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Des BACS à TRAILLE sur le RHÔNE de la CONFLUENCE à la MÉDITERRANÉE: 8/25 CHAMPAGNE

Le bac de Champagne, c’est avant tout la plus belle pile de traille de la vallée.

Plantée fièrement au bord du fleuve, ici non canalisé, au milieu d’un espace aménagé pour recevoir des visiteurs, cette pile est maintenant classée Monument Historique depuis le 23 mai 2006. Suivant Henri Cogoluènhe auteur d’une thèse sur les bacs du Rhône, elle daterait de la fin du XIVème siècle, début du XVème siècle… soit vers l’année 1400. Elle en a vu passer des voyageurs mais aussi de l’eau dans le Rhône et ses crues.

Champagne, en Ardèche, était un point important pour le passage des voyageurs  et des marchandises entre Empire et Royaume. En effet, la commune était située au croisement du Rhône avec la voie de communication allant de Grenoble au Puy-enVelay, départ du chemin de Compostelle.

On voit l’emplacement de ce bac, à l’extrémité d’une route menant spécialement au port et au bac. Sur la rive gauche, on est à la limite des communes de Saint-Rambert-d’Albon et Andancette et les chemins parlent du « Port de Champagne ». La pile de cette rive a été mise à terre par un vapeur ayant accroché la traille au XIXème siècle.

Henri Cogoluènhe nous atteste qu’un passage sur le Rhône existait au XIIème siècle en ce lieu, un bac de manière certaine en 1329 et donc une traille dès le moment où cette technique fut inventée.

Sur la pile de Champagne ont été gravés les repères des crues historiques:

Celles de 1856 et 1840 sur une même et seule plaque, celles du 27 février 1957 et du 21 janvier 1955 plus importantes dans le nord de la vallée que dans le sud.

Autre vue de la remarquable pile de traille de Champagne avec les restes de l’escalier menant au sommet. Il fallait des passeurs acrobates même si certainement une corde existait.

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Des BACS à TRAILLE sur le RHÔNE de la CONFLUENCE à la MÉDITERRANÉE: 5/25 AMPUIS

Suivant la thèse d’Henri Cogoluenhe, c’est le seigneur de Condrieu, Jean d’Arces, qui fit construire la première traille sur le fleuve au niveau d’Ampuis, au milieu des actuels vignobles des Côtes Rôties. C’était en 1533 mais des petites querelles locales entre seigneurs la fit rapidement disparaître.

En 1759, une nouvelle traille est implantée près du port (1). Elle sera déplacée 500 mètres plus au nord à l’époque de la Révolution, en juin 1791 (2).150-bac-dampuis-24-carte

Ce bac fonctionna jusqu’à la mise en service d’un nouveau passage sur le Rhône sur le barrage-usine de Vaugris dans les années 1970.

La ville d’Ampuis, à l’instar de celle de Vernaison a mis en scène le site de l’ancien bac à traille et elle l’annonce aux visiteurs:

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Il reste sur ce site la pile de traille de la rive droite. Contrairement aux piles présentées antérieurement, celles d’Irigny, Vernaison, Grigny, la pile d’Ampuis est en béton, preuve de sa modernité.

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Elle est dotée d’une échelle tout autant moderne pour grimper au sommet. L’employé devait régulièrement huiler la poulie:

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Pas question de faire le funambule pour l’employé avec ce matériel, contrairement aux piles plus anciennes !

Comme sur d’autres piles, quelques repères de crues:

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1896, 1955, 1957. Deux remarques:

  • contrairement aux repères plus au sud, celui de la crue de 1896 est en pierre et non en fonte.
  • d’autre part, exit les crues de 1840, 1856 pourtant les plus importantes. Une suggestion: la pile construite en 1791 fut peut-être remplacée par celle-ci ou autre possibilité, l’ancienne pile fut peut-être balayée en 1856 par le Rhône en furie !?

Autres traces de ce passé sur le « site du bac à traille » d’Ampuis:

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L’embarcadère vers le Rhône.

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La barque en métal qui faisait la navette entre Ampuis et Reventin-Vaugris. Une barque tout à fait récente et nettoyée par la magie du numérique des immondes tags inscrits par les pseudo-amateurs de football des clubs d’ultras lyonnais.

Par terminer, un document iconographique datant du début du XXème siècle.

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L’embarquement des piétons sur la traille d’Ampuis.

Quelques photos sont signées Gilbert Tauleigne. A suivre: Saint-Pierre-du-Boeuf.

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Des BACS à TRAILLE sur le RHÔNE de la CONFLUENCE à la MÉDITERRANÉE: 4/25 GRIGNY

Grigny est située au bord du Rhône, entre Vernaison au nord et Givors au sud. Suivant la thèse d’Henri Cogoluenhe, un passage de la rivière existait à l’époque du Bronze final soit entre 2900-3000 ans BP. Ce sont des fouilles archéologiques qui ont mis à jour ces souvenirs anciens.
Il est attesté qu’un bac existait au XVème siècle mais semble avoir cessé d’exister par la suite. En effet une nouvelle traille est installée entre Grigny et Ternay en 1831. Il reste de nos jours la pile de traille de la rive droite, non loin de la voie ferrée et de la gare de Grigny comme c’est aussi le cas pour les piles de traille d’Irigny et de Vernaison.

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Une pile bien conservée avec poulie sommitale et escalier d’accès à celle-ci.

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La rampe de cet escalier est encore là !

Sur une face de cette pile ont été gravée les repères de toutes les crues du Rhône que connut cette pile bicentenaire…

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de la plus ancienne, celle de 1840 à celle de 1957. Dans cette région, toutes les hauteurs d’eau des crues sont rassemblées sur un même repère alors que plus au sud, chaque crue est notée sur un repère.

On aperçoit sur la rive opposé un amas de pierres…

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qui pourrait être les restes de la pile de Ternay. Pas de document iconographique ancien à proposer au lecteur de « Unmondedepapiers ».

A suivre: Ampuis.

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ANCONE et le RHÔNE, une cohabitation difficile: les REPERES de CRUE, ces témoins discrets de notre histoire (5/7)

Cinquième article rédigé par mes soins, paru dans le blog: Ancone Culture et Patrimoine

Il existe environ 800 repères de crue le long du Rhône depuis la sortie du Léman jusqu’à la mer Méditerranée. Ils ont été répertoriés dans le cadre du Plan-Rhône mais certains sont passés au travers de ce comptage officiel, tel celui de la ferme Gauthier, à 2 pas d’Ancone et 1 de l’aérodrome que des membres d’Ancone Culture et Patrimoine ont retrouvé en mettant à l’épreuve leur mémoire et qu’il faudra faire ajouter à la liste officielle.

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Un repère montrant la hauteur que l’eau a atteint le 31 mai 1856. Ce sont d’ailleurs les crues de 1840 et 1856 qui ont été les plus immortalisées par les anciens. On n’a retrouvé qu’une trentaine de repères antérieurs à 1840, le plus ancien repère étant celui de Seyssel datant de 1616.

C’est la commune de Comps, au nord de Beaucaire, bien mal placée au confluent des impétueux Rhône et Gardon qui compte le plus de repères: 44 ! C’est dire si ses habitants ont régulièrement connu les tourments créés par ces eaux envahissantes. Ancone compte 4 plaques  et une cinquième qu’il faudra réhabiliter.

On a parlé du repère de la Cardinale, datant du 3 novembre 1840.

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En face de celui-ci, rue de la Cardinale, sur le mur d’une maison, le premier repère du 31 mai 1856.

CARDINALE 1856-2 CARDINALE 1856-1

On voit qu’il est situé au niveau du premier étage de cette habitation, à exactement 223 cm du trottoir soit certainement 235 cm du sol de l’époque. Impressionnant !

Second repère, rue de la Croix, un des lieux les plus hauts d’Ancone…

LA CROIX 1

tel qu’il n’apparaissait plus, il y a peu, avant l’intervention des défricheurs d’Ancone Culture et Patrimoine, et tel qu’on le voit maintenant:

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Un Rhône du 31 mai 1856, une plaque très abîmée par le temps et le lierre accrocheur et destructeur.

Troisième repère de ce même Rhône du 31 mai 1856: sur la culée du pont de Rochemaure, côté drômois, sur le territoire d’Ancone:

PONT ROCHEMAURE 2 PONT ROCHEMAURE 3

Mais en portant son regard un peu plus bas, on découvre le trou béant laissé par un vandale qui dans le temps substitua à la mémoire collective, le repère en fonte donnant la hauteur d’eau de la crue du 1er novembre 1896.

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Un repère qui ressemblait à celui-ci, sur la culée du pont du Teil, sur le territoire de Montélimar.

PONT DU TEIL 3-1896-2

Pour terminer cette rubrique, un clin d’œil à notre ami d’Ancone Culture et Patrimoine, Jeannot Tschantz, et les repères qu’il plaça pour de rappeler des hauteurs d’eau qu’il connut dans sa maison de l’île de la Conférence (sur le territoire de Montélimar) en plusieurs occasions:

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De haut en bas: 2 décembre 2003, 2 février 1993 et 7 janvier 1997, tout comme l’eau pourtant boueuse de 2003 nettoya les murs:

A suivre:

Ancone et le Rhône, une cohabitation difficile: après 1856, on exhausse la digue d’Ancone. (6/7)

d’après les documents présentées lors des Journées du Patrimoine en septembre 2015.

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ANCONE et le RHÔNE, une cohabitation difficile: la crue de 1856 ou deux inondations centennales en 16 ans ! (4/7)

Quatrième article rédigé par mes soins, paru dans le blog: Ancone Culture et Patrimoine

  Alors que statistiquement parlant, il y avait très peu de probabilité qu’une nouvelle crue centennale survienne au XIXème siècle, seulement 16 ans après 1840, la vallée du Rhône allait connaître une nouvelle catastrophe d’une valeur quasi-égale à la précédente, sinon supérieure à bien des endroits.

  Après 1840, les communes (re-)construisirent des digues pour se protéger, d’une manière importante mais tout à fait anarchique, sans réel schéma conducteur global. Si bien que la Rhône se trouva emprisonné dans un lit réduit et à la première crue, d’autant plus exceptionnelle, beaucoup de digues rompirent et le fleuve se répandit dans les plaines avec une violence inouïe.

  Comme en 1840, des épisodes pluvieux importants durant tout le mois de mai 1856 saturèrent les sols et remplirent les rivières. Cet épisode se termina par des pluies océaniques exceptionnelles sur le bassin de la Saône, aggravées par 48 heures d’orages violents ininterrompus sur tout le bassin du Rhône. On comprend que de nos jours, cette  crue soit considérée comme centennale jusqu’à Lyon et plus que centennale au sud de Valence.

   Toutefois, les hauteurs d’eau de 1856 restèrent inférieures à celles de 1840. A l’échelle du Pont Sant-Bénezet par exemple, l’eau atteignit 8,45 mètres en 1840 contre 7,83 mètres en 1856.

  En ce qui concerne Ancone, le village fut inondé comme en 1840. Ce furent les digues au niveau du château des Roches  qui rompirent et l’eau prit le village « à rebours ».  Malheureusement, pas de curé pour nous raconter cela en détail comme 16 ans avant.

  C’est dans la presse qu’on va avoir quelques précisions sur le déroulement de cette catastrophe dans le quotidien:

extraits2 (1)

Tout d’abord dans la feuille du 31 mai 1856, il fait état de…

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la destruction du Pont de Rochemaure, emporté par le fleuve.

Le même jour, une dépêche de Montélimar nous apprend que le sous-préfet et le maire de Montélimar, Fleury-Bith ont rendu visite au village…

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pour y amener du ravitaillement. La population est hors de danger. La digue des Roches a été réparée par l’armée et le niveau a un peu baissé… information erronée car, à cette date, le Rhône est à la hausse de partout et pour un moment encore. D’autres articles de ce journal le prouvent.

Trois jours après, le journal du 02-03 juin 1856 revient sur l’épisode dramatique de la destruction du pont de Rochemaure-Ancone que le journaliste place dans la Drôme (il l’est pour un peu plus de la moitié).

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Ce sont les culées du pont qui se sont effondrées, entraînant la chute du tablier dans le fleuve. C’est là que se joua le drame : le maire de Rochemaure, M. Privat s’y trouvait et fut emporté par les flots. Ce dernier était aussi le plus fort actionnaire du pont, dit la presse. A l ‘époque, le droit de passage rapportait de l’argent à ceux qui avaient financé sa construction et s’occupaient de collecter l’octroi. Comme Vinci de nos jours !

On lira dans des journaux des jours suivants, des hommages à M. Privat et un démenti aux rumeurs qui voulaient qu’une autre personne, son premier adjoint, ait été emportée elle aussi par les flots en furie.

L’Empereur Napoléon III vint visiter les régions sinistrées, se déplaçant par train de Lyon à Tarascon, le fameux PLM. Il fit une halte à Valence et une autre à Montélimar.

Dans le numéro du 6 juin 1856 , on peut lire :

Version 5

L’Empereur n’est pas venu les mains vides mais avec 4 000 francs pour les sinistrés. On peut penser que le village d’Ancone, un des plus touchés de la région en reçut une bonne partie.

D’autres remarques après la lecture des journaux sur cette séquence dramatique :

  • Toutes les communications entre Drôme et Ardèche furent interrompues pendant plus de 10 jours. Il semble que seul le pont du Tain-Tournon résista aux flots en furie. Outre celui de Rochemaure, les ponts de Viviers, Donzère, Le Pouzin furent détruits. Ceux du Teil et de Valence restèrent longtemps inaccessibles car cernés par les eaux.
  • Si Ancone connut des problèmes semblables à ceux de 1840, La Palud aux confins de la Drôme et du Vaucluse vécut une véritable tragédie. Le Courrier parle de 150 maisons détruites, un village quasiment rayé de la carte.
  • Le bilan humain de cette inondation fut très lourd. A un moment, le Courrier parle de plus de 300 morts à Lyon. Les bêtes aussi payèrent un lourd tribut. Un journaliste raconte qu’on voyait passer des chevaux, vaches, porcs dans les flots, à Valence .

L’inondation dura moins de temps qu’en 1840 et l’eau se retira en 1 semaine environ. Vous pouvez consulter en ouvrant ce document, la courbe de la montée et de la descente des eaux à partir des relevés enregistrés au Pont Saint-Bénezet.

GRAPHIQUE DE LA MONTÉE DES EAUX DE LA CRUE DE 1856 EN AVIGNON

A suivre:

Ancone et le Rhône, une cohabitation difficile: les repères de crue, ces témoins discrets de notre histoire. (5/7)

d’après les documents présentées lors des Journées du Patrimoine en septembre 2015.

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ANCONE et le RHÔNE, une cohabitation difficile: le crue de 1840, en direct -suite- ! (3/7)

Troisième article rédigé par mes soins, paru dans le blog: Ancone Culture et Patrimoine

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Le jeune Antoine Orgeas âgé de 8 ans en 1840 a recopié le texte du curé d’Ancone sur un cahier d’écolier.

Suite de la lecture de cet exceptionnel document qu’est la narration  de la crue de 1840 écrite par le curé d’Ancone et diffusée dans un petit livret vendu dans la région de Montélimar pour venir en aide aux sinistrés. Ce document a été gardé dans une famille ayant vécu ce drame, la famille Orgeas, et prêté à notre association par une descendante, Mme Veysseyre.

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Nous sommes le mardi 3  novembre 1840. C’est certainement le jour où la cote du  Rhône connaîtra son apogée car c’est la date marquée sur nombre de repères de crue, on en reparlera.  Pour le narrateur, le Rhône dépasse de 1 mètre 60 le haut des digues. C’est énorme même s’il faut comprendre que le parapet actuel n’existait pas et que les digues seront rehaussées 2 fois après 1840. 1 mètre d’eau dans les maisons dans la partie la plus haute du village, vers le chemin de Montélimar, cela doit donner 2 mètres dans les parties basses. De plus, le fleuve charrie de tout, des objets emportés dans les maisons inondées tout au long du cours et même un cadavre. Certainement aussi des cadavres d’animaux. 

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Mercredi 4 novembre, le Rhône a baissé de 34 centimètres et le curé prend le pas sur le témoin ! C’est grâce à Marie que cela s’est produit, sans aucun doute pour le rédacteur des lignes et cela, grâce aux prières. Pourtant, le curé en veut aux Anconnais manifestement peu croyants et a affublé le village d’un adjectif que le lecteur (et propriétaire) du livret n’a pu admettre: « ingrat ». Retenons la bonne nouvelle: l’eau commence à se retirer.

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Le lendemain, le 5 novembre, une conséquence inattendue du retrait des eaux des maisons, c’est que les objets sont emportés. En plus d’avoir des logis dévastés, les Anconnais vont perdre les objets indispensables pour survivre. De plus, le tonnerre gronde, signe d’un phénomène climatique totalement anachronique. Mais pour le curé, à qui on laissera la responsabilité de ses propos, c’est un avertissement divin !

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Après cette narration détaillée des événements des jours les plus difficiles de la crue de 1840, le Curé va résumer la suite des choses avec cette décrue lente puis une seconde montée des eaux, moins importante mais tout de même conséquente puisque le 21 novembre la cote du fleuve n’est qu’à 60 cm du pic de crue du 3 novembre. A cette date du 21, cela fait 24 jours que toutes les maisons sont inondées. Et il faudra quelques jours encore pour que les eaux se retirent définitivement. L’hiver sera dur pour les Anconnais, abrités dans des maisons humides. Par la même occasion , l’auteur rend hommage aux sujets d’Ancone qui ont payé de leur temps et quelquefois en prenant des risques pour aider leurs prochains…

Comme cela s’est aussi produit pour une famille de l’île de la Conférence sauvée par son courageux voisin qui transporta les 5 personnes juste avant que leur maison ne s’écroule !

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Autant dire que les Suchon n’apparaîtront plus sur la liste des résidents de l’île de la Conférence lors du recensement de 1846 ! Une île de la Conférence terriblement secouée par cette catastrophe naturelle comme on peut le lire ci-dessous:

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400 mûriers arrachés (est-ce ceux dont le curé a déjà parlé ou cela fait-il 800 mûriers détruits en tout ?), les digues (en terre) rasées, les aires (de battage du blé) recouvertes d’un mètre de graviers amenés par la crue… Des mois de travaux de remise en état en perspective pour les malheureux habitants des lieux… mais tous les Anconnais étaient logés à la même enseigne !

Pour terminer ce propos sur cette crue de 1840, ce témoin discret de ce passé dramatique que nous ont légué les Anconnais d’alors, le repère de crue situé dans la rue de la Cardinale (près de la place des platanes)

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Une pierre taillée de plus d’un mètre 80, le menhir d’Ancone ! Cette pierre a été déplacée dans le passé, certainement pour la sauver au moment des travaux de la CNR dans les années 50. La trait de la hauteur d’eau est situé à 1 mètre 60 du sol… ce qui correspond aux chiffres donnés par le curé dans le livret… si l’on déplace par la pensée cette pierre sur la digue qui a disparu quelque part sous le canal de dérivation du Rhône.

A suivre:

Ancone et le Rhône, une cohabitation difficile: la crue de 1856 ou deux crues centennales en 16 ans ! (4/7)

d’après les documents présentées lors des Journées du Patrimoine en septembre 2015 et du livret prêté par Mme Veysseyre, descendante de témoins directs de cette catastrophe.

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ANCONE et le RHÔNE, une cohabitation difficile: la CRUE de 1840 en direct… ou presque (2/7)

Second article rédigé par mes soins, second d’une série de 7, parus dans le blog: Ancone Culture et Patrimoine

Le Rhône connut de tout temps des crues dévastatrices. Le problème est que les mesures de celles-ci ne sont apparues que récemment. Si bien que nous ne connaissons des catastrophes plus anciennes que par des textes les racontant, toujours subjectifs. Ce qui est sûr, c’est que la crue de 1840 est la plus forte mesurée à ce jour, très proche de celle de 1856. Elle reste bien présente avec de nombreux repères de crue que nous ont laissé les anciens. A Ancone, de plus, un écrit assez précis va vous permettre de connaître ce qui s’est passé. Il s’agit d’un petit livret de 32 pages rédigé par le curé de l’époque qui n’a pas signé son œuvre mais qui relate les faits.

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Nous sommes à l’automne 1840 et le Rhône va se mettre à « monter ».

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Les digues du Rhône sont rompues et environ 30cm d’eau envahissent les rues. Les anciens protègent leurs portes avec de petites protections et emmènent leurs chevaux « au sec ». Mais la pluie continue de tomber, ce qui ne présage rien de bon !

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L’affaire devient sérieuse puisque l’eau, dans les rues, est suffisamment hautes pour qu’on puisse se promener en barque (en barquot). On peut noter que par endroit, la digue est en terre et qu’elle ne résiste pas à l’eau ni aux billes de bois qui ont été emportées. N’oublions pas que le Rhône servait aussi à transporter du bois flottant. Dans l’île de la Conférence, la situation est sérieuse et les habitants doivent fuir. Encore faut-il qu’il y ait suffisamment de barques !

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On est passé de 30cm d’eau dans les rues, il y a 2 jours, à 80cm ce 31 octobre et même 1 mètre en fin d’article soit certainement cette hauteur dans les quartiers les plus bas. Les Anconnais n’ont pas anticipé ce phénomène exceptionnel et manquent de provisions. A leur décharge, cette crue sera exceptionnelle et les prévisions n’existaient pas ! Le curé rédacteur de cette chronologie est bien moins compatissant avec eux en rapprochant cette imprévoyance matérielle à, également, leur imprévoyance spirituelle !

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La partie empierrée de la digue du village (la partie en terre évoquée au second paragraphe devait protéger l’île) commence à se lézarder et les pierres de tomber. Une seule solution pour les familles: partir. Aussi les propriétaires de barques font-ils la noria entre le village et Montélimar pour mettre à l’abri femmes et enfants. La solidarité joue à plein et le curé-rédacteur est content car les hommes s’en remettent enfin à Dieu ! Sans plan Orsec, il ne leur reste peut-être plus que cela!

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Le rédacteur va remercier  la Sainte-Vierge qui a protégé le village puisqu’à l’issue de cette catastrophe,  il n’y aura pas de victimes à Ancone, contrairement à d’autres villages voisins. Mais pour l’heure, ce 1er novembre 1840 au soir, la situation est inquiétante avec le Rhône en furie. Alors, le curé ne peut que s’en remettre à Marie, tout en rendant hommage à 2 Anconnais dévoués: Bauzon et Manouas, le maire. Ils ne seront pas les seuls, on le verra plus loin. Car la solidarité est bien aussi importante que la Foi.

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En plus du Rhône en crue, le ciel continue à déverser des torrents d’eau avec ce violent orage tardif pour la saison, mais pas exceptionnel. Des murs de clôtures tombent ce qui ouvre de nouveaux passages à l’eau. Les femmes et les enfants du village fuient pour se rendre vers Montélimar où le Rhône ne les menacera pas, tandis que les patrons (les hommes) travaillent à protéger ce qui peut encore l’être… et à ravitailler ceux qui travaillent ! A un quart d’heure du village, c’est à dire vers Villepré dirait-on de nos jours, on peut marcher les pieds au sec.

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Bien que le rédacteur ait oublié de dater cette station 7 du calvaire d’Ancone (interprétation personnelle de la manière dont est présentée cette narration par le curé), on peut penser qu’on est lundi 1er novembre. Ce jour-là, le sous-préfet de Montélimar vient visiter les lieux et les habitants restants au village… en barquot (ou barcot) !  L’auteur le remercie chaleureusement, tout comme il rend hommage aux Montiliens qui transportent les réfugiés et les hébergent.

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J+5 pour cette crue réellement exceptionnelle. En effet, bien souvent, sur le Rhône, la montée des eaux est rapide puis la décrue arrive doucement. Là, cela fait 5 jours que l’eau monte…. et ça continue !  Il reste une quarantaine de personnes à Ancone sur 525 personnes recensées en 1836. On peut dire que le village s’est vidé. 9 maisons se sont écroulées dont on est sûr que 6 sont situées dans la rue de la Croix Blanche qui, à l’époque, partait de la place du platane pour aller à la place des platanes (extrémité de la Grande rue maintenant).

CRUE 1840 PLAN MAISONS TOMBÉES

C’est la pointe du village au plus près du Rhône, à l’endroit où celui-ci frappe les digues avec le plus de violence. 400 mûriers ont été renversés, certainement dans l’île de la Conférence, on en reparlera. A la catastrophe créée par les eaux présentes dans toutes les maisons… va s’ajouter une crise pour la sériciculture anconnaise.  

A suivre.

Ancone et le Rhône, une cohabitation difficile: la crue de 1840… en direct ou presque-suite- ! (3/7)

d’après les documents présentées lors des Journées du Patrimoine en septembre 2015 et du livret prêté par Mme Veysseyre, descendante de témoins directs de cette catastrophe.

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