La correspondance du Poilu Grenoblois- Lettre du 07 septembre 1914.

Voici de larges extraits de la lettre du poilu grenoblois Pierre Gautier adressée à ses chers parents. Quelques passages très intéressants…

Enfin depuis deux jours, nous voilà revenus à peu près à la vie ordinaire; à notre grande satisfaction, nous avons quitté samedi à 11 heures le village où nous étions depuis plusieurs jours et où malheureusement nous avons eu plusieurs blessés.

Suit une description des bombardements subis…

Sans regrets, nous avons abandonné nos abris assez confortables installés le long de la voie du chemin de fer; le sifflement des obus et surtout leurs éclats finissent par devenir insupportables et dangereux. C’est bien malheureux de recevoir sans pouvoir se défendre. Tel est notre cas avec le fusil et la pioche comme instruments de défense.

Dans le nouveau village où il se trouve, Pierre est étonné de voir de la vie. De plus, c’est le siège de l’Etat-Major qu’il se plaît à observer et décrire.

…tous les services y sont installés: Trésor et Postes, centre d’aviation, ballon captif, autos d’état-major, ambulances etc… A l’entrée du village on trouve le cimetière. Deux tombes fraichement creusées contiennent l’une le corps du colonel Tourret du 95ème d’Infanterie tué le 24 août, l’autre celui du lieutenant Robert du 121ème d’Infanterie tué le 27 août et dans une fosse communales dépouilles de plusieurs fantassins et artilleurs. Comme nous arrivions dans ce village, 4 chasseurs à cheval, éclaireurs du 95ème venaient déposer sur la tombe de leur colonel une superbe couronne en fleurs naturelles offerte par les officiers du régiment.

Suit ensuite une réflection sur les dangers d’être fantassin pendant la guerre… ce que personne ne doute, même loin du front. Il pense à son ami Joseph Coutet qui se trouve dans une de ces unités à pied. Puis il revient à son sujet et raconte quelques habitudes qu’il a pris depuis le début de la campagne.

En guerre, une bonne couche de foin vaut dix fois mieux qu’un bon lit en temps de paix. Pour se déshabiller, on quitte ses chaussures quand on ne prévoit pas d’alerte. Pour moi, voici comment j’opère. Je pose d’abord mes chaussures et mes jambières, j’attache le tout ensemble pour éviter de les égarer dans le foin, je dispose près de moi mon képi attaché à ma musette et me voilà prêt à dormir. Si nous couchons dans le foin, je quitte ma capote dont je m’enveloppe comme dans une couverture. On a beaucoup plus chaud. Je n’oublie jamais ma ceinture de flanelle et mon linge à toilette dont je m’entoure la tête. Le matin, il faut être prêt en deux minutes. La toilette se fait en route mais croyez moi, je ne suis pas le dernier

Suit un peu plus loin la description de son armement…

Comme équipement, j’ai d’abord mes 3 cartouchières un peu lourdes avec leurs 100 cartouches, mon fusil complètement rouillé mais toujours prêt à fonctionner, ma musette et gamelle que je garde en permanence et ma petite veste qui fait le pendant. 2 bidons complètent la collection. Il faut se méfier des vols fréquents mais jusqu’à présent, j’ai conservé absolument tous mes objets.

Puis il cite des cas de vols chez des amis, vols qui vont jusqu’à celui d’un cheval dans une écurie, sans oublier les porte-monnaie ! Il s’étonne ensuite de revenir à une vie presque normale, plus de son du canon et comme c’est dimanche la messe dite par l’aumônier militaire et suivie par de nombreux hommes. Son ami Becquet arrive d’Epinal et ramène des provisions appétissantes. La nuit venue, voici un peu d’animation:

A la nuit, les convois font une certaine animation dans le pays. Nous voyons arriver un autobus parisien avec ses phares et lampes intérieures éclairées, on se croierait à Paris. Plusieurs fois déjà, nous avons rencontré de grands convois automobiles. D’abord les autobus pour le transport de la viande et d’autres voitures pour les blessés. Quelques unes de leurs inscriptions nous rappellent notre beau Dauphiné (Grenoble, Villard-de-Lans, la Chartreuse etc etc…)

Est-ce l’épisode des « taxis de la Marne » dont Pierre fait ici allusion ?

La lettre se termine par ce commentaire personnel: … pour moi, je suis étonné de me voir si courageux, j’en profite pour faire mon devoir et quelquefois même plus, en aidant les blessés et les malades, c’est une satisfaction personnelle. 

Ainsi se termine cette lettre plus sereine que les précédentes…

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