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De bien inquiétants MONGOLS à ANCÔNE…

Eté 1944… La retraite de l’armée allemande en vallée du Rhône, conséquence du débarquement de Provence du 15 août…. La Bataille de Montélimar. De violents combats opposent les Allemands qui fuient vers le nord et les Américains qui essaient de les coincer à l’endroit où la vallée est le plus étroite, c’est-à-dire entre Donzère et Loriol où les eaux du Rhône viennent lécher les collines des Préalpes.

Ancône est un peu à l’écart de la Nationale 7 encombrée de matériel abandonné, mitraillée par l’aviation alliée, contrairement à La Coucourde ou Derbières au coeur de la bataille, ou la plaine des Andorrans plus à l’est…

Voilà que dans ce décor, que dans cette situation de chaos, une troupe de Mongols vient faire une halte dans le village.

« Des Mongols ! » me dites-vous.

Photo d’un prisonnier « mongol » à Privas.

Pas tout à fait ou pas seulement. Il s’agit là d’un terme générique désignant des supplétifs de la Wehrmacht, originaires des Républiques Soviétiques, appelés ainsi pour leurs faciès asiatiques, enrôlés de force pour certains, engagés volontaires pour lutter contre le communisme pour d’autres. Suivant qu’il s’agisse des uns ou des autres, leur attitude  et leur engagement par rapport au Reich sont bien différents. Les uns ne veulent que rentrer chez eux au plus vite et souhaitent la défaite des Nazis. Certains rejoindront d’ailleurs le Maquis. Les autres sont fanatisés et sont prêts à commettre des exactions, sentant leurs destins leur échapper. Quoiqu’il en soit, les uns comme les autres connaîtront des fins tragiques, tués aux combats ou éliminés par les Soviétiques à leur retour, considérés comme traitres ou fascistes… même quand ils n’y étaient pour rien !

Toujours est-il que leur réputation est faite et que, malgré des moyens d’informations réduits durant l’Occupation, les populations locales savent qu’on doit tout redouter du passage de ses hommes, livrés à eux-mêmes bien souvent. Madame Devin qui nous a parlé de ces visiteurs inopportuns se souvient des heures angoissantes que connut le village et elle-même également, lors de leur halte, cette après-midi-là, entre le 15 et le 27 août 1944.

Equipé de véhicules hippomobiles, les Mongols se mirent à l’ombre dans les rues du village.

Que faisaient-ils donc là ?

En lisant Louis-Frédéric Ducros dans le tome 3 des « Montagnes ardéchoises dans la guerre », on apprend que, parmi les unités en retraite remontant du Sud-Ouest et devant traverser l’Ardèche, se trouvaient des troupes composées principalement de turkmènes encadrés par des Allemands. Une photo montre un groupe de Résistants posant devant un café d’Aubenas avec un drapeau pris à une légion SS d’Azerbaïdjan.

Ces hommes, harcelés par la Résistance, se rendirent en masse au point d’envahir les lieux de détention, à Privas principalement, la caserne Rompon, le camp de Chabanet, l’asile Sainte-Marie… On dénombra plusieurs milliers de prisonniers dont près de deux mille se rendirent sur le Coiron, du côté de Darbres et Freyssenet.

En regardant la carte proposée Ducros,

on voit que certaines unités choisirent de descendre jusqu’au Rhône pour remonter par la Nationale 86 (route de Saint-Remèze à Bourg-Saint-Andéol, route de la vallée de l’Ibie pour arriver à Viviers ou au Teil, route d’Aubenas au Teil). Etait-ce un groupe de l’une d’elles qui traversa tant bien que mal le fleuve pour se retrouver à Ancône ?

La présence de Mongols sur la rive gauche du Rhône n’avait été confirmée dans le passé, par mon père, qui se souvenait de quelques déserteurs asiatiques de la Wehrmacht ayant rejoint la Résistance locale du côté de Caderousse au moment de la Libération.

Peut-être y avait-il des unités de Mongols dans le Sud-Est, bien que je pense qu’il s’agissait plutôt de groupes venus du Sud-Ouest, ayant traversé  le Rhône, malgré tous les ponts détruits, en barque puis ayant volé quelques voitures hippomobiles, quelques chevaux et quelques vélos pour fuir vers le nord ?

Donc à Ancône, cette après-midi chaude d’août 1944…

Vous trouverez cette anecdote et bien d’autres sur Ancône pendant la Seconde Guerre Mondiale sur les Cahiers d’Ancône n° 3, pages 14 à 21… ainsi que les biographies des quatre MPF, Aimé James, Adrien Montchaud, Louis Delpech et Camille Revelin, pages 8 à 13.

Les Cahiers d’Ancône n°3, parution le 21 septembre, 44 pages, 134 illustrations, 7 euros.

Illustrations de cet article (2 photos et 2 cartes) extraites de « Montagnes ardéchoises dans la guerre » (tome III) de Louis-Frédéric Ducros, 3ème trimestre 1981.

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JEUX: DUEL puis 3 scénarios de MÉMOIRE 44 avec PRESTON à la maison (samedi 2 septembre)

Début de soirée tranquille avec une double confrontation sur DUEL, la (très réussie) version à deux de 7 WONDERS.

Première partie largement remportée par Preston 48-35, je prends ma revanche sur la seconde manche 58-53. Décidément, Preston est le grand spécialiste des cartes bleues (18-0 puis 29-8) et je reste le plus belliqueux avec deux victoires militaires 10-0.

Cela faisait plusieurs années que l’on n’avait ouvert MEMOIRE 44 bien qu’ayant testé chez Fred et Sylvain des jeux de guerres de cette famille. Il fallut donc relire les règles du jeu pour se remettre dans l’ambiance.

Premier scénario: la Bataille de Montélimar dont Preston découvre l’existence.

Les positions de base des unités et du relief où l’on reconnaît la ville de Montélimar, Bonlieu, la colline de Savasse, celles infranchissables de Condillac et bien entendu, le Rhône. Six médailles à gagner ce que Preston réussira en premier en faisan une sorte que ses blindés atteignent les rives du Rhône pur obtenir la 6ème médaille.

La situation des unités en fin de manche avec les Allemands bien plus décimés que dans la vraie histoire et des Américains bien plus fringants qu’ils ne le furent fin août 44.

Second scénario avec un épisode du D-Day et la prise de Pégasus Bridge par les paras britanniques. Un scénario très compliqué pour les Allemands inférieurs en nombre face aux Britanniques.

Sans surprise, seconde victoire incontestable de Preston qui jouait les Alliés (on n’a pas changé de camp pour les 3 parties).

Troisième scénario avec un autre épisode du D-Day: le débarquement des Britanniques à Sword Beach.

Là, il s’agit d’une partie où l’Allemand devrait être malmené puisque ce fut le cas dans l’histoire réelle. Les troupes alliées sont en nombre mais elles resteront coincées sur la plage normande, incapable d’infliger la moindre perte aux trois bunkers posés sur la côte. Bien à l’abri dans ces ouvrages du Mur de l’Atlantique ou dans les villes de l’arrière, l’Allemand ne connaîtra aucune perte pour un 6-0 cinglant.

Bonne soirée. A refaire !

 

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LA BATAILLE DE PROVENCE (août 1944): la carte MICHELIN de 1947

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Comme pour le débarquement de Normandie, Michelin a édité en 1947 une carte Michelin spéciale Bataille de Provence, qui résume à grand coups de flèches mauves le déroulement du débarquement de Provence du 15 août 1944 puis la Libération de la région de Menton à Avignon, en indiquant les dates et les unités impliquées.

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La carte des lieux et des opérations.

Il s’agit d’une carte Michelin normale de l’époque avec en sur-impression les indications historiques. Elle est complétée par une page racontant le déroulement des faits

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et une annexe avec les endroits importants pour la bataille. 

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Ainsi le touriste voulant parcourir le pays trouvait-il, au sortir de la guerre, un document complet et succinct pour son parcours mémoriel.

Voyons en détail les principales indications historiques de la carte

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En premier, le débarquement proprement dit sur les plages du Var, du Cap Nègre (cher à qui tout le monde sait maintenant) jusqu’à la plage du Drammont à Agay et à Anthéor. On y voit que, contrairement au 6 juin où le rôle de la France était quasi anecdotique (pardon pour les commandos Kieffer), en Provence, toute une série de plages furent prises par les Français libres de De Lattre de Tassigny. 

A l’arrière du front, des troupes aéroportées vinrent désorganiser les renforts allemands en sautant du côté de Draguignan.

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Les îles au large d’Hyères furent aussi libérées en même temps.

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On voit en lisant les dates que la progression franco-américaine fut beaucoup plus rapide qu’en Normandie, Hitler ordonnant à ses troupes de se retirer tout en laissant quelques points de résistance pour freiner l’avancée des libérateurs.

Vers l’est, à l’intérêt stratégique minime, la progression fut plus lente,

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les Américains laissant les Maquis préparer le terrain. Ainsi Nice, à quelques dizaines de kilomètres des plages du débarquement ne fut libérée que 3 jours avant Lyon à 400 km de ces mêmes plages (et Menton, 5 jours après Lyon).

L’effort franco-américain se porta sur les 2 grands ports de la Méditerranée où les renforts pouvaient débarquer rapidement:

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TOULON

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MARSEILLE.

Dans les 2 cas, c’était là que la résistance allemande les attendait et les villes ne tombèrent qu’après de violents combats où les forces françaises furent majoritairement impliquées, que ce soient l’Armée de De Lattre que les unités de la Résistance.

Mais ici, ce qui va intéresser la plus importante bataille du sud de la France, la bataille de Montélimar est marqué par ce grand Z écrasé dans cette partie de la carte

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de Draguignan à Riez et la vallée de la Durance au nord de Manosque. L’indication TBF signifie Task Force Butter, force rassemblant diverses unités américaines devant foncer au plus vite, par les Préalpes bas-alpines sur la moyenne Vallée du Rhône, vers Montélimar et couper ainsi la retraite des unités allemandes se repliant et en particulier de la 11ème Panzer Division venant du Sud-Ouest. The Battle of Montelimar est très connue aux USA et beaucoup moins en France malgré les dégâts dont souffrirent certains villages drômois (La Courcourde-Derbières, La Laupie notamment).

La carte s’arrêtant aux ports d’Avignon le plus au nord, la Bataille de Montélimar n’est pas dessinée.

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JEU: MÉMOIRE 44: le scénario de la bataille de Montélimar (the battle of Montelimar)

Dans quelques jours, on célèbrera les 70 ans de la Libération de notre région de l’occupant nazi.

En 2004 pour le 60ème anniversaire de la Libération de la France, Days of Wonder et Richard Borg ont sorti un jeu de société Mémoire 44 qui propose des scénarios de bataille ayant émaillé le front ouest de la seconde guerre mondiale et la libération de la France, du débarquement de Normandie à la bataille des Ardennes.

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Ce sont des parties que l’on dispute à 2 avec un matériel assez bien fini, un plateau recto-verso avec la mer pour les débarquements au recto et sans mer au verso pour les combats terrestres.

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The Battle of Montelimar étant très connue Aux Etats-Unis comme en Allemagne, un scénario est dédié à cet épisode. Quelques mots pour résumer la situation. Les Alliés ayant débarqué près de Cavalaire, l’Etat-Major allemand décide de replier toutes les unités stationnées dans le sud-est et du sud-ouest de la France dont une unité de panzers. Les Américains mettent au point une force d’intervention rapide qui remontera par la route des Alpes pour venir couper cette retraite au niveau de Montélimar, lieu où les Préalpes viennent tutoyer le sillon rhôdanien.

Voici le plateau de départ du scénario:

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et le scénario: Montélimar-Campagne de Provence 25 août 1944.

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But du jeu: obtenir 6 médailles le premier (destructions d’unités), l’Allemand pouvant obtenir 2 médailles supplémentaires en occupant Bonlieu et Grane, l’Américain en atteignant le Rhône.

Détaillons le plateau. D’un côté la vallée du Rhône, axe vital de repli des unités allemandes.

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Le Rhône et le jeton de victoire supplémentaire américain.

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Les panzers dans Montélimar en haut à gauche.

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Le col de Condillac entre les collines de Savasse (en haut) et celles réputées infranchissables dans le jeu de Marsanne (en bas)

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3 unités d’élite allemandes (vers Espeluche, en bord de Rhône et ici en bord de Drôme), unités se déplaçant plus vite que les autres et plus combattives.

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Dans la plaine de la Valdaine (bas gauche), Bonlieu occupé par les Américains et avec le jeton de victoire supplémentaire allemand.

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Même chose avec Grane sur la vallée de la Drôme (en bas à droite).

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Les Américains arrivant pas l’est vers la moyenne vallée du Rhône.

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Les troupes allemandes refluant au nord de Montélimar.

Scénario assez  réaliste.

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La Mitraillette STEN de la BATAILLE de MONTéLIMAR ou ce qu’il en reste!

Aucune crainte, c’est bien un pistolet-mitrailleur Sten d’origine américaine mais vu son état, il ne risque pas de servir à nouveau un jour…

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Ce bloc de rouille dont il manque la crosse a été trouvé au pied du pont de Pierre à Montélimar, ce pont qui enjambe le confluent Roubion-Jabron et relie la vieille ville au Faubourg Saint-James. C’était quelques jours après la crue du 3 octobre 1988 qui avait été provoquée par un très violent épisode cévenol, ce jour sinistre qui vit plus au sud, les eaux submerger Nîmes et provoquer le décès de 5 personnes. Une balade à pied au « petit Nice », promenade au bord du Roubion, en attendant la sortie de la classe de maternelle d’Am., un banc de sable qu’avait déposé les eaux en furie (vers l’endroit où se situent maintenant des toilettes et un point d’eau) et au milieu, ce morceau de métal qui dépassait ainsi.

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Un peu de curiosité et surprise! au bout du bras, cette magnifique Sten, vestige de la Bataille de Montélimar, the Battle of Montelimar, plus connue aux Etats-Unis qu’en France.

Cette arme était fournie aux Maquis de la Résistance par des parachutages américains. Elle devait avoir séjourné tout ce temps (44 ans) dans la terre ou les sables humides du Roubion et les eaux en furie l’avaient déterrée pour me l’amener sur mes pas. Peut-être un vestige des combats de La Laupie, butte qui changea de main à de nombreuses reprises en cette seconde quinzaine d’août 1944, butte qui surplombe le Roubion.

On parle de la Sten dans ce livre

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dans lequel la mitraillette est expliquée en détails.

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Quelques détails de cette antiquité…

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la gachette

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le chargeur

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l’éjecteur des balles tirées

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la pièce pour armer.

Une pièce « dans son jus » pour le moins et un souvenir émouvant des combats de la Libération de notre région.

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Août 1944: Une jeune fille raconte la Libération de VALENCE (Drôme)

Il s’agit d’une lettre de 16 pages dans laquelle une jeune fille de 16-18 ans raconte les difficiles moments ayant précédé la Libération de la moyenne Vallée du Rhône à partir du 15 août 1944. En effet, les Allemands refluaient du Midi de la France depuis ce 15 août, date du débarquement de Provence. A des unités presque débandées s’ajoutait une PanzerDivision composée de combattants aguerris et dotée de matériel important. Les Américains décidèrent d’essayer de couper la route à ces troupes dans la région de Montélimar, où la vallée du Rhône est la plus étroite entre colline et fleuve,  en remontant rapidement par la route Napoléon puis en obliquant vers l’Ouest par la vallée de la Drôme. Les combats de la bataille de Montélimar (the Battle of Montelimar) furent violents et meurtriés mais la PanzerDivision réussit à passer. Plus au nord, Valence reçut quelques éclaboussures à partir du 15 août, meurtrières-surtout pour la population civile. C’est ce que raconte cette jeune fille. Je reproduis les 16 pages de sa lettre car tout y est intéressant.

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Valence le 9/9/44

My Dear friend

J’ai attendu pour t’écrire d’être rentrée dans ma chère ville de Valence libérée depuis le 31 août à 5h. du matin. Quand nous avons appris la Libération de Valence faite presque sans combat nous ne pouvions croire à un tel bonheur. Les maquisards nous avaient dit quelques jours auparavant que la prise de Valence serait dure car il y avait deux Etats Majors boches qui ne voulaient absolument pas se rendre et avaient ordonné à leurs troupes une résistance acharnée. Heureusement il n’en a rien été de tout cela ce qui a sauvé la ville. Ce sont les durs combats qui se sont déroulés dans le sud de la Drôme. Les Boches ont tenté un effort désespéré et se sont fait massacrer par milliers. Les Américains eux-mêmes ont subi  de très lourdes pertes , il paraît que même en Italie, ils n’avaient pas livré de si durs combats. Ils ont filmé la bataille de Marsanne pour l’envoyer en Amérique. Entre Montélimar et Livron, la route était jonchée de cadavres. Dans un champ près de Livron, les cadavres boches étaient empilés sur un mètre de haut. A un endroit, il y avait 78 pièces qui tiraient à la fois. Tu te représentes l’enfer que ça devait être. Les boches se voyant perdus se sont mis à fuir et les Valentinois avec la joie que tu devines, ont vu défiler pendant des jours et des nuits l’armée en déroute. Les Américains pour épargner la ville ne leur ont pas tiré dessus, se réservant de les battre plus loin. C’est ainsi que la ville a été épargnée. Quand l’armée allemande  a eu fini de défiler, les Américains accompagnés de FFI ont pénétré dans la ville et ont fait prisonnier les quelques boches qui s’y trouvaient encore . Pour cela, il a suffi de donner quelques coups de canons et tout est rentré dans l’ordre.
Lundi, il y a eu une grande fête à Valence. 4 000 FFI sous les ordres du lieutenant colonel Legrand ont défilé au Champ de Mars sous les acclamations de la foule. Il y avait quelques jeunes filles parmi les FFI entre autre J. Delpeuch qui a eu un de ses frères fusillé et sa mère arrêtée pendant un certain temps. On a fait aussi défiler devant les Valentinois certaines personnes un peu trop bien avec messieurs les boches, la tête rasée ces dames avaient paraît-il fière allure. Je regrette bien de n’avoir pas pu assister à la cérémonie. Je suis malheureusement rentrée de la campagne que depuis hier matin. Depuis le 15 août, ça m’a fait trois semaines de vacances mais je m’en serais bien passé. j’espère bien ne plus en avoir de pareilles. D’autre part nous nous sommes fait un mauvais sang fou au sujet de Valence. Nous voyions la ville rasée et mon père et mes grands-parents tués et d’autre part, nous étions nous-mêmes loin d’être en sécurité. Ce que nous savions c’est que nous n’étions pas prisonniers comme à Valence, nous avions la possibilité de fuir les combats. D’ailleurs, je crois que si j’étais restée à Valence après la frayeur que j’ai eu le 15 août, je serais devenue folle. Je n’aurais pas pu supporter d’entendre sonner la sirène. Valence a été bombardée le 18 août pour couper le pont qui avait été manqué le jour du 15 août. Ce sont les dernières arches près de Granges qui ont été démolies mais il est tombé des bombes sur les deux rives. Le moulin qui se trouvait sur le quai du Rhône a été complètement détruit et il est tombé beaucoup de bombes au parc. La partie située près du Rhône est méconnaissable, il y avait des entonnoirs où des maisons entières auraient pu être englouties car c’étaient des bombes de 3 000kg. La preuve Eliette Epic a été tuée aux Granges.  Les Bourne ont passé près car il y a eu deux maisons de démoli tout près de chez eux.

On m’a appris aussi la mort de G. Veillet et de son père survenue lors du bombardement de mon quartier le 15 août. Le père de M. Lévy a été tué aussi. Il peut y avoir aussi d’autres personnes que nous connaissons car je n’ai malheureusement pas pu voir la liste des victimes. Le bombardement le plus meurtrier, celui du 15 août, a fait plus de 500 morts et on a retiré 500 corps des décombres. Mais il y a beaucoup de gens que l’on n’a pas retrouvé. Quand je t’ai écrit, je n’avais pas encore beaucoup de précision sur les dégâts car j’ai quitté Valence le plus rapidement possible (l’alerte n’était pas encore terminée) mais ce qu’on m’avait dit n’était malheureusement pas exagéré. Entre Autun (merci M.Manifacier pour les précisions à lire dans les commentaires- NDLR) et la Mairie, des rues entières sont démolies, la préfecture a brûlé entièrement, une grande partie de l’hôpital a été détruite, la salle des fêtes n’a pas été touchée mais c’est comme pour la mairie, presque un miracle car les maisons voisines n’existent plus. De la fenêtre de notre petite salle à manger, nous avons une vue générale sur les ruines qui ne sont malheureusement pas aussi belles que celles de l’Acropole. Les 3 maisons du bureau de tabac, du marchand de TSF et du matelassier qui ne sont pas à plus de 6 mètres de chez nous, tu te souviens comme la rue est étroite, ne sont plus qu’un amas de décombres. La rue Farnerie est détruite, la pension où allait Mme Anney n’existe plus, les deux demoiselles qui la tenaient, leur bonne et 2 ou 3 pensionnaires ont été tués. Comme tu le vois, Valence qui avait été épargnée pendant longtemps a fini par payer un tribut à la guerre, un lourd tribut car je ne t’ai pas encore tout raconté. Le bouquet, ça était l’explosion du 29 août. Ces messieurs les boches se voyant perdu ont conçu le charitable projet  de détruire les Valentinois avant de les quitter sans doute pour les remercier de leur hospitalité. Pour cela, ils n’ont rien trouvé de mieux que de faire sauter leurs explosifs qui se trouvaient dans un train qui s’étendait depuis le pont de la Cécile jusqu’à la Palla, non loin de chez mes grands-parents. Il paraît que les explosifs auxquels ils ont mis le feu étaient de la nitro-glycérine, le plus fort explosif qui existe, pire que la dynamite. Aussi tu te rends compte de l’effet produit. Des quartiers entiers situés près de la voie ferré ont été détruits. On se perd au milieu des décombres. On ne peut plus reconnaître les rues. Par miracle, il n’y a eu qu’une quarantaine de morts et environ 200 blessés. On peut dire que c’est providentiel, étant donné l’étendue des dégâts.

Beaucoup de gens ont vu tomber leurs cloisons même leur toit et n’ont pas été blessé. J. Charrier m’a dit que sa maison était inhabitable, elle a passé à travers son plafond, tu te rends compte de la frayeur qu’elle a dû avoir. H. Nougier avait été blessée mais légèrement, je l’ai rencontrée hier dans la rue. Mes grands-parents ont passé près, ils ont eu leur toit abîmé, plusieurs portes et volets arrachés, il y a une cloison qui est tombée sur le lit de ma grand-mère. C’était à 1h. de l’après-midi que l’explosion a eu lieu et ma grand-mère a l’habitude de se reposer sur son lit après son déjeuner. Heureusement qu’elle ne s’y trouvait pas à ce moment-là. Quant à mon grand-père, il était dans son jardin où l’on a trouvé de gros morceaux re rail et de gros blocs de pierre provenant de la maison voisine, une vieille masure pas solide qui s’est effondrée à moitié et où les gens n’ont rien eu. Inutile de dire que les trois quarts de la ville sont sans carreaux car l’explosion a eu des répercussions très loin. Chez les demoiselles Chatelain, il est tombé un morceau de cloison et pourtant elles habitent loin du lieu de la catastrophe. A la mairie, les fenêtres se sont ouvertes? Si les vitres ne se sont pas cassées, c’est qu’elles l’étaient déjà. Depuis mercredi, on nous a posé des vitres à une fenêtre par pièce, les autres fenêtres ont été bouchées avec des planches. Pour le moment, on se contente de fermer les volets, nous n’y verrons pas très clair. Cet hiver, il faudra allumer l’électricité de bonne heure mais nous n’avons pas le droit de nous plaindre. Si nous étions tentés de le faire, il n’y aurait qu’à aller faire un petit tour à la Cécile ou même dans notre quartier… les habitants de ces immeubles changeraient bien leur sort pour le nôtre. Et encore ce ne sont pas ces gens que je plains vraiment, ce sont ceux qui ont perdu des membres de leur famille. Quand on est en vie, même que l’on soit dans le dénuement le plus complet, on n’a pas le droit de se plaindre. Qu’est-ce tout cela en comparaison de tous ces jeunes qui ont été fusillés, ces victimes des bombardements morts à la veille de la Libération. Quand on pense à toutes ces victimes, la joie actuelle en est un peu assombrie.

Il y a surement une dizaine de jours, les boches ont brûlé deux maisons à La Baume-Cornillane et fusillé 10 jeunes. Ils étaient venus installer une pièce et se sont battus avec les maquisards? Nous entendions la mitrailleuse. Ils se sont avancés près de notre hameau. Il n’y avait plus qu’un ravin qui nous en séparait. Quand nous avons vu ça, maman et moi sommes parties dans le bois. Tous les gens réfugiés comme nous, qui n’avaient pas de ferme à garder en ont fait de même. Personne ne tenait à rester avec ces messieurs. Heureusement les Américains approchaient. A ce moment-là aussi ces messieurs n’ont aps osé s’approcher plus loin et ont regagné Valence précipitamment. Il était temps pour eux car le lendemain, nous étions avec les Américains. Ce jour-là, nous avons eu encore une émotion: les Boches cantonnés au plateau des Beaumes tiraient sur les batteries américaines installées dans un bois près de chez nous. Nous entendions siffler les obus. Je dois t’avouer que je me suis crue perdue pour le reste. Je n’étais pas la seule. Les gens n’en menaient pas large. Heureusement, les Américains n’ont pas riposté et ces messieurs voyant qu’ils travaillaient en pure perte ont cessé le feu. Si on s’était vraiment battu à Valence, nous aurions été obligés de fuir dans les montagnes car nous aurions reçu les obus boches. Depis le 15 août jusqu’à la Libération, nous n’avons pas connu un moment de tranquillité. Les premiers jours de notre arrivée, le pays était infecté de DCA et comme il ne faisait que passer des bombardiers, elle tapait sans arrêt si bien qu’on n’osait pas sortir. Le dimanche après le 15 août, nous avons été terrifiés, nous sommes allées nous réfugier dans une cave car il a passé 66 bombardiers au-dessus de nos têtes et la DCA ne s’est pas arrêtée de taper pendant 20 minutes. Nous avions peur qu’elle finisse pas toucher quelque avion et qu’il nous déverse ses bombes dessus. Plusieurs personnes étaient montées sur une colline pour mieux voir, ils étaient persuadés qu’ils e craignaient rien car ils étaient à l’abri sous des arbres. Tu penses si ça protégeait contre les éclats de DCA et les avions n’allaient pas leur lâcher les bombes dessus. Il est certain qu’ils n’allaient pas le faire volontairement mais s’ils avaient été atteints, ils auraient bien été obligés de les déverser et sur un nombre pareil d’avions, il y avait des chances pour qu’au moins un avion soit atteint. Heureusement, cela ne s’est pas produit mais aurait bien pu se produire. Il arriverait moins d’accident si les gens étaient un peu plus prudents. Je ne sais pas si les événements en étaient la cause mais  ces derniers temps, les gens étaient devenus complètement inconscients. Ils étaient environnés de tant de dangers qu’ils ne faisaient plus attention. Je vais te raconter le bel exploit de mon père le jour du 15 août. Quand la sirène s’est mise à sonner, les avions étaient déjà là et la DCA s’est mise à taper. Mes parents m’ont dit « descends vite, nous te suivons ». Ma mère s’est vite dépêchée de fermer les volets et a recommandé à mon père de l’aider. Quand elle pénètre dans la salle à manger, est-ce qu’elle ne voit pas mon père qui avait ouvert toute grande la fenêtre et passait sa tête bien dehors pour contempler un avion qui volait très bas et à ce moment-là la DCA tapait. Maman lui dit « tu n’y es plus, tu vas te faire tirer ». A peine mon père avait-il fermé la fenêtre que l’avion qu’il contemplait lâche ses bombes sur la Préfecure. Mes parents ont été pris comme dans une tempête et se sont accrochés à la porte pour ne pas tomber, puis ils sont descendus sans perdre de temps à l’abri. C’était le moment car quelques instants après, les bombes tombaient dans notre rue et là, ils auraient été tués par le souffle. Il faut assister à un bombardement pour se rendre compte de l’imprudence que l’on commet en négligeant de descendre à l’abri sitôt que la sirène sonne. Enfin heureusement que tout cela a pris fin. Mon journal du front se termine. Je vais te raconter maintenant des histoires plus réjouissantes, c’est-à-dire mon entrevue avec les Américains.

Le jour de la Libération de Valence, deux Américains sont veus se promener dans notre hameau. Un de nos voisins leur a offert à goûter mais ils ont eu de la difficulté à se comprendre. Malheureusement je n’étais pas là car j’aurais pu leur parler sans me faire moquer de moi car les gens n’auraient pas compris si le leur avais dit des bêtises. Deux jours après, nous sommes allés voir à Montvendre une amie de maman et ses enfants ont amenés 3 Américains au moment où nous y étions. Je n’ai pas osé leur parler mais j’ai bien compris ce qu’on leur disait et ce qu’ils disaient. L’un était assureur, l’autre s’occupait des vedettes et vivait à San Francisco. Quant au 3ème, il bâtissait des maisons, traduis-le comme tu voudras. Quant à moi, je pense qu’il devait être architecte. Je dois t’avouer que tous les 3 étaient extrêmement sympathiques mais j’avais vraiment le béguin pour le bâtisseur de maisons. IL est impossible de trouver visage plus agréable. J’aurais voulu que tu vois son expression. Il était certainement protestant et même peut-être un descendant des Puritains. Maman elle-même a reconnu que quand on a un tel visage, on ne peut avoir qu’une belle âme. Tu dois te dire « cette pauvre Christiane est en train de divaguer, les émotions qu’elle a reçu lui ont atteint le cerveau », il n’en est rien rassure-toi, on se remet vite quand on voit l’allégresse qui règne dans Valence. On se frotte les yeux pour se demander si on ne rêve pas en voyant toutes les maisons pavoisées, les rues sont pleines de monde et de troupes. Sur les boulevards et dans l’avenue Victor Hugo, on n’ose plus traverser de peur de se faire écraser. La Croix d’Or est toute couverte de drapeaux et devant la porte, on voit 3 canons qui sont des trophées pris à l’ennemi. Les élèves du collège se promènent avec les Américains et baragouinent tant bien que mal. C’est dommage que tu ne sois pas avec moi car nous essayerions nous aussi de parler. Mlle Chatealin me dit que je devrais leur parler mais tu ne me vois pas les arrêtant. Lucie n’ose pas non plus. Aux Américains se mêlent des soldats français que l’on a des peines à distinguer des autres. Les hôtels autrefois garnis de verdure sont remplis maintenant d’une foule de personnages habillés de kaki dont la vue est un peu plus réconfortante. Les soldats sont entourés d’une nuée de gosses qui elu mendient des bonbons. Le collège est occupé par les troupes. Il paraît  qu’ils ont installé un grand fourneau au milieu du hall et quand on y pénètre, on sent une odeur appétissante. Certainement on ne rentrera pas de sitôt car même morsque les troupes seront parties, il aura besoin de sérieuses réparations. Les vitres sont toutes cassées et plusieurs cloisons risqueraient de tomber sur les professeurs et les élèves. Je recommence à travailler, on pense que le bac ne sera pas avant le mois de novembre. J’en ai bien besoin car il me semble que j’ai tout oublié. Inutile de te dire que depuis le 15 août, je n’avais pas ouvert un livre et même depuis le début août avec les alertes continuelles, je ne pouvais pas travailler.

J’ai oublié de te dire que les Américains s’étonnent beaucoup que les femmes ne votent pas en france. Chez eux, elles votent à partir de 18 ans et les hommes seulement à partir de 21 ans. J’espère bien qu’on va aussi instituer ce régime en France. Les femmes le méritent bien car il y en a qui ont vraiment aidé  à sauver la France en étant agent de liaison, ce serait que leur rendre justice.
Il est temps que je termine ma lettre si je ne veux pas te faire payer une taxe pour être trop lourde.
J’attends impatiemment une longue lettre. Bien des choses à ta soeur.
Affectionnately,

Christiane

Ouf! un peu long mais ça en vaut la lecture. Une vraiment très longue lettre qui m’a fait penser tout de suite, la première fois, aux textes du journal d’Anne Frank. Outre le fait que c’est bien raconté (la jeune fille aurait dû certainement passer le bac en juin 44, lequel bac avait été reporté), tout ce qu’elle dit est d’une grande valeur historique et comme dans le journal d’AF, on retrouve les premiers émois de jeune fille à la vue des Américains et des considérations féministes.

Tout y est: les bombardements US pour détruire les ponts sur le Rhône et freiner le repli allemand, bombardements qui comm e à Avignon, firent de nombreuses victimes civiles, la Libération de Valence sans combat et les parades qui suivirent, les femmes tondues, l’explosion d’un train de munitions, des escarmouches au pied du Vercors, des maquisards exécutés par les Allemands, les destructions de guerre et les victimes civiles.

Le nombre des morts a été un peu surévalué (280 morts et 200 blessés le 15 août; 16 morts et des centaines de blessés pour l’explosion du train de nitro). Quant aux maquisards fusillés dans le secteur de la Baume-Cornillane, je ne vois pas pour l’heure de quel événement il s’agit. La Croix d’Or est un hôtel devant lequel on posa des trophées de guerre, de canons pris à l’ennemi.

Arlette, la mère de la belle-soeur My., a lu cette lettre avec émotion et a retrouvé tout ce qu’elle avait vécu, jeune de fille de 13 ans en 1944 (un peu plus jeune que Christiane) habitante de Bourg-les-Valence, proche de l’actuelle préfecture donc très près de la zone bombardée. Elle a ajouté: « j’aurais pu écrire cette lettre! »

Une grande page d’Histoire valentinoise dans la grande Histoire.

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