Archives de Tag: Seconde Guerre Mondiale

7 JUIN 1944 La presse vichyste ne croit à la réussite du Débarquement

Trois journaux niçois des 7 et 8 juin 1944 traitent à leur une le débarquement de la veille en Normandie.

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L’Eclaireur de Nice et du Sud-Est parle de tentative de débarquement et non de débarquement, ce qui est une nuance de taille. Il insiste aussi sur la destruction des unités parachutistes et les pertes énormes subies par les assaillants. Quelques épisodes totalement fantaisistes comme l’attaque de la flotte par des vedettes allemandes! Finalement, la situation la plus juste est donnée par la reproduction des communiqués de guerre allemands plus que par les allégations du journaliste de Vichy commentant l’actualité.

Ce journal réduit (une page petit format recto-verso-crise du papier oblige) ouvre aussi ses colonnes aux communiqués de Pétain

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et de Laval

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qui demandent aux Français de rester neutres.

Dans « L’Eclaireur du Soir », déclinaison du précédent pour l’après-midi, comme dans l’édition du jour, les textes sont des communiqués de l’Office Français d’Infirmation écrits à Vichy qui minimisent la portée du débarquement et la faiblesse des résultats obtenus par les Alliés (une seule tête de pont à Bayeux, les américains ne sont pas arrivés à débarquer).

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Au-dessous immédiat de la Une, ce petit encart

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où les bandits assassins d’un milicien et ceux exécutés à Melun sont ceux qu’on appellera Résistants ou Héros dans quelques semaines.

Le lendemain 8 juin, l’Eclaireur du Sud-Est reprend le même argumentaire

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mais on comprend à la lecture de l’article que le Débarquement n’est pas l’échec annoncé puisque des combats ont lieu de partout ou presque en Normandie. Bien sûr, les pertes alliés sont considérables, en mer, sur terre, dans les airs. Le journal reconnait 2 têtes de pont. Il parle de la création d’un camp de prisonniers américains près de Rouen où la population a voulu lyncher ces hommes.

Dans un autre article signé SPECTATOR, l’auteur considère que la tactique d’Eisenhower est conçue sans ce génie qui caractérise les grands capitaines puisque tout le monde s’attendait à le voir débarquer là pour utiliser le port de Cherbourg. Raté, c’est celui d’Arromanches construit de toute pièce qui sera utilisé et les Allemands eux les attendaient toujours à Calais, double signe de génie tactique. Plus tard, ce même auteur le fait traiter de minable par Manuel Aznar un journaliste spécialisé espagnol car la machine de guerre allemande va rejeter les Alliés quand elle se mettra en route tout comme l’aviation allemande quand elle reprendra la maîtrise du ciel. A part qu’il n’y a plus guère de Luftwaffe à ce moment de la guerre.

On connaît, nous, la suite de l’Histoire.

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6 JUIN… une carte MICHELIN pour comprendre ce qui s’est passé il y a 70 ans

Aujourd’hui 6 juin verra Obama, Poutine, Hollande, Elisabeth II mais aussi Angela Merkel se rassembler sur les plages de Normandie pour célébrer le 70ème anniversaire du Débarquement. Il y a 70 ans, le 6 juin 1944, les anglo-américains et 177 commandos français sous les ordres de Philippe Kieffer ont commencé la Libération de la France pour chasser les occupants nazis. Cet épisode de la guerre est dénommé « l’Invasion » de nos jours encore dans les livres d’Histoire en Allemagne.

En 1947, Michelin a édité une carte spéciale « Bataille de Normandie », peut-être pour guider les premiers touristes qui commençaient à affluer sur les plages normandes pour visiter ces lieux à tout jamais transformés et se recueillir dans les cimetières militaires alliés (et allemands). Voici un exemplaire de cette carte:

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A ne pas confondre avec celle-ci beaucoup plus courante

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Guère de différence me direz-vous. Regardez le détail en bas…

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La seconde carte est une réédition par Michelin de la carte de 1947 en 1994 pour le 50ème anniversaire du Débarquement.

En dépliant cette carte, voilà ce qu’on découvre…

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…la carte Michelin classique de la région Normandie-Cotentin enrichie en rose-violet des informations historiques sur le Débarquement et le bataille de Normandie qui fit rage jusqu’au mois d’août.

Pour réviser avant les reportages de France-Télévision, on va passer en revue les plages découpées stratégiquement en 5 secteurs:

A l’ouest, au pied sud-est du Cotentin, UTAH BEACH, premier secteur américain avec à l’arrière Sainte-Mère l’Eglise célèbre pour les parachutages des unités américaines dont beaucoup d’hommes allaient périr dans des zones inondées (coloriées en rosé).

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En allant vers l’est, la pointe du Hoc où les Rangers neutralisèrent de grosses pièces d’artillerie allemande puis le second secteur américain, le plus connu, le plus meurtrier, OMAHA BEACH, Bloody Omaha où l’insuffisance des bombardements préparatoires et la mer difficile causèrent des milliers de morts, comme en témoigne l’immense cimetière américain de Colleville et dont on peut avoir une idée de l’enfer en revoyant les premières minutes du film « Il faut sauver le soldat Ryan ».

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Plus à l’est, le port d’Arromanches que les Alliées créèrent de tout pièce ce qui trompa les stratèges allemands qui ne pouvaient croire à un débarquement dans un secteur sans port important. Puis les places anglo-canadiennes de GOLD BEACH et JUNO BEACH où le débarquement se passa relativement bien pour Gold et plus difficilement pour les Canadiens à Juno.

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Enfin SWORD BEACH, le plus à l’est, autre plage britannique où débarquèrent aussi les 177 français de Kieffer à Ouistreham et à l’arrière le fameux Pégasus Bridge tenu intact par les paras britanniques, ce qui simplifiera par la suite les opérations.

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Pour l’heure, bon courage aux automobilistes normands avec le casse-tête des interdictions de circuler pendant ces célébrations!

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6 JUIN 44… ou la peur du DEUXIÈME FRONT redouté par les nazis et leurs amis…

… de Vichy. D’où des écrits comme celui-ci, publié au premier trimestre 1944…

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…ou pour ne pas douter si l’on prend la revue à partir de la 4ème de couverture…

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…une publication de Vichy pour effrayer les populations civiles et les mettre au dos des Alliés.

A l’intérieur, on va retrouver tout l’argumentaire vichyste.
Tout d’abord, le Mur de l’Atlantique des Allemands est là pour protéger l’Europe de l’Invasion anglo-américaine et c’est une barrière infranchissable de Narvik à Bayonne.

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Le débarquement amènerait les mêmes horreurs qu’à l’époque (un peu ancienne) de la Guerre de 100 ans et les auteurs ressortent Bouvines, Crécy et autre Jeanne d’Arc face aux Anglais.

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Le Deuxième Front, c’est une chose voulue par les lobbies Juifs dans la foulée des anglo-américains.

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avec ce terrible dessin de presse qui n’a rien d’humoristique

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Bien entendu et cela va de paire dans l’argumentaire vichyste, le Second Front, c’est l’arrivée des Bolchéviques

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comme cela s’est produit en Algérie et en Corse déjà libérées où le drapeau rouge flotte sur Alger et Ajaccio (prière de ne pas rire)…

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…et avec eux, tous les métèques rouges de la Résistance (l’Arménien Manouchian, le boucher d’Albacete Marty ou le procureur des procès de Moscou Vichinsky)

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Plus vrai celui-ci, le débarquement amènera des ruines comme en Italie

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Paris sera certainement détruite

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et son patrimoine culturel avec (les Nazis avaient prévu de détruire les principaux monuments de Paris au moment de leur départ, ce qui ne se fit pas (voir « Au cinéma en 2014 » dans ce blog, film « Diplomatie »)

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Quant à la page des dessins humoristiques résumant l’argumentaire, elle ne fait pas rire ni sourire, 70 ans plus tard.

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Même si tout cela semble grossier, il faut dire que les bombardements américains sur des cibles stratégiques  firent beaucoup de victimes civiles pour bien souvent des résultats médiocres. Telle  à Avignon la destruction du quartier proche des Rotondes qui fit 525 victimes et 800 blessés (le frère Séraphin de mon grand-père Gabriel habitait boulevard Sixte-Isnard et faillit y passer-sa maison ne fut pas touchée-). Quand on sait l’efficacité et le dévouement des combattants de la Résistance (comme l’épisode du pont de Livron sur la Drôme qui fut détruit par le commando Faure au nez et à la barbe des Allemands), on ne peut que regretter l’immense gâchis que représentèrent ces bombardements. Oui mais, beaucoup de communistes composaient le Résistance intérieure et l’Etat-Major hésitait de les armer trop abondamment. Les Alliées ne furent pas accueillis de partout en libérateurs, une partie de la population leur reprochant leurs morts, cela même si les Allemands étaient loin d’être regrettés.

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Vendredi 11 mai 1945 avec Le Parisien Libéré

Fin de série des journaux traitant de la fin de la Seconde Guerre Mondiale et la Capitulation nazie du 8 mai 1945…

LE PARISIEN LIBÉRÉ en petit format

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Quelques mots sur les festivités dans les capitales européennes mais on pense à l’Allemagne qui va devoir reconstruire sur ses ruines.
En France, les Allemands de la poche de l’Atlantique de Saint-Nazaire se sont rendus aux FFI devenus FFO (Force Française de l’Ouest certainement) dans le texte. Ils  résistaient depuis 9 mois.

« Le secret des hommes sans peur- La guerre dans l’ombre ». La légende des résistants commence à s’écrire.

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Jeudi 10 mai 1945: Premier jour de PAIX

Encore quelques journaux gardés par les gens dans les greniers pour se souvenir de ce moment historique.

Les journaux reviennent sur ce premier jour de Paix, les conditions de la Capitulation, les nouvelles festivités du 9 mai (les Français avaient eu droit à 2 jours fériés avant de se retrousser les manches pour reconstruire).
Ainsi

LE PARISIEN LIBÉRÉ revenu en petit format (crise du papier oblige)

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Goering, Doenitz arrêtés, la chasse aux Nazis commence.

LE PROGRÈS lui aussi revenu à un petit format,

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en bas de la Une, le défilé de la Victoire à Lyon mais on parle aussi du

« Plan d’invasion de l’archipel japonais est en préparation », car la guerre continue dans le Pacifique.

LA GAZETTE DE LAUSANNE, toujours en 4 pages grand format

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A suivre le dernier volet avec un journal du 11 mai 1945…

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Mercredi 9 mai 1945: la VICTOIRE et les FESTIVITÉS dans les journaux

La Capitulation a été officiellement signée à Berlin le 8 mai. Les cloches ont sonné à 15 heures et le Général de Gaulle s’est adressé à la nation. Officiellement, la Capitulation prend effet à 23 heures 01 (soit 1 heure de plus à Moscou, ce qui expliquent que le 8 mai russe soit le 9 mai). Les Français ont fêté la Victoire et la fin de ce cauchemar de 5 ans et demi. Les journaux sont toujours enthousiastes et montrent les festivités…

Dans la région

LES ALLOBROGES-LE DAUPHINÉ LIBÉRÉ avec le V de la Victoire, édition de Valence où le 8 mai « a été célébré dans l’allégresse », grand format,

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LE PROGRÈS, édition de Lyon avec des scènes d’allégresse en centre-ville, rue de la République en bas de la première page et en seconde page, grand format,

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et LE PROGRÈS dans sa version stéphanoise, grand format,

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LES NOUVELLES DU MATIN, quotidien national (ou parisien), grand format,

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La fête sur les Champs Elysées, un article au titre amusant en seconde page:

«  »Mon père est le seul dictateur qui ait survécu à la catastrpohe » nous dit le fils de Charlie Chaplin. »

LE PARISIEN LIBÉRÉ, grand format, « La victoire de la Liberté », la foule devant l’Opéra,

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où on apprend que « Marcel Cerdan a fêté la Victoire… en s’entraînant à la Croix-de-Berny ».

LA GAZETTE DE LAUSANNE a retrouvé son sérieux pour analyser les événements et se projeter dans le futur

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Le journal consacre un article à Geneviève de Gaulle, « une revenante de Ravensbruck ».

A suivre, quelques journaux du 10 mai 1945…

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Mardi 8 mai 1945: les journaux annoncent la Capitulation du IIIème Reich

Le Grand Jour est arrivé, celui de la Victoire et de la Capitulation de l’Allemagne nazie.
Attention, si vous entendez un journaliste parler de l’Armistice du 8 mai, vous avez le droit de bondir d’indignation et de protester auprès du média: le 11 novembre, c’est l’Armistice, le 8 mai, c’est la Capitulation. Ce n’est pas une entente avec l’Allemagne pour discuter de la suite à donner à cette guerre, c’est la Capitulation du plus horrible régime que la terre ait connu. Nuance. C’est pour cela que si une date doit être rayée du calendrier entre le 11 novembre et le 8 mai sur l’autel du productivisme (débat récurant tous les mois de mai), celle du 8 mai est la plus importante pour les leçons qu’elle donne aux générations suivantes.

Seconde précision, comment se fait-il que les journaux du 8 mai annoncent un événement qui a eu lieu le 8 mai?

Tout simplement parce que la Capitulation a été signée une première fois à  Reims le 7 mai et suite à la susceptibilité de Staline, une seconde Capitulation sera entérinée le 8 mai à Berlin. C’est cette seconde date que l’Histoire retiendra. Au début d’ailleurs (1946, 47), les célébrations de la fin de la guerre s’étalaient officiellement sur 2 jours en France. Pour d’autres journaux du soir, c’est du 8 mai dont on parle.

Enfin tous les journaux présentés dans les articles des 7 au 11 mai sont des originaux et non les fac-similés qu’un abonnement (genre Atlas) fit paraître dans les années 80.

COMBAT (de la Résistance et de la Révolution), titre issu de la clandestinité, dernière édition, 1 page grand format recto-verso

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LA LIBERTÉ, quotidien indépendant d’information du Sud-Est, grand format, édition de Vifllefranche (69) nord Lyon

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le journal précise que le fin des hostilités sera officiellement annoncée aujourd’hui

LA LIBERTÉ édition Valence, Romans, Annonay, Le Puy un peu différente:

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LE PROGRÈS, journal républicain quotidien, édition de Lyon, grand format

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LE PROGRÈS, édition Saint-Etienne, Roanne, vallée du Gier, grand format:

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LE PATRIOTE DE SAINT-ETIENNE, organe du Front National (le mouvement de Résistance) en 2 versions différentes:

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version avec biographie d’Hitler

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version nouvelles locales au verso

LES ALLOBROGES-LE DAUPHINÉ LIBÉRÉ, édition La-Tour-du-Pin, Lyon, grand format,

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le journal met en parallèle Reims 45 et Rethondes 18.

LE PARISIEN LIBÉRÉ, grand format

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LIBÉRATION, grand format, dans une première version du matin,

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puis dans des versions du soir

LIBÉRATION SOIR, grand format,

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et dans un format plus réduit

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LES NOUVELLES, quotidien indépendant d’information du soir, région lyonnaise, grand format,

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L’HUMANITÉ dans une édition spéciale, petit format

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avec une photo du camp de Neudorf en seconde page

Et vue d’un pays moins concerné, la Suisse, la capitulation fait aussi la une, beaucoup plus discrète dans LA GAZETTE DE LAUSANNE (grand format, 4 pages)

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la seconde page est moins austère avec les Vainqueurs et les Vaincus

A centre, au-dessous du soldat hissant les couleurs de la Suisse, la légende « Cinq ans durant, l’armée suisse a fait son devoir, protégeant notre Patrie et donnant à l’Europe l’exemple d’une démocratie unie et forte ».

Mais en 4ème page, le titre précise indirectement que la guerre continue en Asie:

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A suivre, les journaux du 9 mai 1945…

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Lundi 7 mai 1945: la fin de la guerre approche…

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Le PARISIEN LIBÉRÉ annonce comme imminente la fin de la guerre sous le titre « Ultimes combats ». Les armées allemandes sont en débâcle. Un petit encart en dessous de la photo annonce que « dès que la nouvelle de la Victoire sera officiellement proclamée, tous les édifices publics (de Paris) seront pavoisés », « le black-out sera supprimé  » et « les fontaines de la Concorde et des Champs Elysées seront illuminées ». Quant « aux écoles, elles auront congé le lendemain ».

On se prépare au grand événement…

Au verso

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la suite des articles de la Une et les résultats sportifs.

Il faut dire que le papier fait cruellement défaut et que ce Parisien se contente d’un feuillet de 29x43cm recto-verso!

A suivre, les journaux du 8 mai 1945…

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Lettre du 17 octobre 1944- BARBIèRES (Drôme)-Evènements du VERCORS-Répression.

Une lettre datée du 17 octobre 1944 qui raconte les évènements du Vercors de juillet 1944. Barbières est situé au pied des Monts du matin, à l’est de la plaine de Valence, au début du col du Tourniol. Après quelques mots s’enquérant de la santé des correspondants et donnant des nouvelles de la famille, l’auteur raconte:

« Au 9 juin, j’avais rejoint le maquis du Vercors en compagnie de Ruchon, Jean Reynier, Raymond Reynier, René Blachon, Nicolas Marcel, nous y sommes restés jusqu’à fin juillet date à laquelle les Boches nous ont attaqués en force. Vous avez dû l’apprendre dans les journaux ainsi que toutes les atrocités commises. Barbières étant zone rouge ainsi que tout le pays le long de la montagne, nous avons eu l’occupation des Mongols pendant 17 jours; ce fut le règne de la terreur, pillage, incendies et viols. Heureusement aucune victime au pays, ma femme ne pouvant rester avec Ginette seule dans le grand bâtiment s’était réfugiée chez M. Bellier sur Besayes le 21 juillet. Le 22 au matin, les rafles et les perquisitions commençèrent à la pointe du jour. Vous pensez bien que notre logement ainsi que l’usine n’y ont pas…

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…échappé; à l’usine tous les tissus sont partis, quant à la maison, le poste, le vélo, le linge, les couvertures, le lainage, les vêtements, les chaussures etc…, ils nous ont laissé tout de même les meubles, la vaisselle et quelques vieilles nippes, vous pensez un peu dans l’état que cela avait mis. Ma femme quand elle est rentrée chez elle de trouver une maison toute bouleversée et moitié vise, nos réserves en nourritures, 12 douzaines  d’oeufs , un jambon, du lard, 25kg de farine blanche, 5 kg de sucre, 10 kg d’haricots, 8 kg de maïs, 5 kg d’orge torréfiée, le beurre, la graisse, le vin en un mot il nous reste plus que nos yeux pour pleurer. Après cette secousse, ma mère est décédée le 15 août, cela fait que nous sommes tous monté à Bouvante chez les parents de ma femme pour passer trois semaines de tranquillité qui nous a fait tant de bien à tous.

Vous avez dû savoir que Saint-Jean, Saint-Nazaire et Pont-en-Royans ont été bombardés par les boches de 20 juin; Saint-Nazaire a beaucoup souffert aussi l’usine est paralysée pour quelques temps à cause des dégâts t le pillage qu’elle a subi. A Barbières, nous avons recommencé le 2 octobre, nous pensons pouvoir travailler en attendant de recevoir les nouvelles matières, au kaolin ça ne marche pas fort, le manque de transports se fait sentir… »

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La répression qui fut terrible sur le plateau (Vassieux, La Chapelle, La Luire…) le fut également au pied où les Allemands attendaient les maquisards descendant du plateau plutôt que les poursuivre dans les forêts et ne souhaitaient que la population les aide. Le passage de l’Isère pour ses jeunes fuyant le plateau fut fatal pour beaucoup (nombreuses stèles le long de la route vers Saint-Nazaire-en-Royans). Les Mongols dont on parle sont des supplétifs de la Wehrmacht issus de l’Est (Azerbaïdjan…) spécialisés dans des taches pour semer la terreur après les combats qui furent menés par des Alpins et des Parachutistes sur le plateau.

 

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Août 1944: Une jeune fille raconte la Libération de VALENCE (Drôme)

Il s’agit d’une lettre de 16 pages dans laquelle une jeune fille de 16-18 ans raconte les difficiles moments ayant précédé la Libération de la moyenne Vallée du Rhône à partir du 15 août 1944. En effet, les Allemands refluaient du Midi de la France depuis ce 15 août, date du débarquement de Provence. A des unités presque débandées s’ajoutait une PanzerDivision composée de combattants aguerris et dotée de matériel important. Les Américains décidèrent d’essayer de couper la route à ces troupes dans la région de Montélimar, où la vallée du Rhône est la plus étroite entre colline et fleuve,  en remontant rapidement par la route Napoléon puis en obliquant vers l’Ouest par la vallée de la Drôme. Les combats de la bataille de Montélimar (the Battle of Montelimar) furent violents et meurtriés mais la PanzerDivision réussit à passer. Plus au nord, Valence reçut quelques éclaboussures à partir du 15 août, meurtrières-surtout pour la population civile. C’est ce que raconte cette jeune fille. Je reproduis les 16 pages de sa lettre car tout y est intéressant.

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Valence le 9/9/44

My Dear friend

J’ai attendu pour t’écrire d’être rentrée dans ma chère ville de Valence libérée depuis le 31 août à 5h. du matin. Quand nous avons appris la Libération de Valence faite presque sans combat nous ne pouvions croire à un tel bonheur. Les maquisards nous avaient dit quelques jours auparavant que la prise de Valence serait dure car il y avait deux Etats Majors boches qui ne voulaient absolument pas se rendre et avaient ordonné à leurs troupes une résistance acharnée. Heureusement il n’en a rien été de tout cela ce qui a sauvé la ville. Ce sont les durs combats qui se sont déroulés dans le sud de la Drôme. Les Boches ont tenté un effort désespéré et se sont fait massacrer par milliers. Les Américains eux-mêmes ont subi  de très lourdes pertes , il paraît que même en Italie, ils n’avaient pas livré de si durs combats. Ils ont filmé la bataille de Marsanne pour l’envoyer en Amérique. Entre Montélimar et Livron, la route était jonchée de cadavres. Dans un champ près de Livron, les cadavres boches étaient empilés sur un mètre de haut. A un endroit, il y avait 78 pièces qui tiraient à la fois. Tu te représentes l’enfer que ça devait être. Les boches se voyant perdus se sont mis à fuir et les Valentinois avec la joie que tu devines, ont vu défiler pendant des jours et des nuits l’armée en déroute. Les Américains pour épargner la ville ne leur ont pas tiré dessus, se réservant de les battre plus loin. C’est ainsi que la ville a été épargnée. Quand l’armée allemande  a eu fini de défiler, les Américains accompagnés de FFI ont pénétré dans la ville et ont fait prisonnier les quelques boches qui s’y trouvaient encore . Pour cela, il a suffi de donner quelques coups de canons et tout est rentré dans l’ordre.
Lundi, il y a eu une grande fête à Valence. 4 000 FFI sous les ordres du lieutenant colonel Legrand ont défilé au Champ de Mars sous les acclamations de la foule. Il y avait quelques jeunes filles parmi les FFI entre autre J. Delpeuch qui a eu un de ses frères fusillé et sa mère arrêtée pendant un certain temps. On a fait aussi défiler devant les Valentinois certaines personnes un peu trop bien avec messieurs les boches, la tête rasée ces dames avaient paraît-il fière allure. Je regrette bien de n’avoir pas pu assister à la cérémonie. Je suis malheureusement rentrée de la campagne que depuis hier matin. Depuis le 15 août, ça m’a fait trois semaines de vacances mais je m’en serais bien passé. j’espère bien ne plus en avoir de pareilles. D’autre part nous nous sommes fait un mauvais sang fou au sujet de Valence. Nous voyions la ville rasée et mon père et mes grands-parents tués et d’autre part, nous étions nous-mêmes loin d’être en sécurité. Ce que nous savions c’est que nous n’étions pas prisonniers comme à Valence, nous avions la possibilité de fuir les combats. D’ailleurs, je crois que si j’étais restée à Valence après la frayeur que j’ai eu le 15 août, je serais devenue folle. Je n’aurais pas pu supporter d’entendre sonner la sirène. Valence a été bombardée le 18 août pour couper le pont qui avait été manqué le jour du 15 août. Ce sont les dernières arches près de Granges qui ont été démolies mais il est tombé des bombes sur les deux rives. Le moulin qui se trouvait sur le quai du Rhône a été complètement détruit et il est tombé beaucoup de bombes au parc. La partie située près du Rhône est méconnaissable, il y avait des entonnoirs où des maisons entières auraient pu être englouties car c’étaient des bombes de 3 000kg. La preuve Eliette Epic a été tuée aux Granges.  Les Bourne ont passé près car il y a eu deux maisons de démoli tout près de chez eux.

On m’a appris aussi la mort de G. Veillet et de son père survenue lors du bombardement de mon quartier le 15 août. Le père de M. Lévy a été tué aussi. Il peut y avoir aussi d’autres personnes que nous connaissons car je n’ai malheureusement pas pu voir la liste des victimes. Le bombardement le plus meurtrier, celui du 15 août, a fait plus de 500 morts et on a retiré 500 corps des décombres. Mais il y a beaucoup de gens que l’on n’a pas retrouvé. Quand je t’ai écrit, je n’avais pas encore beaucoup de précision sur les dégâts car j’ai quitté Valence le plus rapidement possible (l’alerte n’était pas encore terminée) mais ce qu’on m’avait dit n’était malheureusement pas exagéré. Entre Autun (merci M.Manifacier pour les précisions à lire dans les commentaires- NDLR) et la Mairie, des rues entières sont démolies, la préfecture a brûlé entièrement, une grande partie de l’hôpital a été détruite, la salle des fêtes n’a pas été touchée mais c’est comme pour la mairie, presque un miracle car les maisons voisines n’existent plus. De la fenêtre de notre petite salle à manger, nous avons une vue générale sur les ruines qui ne sont malheureusement pas aussi belles que celles de l’Acropole. Les 3 maisons du bureau de tabac, du marchand de TSF et du matelassier qui ne sont pas à plus de 6 mètres de chez nous, tu te souviens comme la rue est étroite, ne sont plus qu’un amas de décombres. La rue Farnerie est détruite, la pension où allait Mme Anney n’existe plus, les deux demoiselles qui la tenaient, leur bonne et 2 ou 3 pensionnaires ont été tués. Comme tu le vois, Valence qui avait été épargnée pendant longtemps a fini par payer un tribut à la guerre, un lourd tribut car je ne t’ai pas encore tout raconté. Le bouquet, ça était l’explosion du 29 août. Ces messieurs les boches se voyant perdu ont conçu le charitable projet  de détruire les Valentinois avant de les quitter sans doute pour les remercier de leur hospitalité. Pour cela, ils n’ont rien trouvé de mieux que de faire sauter leurs explosifs qui se trouvaient dans un train qui s’étendait depuis le pont de la Cécile jusqu’à la Palla, non loin de chez mes grands-parents. Il paraît que les explosifs auxquels ils ont mis le feu étaient de la nitro-glycérine, le plus fort explosif qui existe, pire que la dynamite. Aussi tu te rends compte de l’effet produit. Des quartiers entiers situés près de la voie ferré ont été détruits. On se perd au milieu des décombres. On ne peut plus reconnaître les rues. Par miracle, il n’y a eu qu’une quarantaine de morts et environ 200 blessés. On peut dire que c’est providentiel, étant donné l’étendue des dégâts.

Beaucoup de gens ont vu tomber leurs cloisons même leur toit et n’ont pas été blessé. J. Charrier m’a dit que sa maison était inhabitable, elle a passé à travers son plafond, tu te rends compte de la frayeur qu’elle a dû avoir. H. Nougier avait été blessée mais légèrement, je l’ai rencontrée hier dans la rue. Mes grands-parents ont passé près, ils ont eu leur toit abîmé, plusieurs portes et volets arrachés, il y a une cloison qui est tombée sur le lit de ma grand-mère. C’était à 1h. de l’après-midi que l’explosion a eu lieu et ma grand-mère a l’habitude de se reposer sur son lit après son déjeuner. Heureusement qu’elle ne s’y trouvait pas à ce moment-là. Quant à mon grand-père, il était dans son jardin où l’on a trouvé de gros morceaux re rail et de gros blocs de pierre provenant de la maison voisine, une vieille masure pas solide qui s’est effondrée à moitié et où les gens n’ont rien eu. Inutile de dire que les trois quarts de la ville sont sans carreaux car l’explosion a eu des répercussions très loin. Chez les demoiselles Chatelain, il est tombé un morceau de cloison et pourtant elles habitent loin du lieu de la catastrophe. A la mairie, les fenêtres se sont ouvertes? Si les vitres ne se sont pas cassées, c’est qu’elles l’étaient déjà. Depuis mercredi, on nous a posé des vitres à une fenêtre par pièce, les autres fenêtres ont été bouchées avec des planches. Pour le moment, on se contente de fermer les volets, nous n’y verrons pas très clair. Cet hiver, il faudra allumer l’électricité de bonne heure mais nous n’avons pas le droit de nous plaindre. Si nous étions tentés de le faire, il n’y aurait qu’à aller faire un petit tour à la Cécile ou même dans notre quartier… les habitants de ces immeubles changeraient bien leur sort pour le nôtre. Et encore ce ne sont pas ces gens que je plains vraiment, ce sont ceux qui ont perdu des membres de leur famille. Quand on est en vie, même que l’on soit dans le dénuement le plus complet, on n’a pas le droit de se plaindre. Qu’est-ce tout cela en comparaison de tous ces jeunes qui ont été fusillés, ces victimes des bombardements morts à la veille de la Libération. Quand on pense à toutes ces victimes, la joie actuelle en est un peu assombrie.

Il y a surement une dizaine de jours, les boches ont brûlé deux maisons à La Baume-Cornillane et fusillé 10 jeunes. Ils étaient venus installer une pièce et se sont battus avec les maquisards? Nous entendions la mitrailleuse. Ils se sont avancés près de notre hameau. Il n’y avait plus qu’un ravin qui nous en séparait. Quand nous avons vu ça, maman et moi sommes parties dans le bois. Tous les gens réfugiés comme nous, qui n’avaient pas de ferme à garder en ont fait de même. Personne ne tenait à rester avec ces messieurs. Heureusement les Américains approchaient. A ce moment-là aussi ces messieurs n’ont aps osé s’approcher plus loin et ont regagné Valence précipitamment. Il était temps pour eux car le lendemain, nous étions avec les Américains. Ce jour-là, nous avons eu encore une émotion: les Boches cantonnés au plateau des Beaumes tiraient sur les batteries américaines installées dans un bois près de chez nous. Nous entendions siffler les obus. Je dois t’avouer que je me suis crue perdue pour le reste. Je n’étais pas la seule. Les gens n’en menaient pas large. Heureusement, les Américains n’ont pas riposté et ces messieurs voyant qu’ils travaillaient en pure perte ont cessé le feu. Si on s’était vraiment battu à Valence, nous aurions été obligés de fuir dans les montagnes car nous aurions reçu les obus boches. Depis le 15 août jusqu’à la Libération, nous n’avons pas connu un moment de tranquillité. Les premiers jours de notre arrivée, le pays était infecté de DCA et comme il ne faisait que passer des bombardiers, elle tapait sans arrêt si bien qu’on n’osait pas sortir. Le dimanche après le 15 août, nous avons été terrifiés, nous sommes allées nous réfugier dans une cave car il a passé 66 bombardiers au-dessus de nos têtes et la DCA ne s’est pas arrêtée de taper pendant 20 minutes. Nous avions peur qu’elle finisse pas toucher quelque avion et qu’il nous déverse ses bombes dessus. Plusieurs personnes étaient montées sur une colline pour mieux voir, ils étaient persuadés qu’ils e craignaient rien car ils étaient à l’abri sous des arbres. Tu penses si ça protégeait contre les éclats de DCA et les avions n’allaient pas leur lâcher les bombes dessus. Il est certain qu’ils n’allaient pas le faire volontairement mais s’ils avaient été atteints, ils auraient bien été obligés de les déverser et sur un nombre pareil d’avions, il y avait des chances pour qu’au moins un avion soit atteint. Heureusement, cela ne s’est pas produit mais aurait bien pu se produire. Il arriverait moins d’accident si les gens étaient un peu plus prudents. Je ne sais pas si les événements en étaient la cause mais  ces derniers temps, les gens étaient devenus complètement inconscients. Ils étaient environnés de tant de dangers qu’ils ne faisaient plus attention. Je vais te raconter le bel exploit de mon père le jour du 15 août. Quand la sirène s’est mise à sonner, les avions étaient déjà là et la DCA s’est mise à taper. Mes parents m’ont dit « descends vite, nous te suivons ». Ma mère s’est vite dépêchée de fermer les volets et a recommandé à mon père de l’aider. Quand elle pénètre dans la salle à manger, est-ce qu’elle ne voit pas mon père qui avait ouvert toute grande la fenêtre et passait sa tête bien dehors pour contempler un avion qui volait très bas et à ce moment-là la DCA tapait. Maman lui dit « tu n’y es plus, tu vas te faire tirer ». A peine mon père avait-il fermé la fenêtre que l’avion qu’il contemplait lâche ses bombes sur la Préfecure. Mes parents ont été pris comme dans une tempête et se sont accrochés à la porte pour ne pas tomber, puis ils sont descendus sans perdre de temps à l’abri. C’était le moment car quelques instants après, les bombes tombaient dans notre rue et là, ils auraient été tués par le souffle. Il faut assister à un bombardement pour se rendre compte de l’imprudence que l’on commet en négligeant de descendre à l’abri sitôt que la sirène sonne. Enfin heureusement que tout cela a pris fin. Mon journal du front se termine. Je vais te raconter maintenant des histoires plus réjouissantes, c’est-à-dire mon entrevue avec les Américains.

Le jour de la Libération de Valence, deux Américains sont veus se promener dans notre hameau. Un de nos voisins leur a offert à goûter mais ils ont eu de la difficulté à se comprendre. Malheureusement je n’étais pas là car j’aurais pu leur parler sans me faire moquer de moi car les gens n’auraient pas compris si le leur avais dit des bêtises. Deux jours après, nous sommes allés voir à Montvendre une amie de maman et ses enfants ont amenés 3 Américains au moment où nous y étions. Je n’ai pas osé leur parler mais j’ai bien compris ce qu’on leur disait et ce qu’ils disaient. L’un était assureur, l’autre s’occupait des vedettes et vivait à San Francisco. Quant au 3ème, il bâtissait des maisons, traduis-le comme tu voudras. Quant à moi, je pense qu’il devait être architecte. Je dois t’avouer que tous les 3 étaient extrêmement sympathiques mais j’avais vraiment le béguin pour le bâtisseur de maisons. IL est impossible de trouver visage plus agréable. J’aurais voulu que tu vois son expression. Il était certainement protestant et même peut-être un descendant des Puritains. Maman elle-même a reconnu que quand on a un tel visage, on ne peut avoir qu’une belle âme. Tu dois te dire « cette pauvre Christiane est en train de divaguer, les émotions qu’elle a reçu lui ont atteint le cerveau », il n’en est rien rassure-toi, on se remet vite quand on voit l’allégresse qui règne dans Valence. On se frotte les yeux pour se demander si on ne rêve pas en voyant toutes les maisons pavoisées, les rues sont pleines de monde et de troupes. Sur les boulevards et dans l’avenue Victor Hugo, on n’ose plus traverser de peur de se faire écraser. La Croix d’Or est toute couverte de drapeaux et devant la porte, on voit 3 canons qui sont des trophées pris à l’ennemi. Les élèves du collège se promènent avec les Américains et baragouinent tant bien que mal. C’est dommage que tu ne sois pas avec moi car nous essayerions nous aussi de parler. Mlle Chatealin me dit que je devrais leur parler mais tu ne me vois pas les arrêtant. Lucie n’ose pas non plus. Aux Américains se mêlent des soldats français que l’on a des peines à distinguer des autres. Les hôtels autrefois garnis de verdure sont remplis maintenant d’une foule de personnages habillés de kaki dont la vue est un peu plus réconfortante. Les soldats sont entourés d’une nuée de gosses qui elu mendient des bonbons. Le collège est occupé par les troupes. Il paraît  qu’ils ont installé un grand fourneau au milieu du hall et quand on y pénètre, on sent une odeur appétissante. Certainement on ne rentrera pas de sitôt car même morsque les troupes seront parties, il aura besoin de sérieuses réparations. Les vitres sont toutes cassées et plusieurs cloisons risqueraient de tomber sur les professeurs et les élèves. Je recommence à travailler, on pense que le bac ne sera pas avant le mois de novembre. J’en ai bien besoin car il me semble que j’ai tout oublié. Inutile de te dire que depuis le 15 août, je n’avais pas ouvert un livre et même depuis le début août avec les alertes continuelles, je ne pouvais pas travailler.

J’ai oublié de te dire que les Américains s’étonnent beaucoup que les femmes ne votent pas en france. Chez eux, elles votent à partir de 18 ans et les hommes seulement à partir de 21 ans. J’espère bien qu’on va aussi instituer ce régime en France. Les femmes le méritent bien car il y en a qui ont vraiment aidé  à sauver la France en étant agent de liaison, ce serait que leur rendre justice.
Il est temps que je termine ma lettre si je ne veux pas te faire payer une taxe pour être trop lourde.
J’attends impatiemment une longue lettre. Bien des choses à ta soeur.
Affectionnately,

Christiane

Ouf! un peu long mais ça en vaut la lecture. Une vraiment très longue lettre qui m’a fait penser tout de suite, la première fois, aux textes du journal d’Anne Frank. Outre le fait que c’est bien raconté (la jeune fille aurait dû certainement passer le bac en juin 44, lequel bac avait été reporté), tout ce qu’elle dit est d’une grande valeur historique et comme dans le journal d’AF, on retrouve les premiers émois de jeune fille à la vue des Américains et des considérations féministes.

Tout y est: les bombardements US pour détruire les ponts sur le Rhône et freiner le repli allemand, bombardements qui comm e à Avignon, firent de nombreuses victimes civiles, la Libération de Valence sans combat et les parades qui suivirent, les femmes tondues, l’explosion d’un train de munitions, des escarmouches au pied du Vercors, des maquisards exécutés par les Allemands, les destructions de guerre et les victimes civiles.

Le nombre des morts a été un peu surévalué (280 morts et 200 blessés le 15 août; 16 morts et des centaines de blessés pour l’explosion du train de nitro). Quant aux maquisards fusillés dans le secteur de la Baume-Cornillane, je ne vois pas pour l’heure de quel événement il s’agit. La Croix d’Or est un hôtel devant lequel on posa des trophées de guerre, de canons pris à l’ennemi.

Arlette, la mère de la belle-soeur My., a lu cette lettre avec émotion et a retrouvé tout ce qu’elle avait vécu, jeune de fille de 13 ans en 1944 (un peu plus jeune que Christiane) habitante de Bourg-les-Valence, proche de l’actuelle préfecture donc très près de la zone bombardée. Elle a ajouté: « j’aurais pu écrire cette lettre! »

Une grande page d’Histoire valentinoise dans la grande Histoire.

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