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LA BATAILLE DE PROVENCE (août 1944): la carte MICHELIN de 1947

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Comme pour le débarquement de Normandie, Michelin a édité en 1947 une carte Michelin spéciale Bataille de Provence, qui résume à grand coups de flèches mauves le déroulement du débarquement de Provence du 15 août 1944 puis la Libération de la région de Menton à Avignon, en indiquant les dates et les unités impliquées.

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La carte des lieux et des opérations.

Il s’agit d’une carte Michelin normale de l’époque avec en sur-impression les indications historiques. Elle est complétée par une page racontant le déroulement des faits

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et une annexe avec les endroits importants pour la bataille. 

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Ainsi le touriste voulant parcourir le pays trouvait-il, au sortir de la guerre, un document complet et succinct pour son parcours mémoriel.

Voyons en détail les principales indications historiques de la carte

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En premier, le débarquement proprement dit sur les plages du Var, du Cap Nègre (cher à qui tout le monde sait maintenant) jusqu’à la plage du Drammont à Agay et à Anthéor. On y voit que, contrairement au 6 juin où le rôle de la France était quasi anecdotique (pardon pour les commandos Kieffer), en Provence, toute une série de plages furent prises par les Français libres de De Lattre de Tassigny. 

A l’arrière du front, des troupes aéroportées vinrent désorganiser les renforts allemands en sautant du côté de Draguignan.

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Les îles au large d’Hyères furent aussi libérées en même temps.

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On voit en lisant les dates que la progression franco-américaine fut beaucoup plus rapide qu’en Normandie, Hitler ordonnant à ses troupes de se retirer tout en laissant quelques points de résistance pour freiner l’avancée des libérateurs.

Vers l’est, à l’intérêt stratégique minime, la progression fut plus lente,

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les Américains laissant les Maquis préparer le terrain. Ainsi Nice, à quelques dizaines de kilomètres des plages du débarquement ne fut libérée que 3 jours avant Lyon à 400 km de ces mêmes plages (et Menton, 5 jours après Lyon).

L’effort franco-américain se porta sur les 2 grands ports de la Méditerranée où les renforts pouvaient débarquer rapidement:

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TOULON

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MARSEILLE.

Dans les 2 cas, c’était là que la résistance allemande les attendait et les villes ne tombèrent qu’après de violents combats où les forces françaises furent majoritairement impliquées, que ce soient l’Armée de De Lattre que les unités de la Résistance.

Mais ici, ce qui va intéresser la plus importante bataille du sud de la France, la bataille de Montélimar est marqué par ce grand Z écrasé dans cette partie de la carte

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de Draguignan à Riez et la vallée de la Durance au nord de Manosque. L’indication TBF signifie Task Force Butter, force rassemblant diverses unités américaines devant foncer au plus vite, par les Préalpes bas-alpines sur la moyenne Vallée du Rhône, vers Montélimar et couper ainsi la retraite des unités allemandes se repliant et en particulier de la 11ème Panzer Division venant du Sud-Ouest. The Battle of Montelimar est très connue aux USA et beaucoup moins en France malgré les dégâts dont souffrirent certains villages drômois (La Courcourde-Derbières, La Laupie notamment).

La carte s’arrêtant aux ports d’Avignon le plus au nord, la Bataille de Montélimar n’est pas dessinée.

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En MAI 68, le Dauphiné Libéré cessa de paraître pendant 18 jours.

La grève des ouvriers du Livre dura du 21 mai au 7 juin 1968. Comme presque toute la France, les grèves paralysèrent l’activité économique dans le prolongement des révoltes étudiantes qui commencèrent au début du mois de mai et la presse fut également touchée.

Voici la Une du numéro du SAMSUNG CAMERA PICTURES, au moment où les rotatives se remirent en marche.

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Encore faut-il ajouter que le journal était squelettique et ne comportait que 8 pages, les usines de fabrication du papier ou les compagnies de transport ayant aussi connu des mouvements sociaux. On se croirait revenu aux journaux de la Libération.

En bas de première page, la rédaction explique aux lecteurs les raisons de son absence des kiosques et la genèse du conflit.

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En lisant la 4ème de couverture, on s’aperçoit que la tension est loin d’être retombée…

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…comme à Renault-Flins où ouvriers et CRS s’affrontent. Le journal retrace aussi un bref historique des 20 jours de grève générale

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puisque les lecteurs n’ont eu que la radio pour s’informer pendant cette période, la télévision donnant elle-aussi un écran noir.

En effet, quand on cherche à connaître un peu plus le mouvement da Mai 68, ce n’est pas dans la presse quotidienne ou hebdomadaire qu’on peut se documenter puisque les journaux n’ont pas paru pendant 3 semaines. Par contre on trouve pas mal d’ouvrages racontant les événements « à froid ».

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ROULEAU de MARINIER du RHÔNE, avant les barrages et les canaux.

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Une carte, un long rouleau de papier destiné aux mariniers pour naviguer sur le Rhône sans dommage, en évitant les dangers. Ce document date de l’entre-deux-guerres certainement, à une époque où le Rhône, pas encore dompté par l’Homme et la CNR, était un fleuve dangereux avec ses rapides, ses remous, ses îles, ses rochers, ses bancs de pierre en période d’étiage, ses digues…

Sur ce long rouleau de papier est dessiné le cours du fleuve. Il mesure 10 mètres de long pour 22cm de large. Il couvre le fleuve de sud de Valence (où aujourd’hui a été lancé le pont des Lônes) jusqu’à Arles, c’est-à-dire, je pense, la moitié du cours de Lyon-Arles.

On y trouve tout au long le chenal idéal et des conseils à la navigation. Quelquefois est indique un chenal par hautes eaux et un chenal d’étiage (comme au niveau de La Voulte). Est indiquée aussi la direction à prendre, les conseils pour se repérer (exemple vers le confluent de la Durance en direction du sud « piquer droit entre le pylône et le Bec des Alpilles »)

Ci-dessous deux passages:

au niveau d’Ancone où on voit bien la lône et les épis, le pont de Rochemaure… ce devait être un passage où le marinier devait redoubler d’attention:

ANCONE

Un petit montage au niveau d’Ancone

au niveau de Caderousse (qui n’est pas mentionné, on voit quelques maisons tout en haut en bordure du petit Rhône, en limite du papier) avec sur le grand Rhône, le fameux car dangereux virage du Revestidou, tombeau de nombreux bateaux et mariniers pendant 2 millénaires.

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Une cabane de guidage existe toujours en bordure de ce bras mort devenu la fin du cours de l’Aigues, un canal ayant été creusé entre lui et le village de Montfaucon. Quant à l’île de la Piboulette, elle a été coupée en 2 et n’a plus que le nom d’île.

Jean-Paul Masse président de la Levado, foyer rural de Caderousse a réalisé ce montage.  En effet, le Rhône tournant au niveau de Caderousse, la carte était coupée pour rentrer dans le format (le train rouge servant de lien au niveau de cette coupure. Voici donc le Rhône dans un sens beaucoup plus conforme à la réalité:

ROULEAU MARINIER GUERIN

D’autres extraits de cette longue carte vous seront présentés dans d’autres articles.

Enfin, la petite note à l’attention des mariniers concernant le pont du Teil nous permet de dater ce rouleau. Il commence par les mots de Le nouveau pont du Teil. Effectivement, le pont du Teil assez ancien était devenu particulièrement vétuste au point que certains chauffeurs de transport en commune faisait descendre les passagers qui traversaient le pont à pied. Il fut donc remplacé, ce qui prit pas mal de temps, la première guerre mondiale retardant le projet. Le nouveau Pont du Teil fut inauguré en novembre 1931… la carte dont donc dater de 1932.

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MÉMOIRE DE RHÔDANIENS à l’époque où les blogs n’existaient pas

Mémoires de Rhôdaniens, un livre de cartes postales et de photos anciennes racontant le Rhône et le rapport entre les hommes et le fleuve dans son cours sur la moyenne vallée, de Givors à Donzère mais principalement autour de Tain-Tournon. Michel-André Tracol y présente sa riche collection de cartes postales.

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J’ai été content de retrouver ce livre neuf dans le magasin grand public d’une structure sociale de réinsertion à Etoile. Mon premier exemplaire acheté au moment de sa parution en 1977 avait vu sa reliure brochée détruite par les écrasements successifs de la plaque de verre d’un rétro-projecteur lors de ma vie antérieure.

Voici quelques vues de cet intéressant ouvrage.

L’auteur insiste beaucoup sur la navigation sur le Rhône

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comme avec ces images des  toueurs au port de Montélimar, en face du Teil d’Ardèche, à côté du pont suspendu (pas celui du Gournier, celui proche de l’actuelle base de loisirs). On retrouve sur place des restes tangibles de ce port avec le quai et la voie pavée. Le toueur, bateau emblématique du Rhône dont voici le plan présenté sur une autre page,

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était un remorqueur de barques qui se déplaçait en se tractant sur un cable de 12 à 15 km de long qui s’enroulait dans un sens et se déroulait dans l’autre autour d’un tambour. Les barques remontaient le Rhône en passant de toueur en toueur tous les 15 km. Longtemps le dernier exemplaire conservé a rouillé dans les chantiers navals de Savasse, en face de la centrale de Cruas. Il a été ensuite transporté au port de l’Epervière à Valence où il attend des financements pour sa restauration.

Les photos des crues ou de l’étiage sont intéressantes avec en clou de spectacle cette péniche prise dans les glaces près de l’usine hydroélectrique de Donzère-Mondragon lors du fameux hiver de février 1956.

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La vie au bord du fleuve, c’était aussi la pêche à une époque où le Rhône n’était pas aussi pollué qu’aujourd’hui et où les poissons étaient nombreux, non freinés par les barrages et usines.

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Ici la pêche au carré. A Caderousse, il y avait aussi le vire-vire ou le vire soulé de « Revire », ce devait être son surnom(?).

Les joutes distrayaient les riverains et permettaient aux jeunes de s’affronter dans des duels dignes des chevaliers du Moyen-Age, à une époque où les sports d’équipe étaient beaucoup plus rares.

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La seconde partie du livre est un album de reproductions de CPA dans le secteur de Tain-Tournon.

M. Tracol a édité plusieurs livres de ce style dans les années 70-80 dont Quand le Rhône était un fleuve, tout comme parurent des livres de cartes postales sur Montélimar (Noëlle Marcel) ou Viviers. De nos jours certainement, ces auteurs privilègeraient des blogs sur le net, pour une diffusion beaucoup plus large de leurs messages.

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PHOTOGRAPHIE: encore des négatifs sur verre…

Après l’article du 29 avril dernier, quelques autres négatifs sur verre intéressants trouvés ce dimanche…

Tout d’abord, la photo qui a permis de dater grossièrement le lot.

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On reconnaît des personnes se recueillant devant la tombe du Soldat Inconnu, sous l’Arc de triomphe de l’Etoile à Paris. Nous sommes après le 11 novembre 1920, date à laquelle ce symbole a été inauguré.

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Une promenade en barque sur un lac bien paisible.

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Un jeu d’enfant un peu rudimentaire. Une fabrication artisanale?

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Un homme posant sur une bicyclette… qui date: le guidon plat, un freinage à tringles de métal, pas de garde-boue. Ce vélocipède est bien antérieur aux années 20, la série dans cette boîte (d’où vient aussi la promenade en barque) est bien plus ancienne (avant Grande Guerre).

 A suivre…

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La Mitraillette STEN de la BATAILLE de MONTéLIMAR ou ce qu’il en reste!

Aucune crainte, c’est bien un pistolet-mitrailleur Sten d’origine américaine mais vu son état, il ne risque pas de servir à nouveau un jour…

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Ce bloc de rouille dont il manque la crosse a été trouvé au pied du pont de Pierre à Montélimar, ce pont qui enjambe le confluent Roubion-Jabron et relie la vieille ville au Faubourg Saint-James. C’était quelques jours après la crue du 3 octobre 1988 qui avait été provoquée par un très violent épisode cévenol, ce jour sinistre qui vit plus au sud, les eaux submerger Nîmes et provoquer le décès de 5 personnes. Une balade à pied au « petit Nice », promenade au bord du Roubion, en attendant la sortie de la classe de maternelle d’Am., un banc de sable qu’avait déposé les eaux en furie (vers l’endroit où se situent maintenant des toilettes et un point d’eau) et au milieu, ce morceau de métal qui dépassait ainsi.

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Un peu de curiosité et surprise! au bout du bras, cette magnifique Sten, vestige de la Bataille de Montélimar, the Battle of Montelimar, plus connue aux Etats-Unis qu’en France.

Cette arme était fournie aux Maquis de la Résistance par des parachutages américains. Elle devait avoir séjourné tout ce temps (44 ans) dans la terre ou les sables humides du Roubion et les eaux en furie l’avaient déterrée pour me l’amener sur mes pas. Peut-être un vestige des combats de La Laupie, butte qui changea de main à de nombreuses reprises en cette seconde quinzaine d’août 1944, butte qui surplombe le Roubion.

On parle de la Sten dans ce livre

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dans lequel la mitraillette est expliquée en détails.

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Quelques détails de cette antiquité…

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la gachette

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le chargeur

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l’éjecteur des balles tirées

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la pièce pour armer.

Une pièce « dans son jus » pour le moins et un souvenir émouvant des combats de la Libération de notre région.

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Lettre du 17 octobre 1944- BARBIèRES (Drôme)-Evènements du VERCORS-Répression.

Une lettre datée du 17 octobre 1944 qui raconte les évènements du Vercors de juillet 1944. Barbières est situé au pied des Monts du matin, à l’est de la plaine de Valence, au début du col du Tourniol. Après quelques mots s’enquérant de la santé des correspondants et donnant des nouvelles de la famille, l’auteur raconte:

« Au 9 juin, j’avais rejoint le maquis du Vercors en compagnie de Ruchon, Jean Reynier, Raymond Reynier, René Blachon, Nicolas Marcel, nous y sommes restés jusqu’à fin juillet date à laquelle les Boches nous ont attaqués en force. Vous avez dû l’apprendre dans les journaux ainsi que toutes les atrocités commises. Barbières étant zone rouge ainsi que tout le pays le long de la montagne, nous avons eu l’occupation des Mongols pendant 17 jours; ce fut le règne de la terreur, pillage, incendies et viols. Heureusement aucune victime au pays, ma femme ne pouvant rester avec Ginette seule dans le grand bâtiment s’était réfugiée chez M. Bellier sur Besayes le 21 juillet. Le 22 au matin, les rafles et les perquisitions commençèrent à la pointe du jour. Vous pensez bien que notre logement ainsi que l’usine n’y ont pas…

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…échappé; à l’usine tous les tissus sont partis, quant à la maison, le poste, le vélo, le linge, les couvertures, le lainage, les vêtements, les chaussures etc…, ils nous ont laissé tout de même les meubles, la vaisselle et quelques vieilles nippes, vous pensez un peu dans l’état que cela avait mis. Ma femme quand elle est rentrée chez elle de trouver une maison toute bouleversée et moitié vise, nos réserves en nourritures, 12 douzaines  d’oeufs , un jambon, du lard, 25kg de farine blanche, 5 kg de sucre, 10 kg d’haricots, 8 kg de maïs, 5 kg d’orge torréfiée, le beurre, la graisse, le vin en un mot il nous reste plus que nos yeux pour pleurer. Après cette secousse, ma mère est décédée le 15 août, cela fait que nous sommes tous monté à Bouvante chez les parents de ma femme pour passer trois semaines de tranquillité qui nous a fait tant de bien à tous.

Vous avez dû savoir que Saint-Jean, Saint-Nazaire et Pont-en-Royans ont été bombardés par les boches de 20 juin; Saint-Nazaire a beaucoup souffert aussi l’usine est paralysée pour quelques temps à cause des dégâts t le pillage qu’elle a subi. A Barbières, nous avons recommencé le 2 octobre, nous pensons pouvoir travailler en attendant de recevoir les nouvelles matières, au kaolin ça ne marche pas fort, le manque de transports se fait sentir… »

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La répression qui fut terrible sur le plateau (Vassieux, La Chapelle, La Luire…) le fut également au pied où les Allemands attendaient les maquisards descendant du plateau plutôt que les poursuivre dans les forêts et ne souhaitaient que la population les aide. Le passage de l’Isère pour ses jeunes fuyant le plateau fut fatal pour beaucoup (nombreuses stèles le long de la route vers Saint-Nazaire-en-Royans). Les Mongols dont on parle sont des supplétifs de la Wehrmacht issus de l’Est (Azerbaïdjan…) spécialisés dans des taches pour semer la terreur après les combats qui furent menés par des Alpins et des Parachutistes sur le plateau.

 

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NéGATIF sur VERRE: FEMME au VéLOCIPèDE

Un original négatif sur verre datant de la fin du XIXème siècle, photo prise dans la région de Montmeyran-Upie (Drôme). Il représente une femme posant avec sa bicyclette ou plutôt son vélocipède. Cette photo faisait partie d’un coffret de plaques « Lumière », lot de photos de groupes. Joli objet que l’on peut voir à travers une vitre ou devant une lumière artificielle.SAMSUNG CAMERA PICTURES

Pour arriver à réaliser cette image numérique, j’ai pris la photo devant une page blanche de Word de l’ordinateur.

Format de la plaque 8,7cmx11,8cm.

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Août 1944: Une jeune fille raconte la Libération de VALENCE (Drôme)

Il s’agit d’une lettre de 16 pages dans laquelle une jeune fille de 16-18 ans raconte les difficiles moments ayant précédé la Libération de la moyenne Vallée du Rhône à partir du 15 août 1944. En effet, les Allemands refluaient du Midi de la France depuis ce 15 août, date du débarquement de Provence. A des unités presque débandées s’ajoutait une PanzerDivision composée de combattants aguerris et dotée de matériel important. Les Américains décidèrent d’essayer de couper la route à ces troupes dans la région de Montélimar, où la vallée du Rhône est la plus étroite entre colline et fleuve,  en remontant rapidement par la route Napoléon puis en obliquant vers l’Ouest par la vallée de la Drôme. Les combats de la bataille de Montélimar (the Battle of Montelimar) furent violents et meurtriés mais la PanzerDivision réussit à passer. Plus au nord, Valence reçut quelques éclaboussures à partir du 15 août, meurtrières-surtout pour la population civile. C’est ce que raconte cette jeune fille. Je reproduis les 16 pages de sa lettre car tout y est intéressant.

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Valence le 9/9/44

My Dear friend

J’ai attendu pour t’écrire d’être rentrée dans ma chère ville de Valence libérée depuis le 31 août à 5h. du matin. Quand nous avons appris la Libération de Valence faite presque sans combat nous ne pouvions croire à un tel bonheur. Les maquisards nous avaient dit quelques jours auparavant que la prise de Valence serait dure car il y avait deux Etats Majors boches qui ne voulaient absolument pas se rendre et avaient ordonné à leurs troupes une résistance acharnée. Heureusement il n’en a rien été de tout cela ce qui a sauvé la ville. Ce sont les durs combats qui se sont déroulés dans le sud de la Drôme. Les Boches ont tenté un effort désespéré et se sont fait massacrer par milliers. Les Américains eux-mêmes ont subi  de très lourdes pertes , il paraît que même en Italie, ils n’avaient pas livré de si durs combats. Ils ont filmé la bataille de Marsanne pour l’envoyer en Amérique. Entre Montélimar et Livron, la route était jonchée de cadavres. Dans un champ près de Livron, les cadavres boches étaient empilés sur un mètre de haut. A un endroit, il y avait 78 pièces qui tiraient à la fois. Tu te représentes l’enfer que ça devait être. Les boches se voyant perdus se sont mis à fuir et les Valentinois avec la joie que tu devines, ont vu défiler pendant des jours et des nuits l’armée en déroute. Les Américains pour épargner la ville ne leur ont pas tiré dessus, se réservant de les battre plus loin. C’est ainsi que la ville a été épargnée. Quand l’armée allemande  a eu fini de défiler, les Américains accompagnés de FFI ont pénétré dans la ville et ont fait prisonnier les quelques boches qui s’y trouvaient encore . Pour cela, il a suffi de donner quelques coups de canons et tout est rentré dans l’ordre.
Lundi, il y a eu une grande fête à Valence. 4 000 FFI sous les ordres du lieutenant colonel Legrand ont défilé au Champ de Mars sous les acclamations de la foule. Il y avait quelques jeunes filles parmi les FFI entre autre J. Delpeuch qui a eu un de ses frères fusillé et sa mère arrêtée pendant un certain temps. On a fait aussi défiler devant les Valentinois certaines personnes un peu trop bien avec messieurs les boches, la tête rasée ces dames avaient paraît-il fière allure. Je regrette bien de n’avoir pas pu assister à la cérémonie. Je suis malheureusement rentrée de la campagne que depuis hier matin. Depuis le 15 août, ça m’a fait trois semaines de vacances mais je m’en serais bien passé. j’espère bien ne plus en avoir de pareilles. D’autre part nous nous sommes fait un mauvais sang fou au sujet de Valence. Nous voyions la ville rasée et mon père et mes grands-parents tués et d’autre part, nous étions nous-mêmes loin d’être en sécurité. Ce que nous savions c’est que nous n’étions pas prisonniers comme à Valence, nous avions la possibilité de fuir les combats. D’ailleurs, je crois que si j’étais restée à Valence après la frayeur que j’ai eu le 15 août, je serais devenue folle. Je n’aurais pas pu supporter d’entendre sonner la sirène. Valence a été bombardée le 18 août pour couper le pont qui avait été manqué le jour du 15 août. Ce sont les dernières arches près de Granges qui ont été démolies mais il est tombé des bombes sur les deux rives. Le moulin qui se trouvait sur le quai du Rhône a été complètement détruit et il est tombé beaucoup de bombes au parc. La partie située près du Rhône est méconnaissable, il y avait des entonnoirs où des maisons entières auraient pu être englouties car c’étaient des bombes de 3 000kg. La preuve Eliette Epic a été tuée aux Granges.  Les Bourne ont passé près car il y a eu deux maisons de démoli tout près de chez eux.

On m’a appris aussi la mort de G. Veillet et de son père survenue lors du bombardement de mon quartier le 15 août. Le père de M. Lévy a été tué aussi. Il peut y avoir aussi d’autres personnes que nous connaissons car je n’ai malheureusement pas pu voir la liste des victimes. Le bombardement le plus meurtrier, celui du 15 août, a fait plus de 500 morts et on a retiré 500 corps des décombres. Mais il y a beaucoup de gens que l’on n’a pas retrouvé. Quand je t’ai écrit, je n’avais pas encore beaucoup de précision sur les dégâts car j’ai quitté Valence le plus rapidement possible (l’alerte n’était pas encore terminée) mais ce qu’on m’avait dit n’était malheureusement pas exagéré. Entre Autun (merci M.Manifacier pour les précisions à lire dans les commentaires- NDLR) et la Mairie, des rues entières sont démolies, la préfecture a brûlé entièrement, une grande partie de l’hôpital a été détruite, la salle des fêtes n’a pas été touchée mais c’est comme pour la mairie, presque un miracle car les maisons voisines n’existent plus. De la fenêtre de notre petite salle à manger, nous avons une vue générale sur les ruines qui ne sont malheureusement pas aussi belles que celles de l’Acropole. Les 3 maisons du bureau de tabac, du marchand de TSF et du matelassier qui ne sont pas à plus de 6 mètres de chez nous, tu te souviens comme la rue est étroite, ne sont plus qu’un amas de décombres. La rue Farnerie est détruite, la pension où allait Mme Anney n’existe plus, les deux demoiselles qui la tenaient, leur bonne et 2 ou 3 pensionnaires ont été tués. Comme tu le vois, Valence qui avait été épargnée pendant longtemps a fini par payer un tribut à la guerre, un lourd tribut car je ne t’ai pas encore tout raconté. Le bouquet, ça était l’explosion du 29 août. Ces messieurs les boches se voyant perdu ont conçu le charitable projet  de détruire les Valentinois avant de les quitter sans doute pour les remercier de leur hospitalité. Pour cela, ils n’ont rien trouvé de mieux que de faire sauter leurs explosifs qui se trouvaient dans un train qui s’étendait depuis le pont de la Cécile jusqu’à la Palla, non loin de chez mes grands-parents. Il paraît que les explosifs auxquels ils ont mis le feu étaient de la nitro-glycérine, le plus fort explosif qui existe, pire que la dynamite. Aussi tu te rends compte de l’effet produit. Des quartiers entiers situés près de la voie ferré ont été détruits. On se perd au milieu des décombres. On ne peut plus reconnaître les rues. Par miracle, il n’y a eu qu’une quarantaine de morts et environ 200 blessés. On peut dire que c’est providentiel, étant donné l’étendue des dégâts.

Beaucoup de gens ont vu tomber leurs cloisons même leur toit et n’ont pas été blessé. J. Charrier m’a dit que sa maison était inhabitable, elle a passé à travers son plafond, tu te rends compte de la frayeur qu’elle a dû avoir. H. Nougier avait été blessée mais légèrement, je l’ai rencontrée hier dans la rue. Mes grands-parents ont passé près, ils ont eu leur toit abîmé, plusieurs portes et volets arrachés, il y a une cloison qui est tombée sur le lit de ma grand-mère. C’était à 1h. de l’après-midi que l’explosion a eu lieu et ma grand-mère a l’habitude de se reposer sur son lit après son déjeuner. Heureusement qu’elle ne s’y trouvait pas à ce moment-là. Quant à mon grand-père, il était dans son jardin où l’on a trouvé de gros morceaux re rail et de gros blocs de pierre provenant de la maison voisine, une vieille masure pas solide qui s’est effondrée à moitié et où les gens n’ont rien eu. Inutile de dire que les trois quarts de la ville sont sans carreaux car l’explosion a eu des répercussions très loin. Chez les demoiselles Chatelain, il est tombé un morceau de cloison et pourtant elles habitent loin du lieu de la catastrophe. A la mairie, les fenêtres se sont ouvertes? Si les vitres ne se sont pas cassées, c’est qu’elles l’étaient déjà. Depuis mercredi, on nous a posé des vitres à une fenêtre par pièce, les autres fenêtres ont été bouchées avec des planches. Pour le moment, on se contente de fermer les volets, nous n’y verrons pas très clair. Cet hiver, il faudra allumer l’électricité de bonne heure mais nous n’avons pas le droit de nous plaindre. Si nous étions tentés de le faire, il n’y aurait qu’à aller faire un petit tour à la Cécile ou même dans notre quartier… les habitants de ces immeubles changeraient bien leur sort pour le nôtre. Et encore ce ne sont pas ces gens que je plains vraiment, ce sont ceux qui ont perdu des membres de leur famille. Quand on est en vie, même que l’on soit dans le dénuement le plus complet, on n’a pas le droit de se plaindre. Qu’est-ce tout cela en comparaison de tous ces jeunes qui ont été fusillés, ces victimes des bombardements morts à la veille de la Libération. Quand on pense à toutes ces victimes, la joie actuelle en est un peu assombrie.

Il y a surement une dizaine de jours, les boches ont brûlé deux maisons à La Baume-Cornillane et fusillé 10 jeunes. Ils étaient venus installer une pièce et se sont battus avec les maquisards? Nous entendions la mitrailleuse. Ils se sont avancés près de notre hameau. Il n’y avait plus qu’un ravin qui nous en séparait. Quand nous avons vu ça, maman et moi sommes parties dans le bois. Tous les gens réfugiés comme nous, qui n’avaient pas de ferme à garder en ont fait de même. Personne ne tenait à rester avec ces messieurs. Heureusement les Américains approchaient. A ce moment-là aussi ces messieurs n’ont aps osé s’approcher plus loin et ont regagné Valence précipitamment. Il était temps pour eux car le lendemain, nous étions avec les Américains. Ce jour-là, nous avons eu encore une émotion: les Boches cantonnés au plateau des Beaumes tiraient sur les batteries américaines installées dans un bois près de chez nous. Nous entendions siffler les obus. Je dois t’avouer que je me suis crue perdue pour le reste. Je n’étais pas la seule. Les gens n’en menaient pas large. Heureusement, les Américains n’ont pas riposté et ces messieurs voyant qu’ils travaillaient en pure perte ont cessé le feu. Si on s’était vraiment battu à Valence, nous aurions été obligés de fuir dans les montagnes car nous aurions reçu les obus boches. Depis le 15 août jusqu’à la Libération, nous n’avons pas connu un moment de tranquillité. Les premiers jours de notre arrivée, le pays était infecté de DCA et comme il ne faisait que passer des bombardiers, elle tapait sans arrêt si bien qu’on n’osait pas sortir. Le dimanche après le 15 août, nous avons été terrifiés, nous sommes allées nous réfugier dans une cave car il a passé 66 bombardiers au-dessus de nos têtes et la DCA ne s’est pas arrêtée de taper pendant 20 minutes. Nous avions peur qu’elle finisse pas toucher quelque avion et qu’il nous déverse ses bombes dessus. Plusieurs personnes étaient montées sur une colline pour mieux voir, ils étaient persuadés qu’ils e craignaient rien car ils étaient à l’abri sous des arbres. Tu penses si ça protégeait contre les éclats de DCA et les avions n’allaient pas leur lâcher les bombes dessus. Il est certain qu’ils n’allaient pas le faire volontairement mais s’ils avaient été atteints, ils auraient bien été obligés de les déverser et sur un nombre pareil d’avions, il y avait des chances pour qu’au moins un avion soit atteint. Heureusement, cela ne s’est pas produit mais aurait bien pu se produire. Il arriverait moins d’accident si les gens étaient un peu plus prudents. Je ne sais pas si les événements en étaient la cause mais  ces derniers temps, les gens étaient devenus complètement inconscients. Ils étaient environnés de tant de dangers qu’ils ne faisaient plus attention. Je vais te raconter le bel exploit de mon père le jour du 15 août. Quand la sirène s’est mise à sonner, les avions étaient déjà là et la DCA s’est mise à taper. Mes parents m’ont dit « descends vite, nous te suivons ». Ma mère s’est vite dépêchée de fermer les volets et a recommandé à mon père de l’aider. Quand elle pénètre dans la salle à manger, est-ce qu’elle ne voit pas mon père qui avait ouvert toute grande la fenêtre et passait sa tête bien dehors pour contempler un avion qui volait très bas et à ce moment-là la DCA tapait. Maman lui dit « tu n’y es plus, tu vas te faire tirer ». A peine mon père avait-il fermé la fenêtre que l’avion qu’il contemplait lâche ses bombes sur la Préfecure. Mes parents ont été pris comme dans une tempête et se sont accrochés à la porte pour ne pas tomber, puis ils sont descendus sans perdre de temps à l’abri. C’était le moment car quelques instants après, les bombes tombaient dans notre rue et là, ils auraient été tués par le souffle. Il faut assister à un bombardement pour se rendre compte de l’imprudence que l’on commet en négligeant de descendre à l’abri sitôt que la sirène sonne. Enfin heureusement que tout cela a pris fin. Mon journal du front se termine. Je vais te raconter maintenant des histoires plus réjouissantes, c’est-à-dire mon entrevue avec les Américains.

Le jour de la Libération de Valence, deux Américains sont veus se promener dans notre hameau. Un de nos voisins leur a offert à goûter mais ils ont eu de la difficulté à se comprendre. Malheureusement je n’étais pas là car j’aurais pu leur parler sans me faire moquer de moi car les gens n’auraient pas compris si le leur avais dit des bêtises. Deux jours après, nous sommes allés voir à Montvendre une amie de maman et ses enfants ont amenés 3 Américains au moment où nous y étions. Je n’ai pas osé leur parler mais j’ai bien compris ce qu’on leur disait et ce qu’ils disaient. L’un était assureur, l’autre s’occupait des vedettes et vivait à San Francisco. Quant au 3ème, il bâtissait des maisons, traduis-le comme tu voudras. Quant à moi, je pense qu’il devait être architecte. Je dois t’avouer que tous les 3 étaient extrêmement sympathiques mais j’avais vraiment le béguin pour le bâtisseur de maisons. IL est impossible de trouver visage plus agréable. J’aurais voulu que tu vois son expression. Il était certainement protestant et même peut-être un descendant des Puritains. Maman elle-même a reconnu que quand on a un tel visage, on ne peut avoir qu’une belle âme. Tu dois te dire « cette pauvre Christiane est en train de divaguer, les émotions qu’elle a reçu lui ont atteint le cerveau », il n’en est rien rassure-toi, on se remet vite quand on voit l’allégresse qui règne dans Valence. On se frotte les yeux pour se demander si on ne rêve pas en voyant toutes les maisons pavoisées, les rues sont pleines de monde et de troupes. Sur les boulevards et dans l’avenue Victor Hugo, on n’ose plus traverser de peur de se faire écraser. La Croix d’Or est toute couverte de drapeaux et devant la porte, on voit 3 canons qui sont des trophées pris à l’ennemi. Les élèves du collège se promènent avec les Américains et baragouinent tant bien que mal. C’est dommage que tu ne sois pas avec moi car nous essayerions nous aussi de parler. Mlle Chatealin me dit que je devrais leur parler mais tu ne me vois pas les arrêtant. Lucie n’ose pas non plus. Aux Américains se mêlent des soldats français que l’on a des peines à distinguer des autres. Les hôtels autrefois garnis de verdure sont remplis maintenant d’une foule de personnages habillés de kaki dont la vue est un peu plus réconfortante. Les soldats sont entourés d’une nuée de gosses qui elu mendient des bonbons. Le collège est occupé par les troupes. Il paraît  qu’ils ont installé un grand fourneau au milieu du hall et quand on y pénètre, on sent une odeur appétissante. Certainement on ne rentrera pas de sitôt car même morsque les troupes seront parties, il aura besoin de sérieuses réparations. Les vitres sont toutes cassées et plusieurs cloisons risqueraient de tomber sur les professeurs et les élèves. Je recommence à travailler, on pense que le bac ne sera pas avant le mois de novembre. J’en ai bien besoin car il me semble que j’ai tout oublié. Inutile de te dire que depuis le 15 août, je n’avais pas ouvert un livre et même depuis le début août avec les alertes continuelles, je ne pouvais pas travailler.

J’ai oublié de te dire que les Américains s’étonnent beaucoup que les femmes ne votent pas en france. Chez eux, elles votent à partir de 18 ans et les hommes seulement à partir de 21 ans. J’espère bien qu’on va aussi instituer ce régime en France. Les femmes le méritent bien car il y en a qui ont vraiment aidé  à sauver la France en étant agent de liaison, ce serait que leur rendre justice.
Il est temps que je termine ma lettre si je ne veux pas te faire payer une taxe pour être trop lourde.
J’attends impatiemment une longue lettre. Bien des choses à ta soeur.
Affectionnately,

Christiane

Ouf! un peu long mais ça en vaut la lecture. Une vraiment très longue lettre qui m’a fait penser tout de suite, la première fois, aux textes du journal d’Anne Frank. Outre le fait que c’est bien raconté (la jeune fille aurait dû certainement passer le bac en juin 44, lequel bac avait été reporté), tout ce qu’elle dit est d’une grande valeur historique et comme dans le journal d’AF, on retrouve les premiers émois de jeune fille à la vue des Américains et des considérations féministes.

Tout y est: les bombardements US pour détruire les ponts sur le Rhône et freiner le repli allemand, bombardements qui comm e à Avignon, firent de nombreuses victimes civiles, la Libération de Valence sans combat et les parades qui suivirent, les femmes tondues, l’explosion d’un train de munitions, des escarmouches au pied du Vercors, des maquisards exécutés par les Allemands, les destructions de guerre et les victimes civiles.

Le nombre des morts a été un peu surévalué (280 morts et 200 blessés le 15 août; 16 morts et des centaines de blessés pour l’explosion du train de nitro). Quant aux maquisards fusillés dans le secteur de la Baume-Cornillane, je ne vois pas pour l’heure de quel événement il s’agit. La Croix d’Or est un hôtel devant lequel on posa des trophées de guerre, de canons pris à l’ennemi.

Arlette, la mère de la belle-soeur My., a lu cette lettre avec émotion et a retrouvé tout ce qu’elle avait vécu, jeune de fille de 13 ans en 1944 (un peu plus jeune que Christiane) habitante de Bourg-les-Valence, proche de l’actuelle préfecture donc très près de la zone bombardée. Elle a ajouté: « j’aurais pu écrire cette lettre! »

Une grande page d’Histoire valentinoise dans la grande Histoire.

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