Archives de Tag: VAUCLUSE

108 POILUS de CADEROUSSE, 108 DESTINS… Célestin CARTIER.

108 noms de Poilus de Caderousse tombés lors de la Grande Guerre. 108 parcours qu’on va essayer de raconter au fil des semaines et des mois jusqu’au 11 novembre 2018.

Vingt-septième nom de la liste: Cartier Célestin Jean.

SAMSUNG CAMERA PICTURES

Première face du Monument.

On croyait avoir écrit la biographie la plus courte avec celle de Martial Bertet ! Celle de Célestin Cartier risque d’être encore plus rapide. On pourrait d’ailleurs faire une copie de celle de Martial tant leurs deux destins sont proches. En quelques mots: ils furent incorporés au 61ème Régiment d’Infanterie de Privas, y passèrent quelques semaines et y décèdent de maladie. En 117 caractères, leurs destins sont scellés !

Si la guerre avait été rapide comme chacun en était persuadé en août 14, Célestin n’aurait pas été appelé par anticipation en 1918. Mais la guerre dura quatre ans. Né le 16 septembre 1899 à Caderousse, il n’avait pas encore 15 ans quand le tocsin sonna le 2 août 1914. Il n’en avait pas encore 19 quand l’Armée fit appel à ses services, le 22 avril 1918 ! Un gamin !

C’est par sa mère que Célestin est Caderoussier. Marius Frédéric Cartier, son père, originaire de Piolenc avait dû traverser l’Aigue pour épouser Eugénie Elisabeth Monier le 16 octobre 1897. La famille Cartier habitait d’ailleurs Orange au moment de cette union. Célestin naquit deux ans plus tard dans une ferme du quartier Fazende. Il fut le seul enfant du couple, chose rare à cette époque.

A la ferme, vivaient donc Frédéric et Elisabeth, leur fils Célestin et la mère d’Elisabeth, Catherine Rose Monique Ferragut se faisant appeler Rosine pour faire plus simple, son mari étant décédé  en 1891. En 1911, Rosine était partie mais c’est la mère de Frédéric qui était venue rejoindre le couple, Marguerite née Faure alors que ses prénoms officiels étaient bien plus originaux, Bertille Appoline, âgée de 75 ans.

C’est dans ce milieu un peu fermé que Célestin passa sa courte vie. Sorti avec un petit niveau de l’école, il aidera son père aux champs jusqu’à ce que l’Armée l’appelle. Le même chemin en train que Martial Bertet jusqu’à la caserne Rampon de Privas et le 61ème Régiment d’Infanterie. Il y arriva le 23 avril 1918. Il décéda à l’asile des vieillards Sainte-Marie transformé en hôpital provisoire le 13 juin 1918 d’une broncho-pneumonie grippale ou de courbature grippale suivant ses registres matricules., en un mot d’une mauvaise grippe contractée à la caserne. On pense immédiatement à la grippe espagnole bien que la date de la mi-juin 1918 ne corresponde pas tout à fait à celles que l’Histoire nous a laissées pour cette épidémie. La grippe espagnole décima les troupes comme les civils en deux vagues: de mi-septembre à décembre 1918 puis de février à juin 1919. Mi-juin 1918, cela fait un peu tôt pour être certain que se soit ce virus qui emporta Célestin. Mais la grippe arriva en France en même temps que le gros des troupes américaines en mai-juin 1918 et Célestin croisa peut-être pour son malheur quelques « Sammies » en traitement dans un hôpital de la préfecture ardéchoise. Célestin Cartier, un des premiers morts français de la grippe espagnole ? Le doute subsiste.

Il avait 18 ans 8 mois et 28 jours. Sa famille ne put ou voulut rapatrier sa dépouille sur Caderousse. Il est inhumé au carré militaire du cimetière de Privas, tombe 16 de l’allée 4.

La fiche de Célestin Jean Cartier de Mémoire des Hommes

Célestin Jean Cartier, matricule 1081 classe 1919, bureau de recrutement d’Avignon pour ceux qui souhaitent aller consulter sa fiche matricule (succincte) sur le site des Archives du Vaucluse. Si un descendant indirect (le patronyme Cartier est encore vivant à Orange) reconnaît cet ancêtre, qu’il n’hésite pas à se manifester pour compléter ou corriger cette courte biographie.

A suivre: Louis Cartoux.

Post scriptum.

Au cimetière de Privas, dans le carré militaire…

…dans lequel reposent environ 80 soldats, au rang 4, la tombe 16 de Célestin Cartier.

Poster un commentaire

Classé dans CADEROUSSE, Recherche

Des BACS à TRAILLE sur le RHÔNE de la CONFLUENCE à la MÉDITERRANÉE: 21/25 AVIGNON.

En Avignon se trouve le premier bac en activité que nous allons évoquer. Il y en a 3 en tout sur le Rhône entre la Confluence et la mer Méditerranée à accueillir encore des passagers pour des traversées du fleuve. Le bac du Rocher des Doms n’est plus un bac à traille, ce bras de Rhône n’ayant pas assez de courant pour permettre à une barque de traverser. C’est donc un automoteur qui fait la navette dix mois et demi par an sur douze entre le pied du rocher des Doms et l’île de la Barthelasse. Cela fait certainement économiser beaucoup de déplacements en voitures plus polluants.

La bac au milieu du fleuve assez large en cet endroit.

A l’approche des remparts.

Les horaires des traversées augmentées en période estivale.

 L’existence du bac d’Avignon est bien antérieure à la construction du fameux pont qui se déroula de 1177 à 1185 et elle survécut sans problème à cette construction, tant le pont Saint-Bénézet connut des problèmes de fiabilité, coupé à de nombreuses reprises par les crues du Rhône. Quand le pont fut abandonné au XVIIème siècle et même quand un pont suspendu fut construit sur ce bras de Rhône, le bac (devenu à traille) continua à desservir l’île de la Barthelasse. Ce n’est finalement que l’aménagement de la chute d’Avignon qui donna le coup de grâce de la traille en trop affaiblissant le  courant sur ce bras de Rhône; la navigation fluviale se faisant désormais sur le bras baignant la berge de Villeneuve-lès-Avignon. On était alors en 1973. Hier en quelque sorte ! L’automoteur du Rocher des Doms prit récemment la relève.

On retrouve dans la Barthelasse, en aval des campings, un chemin de la traille.

 C’est là qu’arrivait le bac en provenance de la ville. On en a gardé des traces iconographiques avec de nombreuses cartes postales.

Le décor n’a guère changé.

Le calvaire est toujours présent, la berge a été aménagée pour les loisirs sportifs. La traille et sa pile ont disparu.

Pile de traille cachée derrière les arbres dépourvus de feuilles:

Autre CPA de cette traille proche d’un vire-vire attrapant les poissons du Rhône, alors comestibles.

Sur l’autre berge, côté remparts, tout a également disparu…

…excepté le port.

On se doit d’ajouter que cette traille présente sur cette carte de 1891…

fut doublée à différents moments  par une seconde traille située plus en aval, vers l’actuel pont de l’Europe, comme en atteste la carte de marinier datant de 1930 environ.

On voit ce bac à traille à droite du point orange tandis que celui du Rocher des Doms est indiqué par un drapeau rouge.

A noter également que le 6ème Régiment du Génie construisait régulièrement des passages temporaires sur le Rhône pour entraîner ses hommes comme en attestent de nombreuses photos.

Quelques vues datant de la fin du XIXème siècle.

Pour être complet, il existait un autre bac sur l’autre bars du fleuve, entre la Barthelasse et le Gard, dont il ne reste aucune trace, ni physique, ni iconographique.

Poster un commentaire

Classé dans CARTES POSTALES, Photographie, Recherche

Des BACS à TRAILLE sur le RHÔNE de la CONFLUENCE à la MÉDITERRANÉE: 20/25 L’ÎLE de l’OISELET.

Après l’île du Colombier et l’île de la Piboulette au niveau de Caderousse, de grandes île se succèdent sur le Rhône: l’île de l’Oiselet en face de Sorgues-Sauveterre puis la plus grande île du fleuve: la Barthelasse au niveau d’Avignon reliée maintenant à l’île Piot.

L’aménagement de la chute d’Avignon par la CNR a fait disparaître cette île de l’Oiselet et il demeure quelques bras morts du Rhône comme on peut le voir sur cette vue aérienne que l’on doit à Google Maps.

L’Île de l’Oiselet était relié aux berges par 3 bacs à traille, un côté Gard en face de Sauveterre et 2 côté Vaucluse, le premier au niveau du château Dragonet et le second plus près de Sorgues…

…à peu près à l’emplacement de l’actuel pont-digue qui permet l’accès aux terres de l’Oiselet.

Voici ce bac tel qu’il apparaissait au début du XXème siècle.

Le photographe, Prévot d’Avignon, a pris sa photo depuis l’île de l’Oiselet et on aperçoit tout au fond le château de Châteauneuf-du-Pape.

Les habitants de l’île se regroupèrent dans les années 20 pour revendiquer qu’un pont soit construit sur le Rhône pour faciliter leurs déplacements et les échanges. Cela ne put se faire mais ils décidèrent de construire avec leurs propres deniers un pont suspendu qui prit le nom de Pont des Arméniers, du nom de la lône sur lequel il est jeté. Il fut mis en service en 1925 grâce donc aux riches propriétaires de domaine dans l’île. Tombé en désuétude après les aménagements de la CNR, il est aujourd’hui classé monument historique… en ruine !

La pile de côté Sorgues.

Le frêle tablier du pont suspendu

…fortement allégé par l’absence des poutres.

 

 

 

 

Poster un commentaire

Classé dans CARTES POSTALES, Photographie, Recherche

108 POILUS de CADEROUSSE, 108 DESTINS… Marius CAMBE.

108 noms de Poilus de Caderousse tombés lors de la Grande Guerre. 108 parcours qu’on va essayer de raconter au fil des semaines et des mois jusqu’au 11 novembre 2018.

Vingt-sixième nom de la liste: Cambe Marius Antoine.

SAMSUNG CAMERA PICTURES

Première face du Monument.

Né la même année qu’Eugène Cambe, Marius Cambe vécut une existence très proche de celle de son homonyme: copains de nom, copains de classe à l’école de Caderousse, copains de fêtes, copains de régiment, presque voisins et pour finir frères d’armes et de destins tragiques.

Marius Antoine Cambe était le second enfant du couple François Julien Cambe- Thérèse Vivet, tout deux nés au milieu du XIXème siècle à Caderousse. Julien et Thérèse avaient uni leurs destinés le 08 janvier 1878. Lui était ouvrier baletier et elle ménagère. Ils habitaient rue de l’Hôpital à l’intérieur des digues. Très vite la famille s’agrandit.

De cette union était née tout d’abord une fille Marguerite Rose ou Thérèse suivant les sources, le 29 août 1879.  Le second fut donc Marius Antoine, venu au monde le 14 mars 1882… un futur conscrit pour la classe 1902. Le 29 décembre 1885, une seconde fille arriva, Marie Julienne qui allait vivre au village jusqu’en 1968. Equilibre parfait, le suivant et dernier enfant fut un garçon, Auguste Théophile né le 10 février 1888. On évoquera son parcours militaire pendant la Grande Guerre dans le post-scriptum.

Voici la famille au complet, vivant rue de l’Hôpital, en 1891. Le père cultive maintenant quelques terres et c’est la mère qui a pris le relais aux balais pour compléter le revenu familial. Il faut tout de même nourrir six personnes !

La situation n’a pas changé en 1896. Le père est maintenant jardinier et doit vendre sa production au village. Il est secondé dans sa tâche par Marius, son fils aîné, en âge de travailler puisqu’ayant atteint… 14 ans ! Il avait tout de même quitté l’école avec un bon niveau d’instruction, comme le jugera plus tard l’Armée.

Marguerite, l’aînée, exécute quelques travaux de couture. Elle a maintenant 16 ans et va rapidement se marier et quitter le foyer. Ce sera le 18 octobre 1899 qu’elle deviendra Mme Elie (lecture incertaine) César Auguste Ponsson (même remarque) comme on disait à l’époque, quand les femmes perdaient leur identité en prenant époux.

Au XXème siècle naissant, le père a quitté le village pour se rapprocher des terres qu’il mène, quartier Campblancart, à l’est du village. Marius travaille toujours aux champs avec son père et Julienne prend le même chemin que sa soeur aînée en se perfectionnant dans son futur métier d’épouse. Elle se mariera peu après, le 11 mai 1904 avec Julien François Gonner de Caderousse, avant son grand frère qui ne prendra femme qu’après sa période militaire.

C’est ce que confirme le recensement de 1906. Marius est incorporé depuis le 16 novembre 1903 au 24ème Bataillon de Chasseurs à Pied de Villefranche-sur-Mer près de Nice. Il s’agit d’un régiment alpin composé de jeunes hommes du Midi de la France, des Niçois et des Marseillais, des Vauclusiens, des Ardéchois et des Lozériens, des Toulousains, des Basques et des Bordelais. Il deviendra caporal en 1904 et retournera dans ses foyers le 18 septembre 1906, après l’établissement du recensement et muni d’un certificat de bonne conduite. Trois ans d’armée tout de même au compteur !

Julienne a eu un bébé, un petit Gilbert, né en 1904. Elle vit avec son fils chez ses parents, quartier Campblancart. Pourquoi donc ? Son époux, Julien Gonner, est tout simplement soldat au 15ème Escadron du Train des Equipages à Orange depuis le 10 octobre 1905. Il sera libéré peu de temps après le recensement, le 18 septembre 1906, le même jour que son beau-frère.

En 1911, Marius est donc marié. Il a épousé Marie Léa Siffrein le 28 octobre 1908, à Caderousse. C’est une fille de Caderousse, de 10 ans sa cadette, née le 21 janvier 1892. Elle est la fille d’un cultivateur des Cabannes, Joseph Siffrein et de Théalinde Agnès Labrouve. Marius et Marie se sont d’ailleurs installés dans cette ferme, à l’ouest de Caderousse, les parents n’étant plus là.

Ils ont même eu un premier enfant, un petit Julien, né en 1910, que le hasard de l’écriture d’un recensement a séparé de ses parents par le jeu de la mise ne page. Julien porte le prénom usuel de son grand-père paternel.

Lesquels grands-parents, à la soixantaine, continuent d’exploiter seuls la ferme de Campblancard. Seuls car Auguste, le petit dernier, termine sa période militaire. Il sera libéré le 24 septembre 1911.

Quelques mois après, Marius comme Auguste allaient être rappelés dans les casernes, le 02 août 1914 comme des millions de jeunes Français, Marius sur la Côte d’Azur, chez les Alpins qu’il avait quitté huit ans auparavant. Le 24ème Bataillon de Chasseurs à Pied allait connaître le feu à Dieuze en Lorraine momentanément libérée puis ce fut Verdun, Ypres et ce qu’il restait de Belgique non occupée. Les Alpins allaient ensuite être envoyés dans un milieu plus conforme à ce qu’était l’ADN des troupes de montagne: les Vosges et ces sommets arrondis que se disputaient farouchement Français et Allemands. C’est là que le destin de Marius Cambe rejoignit celui d’Auguste Bruguier, mort sur les pentes du Reichakerkopf et celui de Martial Bruguier, tombé au Linge.

Deux sommets à l’importance stratégique peu évidente auxquels on peut ajouter l’Almattkopf à deux kilomètres au sud-ouest du Reichakerkopf et le Braunkopf tout proche. On devine la ligne de front sur la carte replaçant ces quatre sommets maudits. Les Alpins y arrivèrent le 11 février 1915. C’est le 16 juin 1915 que Marius Cambe fut tué à l’ennemi. En bivouac à l’arrière de la ligne de front, au lac de Schissroth le 15 juin, le 24ème B.C.P. fut enjoint de se hâter à se rendre sur le front pour attaquer immédiatement. Mais les défenses allemandes étaient imprenables sans une préparation sérieuse d’artillerie ce qui était le cas et les hommes se firent hacher par les mitrailleuses. Parmi eux, Marius Cambe.

L’Historique du régiment paru après guerre fait allusion à ces attaques du 15 juin principalement, reprenant en cela le Journal de Marche de l’unité rédigée en direct. Le Bataillon perdit 223 hommes (57 tués, 125 blessés et 41 disparus) le 15 juin d’après ce dernier ouvrage et 125 (31 tués, 83 blessés et 12 disparus) le lendemain, avec une attaque portée sur le Braunkopf, quelques hectomètres au sud de l’Almattkopf pour des gains quasi-inexistants. Une terrible hécatombe !

La narration de la journée du 16 juin dans le Journal de marche: 

Marius Cambe apparaît dans la liste des soldats décédés durant l’année 1915 dans l’Historique du Bataillon… avec une petite erreur d’orthographe sur son nom, devenu Combe à la place de Cambe.

Mais le prénom, le grade et la date de décès correspondent.

Marius Cambe était âgé de 33ans, 3 mois et 1 jour.

La fiche de Marius Antoine Cambe de Mémoire des Hommes

Marius Antoine Cambe, matricule 619 classe 1902, bureau de recrutement d’Avignon pour ceux qui souhaitent aller consulter sa fiche matricule sur le site des Archives du Vaucluse. Si un descendant du petit Julien reconnaît son ancêtre, qu’il n’hésite pas à se manifester pour compléter ou corriger cette biographie.

A suivre: Célestin Cartier.

Post-Scriptum. Le parcours d’Auguste Théophile Cambe, le petit frère de Marius.

Né le 10 février 1888, il appartenait à la classe 1908. Il fit donc ses classes du 1er octobre 1909 au 24 septembre 1911 au 10ème Régiment de Cuirassiers de Lyon. Il porta donc le même uniforme flamboyant qu’Isidore Brémond dont on a déjà parlé. A la mobilisation générale du 2 août 1914, il se retrouva comme Isidore au 55ème Régiment d’Artillerie d’Orange. Sa guerre contre l’Allemagne dura du 3 août 1914 au 10 juillet 1919. Cinq ans loin de Caderousse, de son épouse Inès Delphine Jaubert qu’il avait épousé à Valence le 10 août 1912. A sa démobilisation en 1919, on sait qu’il vécut à Châteauneuf-du-Rhône près de Montélimar puis à Sainte-Cécile-des-Vignes (en 1923), aux Négades à Orange (en 1929) puis se fixa à Châteauneuf-du-Pape (en 1931). Il y décéda le 12 janvier 1957.

Auguste Théophile Cambe, matricule 280, classe 1908, bureau de recrutement d’Avignon.

Poster un commentaire

Classé dans CADEROUSSE

Des BACS à TRAILLE sur le RHÔNE de la CONFLUENCE à la MÉDITERRANÉE: 19/25 MONTFAUCON-CADEROUSSE ou…le premier bac de l’HISTOIRE du RHÔNE.

Avant d’en venir à notre propos, un mot sur le pont de Roquemaure, le premier, le pont suspendu envisagé en 1835 mais ouvert à la circulation en 1859. Une gestation de 24 ans !

Un franchissement qui se faisait en 2 ponts. Tout d’abord, celui du canal de Roquemaure, petit pont de 30 mètres pour rejoindre la petite île de Miémart comme on le voit ci-dessous sur cette carte de 1891.

Ensuite, le grand pont suspendu qui dût être restauré en 1896 puis en 1934 et enfin en 1941 quand un bateau en perdition le heurta et détruisit un câble qui fut remplacé par un autre, venu de La Voulte, où il avait été déclassé.

En 1944, le 19 août, un bombardement américain le détruisit définitivement…

…malheureusement avec un jour de retard. La veille, le 18 août 1944, quelques 700 prisonniers juifs et politiques venant de Gurs, dans le Sud-Ouest, en route pour Auschwitz, avaient dû l’emprunter pour passer à pied, de la gare de Roquemaure à celle de Sorgues. Une plaque rappelle ce drame…

…posée sur l’entrée du ponceau sur le canal de Roquemaure…

…dont on devine sur l’île l’autre culée.

Avant que ce pont ne soit remplacé par celui connu de nos jours, ouvert en 1959, un bac à traille officia que j’empruntai peut-être sans le savoir et en avoir souvenir !

Mais quelques deux millénaires auparavant, le premier bac de l’Histoire de l’Humanité permit à l’armée d’Hannibal Barca en route pour Rome de traverser le Rhône, fleuve oh combien sauvage ! Une armée connue pour être dotée de 27 à 37 éléphants de combat.
Les Gaulois « provençaux et gardois » d’il y a 2235 ans (l’épisode se passa en 218 avant notre ère) virent donc défiler ces grosses bêtes inconnues de tous mais aussi quelques 38 000 fantassins et 8 000 cavaliers. Une belle armée qu’il fallait nourrir matin, midi et soir d’où une razzia sur les ressources locales tous les jours et plusieurs chemins empruntés par la troupe pour rejoindre les cols alpins.
Pour en revenir à ce franchissement du Rhône au niveau de Montfaucon-Roquemaure et Caderousse-Ornage de nos jours, les hommes modernes ont jeté pas moins de 3 ponts.

D’où ce paysage pris depuis une colline voisine:

De droite à gauche et par ordre chronologique le pont routier suspendu, le pont de l’autoroute A9 et le pont de la Ligne à Grande Vitesse. Des petits copieurs d’Hannibal Barca les ingénieurs d’aujourd’hui !

Poster un commentaire

Classé dans Recherche

Des BACS à TRAILLE sur le RHÔNE de la CONFLUENCE à la MÉDITERRANÉE: 18/25 CADEROUSSE

Un peu au sud de Saint-Etienne-des-Sorts, le franchissement du Rhône au niveau de Caderousse- L’Ardoise se faisait non pas par un bac mais par deux. Pour cause, la présence de la grande île de la Piboulette. Il existait donc un bac entre Caderousse et l’île puis après la traversée de celle-ci, un second bac entre l’île et le site industriel de l’Ardoise sur la commune de Laudun. Ces 2 lieux de passage n’étaient pas directement reliés entre eux car ils servaient essentiellement à desservir le château de la Piboulette et à « exporter » ses productions. C’était d’ailleurs la propriétaire du domaine, Madame de Gramont qui était aussi gestionnaire des bacs.

La bac de Caderousse sur le Petit Rhône.
Suivant Henri Cogoluènhe, c’est surement le premier bac à traille installé en région PACA. On peut penser que François 1er qui dormit au port de Caderousse en août 1524 l’emprunta. Au XVIIème siècle, il fait parler de lui tout comme celui de Sorgues pour être un lieu de trafics dédiés à tromper le fisc.

On le retrouve au début du XXème siècle sur quelques cartes postales anciennes dont celle-ci:

On voit la barque au milieu du bras du Rhône avec en arrière-fond, la digue construite après la crue de 1856.

On dit que cette traille ferma en 1937, ce dont je doute fortement; mon père empruntant quotidiennement le bac pour porter le courrier dans l’île, postérieurement à cette date.

Le bac de L’Ardoise sur le Grand Rhône ou bac de Codolet;

Le premier bac attesté fait remonter son histoire à l’année 1216. On peut même penser que les Romains du Camp de César voisin franchirent le Rhône en cet endroit avec un bac ou un pont de barques.

On considère que le bac fonctionna plus ou moins régulièrement jusqu’après-guerre et la réouverture définitive du pont de Roquemaure en 1959. A l’époque, il servait surtout à amener des ouvriers vauclusiens à l’usine métallurgique de L’Ardoise.

Pas de document iconographique sinon le bac indiqué sur la carte de marinier des années 1930.

De nos jours, la rampe d’accès au fleuve est toujours visible encombrée par pierres et troncs d’arbres venus s’échouer ici.

Un temps, à la charnière des XIXème et XXème siècles, le bac fut doublé par un téléphérique amenant les betteraves vauclusiennes à la sucrerie gardoise.

Henri Cogoluènhe dans sa thèse en fait mention:

Au début de la Troisième République, au niveau d’Orange, plusieurs trailles sont implantées de part et d’autre de l’Île de la Piboulette, devant l’Ardoise où l’accompagne le transporteur aérien de la sucrerie (peut-être le premier téléphérique français), près de Caderousse et du Revestidou à Montfaucon.

Le transporteur et ses franchissements des 2 bras du Rhône.

Tentative de localisation du transporteur sur la carte actuelle du Rhône aménagé.

Aujourd’hui, on franchit le Rhône sur le barrage de retenue de Caderousse…

…puis l’usine hydroélectrique de Caderousse également.

Poster un commentaire

Classé dans CARTES POSTALES, Photographie, Recherche

Des BACS à TRAILLE sur le RHÔNE de la CONFLUENCE à la MÉDITERRANÉE: 17/25 SAINT-ETIENNE-DES-SORTS

S’il est une commune rhodanienne typique à montrer à un visiteur venu de Mars ou de Paris, c’est bien à Saint-Etienne-des-Sorts qu’on se doit d’aller faire un tour. A son niveau, le Rhône est majestueux pour cause de retenue du barrage de Caderousse. Une digue avec des anneaux d’amarrage, des maisons avec des pieds dans l’eau, les échelles de crue et les vannes pour fermer des bastardeu(s) en cas de montée des eaux complètent le décor.

Et puis les dernière traces du bac à traille.

Entre Saint-Etienne-des-Sorts et Mornas (et quelques îles avant les aménagements de la CNR) existèrent à certains moments de l’Histoire jusqu’à deux bacs à traille. Suivant Henri Cogoluènhe dans sa thèse sur les bacs du Rhône, la première traille fut pendulaire, ce qui est assez rare. A partir de 1869 fut installée une traille traversière au nord de la commune, passage qui fonctionna jusqu’en 1904.

Un second bac fut installé dans le village en 1887. On accédait à la barque en descendant au fleuve par cette pente encore visible et utilisée de nos jours par des pêcheurs ou randonneurs, au sud du village, en face de la cave coopérative.

Au bord de cette pente, cachée dans des herbes folles, on retrouve l’ancienne pile de traille en pin, renforcée,  articulée sur un poteau ancré au sol.

Une traille de rechange attend encore au-dessus que les pouvoirs publics remettent en route ce moyen écologique de traversée du fleuve !

Cette traille connut des problèmes quand elle fut détruite par les Allemands en déroute en 1944 puis quand un automoteur la rompit en 1951. Remise en service en 1953, elle officia jusque vers 1975, date à laquelle elle fut abandonnée de par son coût de fonctionnement trop important pour les finances de la commune et par la concurrence de la mise en service des passages routiers sur le Rhône sur le barrage et l’usine hydroélectrique de la chute de Caderousse.

Une carte postale moderne en couleur de la traille de Saint-Etienne-des-Sorts, photo prise depuis cette ville.

Sur la carte de marinier datant de 1930 environ, le bac de Saint-Etienne-des-Sorts est bien mentionné à l’emplacement où des vestiges subsistent.

Aucun vestige sur la rive gauche totalement réaménagée par les aménagements de la CNR et le tracé de la Ligne à Grande Vitesse.

4 Commentaires

Classé dans CARTES POSTALES, Photographie, Recherche

108 POILUS de CADEROUSSE, 108 DESTINS… CAMBE Eugène.

108 noms de Poilus de Caderousse tombés lors de la Grande Guerre. 108 parcours qu’on va essayer de raconter au fil des semaines et des mois jusqu’au 11 novembre 2018.

Vingt-cinquième nom de la liste: Cambe Eugène Pierre Martin.

SAMSUNG CAMERA PICTURES

Première face du Monument.

Voilà une Poilu caderoussier dont on pourrait en savoir beaucoup plus que ces quelques lignes car il est certain qu’il a eu une descendance. Né le 18 janvier 1882, c’est un encore jeune homme de 32 ans au début de la guerre. Mais il était marié et avait eu deux enfants dont un petit Albert venu au monde en 1911. Ce nom « Albert Cambe » m’était connue car souvent  entendu dans la bouche de mes grands-parents, dans les années 60. On le verra dans la post-scriptum. Mais prenons les choses depuis le début.

Aussi loin que nous avons cherché dans les listes nominatives de la commune, les Cambe vivent dans une ferme quartier Miémart. C’est le coin le plus méridional de la commune, excepté le sud de l’île de la Piboulette, non loin du pont de Roquemaure. Il existe aussi deux îles portant ce nom, de l’autre côté du Rhône dans cette commune gardoise: cet îlot qui précédait l’ancien pont suspendu et une grande île artificielle créée par un canal du Rhône. On le voit sur cette carte de 1880.

En 1881, Eugène n’est pas encore là.

Le père également prénommé Eugène qu’on différenciera de son fils par son second prénom Urbain, est un jeune homme, un cultivateur, marié à Marie-Louise Pujade originaire de Saint-Laurent-(les-Arbres). Le couple a eu une fille Albertine Josephine venue au monde le 7 août 1877.

Né en 1882, le jeune Eugène a 9 ans en 1891. Louis Cambe et Marie Lafond doivent être l’oncle et la tante d’Eugène Urbain père. Les parents d’Urbain, Joseph Cambe et Magdelaine-Caroline Fabre, sont tous deux disparus à cette date.

Pas de modification en 1896 ni en 1901. Tout le monde a pris 5 ans puis 10 ans de plus ! Logique !

En 1906, la situation  bien changé. Les parents restent seuls pour mener la ferme du quartier Miémart. Ils ont engagé un domestique, Pierre Brunet, venu de Sérignan. De son côté, Albertine a convolé en justes noces et Eugène junior est sous les drapeaux où il finit sa période de préparation militaire. Il a été appelé le 16 novembre 1903 à la caserne Pépin de Pont-Saint-Esprit. Incorporé au 55ème Régiment d’Infanterie, il est devenu première classe le 11 septembre 1905 et a été rendu à la vie civile le 18 septembre 1906. On peut en déduire que ce recensement a été effectué au premier semestre 1906.

1911 maintenant. 5 années sont passées et des nuages noirs s’accumulent dans le lointain. Bien des choses sont arrivées dans la vie d’Eugène Combe âgé de 29 ans. Sa mère est décédée, il s’est marié, il a repris la ferme de son père âgé de presque 70 ans et il a eu deux garçons. Rien que cela ! En reprenant dans l’ordre, il a épousé le 09 janvier 1909 une fille d’une ferme voisine du quartier Miémart, Laurence Marie Alex Avy (ou Avi), de 3 ans sa cadette. Deux enfants sont nés de cette union: Gaston en 1909 et Albert en 1911.

C’est donc trois ans plus tard qu’Eugène va être rappelé lors de la mobilisation générale du 2 août 1914. Il rejoint la caserne Chabran d’Avignon comme prévu dans ses papiers militaires et non la caserne de Pépin de Pont et le 258ème Régiment d’Infanterie et non au 55ème. Regroupé sur l’Isle-sur-la-Sorgue, Chateauneuf-de-Gadagne, Monfavet, ce régiment mettra un certain temps à partir pour le front, laissant les troupes d’actives passer les premières sur les voies de chemin de fer. On a déjà parlé de cela dans la biographie de Marius Bruguier.

Premiers combats très meurtriers le 24 août 1914 vers Fresnes-en-Woèvre, au sud de Verdun. Quelques semaines après c’est toujours là que se trouve le régiment, devant résister au mieux à une violente poussée allemande dans ce secteur au nord de Saint-Mihiel. En reportant sur une carte actuelle l’avancée allemande du 19 au 26 septembre, on s’aperçoit que la tache a été rude pour les hommes du 258ème lors de cette autre semaine sanglante et que les pertes humaines ont été considérables.

Il n’est qu’à lire un passage du Journal de Marche du Régiment en date du 25 septembre 1914, pour s’apercevoir de l’étendue des dégâts.

Car malgré la pression allemande, les généraux supérieurs restent sur leur philosophie mortifère d’attaque à outrance au lieu de la prudence qui aurait dû prévaloir. Ainsi va se créer le fameux « saillant de Saint-Mihiel » qui ne sera gommé qu’à la fin de l’été 1918.

C’est lors de cette semaine qu’Eugène Cambe laissera sa vie. L’Armée n’a pu donner d’explication sur les raisons de sa mort puisqu’il sera considéré comme disparu. On sait que cela se passa entre le 20 et le 27 septembre 1914. La date du décès sera fixée arbitrairement au 25 septembre 1914 par un jugement du Tribunal d’Orange du 15 octobre 1921. Dans un premier temps il semble qu’elle ait été enregistrée le 20 septembre, premier jour de l’attaque allemande comme cela est dit sur le registre matricule de « Mémoire des Hommes », date reprise par la famille sur la tombe du cimetière de Caderousse.

Une tombe sur laquelle on aperçoit l’épitaphe suivante: A LA MÉMOIRE DE EUGÈNE CAMBE DISPARU LE 20 SEPTEMBRE 1914 À VIGNEULLES (MEUSE) À L’AGE DE 32 ANS.

Eugène Cambe laissait deux enfants de 6 et 3 ans et une ferme sans bras pour la mener ! Terrible épreuve pour sa veuve Laurence !

La fiche d’Eugène Pierre Martin Cambe de Mémoire des Hommes

Eugène Pierre Martin Cambe matricule 622 classe 1902, bureau de recrutement d’Avignon pour ceux qui souhaitent aller consulter sa fiche matricule sur le site des Archives du Vaucluse. Si un descendant souhaite se manifester pour donner d’autres précisions et fournir une photo de son ancêtre, ce sera avec plaisir que parle lui sera donnée. 

A suivre: Marius Cambe.

Post-scriptum:

Albert Cambe, donc, fil d’Eugène Cambe au même titre que Gaston Cambe. Plus jeune de 10 ans que mon grand-père Gabriel, il fut colistier de celui-ci lors des élections municipales de 1947 désignant le premier conseil municipal élu après Libération. Sous la bannière du Parti Radical et Radical-Socialiste d’Edouard Saladier, ils furent élus et siégèrent 6 ans lors du premier mandat de Jean Farjon, colonel à la retraite.

Poster un commentaire

Classé dans CADEROUSSE, Recherche

108 POILUS de Caderousse, 108 DESTINS… CAMBE Auguste.

108 noms de Poilus de Caderousse tombés lors de la Grande Guerre. 108 parcours qu’on va essayer de raconter au fil des semaines et des mois jusqu’au 11 novembre 2018.

Vingt-quatrième nom de la liste: Cambe Auguste Marius., inscrit sur la seconde face du monument… quelques problèmes de classement orthographique pour le graveur en 1937 !

Seconde face du Monument.

Trois Cambe sont morts pendant la Grande Guerre et sont tous trois inscrits sur le Monument aux Morts: Cambe Eugène, Cambe Marius et plus loin dans la liste Cambe Auguste Marius. Nous allons rétablir l’ordre alphabétique à l’occasion de cette publication.
Il ne semble pas que ces trois hommes aient une proche parenté. En remontant jusqu’à leurs arrières-grands-pères Cambe, pas d’origine commune. Peut-être en remontant plus loin…?

Né le 18 août 1887, Auguste fait partie des hommes rappelés lors de la déclaration de guerre d’août 1914 après avoir fait une première période militaire à l’âge de 21 ans. Mais auparavant, voyons sa jeunesse au bord du Petit Rhône. La lecture des recensements est très intéressante surtout que le hasard de domicile fait qu’il ne faudra guère tourner de pages… virtuelles.

1891, la première page sur laquelle apparaît Auguste qui n’a alors que trois ans. Sa famille habite Grande Rue, côté gauche… facile à repérer, à condition de savoir de quel côté on commence ! La Grande Rue est devenue rue du Docteur Guérin, bienfaiteur de la ville. Le père, officiellement prénommé Louis Vincent André, apparaît sous le prénom d’Adrien. Mauvaise transcription de l’agent recenseur. Il est né le 15 avril 1857, au même endroit. Il s’est marié avec une fille d’Orange: Marie Joséphine Elisa Farjon, de sept dans sa cadette. Il est cultivateur « propriétaire ». Auguste est le second enfant du couple. Un Paul Louis Victor Edmond Cambe l’a précédé au foyer Cambe-Farjon, en 1885.

1896. André, le père, a retrouvé sa vraie identité. Un petit Gaëtan est arrivé dans le foyer en 1892, un troisième garçon pour les Cambe-Farjon ! En bas de la liste des membres de la maisonnée apparaît Victorine Breton, mère de Mme Farjon. Le décès du père de Marie Joséphine Farjon a eu pour conséquence ce regroupement familial. Agée de 60 ans, ce serait une jeune grand-mère à notre époque. Rentière donc relativement aisée.

1901, tout le monde a pris 5 ans mais pas de changement notable dans le foyer d’André et Joséphine Farjon. Les enfants n’ont pas encore choisi leur avenir professionnel. Ce sera pour très bientôt pour les deux plus grands !

1906. Le fils aîné Paul travaille maintenant comme commis de banque en Avignon, à  l’établissement Gaïdan. Est-ce l’ancêtre de la banque Arnaud-Gaidan de Nîmes ? Pour peu de temps encore car il s’apprête à partir remplir ses obligations militaires. Ce sera pour le seconde semestre de l’année 1906 et l’Armée se servira de ses compétences professionnelles pour l’incorporer à la 15ème section de Secrétaire d’Etat-Major et de Recrutement de Marseille. Il continuera donc sous l’uniforme à travailler dans les bureaux, jusqu’en 1908. Ces secrétaires militaires furent d’une extraordinaire efficacité organisationnelle. Pensez qu’avec seulement leurs plumes et leurs papiers, ils permirent à la France de rappeler en quelques heures trois millions de réservistes lors de la mobilisation générale du 2 août 1914. Sans téléphone, sans portables, sans internet, SMS ou réseaux sociaux… !

1911. Une bonne nouvelle pour la famille et une mauvaise. Commençons par cette dernière ! La mère de Marie Joséphine Elisa Cambe (à noter que dans les recensements précédents, Mme Cambe s’est fait appeler par tous ces prénoms) n’est plus là et est  décédée. Elle aurait eu 76 ans en 1911. Par contre, bonne nouvelle, Paul de retour de l’armée a pu se rapprocher des siens et travaille maintenant comme comptable à Orange chez Martin. Auguste, lui aussi, a accompli son service militaire. Il ne s’est pas arrêté ni en Avignon, ni à Marseille mais a rejoint Nice et le 141ème Régiment d’Infanterie le 07 octobre 1911. Première classe le 5 décembre 1912, il a été renvoyé dans ses foyers le 25 septembre 1910 avec un Certificat de Bonne Conduite en poche. Deux années sur la Côte d’Azur avant de reprendre place auprès de son père pour le seconder dans les champs. Le recensement doit avoir été fait en début d’année 1911 car Auguste est encore célibataire quand le registre a été rempli. Pourtant le 08 août 1911, il s’est marié avec Rose Henriette de Valois (ou Devalois) de Sarrians. Leur lune de miel s’achèvera brutalement 3 ans et 25 jours plus tard !

Rappelé le 2 août 1914, il retrouve Nice mais le 163ème Régiment d’Infanterie, une unité dont on déjà parlé quand on a évoqué le souvenir d’un autre Caderoussier, Norbert Brichet, décédé le 15 août 1915 près de Saint-Mihiel. Le parcours d’Auguste Cambe sera bien plus bref. C’est seulement les 15 et 16 août 1914 que les bataillons embarqueront à destination de Belfort. Baptême du feu le 19 août à Tagolsheim (35 km à l’est de Belfort, entre Mulhouse et Altkirch donc en territoire ennemi conquis en 1914), le régiment perdra en un violent affrontement contre les Allemands 8 officiers et 210 hommes de troupe (36 tués, 131 blessés et 51 disparus tous grades confondus). Le régiment cruellement éprouvé est relevé et est envoyé à nouveau par train un peu plus au nord, à Saint-Dié dans les Vosges.

La troupe débarque à 5 heures du matin et va devoir, en marche forcée, avec un barda de 25 kilogrammes sur le dos, se porter au devant des Allemands dans la vallée voisine d’Autrey- Saint-Benoît-Bru. Le rédacteur du Journal de Marche du 163ème de Ligne emploie l’expression « étape longue et pénible ». Sur Google Maps, on peut évaluer cela à 28 kilomètres le chemin pour atteinte de Saint-Dié, le bois d’ Anglemont sous un soleil de plomb et sans savoir quel accueil sera fait à ce petit monde à l’arrivée.

Violents combats dans ce bois puis affrontement un peu plus au sud rue Larifontaine à Bru. C’est là qu’Auguste Cambe sera blessé peut-être le 02 septembre 1914, peut-être un ou deux jours auparavant. Il fut atteint par des billes d’un shrapnel allemand (obus qui en explosant projette de nombreuses billes de plomb) au visage avec « plaie à la face, au cuir chevelu et à l’aisselle ». S’il avait survécu, il aurait été un de ces blessés aux visages qu’on a surnommé « les Gueules Cassées ». Après-guerre, on leur dédia une tranche de la Loterie Nationale pour leur venir en aide.

Cela ne se produisit pas. Auguste Cambe décéda à l’ambulance, un peu en arrière, à Autrey, le 02 septembre 1914, 31 jours après le début de la guerre. Il fut inhumé à la Nécropole Nationale de Saint-Benoît-de-Chipotte, tombe individuelle 330.  Ce cimetière est situé au coeur de la forêt vosgienne, près du col de la Chipotte.

La fiche d’Auguste Cambe de Mémoire des Hommes

Auguste Marius Cambe, matricule 323 classe 1907, bureau de recrutement d’Avignon pour ceux qui souhaitent aller consulter sa fiche matricule sur le site des Archives du Vaucluse. Le patronyme Cambe étant toujours vivant à Caderousse et dans la région, si un descendant indirect reconnaît un membre se sa famille, qu’il ne se gène pas pour réagir, surtout s’il possède quelques photos ou documents. 

A suivre: Cambe Eugène.

Post-scriptum.

On a parlé dans l’article de Paul et Gaëtan Cambe, quels furent leurs parcours pendant la Grande Guerre ?

Paul Cambe (matricule 407, classe 1905 d’Avignon).

Après sa période comme secrétaire lors de son incorporation, il fut envoyé pendant la guerre dans une unité du Train, au 20ème régiment du Train de Versailles et au 4ème du Train de Chartres. Il était donc dans le ravitaillement et on peut comprendre qu’on avait besoin, là, d’hommes capables de transcrire des ordres, d’être rigoureux et organisés. Il sortit sans dommage de la guerre et on sait qu’il fut secrétaire de Mairie à Caderousse à partir de 1924.

Gaëtan Cambe (matricule 721, classe 1912 d’Avignon).

Moins de chance pour le petit frère d’Auguste. Incorporé le 14 octobre 1913 au 173ème Régiment d’Infanterie de Corté en Corse, il se retrouva bien vite sur le front. Quelques jours après le décès de son frère (l’avait-il su ?), il fut pris par les Allemands à Montfaucon d’Argonne le 30 septembre 1914. Il connut donc le même sort que son compatriote Marius François Bruguier pris à quelques kilomètres de là, au bois de Malancourt, dans l’anéantissement du 258ème RI le 20 mars 1916. Mais il eut plus de chance que lui. Il fut envoyé en camp de prisonniers de Dülmen (au nord de Dortmund près de la frontière néerlandaise) mais il en revint vivant, certes très longtemps après, le 28 décembre 1918. 51 mois de captivité !  En 1921, il quitta Caderousse pour Rochegude dans la Drôme.

Poster un commentaire

Classé dans CADEROUSSE, Recherche

Des BACS à TRAILLE sur le RHÔNE de la CONFLUENCE à la MÉDITERRANÉE: 16/25 VÉNÉJAN

Pas de documents iconographique sur l’ancien bac de Bourg-Saint-Andéol en Ardèche malgré qu’il ait encore fonctionné après la destruction du pont en 1944. A Pont-Saint-Esprit,  le pont très ancien, commencé en 1165 et ouvert à la circulation en 1309, rendit inutile la mise en place d’une traille.

C’est un peu plus en aval que se pose la question de la raison d’être de cette tour en bord de Rhône à Vénéjan: la Tour Saint-Georges.

Est-ce une ancienne pile de traille ou est-ce un ancien moulin ?

Sur la carte de marinier, un moulin existe bien mais il est manifestement sur la colline…

…alors que la Tour Saint-Georges est au plus près du fleuve dans le croisement des chemins.

Le sommet de cette tour ressemble beaucoup à un treuil de traille. A l’intérieur, un escalier mène jusqu’au sommet de la tour.

La tour a été électrifiée. Des poulies également en intérieur.

Manifestement la tour pourrait très bien être une pile de traille servent à traverser le Rhône pour aller les productions du domaine de la rive gauche et pour exporter celles de la rive droite.

Mais l’hypothèse d’un moulin servant à pomper l’eau du Rhône pour l’irrigation n’est pas à exclure… !

2 Commentaires

Classé dans Photographie, Recherche