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108 POILUS de Caderousse, 108 DESTINS… CAMBE Auguste.

108 noms de Poilus de Caderousse tombés lors de la Grande Guerre. 108 parcours qu’on va essayer de raconter au fil des semaines et des mois jusqu’au 11 novembre 2018.

Vingt-quatrième nom de la liste: Cambe Auguste Marius., inscrit sur la seconde face du monument… quelques problèmes de classement orthographique pour le graveur en 1937 !

Seconde face du Monument.

Trois Cambe sont morts pendant la Grande Guerre et sont tous trois inscrits sur le Monument aux Morts: Cambe Eugène, Cambe Marius et plus loin dans la liste Cambe Auguste Marius. Nous allons rétablir l’ordre alphabétique à l’occasion de cette publication.
Il ne semble pas que ces trois hommes aient une proche parenté. En remontant jusqu’à leurs arrières-grands-pères Cambe, pas d’origine commune. Peut-être en remontant plus loin…?

Né le 18 août 1887, Auguste fait partie des hommes rappelés lors de la déclaration de guerre d’août 1914 après avoir fait une première période militaire à l’âge de 21 ans. Mais auparavant, voyons sa jeunesse au bord du Petit Rhône. La lecture des recensements est très intéressante surtout que le hasard de domicile fait qu’il ne faudra guère tourner de pages… virtuelles.

1891, la première page sur laquelle apparaît Auguste qui n’a alors que trois ans. Sa famille habite Grande Rue, côté gauche… facile à repérer, à condition de savoir de quel côté on commence ! La Grande Rue est devenue rue du Docteur Guérin, bienfaiteur de la ville. Le père, officiellement prénommé Louis Vincent André, apparaît sous le prénom d’Adrien. Mauvaise transcription de l’agent recenseur. Il est né le 15 avril 1857, au même endroit. Il s’est marié avec une fille d’Orange: Marie Joséphine Elisa Farjon, de sept dans sa cadette. Il est cultivateur « propriétaire ». Auguste est le second enfant du couple. Un Paul Louis Victor Edmond Cambe l’a précédé au foyer Cambe-Farjon, en 1885.

1896. André, le père, a retrouvé sa vraie identité. Un petit Gaëtan est arrivé dans le foyer en 1892, un troisième garçon pour les Cambe-Farjon ! En bas de la liste des membres de la maisonnée apparaît Victorine Breton, mère de Mme Farjon. Le décès du père de Marie Joséphine Farjon a eu pour conséquence ce regroupement familial. Agée de 60 ans, ce serait une jeune grand-mère à notre époque. Rentière donc relativement aisée.

1901, tout le monde a pris 5 ans mais pas de changement notable dans le foyer d’André et Joséphine Farjon. Les enfants n’ont pas encore choisi leur avenir professionnel. Ce sera pour très bientôt pour les deux plus grands !

1906. Le fils aîné Paul travaille maintenant comme commis de banque en Avignon, à  l’établissement Gaïdan. Est-ce l’ancêtre de la banque Arnaud-Gaidan de Nîmes ? Pour peu de temps encore car il s’apprête à partir remplir ses obligations militaires. Ce sera pour le seconde semestre de l’année 1906 et l’Armée se servira de ses compétences professionnelles pour l’incorporer à la 15ème section de Secrétaire d’Etat-Major et de Recrutement de Marseille. Il continuera donc sous l’uniforme à travailler dans les bureaux, jusqu’en 1908. Ces secrétaires militaires furent d’une extraordinaire efficacité organisationnelle. Pensez qu’avec seulement leurs plumes et leurs papiers, ils permirent à la France de rappeler en quelques heures trois millions de réservistes lors de la mobilisation générale du 2 août 1914. Sans téléphone, sans portables, sans internet, SMS ou réseaux sociaux… !

1911. Une bonne nouvelle pour la famille et une mauvaise. Commençons par cette dernière ! La mère de Marie Joséphine Elisa Cambe (à noter que dans les recensements précédents, Mme Cambe s’est fait appeler par tous ces prénoms) n’est plus là et est  décédée. Elle aurait eu 76 ans en 1911. Par contre, bonne nouvelle, Paul de retour de l’armée a pu se rapprocher des siens et travaille maintenant comme comptable à Orange chez Martin. Auguste, lui aussi, a accompli son service militaire. Il ne s’est pas arrêté ni en Avignon, ni à Marseille mais a rejoint Nice et le 141ème Régiment d’Infanterie le 07 octobre 1911. Première classe le 5 décembre 1912, il a été renvoyé dans ses foyers le 25 septembre 1910 avec un Certificat de Bonne Conduite en poche. Deux années sur la Côte d’Azur avant de reprendre place auprès de son père pour le seconder dans les champs. Le recensement doit avoir été fait en début d’année 1911 car Auguste est encore célibataire quand le registre a été rempli. Pourtant le 08 août 1911, il s’est marié avec Rose Henriette de Valois (ou Devalois) de Sarrians. Leur lune de miel s’achèvera brutalement 3 ans et 25 jours plus tard !

Rappelé le 2 août 1914, il retrouve Nice mais le 163ème Régiment d’Infanterie, une unité dont on déjà parlé quand on a évoqué le souvenir d’un autre Caderoussier, Norbert Brichet, décédé le 15 août 1915 près de Saint-Mihiel. Le parcours d’Auguste Cambe sera bien plus bref. C’est seulement les 15 et 16 août 1914 que les bataillons embarqueront à destination de Belfort. Baptême du feu le 19 août à Tagolsheim (35 km à l’est de Belfort, entre Mulhouse et Altkirch donc en territoire ennemi conquis en 1914), le régiment perdra en un violent affrontement contre les Allemands 8 officiers et 210 hommes de troupe (36 tués, 131 blessés et 51 disparus tous grades confondus). Le régiment cruellement éprouvé est relevé et est envoyé à nouveau par train un peu plus au nord, à Saint-Dié dans les Vosges.

La troupe débarque à 5 heures du matin et va devoir, en marche forcée, avec un barda de 25 kilogrammes sur le dos, se porter au devant des Allemands dans la vallée voisine d’Autrey- Saint-Benoît-Bru. Le rédacteur du Journal de Marche du 163ème de Ligne emploie l’expression « étape longue et pénible ». Sur Google Maps, on peut évaluer cela à 28 kilomètres le chemin pour atteinte de Saint-Dié, le bois d’ Anglemont sous un soleil de plomb et sans savoir quel accueil sera fait à ce petit monde à l’arrivée.

Violents combats dans ce bois puis affrontement un peu plus au sud rue Larifontaine à Bru. C’est là qu’Auguste Cambe sera blessé peut-être le 02 septembre 1914, peut-être un ou deux jours auparavant. Il fut atteint par des billes d’un shrapnel allemand (obus qui en explosant projette de nombreuses billes de plomb) au visage avec « plaie à la face, au cuir chevelu et à l’aisselle ». S’il avait survécu, il aurait été un de ces blessés aux visages qu’on a surnommé « les Gueules Cassées ». Après-guerre, on leur dédia une tranche de la Loterie Nationale pour leur venir en aide.

Cela ne se produisit pas. Auguste Cambe décéda à l’ambulance, un peu en arrière, à Autrey, le 02 septembre 1914, 31 jours après le début de la guerre. Il fut inhumé à la Nécropole Nationale de Saint-Benoît-de-Chipotte, tombe individuelle 330.  Ce cimetière est situé au coeur de la forêt vosgienne, près du col de la Chipotte.

La fiche d’Auguste Cambe de Mémoire des Hommes

Auguste Marius Cambe, matricule 323 classe 1907, bureau de recrutement d’Avignon pour ceux qui souhaitent aller consulter sa fiche matricule sur le site des Archives du Vaucluse. Le patronyme Cambe étant toujours vivant à Caderousse et dans la région, si un descendant indirect reconnaît un membre se sa famille, qu’il ne se gène pas pour réagir, surtout s’il possède quelques photos ou documents. 

A suivre: Cambe Eugène.

Post-scriptum.

On a parlé dans l’article de Paul et Gaëtan Cambe, quels furent leurs parcours pendant la Grande Guerre ?

Paul Cambe (matricule 407, classe 1905 d’Avignon).

Après sa période comme secrétaire lors de son incorporation, il fut envoyé pendant la guerre dans une unité du Train, au 20ème régiment du Train de Versailles et au 4ème du Train de Chartres. Il était donc dans le ravitaillement et on peut comprendre qu’on avait besoin, là, d’hommes capables de transcrire des ordres, d’être rigoureux et organisés. Il sortit sans dommage de la guerre et on sait qu’il fut secrétaire de Mairie à Caderousse à partir de 1924.

Gaëtan Cambe (matricule 721, classe 1912 d’Avignon).

Moins de chance pour le petit frère d’Auguste. Incorporé le 14 octobre 1913 au 173ème Régiment d’Infanterie de Corté en Corse, il se retrouva bien vite sur le front. Quelques jours après le décès de son frère (l’avait-il su ?), il fut pris par les Allemands à Montfaucon d’Argonne le 30 septembre 1914. Il connut donc le même sort que son compatriote Marius François Bruguier pris à quelques kilomètres de là, au bois de Malancourt, dans l’anéantissement du 258ème RI le 20 mars 1916. Mais il eut plus de chance que lui. Il fut envoyé en camp de prisonniers de Dülmen (au nord de Dortmund près de la frontière néerlandaise) mais il en revint vivant, certes très longtemps après, le 28 décembre 1918. 51 mois de captivité !  En 1921, il quitta Caderousse pour Rochegude dans la Drôme.

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Le (petit) KIOSQUE de PRESSE DE 37: LE MIROIR DES SPORTS du 16 mars 1937

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La saison cycliste a repris non pas au Qatar mais sur Paris-Nice. c’était ainsi le cas jusque dans les années 80 jusqu’au moment où le vélo inventa la mondialisation.

Pas une belle vue de paysages printaniers mais les cyclistes les plus en vue de la course, Roger Lapébie et René le Grévès dans un coin d’un bistrot, entre 2 demi-étapes, à Toulon.

Pour compenser, voici quelques images de la « Course au Soleil » qui auraient tout aussi bien pu illustrer la couverture de ce numéro 935.

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Le passage des coureurs sur le pont de Tournon, permettant de franchir le Rhône.

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Entre Orléans et Nevers, le peloton en bord de Loire, vers Gien.

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Les coureurs à La Ciotat.

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L’arrivée victorieuse de Vervaecke à Toulon lors d’une demi-étape Marseille-Toulon.

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Dans les côtes de l’arrière pays, l’Italien Martano retrouve le coup de pédale du grimpeur.
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Cyclistes et moutons doivent quelquefois cohabiter sur ces routes secondaires.
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Les lauréats posent à Nice. De gauche à droite: Marcaillou second du général, Lapébie vainqueur de Paris-Nice 1937 et Tanneveau vainqueur de la dernière étape Cannes-Nice.

Le 44ème National de Cross a pu avoir lieu après son annulation la semaine dernière.

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Il a été remporté par le Marocain Ben Larbi.

De même, le 4ème qualifié pour les 1/2 finales de la Coupe de France de football est connu.

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Il s’agit de Sochaux, vainqueur de Cannes 3-1. Ce qui donnera les rencontres suivantes en 1/2 finales:

Sochaux-Boulogne

Rouen-Strasbourg.

Le championnat de France de football reprenait ses droits à 13 journées du but. Voici des résultats de la journée et le classement:

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Marseille co-leader du championnat, Le Miroir des Sports s’est vu dans l’obligation d’envoyer un reporter au stade de l’Huveaune, pour couvrir le match O.M.-Strasbourg.

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Des Strasbourgeois qualifiés pour les 1/2 finales de la Coupe de France mais qui ont pris une belle rouste dans l’antre du parc Borély: 4-0… sans démériter dit Achille Duchenne… qui ne reconnut pas l’équipe marseillaise empêtrée dans la boue sous un petit crachin qu’il avait vu à quelques reprises dans le Nord et l’Est de la France !

Pour sûr, sous le soleil printanier de Marseille, ce fut un festival offensif ponctué d’un triplé de Weiskopf auquel s’ajouta l’habituel but de l’avant-centre Mario Zatelli.

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Une vue de cette rencontre.

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la composition de l’équipe de l’O.M.

Rouen ayant aussi gagné, la tête de la première Division ne changera pas après cette 23ème journée.

Pour terminer, un document qu’on nous présente déjà comme étant un vieux papier.

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Un carnet autorisant la circulation des vélocipèdes dans Paris, papier indispensable que distribuait la Préfecture de Police en 1892. Un vieux papier très intéressant s’il était retrouvé de nos jours !

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Le (petit) KIOSQUE de PRESSE DE 37: LE MIROIR DES SPORTS du 02 mars 1937

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Bizarre la météo du dimanche 28 février ! Le Miroir des Sports du 02 mars raconte les événements sportifs de ce dernier dimanche de février 37. Il fait sa une du match de football au stade Robert-Diochon de Rouen entre le FC Rouen et le FC Sochaux qui a vu la victoire des locaux 6-1 mais surtout une tempête de neige s’abattre sur la partie à tel point que le match sera interrompu 45 minutes.

Pourtant au même moment, à quelques 150 km de là, le soleil brillait sur Paris, place de la Nation, comme l’atteste la photo du départ de la course cycliste du Critérium des Cycloporteurs, des livreurs de journaux en quelque sorte:

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Mais à 700 ou 800 km de là, on retrouvait un temps peu agréable, sur la Promenade des Anglais à Nice pour le départ d’une épreuve cycliste de début de saison Nice-Le Mont Agnel…

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Une pluie drue et glacée s’abattait sur le peloton au moment où il passait devant l’ancien Casino posé sur une passerelle surplombant la Méditerranée que l’on voit sur nombre de cartes postales anciennes et la neige accueillait le vainqueur, l’Italien Barral dans les Alpes. La Jetée-Promenade de Nice sera détruite par les Allemands en janvier 1944, sans grande raison stratégique et jamais reconstruite.

Revenons à la course des livreurs de journaux. Ce sont les Messageries Hachette qui ont organisé ce Critérium cycliste empruntant les avenues tracées sur les anciennes fortifications de la capitale qui deviendront l’actuel boulevard périphérique. la faible actualité sportive de ce dimanche de février entraîne une couverture médiatique importante de cette course.

Quelques images de cette course remportée par Legrand en un peu moins d’une heure (pour 39 km… ce qui donne une moyenne horaire plus que respectable !)

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Un petit futé coupe les angles des journaux pour officiellement permettre au bidon de passer… et gagner quelques grammes.

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L’échappé Prestat qui sera dépassé par Legrand.

 Pourtant, c’est sur la Côte d’Azur que sont organisés les stages de pré-saison cycliste et Le Miroir des Sports y consacre une page complète.

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Les futurs héros du printemps et de l’été cyclistes, les Lapébie, Camusso, Le Grévès… pédalent sur les routes de la French Riviera (et la Riviera tout court).

Le championnat de France professionnel de football a donc vu la prise d pouvoir du F.C Rouen en tête du classement, comme en atteste le titre de l’article:

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Une prise de pouvoir à 2 puisque l’Olympique de Marseille vient se mêler à la lutte, en haut du tableau, au bénéfice d’une victoire 3-1 sur la pelouse de Fort Carré à Antibes. Le Miroir des Sports n’ayant délégué aucun de ses journalistes à Antibes, on se contentera de cette photo…

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prise lors d’une phase de jeu offensive de l’O.M.

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Les résultats et le nouveau classement.

Un football montré du doigt sur cette page relatant la violence du championnat italien:

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Engagement physique trop important, blessures, bagarres… on n’a rien inventé depuis !

Un sport d’engagement pour finir, mais toléré celui-là avec ce titre absolument incompréhensible du Miroir des Sports:

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Si l’on comprend bien, 3 compétitions se sont déroulées en parallèle ce dimanche avec la Coupe de France, le Championnat et le Challenge Du Manoir. Comment ont donc fait les clubs pour s’en sortir ?
Toujours est-il qu’on nous donne un classement sans trip savoir de quoi il s’agit:

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Certainement les 2 poules du Du Manoir qui ont accouché d’une finale Biarritz- Perpignan.

Plus réussie cette magnifique photo de la rencontre parisienne du jour (Stade Fhaçais-Bègles 9-8) avec la belle envolée du demi de mêlée béglais sur la pelouse de Jean-Bouin, avec à l’arrière plan le virage de l’ancien Parc des Princes.

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SÉRAPHIN GUERIN: ITINÉRAIRE D’UN POILU, ARTILLEUR ALPIN pendant la GRANDE GUERRE (1/6-NICE)

Note: pour faciliter la lecture de cet Itinéraire, les 6 articles publiées en février ont été reclassés. Ainsi, en parcourant les pages du blog, l’histoire du grand-oncle Séraphin apparaît dans le « bon » ordre chronologique, plus intéressant à lire que l’ordre de parution. En conséquent, d’autres articles ont aussi été déplacés.

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La guerre avait pris le père en octobre 1915 (voir Il y a 100 ans jour pour jour: Adrien-Gabriel Guérin et la 5ème Escouade se faisaient photographier à LA POMPELLE et Adrien-Gabriel Guérin Mort pour la France en 1915), elle eut besoin du fils aîné quelques mois plus tard, malgré son statut de soutien de famille. Né le 31 octobre 1897 à Caderousse, il fut appelé le 25 août 1916, avec quelques mois d’avance pour être opérationnel l’année de ses 20 ans.

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Ce n’est pas sur son livret militaire certes assez épais et moyennement conservé que l’on suit son parcours car les pages importantes n’y figurent plus. Certes, on y apprend

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qu’il avait les oreilles écartées, un signe de reconnaissance de famille ou ailleurs, plus intéressants, ses domiciles successifs jusqu’en 1940, date de sa démobilisation définitive.

Non, ce sont les pages mises à disposition en ligne par les Archives Départementales du Vaucluse et celles des Armées qui nous en disent plus long sur son parcours… ainsi que tous les documents qu’il a pu conserver même si quelquefois, ils sont en piteux état (comme le carnet ci-dessus). Il récupéra à l’issue de la guerre les cartes postales qu’il avait envoyé à sa mère, ses frères, ses cousines, des parents plus lointains, des amis… soit une bonne pile de quelques 220 CPA, qu’il annota ensuite pour certaines. Il disait quelquefois à ses correspondants « à conserver », ayant prévu sa collection dès le début. Seul hic, ses textes d’une écriture « de médecin », quelquefois au crayon, plus ou moins effacé sont difficilement déchiffrables!

Comme tout un chacun, vous pourrez consulter son matricule en cliquant le lien ci-dessous, avec la page de son parcours substituée à son livret militaire:

matricule Séraphin Guérin

Alors que Séraphin n’avait jamais vu comme montagne que la colline d’Orange et le Petit Luberon à Lacoste, il fut donc appelé dans l’Artillerie de Montagne, l’artillerie des Chasseurs Alpins, ce qui eut pour double avantage qu’il soit relativement protégé par rapport à ce qu’il aurait pu connaître dans l’infanterie et que cela lui fit voir du pays !

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Affecté au 2ème R.A.M., il prit donc le train pour Nice le 25 août 1916 à 18 ans et 10 mois pour sa période d’instruction. Il franchit donc la porte de la caserne Saint-Roch…

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qu’il s’empressa de montrer à son petit frère Léonce le 31 août 1916.

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Il  envoya beaucoup de cartes montrant Nice, l’arrière-pays où se déroulaient les manoeuvres, Monaco qu’il alla visiter avec un copain…

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certaines agrémentées de tampons militaires pas très bien exécutés.

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Il semble être ami avec un certain Camille, il rencontre des gars du pays: Combe d’Orange, un autre jeune de Mondragon qui est incorporé dans le 7ème d’Artillerie et qu’il a connu au Petit Séminaire d’Avignon… comme il le dit dans cette correspondance.

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Ils sortent en ville et Séraphin avait conservé un de ses billets l’y autorisant…

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autorisé à sortir oui, mais sans armes !

Et puis, il y a ces entraînements à Luceram, Drap, L’Escarène…

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dans de vraies montagnes…

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avec de vrais canons. Ci-dessous, une vraie photographie de sa batterie en position de tir, du côté de Luceram…

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sur laquelle on reconnaît Séraphin à droite, à genoux, en train de s’occuper de fournir des munitions à la pièce.

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Une autre photo, celle d’un groupe d’une partie du 2ème R.A.M. sur laquelle Séraphin n’apparaît manifestement pas.

Après ces mois de formation, le régiment était prêt à rejoindre le front des Vosges. Cela se fera à la fin du mois de mai 1917.

à suivre…

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SÉRAPHIN GUERIN: ITINÉRAIRE D’UN POILU, ARTILLEUR ALPIN pendant la GRANDE GUERRE (2/6-LES VOSGES)

Note: pour faciliter la lecture de cet Itinéraire, les 6 articles publiées en février ont été reclassés. Ainsi, en parcourant les pages du blog, l’histoire du grand-oncle Séraphin apparaît dans le « bon » ordre chronologique, plus intéressant à lire que l’ordre de parution. En conséquent, d’autres articles ont aussi été déplacés.

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Les troupes alpines furent surtout utilisées par l’Etat-Major sur le front des Vosges, le lieu le plus emblématique étant l’Hartmannswillerkopf, surnommé le Vieil Armand, où brillèrent et moururent les Diables Bleus.

Les Artilleurs Alpins du 2ème R.A.M. furent envoyés à 20km à vol d’oiseau de ce secteur plus calme en 1917 qu’en 1915, à Saulxures, Saint-Maurice-sur-Moselle à la limite des Vosges et de la Haute-Saône. Séraphin gardera quelques cartes non voyagé de cette région du sud des Vosges.

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La première carte de ce périple vers les Vosges est un arrêt à la gare d’Orange, à deux pas de chez lui.

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D’ailleurs dans une autre carte envoyée le 3 juin 1917, une fois arrivé à bon port,

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on apprend que Gabriel, son frère, est allé voir passer le convoi à la gare d’Orange dans l’espoir de le voir mais que cela ne s’est pas fait car le régiment était séparé en deux trains pour ce transport et qu’il a vu passer l’autre !

Suite du périple vers les Vosges avec cette carte d’Aillevillers en Haute-Saône…

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il écrit ses doutes quant à la destination finale, vers Epinal dit-il, et il apprécie de manger du singe qu’il trouve très bon. Il précise que c’est de la viande en conserve pour les siens qui n’étaient pas au fait de l’argot soldatesque. Dans ces cartes qu’il envoie en complément des lettres qui n’ont pas été conservées, il ne racontera que des choses ordinaires de la vie courante… la santé, la nourriture, la météo, le logement, des rencontres avec des « pays » (Arnoux, le copain séminariste de Mondragon), son travail, des conseils pour la maison… Rien ou peu de chose sur la guerre et ses aspirations personnelles. Il faut dire que ses proches ont été rudement secoués par la perte du père en 1915 et que son frère cadet Gabriel, âgé de 15 ans fait tourner la maison presque seul. D’ailleurs dans ses cartes, il titre souvent Chers parents… alors que le père n’est plus là depuis presque 2 ans, englobant dans le terme parents sa mère et ses 2 frères.

Séraphin semble avoir été orienté dans un poste d’infirmier qu’il avait commencé à exercé déjà à Nice. Mais il continue parfois de servir sa batterie. Pourquoi ? Son aptitude moindre pour la chose militaire ? Ses connaissances scolaires supérieures à la moyenne (il est allé dans le secondaire, chose rare à l’époque) avec des notions de latin utiles en médecine ? Son savoir religieux pas inutile pour soutenir les blessés ? Son statut « privilégié » de soutien de famille ? Un peu des quatre peut-être…

A partir de ce moment, il ne semble plus avoir quitté l’Alsace, jusqu’à la Toussaint 1917. Après guerre, Séraphin annota ses cartes récupérées comme on peut le voir sur celle-ci, au crayon violet, pour ne pas que ça se confonde avec les écrits en gris… ce qui n’arrange ni la lecture initiale, ni la secondaire!

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De la forêt du Kronprinz Alsace Au-dessus de illisible.

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vue de Bitschwiller du 12 août 1917, il fait plutôt froid…

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une prise d’Armes dans cette vallée de la Thur, carte du 16 août 1917.

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une carte des destructions envoyées le 21 août 1917.

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Sur cette dernière carte de Saulxures-sur-Moselotte, Séraphin indique par une croix au crayon, l’emplacement de leur infirmerie la première fois et indique que maintenant, elle est un peu plus loin. Cet allignement de pavillons fait très moderne pour l’époque. La carte date du 3 octobre 1917 et il en enverra 8 à sa famille durant ce mois d’octobre, peut-être à cause d’une certaine anxiété quant à son avenir.

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Le 4 octobre et le pont de Saulxures qu’il franchit 5 à 6 fois par jour pour aller au cantonnement qui est derrière la gare.

Quelques considérations d’intendance dans la carte du 5 octobre…

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On boit de la bonne bière et le vin coute 30 sous le litre. Mais il pleut sans arrêt ce qui est ennuyeux mais tout de même moins embêtant que dans les sapins (où sont positionnées les batteries).
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Une autre vue de Saulxures (les carrières de granit) envoyée le 9 octobre, sur laquelle il parle de copains, Constant en perm, un autre qu’il a failli croiser à Odern. Quant à sa perm, c’est pour bientôt dit-il.

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Envoyée le 10, une vue très image d’Epinal, très Le Miroir avec l’arrestation d’un espion qui pour passer inaperçu se promenait dans les lignes ennemies avec un casque à pointe sur la tête !

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Adieu permission, elles sont toutes arrêtées car c’est l’heure du départ. Comme on peut le lire, c’est pour une direction inconnue. On parle de l’Italie.

Le 31 octobre 1917, c’est confirmé, c’est pour demain et c’est pour l’Italie.

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L’unité est regroupée à Saint-Maurice-sur-Moselle et Séraphin a dîné à l’hôtel de la carte postale alors que les baraques sont ici X en face de la gare (au fond à gauche des arbres). Il neige depuis 2 jours et il fait froid.

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A Saint-Maurice … le jour de la Toussaint 1917 a-t-il ajouté plus tard.

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Le recto-verso de la dernière carte de ce premier séjour dans les Vosges.

Le 2ème R.A.M. part pour l’Italie pour soutenir les Italiens dont le front vient de s’effondrer face aux Autrichiens dans la région de Venise.

à suivre…

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SÉRAPHIN GUERIN: ITINÉRAIRE D’UN POILU, ARTILLEUR ALPIN pendant la GRANDE GUERRE (6/6- L’ALLEMAGNE)

Note: pour faciliter la lecture de cet Itinéraire, les 6 articles publiées en février ont été reclassés. Ainsi, en parcourant les pages du blog, l’histoire du grand-oncle Séraphin apparaît dans le « bon » ordre chronologique, plus intéressant à lire que l’ordre de parution. En conséquent, d’autres articles ont aussi été déplacés.

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Le départ pour l’Allemagne a été fixé le 7 mars 1919. Le voyage se fait en train, c’est nettement plus rapide. La raison de cette occupation est liée aux closes de l’Armistice du 11 novembre 1919. Des troupes alliées (surtout françaises) doivent se déployer dès la signature en Allemagne. Cette occupation continuera après le Traité de Versailles, pour certaines jusqu’en 1935, ce qui exaspèrera les Allemands.

C’est Séraphin sur cette carte gardée en souvenir qui titre ce chapitre

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La 2ème batterie va stationner à Marmolsheim, ce que confirme le livret du Chef d’Escadron Stacchini. Il s’agit de Mammolshain devenu quartier résidentiel de Königstein-Im-Taunus. Les batteries ont été mises en position et quelquefois les hommes sont en alerte.

 Séraphin va décrire le lieu dans sa première carte expédiée d’Allemagne, le 14 mars 1919.

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Que vous dire aujourd’hui. Nous attendons toujours le camion qui ne veut pas venir. Vous envoie une carte, vue de Frankfort. Nous sommes à 15k. de cette ville. Le soir, du haut des collines où nous sommes, nous voyons les lumières. Il y a beaucoup d’usines….

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Un coup de blues semble le frapper quelque temps après, vers la fin du mois avec des propos beaucoup plus aigris.

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Le 25 mars: Un petit mot cette fois des environs de Francfort. C’est en Pays Bochie (!) et ça ne vaut pas l’Alsace. Quel sale pays à tous les points…

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Le 26 mars: Tu me dis qu’il fait mauvais. Ici depuis 5 jours consécutifs, il tombe de la neige toutes les nuits et le jour aussi. Sale pays et sale temps!… 

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Le 28 mars au soir: Je vois que chez vous il fait mauvais temps. Ici c’est pareil. Il a tombé de la neige encore cet après-midi. Quel sale temps. Vivement le beau temps et surtout la libération que je sois un peu tranquille. J’en ai assez de ce métier maintenant. Pour finir par ce clin d’oeil: Surtout que Gabriel se languit d’être soldat !

Certainement un mauvais moment car ses propos sur les Allemands sont surprenants sous sa plume, lui l’ancien séminariste peu belliqueux, même dans ses vieilles années.

Le moral revient avec la carte suivante du 5 avril.

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Voilà la photo du café où l’on va le soir boire la bière.

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Une bière et ça va mieux ! Avec le beau temps et la musique aussi.

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Aujourd’hui beau temps et l’on est allé promener à ce village dont vous voyez la photo. Et ce soir, on est allé à Koenigstein à un concert d’infanterie.

De la compassion aussi pour la personne chez qui il loge.

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Maintenant je suis logé chez une veuve de guerre qui a quatre petits. Quelle cuisine ! Car les militaires français sont aussi logés chez l’habitant, ce qui ne les fera guère aimer par ceux-ci.

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Il s’inquiète aussi pour Caderousse et les champs avec le Rhône qui fait des siennes.

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Reçu aujourd’hui votre carte-lettre du 7 où vous me dites que le Rhône augmente encore. Mais qu »est-ce donc cette année avec le Rhône ? Je vois qu’il prépare la terre pour le millet. Ailleurs, sur une autre carte, il a compté qu’on en était au 5ème Rhône de l’hiver ! De son côté Gabriel a travaillé une terre pour le millet. N’oublions pas que Caderousse était à l’époque, la capitale pour la fabrication des balais en sorgho dit aussi millet.

Dans un autre écrit, il prend la mouche, certainement pour une remarque des siens qui lui reprochent de ne pas essayer de se faire libérer.

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Tu me dis que j’ai une belle patience de rester. Ce doit être surement pour mon plaisir que je reste ici. Tu m’en fous une belle aujourd’hui. Je t’ai déjà dit que je faisais partie de la classe 16. Je vais te dire un fait qui est plus barbare que le nôtre. A ma pièce ici, il y a un type de Marseille de la classe 12 dont le père et le frère ont été tués à l’ennemi. De plus sa mère est morte il y a quelque temps. Alors juge. Et il est avec moi. Passe la dessus. Plus rien. Séraphin.

Pris de remords, il ajoute qu’il les embrasse en haut !

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Le 5 juin est donné l’ordre au régiment de regagner Nice. Pour Séraphin par Sarrebrücken, Metz, Lyon, Marseille, Nice sans pouvoir s’arrêter à Orange.

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La statue en hommage aux combattants allemands de la guerre de 1870-71 à Sarrebrücken

Avec 2 autres hommes du 2ème R.A.M., ils ont suivi cet itinéraire alors que Stacchini décrit un voyage par Strasbourg, Colmar, Belfort, Dôle, Lyon, Marseille et Nice pour l’unité. Nous sommes alors le 10 juin 1919 et les hommes comme les animaux sont harassés par ce long voyage et accablés par la chaleur qui règne sur la Côte.

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Mais pour Séraphin, on est encore loin du retour à la vie civile. Il doit encore 3 mois à l’armée puisque la loi des 3 ans est toujours en vigueur et qu’il a été mobilisé fin août 1916.

La vie est tout de même plus agréable et plus calme.

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…Il y avait bals de partout et une belle fête en tout cas sur la place Garibaldi. Que de monde il y avait, tu ne savais où passer.  Le soir, on est allé aux « Variétés-Théâtre » et l’on a passé une belle soirée car la revue qui se jouait a été très belle, nous avons rigolé pour nos ….

Bien mieux pour sûr que les jours de neige de Francfort !

Il continue d’envoyer quelques cartes

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mais il semble avoir plus le temps d’écrire des lettres car ses cartes sont moins nombreuses. On voit que l’unité remonte un temps dans l’arrière-pays. Il faut dire que des nouvelles recrues sont arrivées et suivant le Chef Stacchini, en octobre 1919, les batteries partiront pour Beyrouth au Liban.

Séraphin, de son côté sera, libéré le 10 septembre 1919 après quelques 1 111 jours sous les drapeaux. De quoi bien mériter ce diplôme de bonne conduite

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signé du lieutenant-colonel Castaing, celui du livre sur la campagne d’Italie. Lieutenant-colonel Castaing qui décompte toutefois la mort de 20 officiers et 610 sous-officiers, brigadiers et canonniers de 1914 à 1920 (puisque des combats continuent au Liban) au 2ème R.A.M…. Séraphin n’a jamais abordé vraiment les combats avec sa batterie.

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