirs plongeants sur le mont. C’était le propre des canons de montagne qui tiraient des obus lents à trajectoire peu tendue, de pouvoir sauter les obstacles.
Ma section dominait un large ravin entre les 2 montagnes où s’affairaient des artilleurs italiens autour de leurs bombardes.

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La batterie prit position. les tirs furent vite réglés. Il était visible que les ordres donnés annonçaient l’attaque du mont. Nos tirs étaient sur zone, par delà le capuchon blanc du sommet enneigé, sur les sentiers où le ravitaillement en denrées et munitions était ainsi bloqué; et progressivement sur les pentes mêmes du mont, où nos obus devaient faire barrage d’accompagnement devant l’assaut des chasseurs alpins.

Il neigeait. IL faisait froid. Les hommes couchaient sous la tente, sur une litière de feuilles mortes de châtaigniers, tout près des pièces, un obus engagé dans la gueule béante du canon, pour qu’à la première lueur d’une fusée rouge, un premier coup donnât l’alarme et déclenchât le tir de barrage demandé.
Mais chaque nuit, jusqu’à une heure avancée, les artilleurs italiens qui avaient pris position dans le ravin en contre-bas, allumaient des feux et grattaient les mandolines: de vraies soirées de distractions, de détente plaisante, de joie de vivre, de fêtes tranquilles et insouciantes, en plein front. Et les batteries autrichiennes restaient muettes ! Etaient-elles subjuguées par l’audace insouciante italienne ou bien à court de munitions dont l’approvisionnement était coupé jour et nuit par nos tirs de harcèlement, voulaient-elles réserver leurs « dernières cartouches  » pour repousser l’attaque qu’elles sentaient proche?

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Les Italiens psalmodiaient une complainte désabusée qui courait dans leurs rangsdésordonnés. Ils riaient de leur malheur en ridiculisant leur Généralissime:

Il generale Cadorna mangia i bistecche

E noi, poveri soldati, mangiamo castagne secche,

E bing, E boum, E bone

E lontano dal canone

Il generale Cadorna scrive alla regina

S vuoli vedere Triesta, te la mandaro un cartolina

E bing…

et une vingtaine d’autres couplets du même ton lancinant de rengaine où le Général Cadorna en avait fait une « grosso » en surpeuplant la « Croce Rosso » que les Italiens grattaient sur leurs mandolines.

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L’assaut eut lieu le 28 décembre, il fut réussi. Mais précédant l’attaque, la journée du 24 fut « marquée par une activité intense de notre artillerie », comme le dit le communiqué. De bonne heure, le matin, tous les canons alliés, harcelèrent retranchements et sentiers muletiers, sans que l’ennemi réagisse apparemment. Le tir s’intensifia tout au long du jour: un jour gris, maussade, triste, un jour mêlé de nuit où de petits flocons faisaient un rideau de fond sur lequel les obus lents de l’artillerie de montagne, apparaissaient à leur apogée, comme des points noirs qui se précipitaient en s’effaçant sur le mont enneigé, où leur éclatement, dans un nuage blanc, faisait des taches noires.

A la tombée du jour, les tirs cessèrent; la nuit enveloppa de silence le front de combat. Les feux des Italiens en bas du ravin, s’allumèrent; les mandolinistes donnèrent leur concert lointain, plaisant, aigrelet… Puis, tout s’éteignit, la neige même cessa de tomber…

Et tout à coup, on ne sut pourquoi, il pouvait être minuit, des fusées jaillirent des lignes, éclairant d’une blanche clarté le paysage blanc de neige. Des fusées rouges, à leur tour, demandaient l’artillerie qui fit pleuvoir sur le mont, des obus de tous calibres, dans un tintamarre de fracas et de sifflements où les éclairs brefs des départs et ceux éblouissants des arrivées, et les fusées maintenant de toutes couleurs donnaient le spectacle rare d’un gigantesque feu d’artifice, où les grenades éclataient en bruits sombres et où crépitaient le tac tac des mitrailleuses.

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Tous les combattants étaient sur pied.
L’ennemi réagissait par à-coups, mollement, autant dire sans conviction, cependant qu’on eût dit qu’une rage s’acharnait sur le capuchon blanc comme pour le détruire.

C’est alors qu’un gigantesque brasier, soudainement, enflamma le mont. Les nuées, chargées de neige, couraient telle une épaisse fumée sur l’immense incendie.
Et dans un temps que les artilleurs mesurent pour situer les distances, un effroyable grondement de fin du monde secoua les vallons et, d’échos en échos, vint ébranler la plaine. On eût dit que le mont, entouré de tonnerres, était un Sinaï.
Un dépôt de munitions sautait.
Alors, de la nue éclatante, subitement entr’ouverte, ils furent nombreux, en cette nuit de Noël, ceux qui entendirent une vois qui leur disait: « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et pais sur terre aux hommes qu’il aime ».

C’était Noël !

On est loin des fraternisations de 1914, de la trêve de Noël tout simplement !

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Classé dans Revues, Vieux papiers

SÉRAPHIN GUERIN: ITINÉRAIRE D’UN POILU, ARTILLEUR ALPIN pendant la GRANDE GUERRE (4/6-LES VOSGES)

Note: pour faciliter la lecture de cet Itinéraire, les 6 articles publiées en février ont été reclassés. Ainsi, en parcourant les pages du blog, l’histoire du grand-oncle Séraphin apparaît dans le « bon » ordre chronologique, plus intéressant à lire que l’ordre de parution. En conséquent, d’autres articles ont aussi été déplacés.

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Le retour en France du 2ème R.A.M. par train par le tunnel du Fréjus a été assez rapide puisque les premières cartes des Vosges ont été envoyées les 19, 20 et 25 avril.

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Rien à voir avec les 3-4 semaines du voyage aller en novembre 1917. Le régiment est envoyé dans le secteur de Saint-Dié et pas moins de 50 cartes postales différentes montrent des vues de cette ville qui a connu une brève occupation allemande en 1914 puis a subi les bombardements après le retrait stratégique des Allemands. D’ailleurs l’une d’elle montre la visite du président Poincaré à la préfecture protégée des destructions.

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Une carte envoyée le 15 mai et annotée ultérieurement montre la position de la batterie de Séraphin au pied ce point géodésique.

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Notre position même au pied de cette tour artificielle. Avec cet ajout d’époque: Cette carte est à conserver.

Le texte de la carte du 8 mai 1918 est savoureux.

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Le singe dont Séraphin avait parlé par ailleurs, c’est bon certes, mais lui et ses collègues infirmiers se régalent en dégustant une alose du Rhône qui lui a été envoyée par colis et tous sont d’accord pour que l’expérience se reproduise.

Deux mots en provençal italien pour finir le texte de la carte du 17 mai, souvenirs de son séjour récent en Italie.

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Bons baisers… Séraphin a toujours aimé parler quelques mots de provençal mais son départ du village, ses études, son travail où il n’utilisait que le français, l’empêchèrent de s’exprimer convenablement et son provençal était très approximatif.

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Les batteries des alpins doivent être positionnées sur les Hautes Fosses.

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Le 31 mai, Séraphin rassure sa famille

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et s’en va même d’un conseil pour la tenue de l’exploitation agricole:

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Je vois que les vers à soie marchent pas mal, tant mieux. Vous dites que vous allez rentrer du foin, il faut bien le laisser sécher au champ, s’il fait beau… 

Les cartes envoyées en juin 1917

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Une carte envoyée en juin 1918

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une carte de Raon l’Etape sur laquelle au recto Séraphin a ajouté une remarque sur des maisons incendiées en 1914.

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Au verso, il a noté postérieurement: Position au Sapin Sec. Nombreux coups ……. (illisible) ce mois-là. Le Sapin sec est le sommet d’Ormont, une montagne dominant Saint-Dié et la tour artificielle présentée ci-dessus. Après guerre, il ose enfin dire quelques mots sur les tirs envoyés ou reçus…

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Envoyée le 28 août 1918, Conserver cette carte… Mille bécots. !!!!

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2 septembre 1918. Hameau de Dijon (à Saint-Dié) La 12ème batterie était en position sur la montagne qui domine.

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Une vue de la destruction de l’usine Amos et Cie à Laneuveville-lès-Raon-L’Etape, datant probablement de 1914.

La fin du conflit approche mais Séraphin est tourmenté par ce qui se passe à la maison, à Caderousse où la grippe espagnole a cloué au lit sa mère, gravement atteinte et son frère Gabriel qui est dans le même état. Surtout que la situation va perdurer…

Le 1er octobre:

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Reçu aujourd’hui la lettre de Léonce (le seul valide de la maison) où il me dit que ma mère est couchée, que Gabriel est toujours fatigué. Je vois d’ici ce que peut être la maison. Et poutant que dois-je faire ?

Le 13 octobre.

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Je pense que Gabriel fait du travail depuis.

Dans ce même écrit, il se plaint d’être seul à l’infirmerie car les 2 infirmiers sont évacués dans les hôpitaux de l’arrière. Il ne sait quand il montera à la position. de plus la neige commence à tomber… Hiver précoce, évacuation sanitaire (le grippe) ou renfort devant l’afflux de blessés après la reprise de la guerre de mouvement ?

Le 5 novembre

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Enfin aujourd’hui viens de venir la lettre de ma mère. Je vois, comme je pensais, qu’elle est levée et qu’elle me dit que Gabriel se lève le 2. 

Mine de rien, cela fait un mois que Léonie et Gabriel luttent contre cette terrible grippe espagnole. Mais leur solide constitution leur a permis de s’en tirer tous les deux, contrairement à des centaines de milliers de compatriotes. La grippe espagnole dont on ne dit mot dans la presse française pour cause de censure et qu’on appela espagnole car la presse parlait de l’épidémie… en Espagne, fit 400 000 victimes en France, 1 milliard d’êtres humains la contracta de par le monde pour environ, suivant des estimations récentes 100 millions de morts.

La fin de la guerre est proche, Séraphin l’évoque le 6 novembre

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Que pensez-vous de la guerre ? Ici le moral est excellent et l’on voit bientôt ce qu’il arrivera: la capitulation de l’Empire Allemand. C’est ce que tout le monde souhaite à l’heure présente.

Puis le lendemain:

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La fin de la guerre approche. Ne vous enfaites pas. Rien de nouveau, il pleut !

Les deux dernières cartes de cette série sans allusion à la situation.

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L’une du 8 novembre, l’autre du 13 novembre ! Entre les deux envois, il y a eu le 11 novembre 1918.

Mais la guerre de Séraphin est loin d’être terminée…

à suivre…

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