Archives de Catégorie: Vieux papiers

Lettre du 17 octobre 1944- BARBIèRES (Drôme)-Evènements du VERCORS-Répression.

Une lettre datée du 17 octobre 1944 qui raconte les évènements du Vercors de juillet 1944. Barbières est situé au pied des Monts du matin, à l’est de la plaine de Valence, au début du col du Tourniol. Après quelques mots s’enquérant de la santé des correspondants et donnant des nouvelles de la famille, l’auteur raconte:

« Au 9 juin, j’avais rejoint le maquis du Vercors en compagnie de Ruchon, Jean Reynier, Raymond Reynier, René Blachon, Nicolas Marcel, nous y sommes restés jusqu’à fin juillet date à laquelle les Boches nous ont attaqués en force. Vous avez dû l’apprendre dans les journaux ainsi que toutes les atrocités commises. Barbières étant zone rouge ainsi que tout le pays le long de la montagne, nous avons eu l’occupation des Mongols pendant 17 jours; ce fut le règne de la terreur, pillage, incendies et viols. Heureusement aucune victime au pays, ma femme ne pouvant rester avec Ginette seule dans le grand bâtiment s’était réfugiée chez M. Bellier sur Besayes le 21 juillet. Le 22 au matin, les rafles et les perquisitions commençèrent à la pointe du jour. Vous pensez bien que notre logement ainsi que l’usine n’y ont pas…

SAMSUNG CAMERA PICTURES

…échappé; à l’usine tous les tissus sont partis, quant à la maison, le poste, le vélo, le linge, les couvertures, le lainage, les vêtements, les chaussures etc…, ils nous ont laissé tout de même les meubles, la vaisselle et quelques vieilles nippes, vous pensez un peu dans l’état que cela avait mis. Ma femme quand elle est rentrée chez elle de trouver une maison toute bouleversée et moitié vise, nos réserves en nourritures, 12 douzaines  d’oeufs , un jambon, du lard, 25kg de farine blanche, 5 kg de sucre, 10 kg d’haricots, 8 kg de maïs, 5 kg d’orge torréfiée, le beurre, la graisse, le vin en un mot il nous reste plus que nos yeux pour pleurer. Après cette secousse, ma mère est décédée le 15 août, cela fait que nous sommes tous monté à Bouvante chez les parents de ma femme pour passer trois semaines de tranquillité qui nous a fait tant de bien à tous.

Vous avez dû savoir que Saint-Jean, Saint-Nazaire et Pont-en-Royans ont été bombardés par les boches de 20 juin; Saint-Nazaire a beaucoup souffert aussi l’usine est paralysée pour quelques temps à cause des dégâts t le pillage qu’elle a subi. A Barbières, nous avons recommencé le 2 octobre, nous pensons pouvoir travailler en attendant de recevoir les nouvelles matières, au kaolin ça ne marche pas fort, le manque de transports se fait sentir… »

SAMSUNG CAMERA PICTURES

La répression qui fut terrible sur le plateau (Vassieux, La Chapelle, La Luire…) le fut également au pied où les Allemands attendaient les maquisards descendant du plateau plutôt que les poursuivre dans les forêts et ne souhaitaient que la population les aide. Le passage de l’Isère pour ses jeunes fuyant le plateau fut fatal pour beaucoup (nombreuses stèles le long de la route vers Saint-Nazaire-en-Royans). Les Mongols dont on parle sont des supplétifs de la Wehrmacht issus de l’Est (Azerbaïdjan…) spécialisés dans des taches pour semer la terreur après les combats qui furent menés par des Alpins et des Parachutistes sur le plateau.

 

Poster un commentaire

Classé dans Vieux papiers

Itinéraire d’un POILU CHARENTAIS…

…ou les pérégrinations du soldat Gabriel Roy pendant la Première Guerre Mondiale.

Une collection de cartes postales anciennes. C’est la correspondance entre le poilu Gabriel Roy qui envoyait des cartes à sa petite soeur Simone restée à Breuil-Magné (Charente- Inférieure à l’époque-) ou ses parents. En les classant par ordre chronologique, on peut suivre son itinéraire et comprendre ce qu’il a vécu.

29 août 1916: il vient d’être incorporé au 109ème régiment d’artillerie à Poitiers.

SAMSUNG CAMERA PICTURES SAMSUNG CAMERA PICTURES

06 septembre 1916: il va faire un tour à Brest au Dépôt de Réception des chevaux étrangers.

SAMSUNG CAMERA PICTURES SAMSUNG CAMERA PICTURES

19 septembre 1916: on le retrouve à Nîmes, non pas pour la Féria des Vendanges,mais en route pour une destination plus lointaine.

SAMSUNG CAMERA PICTURES SAMSUNG CAMERA PICTURES

30 septembre 1916: le grand départ dans le paquebot S.S. SANT’ANNA à partir de Toulon… et à destination de Salonique. Le voyage a duré 5 jours. Le petit fils de cheminot de Charente se retrouve en Grèce après un beau voyage lui qui certainement n’avait jamais imaginé cela!

SAMSUNG CAMERA PICTURES SAMSUNG CAMERA PICTURES

15 et 21 octobre 1916: il envoie des « Bons Baisers d’Orient » à sa petite soeur.

SAMSUNG CAMERA PICTURES SAMSUNG CAMERA PICTURES

16 décembre 1916: ce sont les voeux depuis Monastir (pas la ville de Tunisie mais la ville appelée maintenant Bitola en Macédoine- ex-Yougoslavie-).

SAMSUNG CAMERA PICTURES SAMSUNG CAMERA PICTURES

La carte montre des réfugiés grecs fuyant devant l’avancée des troupes bulgares.

09 février 1917: une correspondance plus longue avec sa soeur.

SAMSUNG CAMERA PICTURES SAMSUNG CAMERA PICTURES

02 mars 1917: le voilà en Albanie où les combats obligent sa troupe à se déplacer constamment.

SAMSUNG CAMERA PICTURES SAMSUNG CAMERA PICTURES

Les prochaines correspondances arrivent bien plus tard, 9 mois plus tard et elles sont envoyées depuis Marseille!

SAMSUNG CAMERA PICTURES SAMSUNG CAMERA PICTURES

Elles sont datées du 23 décembre 1917, du 24 décembre 1917, la seconde montrant un hôpital militaire.

SAMSUNG CAMERA PICTURES SAMSUNG CAMERA PICTURES

La première chose qui saute aux yeux, c’est l’écriture qui a totalement changé. L’inclinaison de ses lettres est inversée et le trait est beaucoup plus hésitant… comme s’il écrivait avec sa main gauche. Comme il doit plus s’appliquer et mettre plus de temps, il fait beaucoup moins d’erreurs d’orthographe. Dans la première lettre, une phrase lourde de sens pour expliquer qu’il ne va pas rentrer en permission: « … alors j’attendrais d’avoir mon appareil qui j’espère ne tardera pas d’être fini et livré. » Plus légère la lettre du 24 dans laquelle il demande à son père de faire « parvenir un lièvre ou un lapin » à des amis marseillais-les Roux-, « par colis recommandé ».

La lettre suivante nous livre la réponse à ce qui est arrivé à Gabriel. En date du 03 février 1918, toujours de l’hôpital Saint-Joseph à Marseille.

SAMSUNG CAMERA PICTURES

« Tu me demandes si je fais aller mes doigts, je me sers de tous, je n’ai aucun nerf d’atteint, il n’y a que le coude qui me manque. Malgré cela, je puis faire de la force avec mon bras. Il n’y a qu’une chose, je n’en suis pas agile. »

Et oui, Gabriel Roy a perdu l’usage de son bras droit avec une grave blessure au coude. Il écrit donc du bras gauche mais n’est pas très agile.

Les deux dernières cartes marseillaises sont datées du 8 et 20 mars 1918.

SAMSUNG CAMERA PICTURES SAMSUNG CAMERA PICTURES SAMSUNG CAMERA PICTURES

Sur la dernière, il nous apprend qu’il signe sa réforme le 22 mars et qu’il rentrera en Charente par le train le 24. Sa guerre est finie. Il y aura survécu mais en gardera une infirmité le reste de ses jours.

La suite de la correspondance après guerre nous apprend qu’il se mariera avec Blanche, originaire de Dijon, qu’ils auront un fils Roger et qu’il sera lui-aussi employé des chemins de fer. Mais ceci est une autre histoire!

Un internaute me communique ce document produit par les Archives Départementales du Territoire de Belfort sur le parcours d’un soldat envoyé sur le front d’Orient. Ci-joint le lien pour arriver à ce document:

http://www.calameo.com/read/002559357a72b6b94abcc

2 Commentaires

Classé dans CARTES POSTALES, Vieux papiers

JEAN-LéON GUÉRIN Mort pour la FRANCE à PUEBLA en 1863!

Mais que diable allait-il faire dans cette galère?

On pourrait reprendre cette réplique des Fourberies de Scapin à la lecture de ce qui est écrit sur ce vieux papier:

SAMSUNG CAMERA PICTURES

Ou en bas d’un autre papier:

SAMSUNG CAMERA PICTURES

Jean-Léon Guérin, soldat, un des fils, est décédé à Puebla le 19 avril 1863, âgé de 27 ans.

Jean-Léon Guérin était parti au Mexique, soldat du Corps Expéditionnaire Français aux Amériques pour installer Maximilien sur le trône à Mexico. Cette expédition saugrenue imaginée par Napoléon III se termina en fiasco, les Mexicains qui s’étaient débarrassés des Espagnols au début du siècle n’avaient pas envie de tomber sous la coupe des Français. Et le voisin américain ne souhaitait pas non plus cette présence.
La guerre fut dure, les soldats français devant lutter autant contre les combattants mexicains que contre les conditions climatiques et sanitaires.
Jean-Léon est mort lors de la seconde bataille de Puebla, le 19 avril 1863, qui ouvrit, après la chute de la ville, la route de Mexico City aux Français. Est-il mort en combattant dans les batailles de rues ou de maladie? le papier ne le dit pas.  Peut-être des Archives parleront?

11 jours après sa mort se déroulait l’épisode de Camerone, acte fondateur de la Légion Etrangère et Puebla tombait le 17 mai.

Il existe à Puebla un cimetière français qui a recueilli les restes des combattants des 2 camps tombés pendant cette guerre, créé au moment de la réconciliation franco-mexicaine 20 ans après la chute de Maximilien, au moment où les Barcelonnettes avaient pignon sur rue au Mexique.

Précisions généalogiques: Jean-Léon Guérin était né le 07 avril 1836. Il était le fils de Guillaume Guérin et Marie-Rose Roux. Il était le petit frère d’Auguste Casimir Guérin (né le 01er mars 1833), père d’Adrien-Gabriel Guérin, Mort pour la France à La Pompelle le 21 octobre 1915, mon arrière-grand-père. Jean-Léon Guérin est bien mon arrière-arrière-grand-oncle.

 

Poster un commentaire

Classé dans CADEROUSSE, Généalogie, Vieux papiers

Une lettre du 28 mai 1871 nous parle de la COMMUNE de PARIS

Un pli, une simple page de papier pliée puis fermée à la cire et envoyée depuis Montmorillon dans la Creuse par El(isabeth) ou El(ise) de Laveaucoupet-Briguet à sa nièce Marie de Laveaucoupet vivant habituellement à Paris (48-rue de Berry) mais réfugiée pour la circonstance à Saint-Sulpice-le-Dunois, également dans la Creuse.

SAMSUNG CAMERA PICTURES

La lettre est partie de Montmorillon le 28 mai 1871 et est arrivé à destination le 29 mai. Voici son contenu, il semble que le début n’y soit pas.

« …passé rue de Berry et rue Tronchet, dis-le moi et explique-moi aussi comment à son âge, il a pu rester dans Paris sans être forcé de prendre part à cette affreuse lutte.
Mme de Ladmirault a su par Edouard son maître d’hôtel à Lille et qui est venu passer 4 ou 5 jours à Lafouchardière que les communeux cherchaient l’appartement du Général. Ils sont allés rue Lascaze où le concierge a eu l’esprit de leur dire qu’il n’y avait …. plus depuis longtemps et qu’étant … à Lille aussitôt après son retour d’Afrique il n’avait peut-être plus d’appartement à Paris. Dieu veuille qu’ils se soient contentés de cette explication.

Je viens d’avoir une dépêche d’hier 27 six heures du soir, ils sont encore sauvés tous les deux mais on continue à se battre et Paris brûle toujours au moins dans une partie. je vous écrirai dès que j’en aurai une autre et j’attendrai même jusqu’au dernier moment pour mettre ces lignes à la poste.

Adieu mille amitiés autour de toi. Si Zulma est à Laborde fais-lui donner des nouvelles de ton père .
Ta tante dévoué… »

Sur le rabat comme promis, la correspondante a ajouté ces mots:

« Je reprends ma lettre à la poste pour te dire que je viens d’avoir une dépêche de ce soir 28 à trois heures. Ils sont bien tous les deux. »

Quelques remarques:

SAMSUNG CAMERA PICTURES

Que ce soit Jules de Laveaucoupet ou Paul de Ladmirault, dont on lit ces noms dans la lettre, ce sont des généraux du Second Empire aussi peu brillants face aux Prussiens en 1870 que particulièrement féroces quand il s’agit de réprimer la Commune de Paris, au moment de la Semaine Sanglante (21-28 mai 1871).

Car c’est bien des derniers instants de la Commune dont parle cette lettre quand l’auteure dit que « Paris brûle, tout au moins une partie ». Oui la partie est, autour du Père Lachaise où furent massacrés des milliers de Communeux.

Elle dit d’ailleurs « communeux » dans le lettre comme il est coutume de la dire à cette époque comme , suffixe déjà péjoratif mais beaucoup moins que celui qui le remplaça par la suite dans les manuels d’histoire: « communard ».

Manifestement toute cette noblesse avait fui Paris au moment des événements, du déclenchement de la Commune le 18 mars et la prise des canons par le peuple sur la butte Montmartre. Il semblerait toutefois que quelques membres de la famille de Ladmirault soient restés en ville, que des communeux les cherchaient mais qu’ils n’étaient pas aussi virulents que la presse versaillaise le disait en se contentant de la vague explication d’un concierge pour s’en aller.

En effet Ladmirault comme il est dit avait bien officié en Algérie (Kabylie) puis était  revenu en métropole pour prendre un commandement à Lille… avant la débâcle de 1870.

Deux autres lettres suivent celle-ci, du 3 juin et du 10 juillet. Dans cette dernière, l’auteure dit

« Ferdinand est parti lundi dernier pour Luchon, il a été content de savoir avant de nous quitter qu’Ernest Capillon avait été tiré de la bagarre par ton père, j’ai écrit à sa grand-mère pour lui dire que j’en étais contente aussi… »

Le général de Laveaucoupet aurait-il usé de son pouvoir pour sauver un communard de ses connaissances?

Poster un commentaire

Classé dans Vieux papiers

SECOND EMPIRE: CONGé de LIBéRATION d’un militaire de l’Isère 1857

Un bien joli diplôme datant de l’Empire (le Second de Napoléon III). Il s’agit d’un congé de Libération, c’est-à-dire le certificat donné au soldat au moment où il quitte son régiment après son temps de service.

SAMSUNG CAMERA PICTURES

Ainsi André Patricot, né le 21 février 1827, quitta le 6ème Régiment d’Artillerie où il officiait en tant que trompette le 31 décembre 1857. Il allait rejoindre sa ferme de Amblagnieu (maintenant Porcieu-Amblagnieu) dans le canton de Crémieu pour reprendre sa vie civile.

Poster un commentaire

Classé dans Vieux papiers

Un autre document du VAUCLUSE: VéRIFICATION des CAISSES du 3 Vendémiaire An VIII

Un autre vieux papier du département du Vaucluse avec cet extrait du procès-verbal des séances de l’Administration Centrale du 3 vendémiaire de l’an VIII (25 septembre 1799). Il est décidé de la méthode pour procéder à la vérification des caisses publiques demandée par le Ministre des Finances et le Directoire exécutif, « dans la plus grande célérité dans leur exécution ».

SAMSUNG CAMERA PICTURES

Voici les 5 articles de cet arrêté départemental pour vérifier les comptes des communes:

SAMSUNG CAMERA PICTURES

Un bien joli vieux papier qui montre que les ordres de l’Administration centrale parisienne devaient être exécutés rapidement.

Poster un commentaire

Classé dans Vieux papiers

Août 1944: Une jeune fille raconte la Libération de VALENCE (Drôme)

Il s’agit d’une lettre de 16 pages dans laquelle une jeune fille de 16-18 ans raconte les difficiles moments ayant précédé la Libération de la moyenne Vallée du Rhône à partir du 15 août 1944. En effet, les Allemands refluaient du Midi de la France depuis ce 15 août, date du débarquement de Provence. A des unités presque débandées s’ajoutait une PanzerDivision composée de combattants aguerris et dotée de matériel important. Les Américains décidèrent d’essayer de couper la route à ces troupes dans la région de Montélimar, où la vallée du Rhône est la plus étroite entre colline et fleuve,  en remontant rapidement par la route Napoléon puis en obliquant vers l’Ouest par la vallée de la Drôme. Les combats de la bataille de Montélimar (the Battle of Montelimar) furent violents et meurtriés mais la PanzerDivision réussit à passer. Plus au nord, Valence reçut quelques éclaboussures à partir du 15 août, meurtrières-surtout pour la population civile. C’est ce que raconte cette jeune fille. Je reproduis les 16 pages de sa lettre car tout y est intéressant.

SAMSUNG CAMERA PICTURES

Valence le 9/9/44

My Dear friend

J’ai attendu pour t’écrire d’être rentrée dans ma chère ville de Valence libérée depuis le 31 août à 5h. du matin. Quand nous avons appris la Libération de Valence faite presque sans combat nous ne pouvions croire à un tel bonheur. Les maquisards nous avaient dit quelques jours auparavant que la prise de Valence serait dure car il y avait deux Etats Majors boches qui ne voulaient absolument pas se rendre et avaient ordonné à leurs troupes une résistance acharnée. Heureusement il n’en a rien été de tout cela ce qui a sauvé la ville. Ce sont les durs combats qui se sont déroulés dans le sud de la Drôme. Les Boches ont tenté un effort désespéré et se sont fait massacrer par milliers. Les Américains eux-mêmes ont subi  de très lourdes pertes , il paraît que même en Italie, ils n’avaient pas livré de si durs combats. Ils ont filmé la bataille de Marsanne pour l’envoyer en Amérique. Entre Montélimar et Livron, la route était jonchée de cadavres. Dans un champ près de Livron, les cadavres boches étaient empilés sur un mètre de haut. A un endroit, il y avait 78 pièces qui tiraient à la fois. Tu te représentes l’enfer que ça devait être. Les boches se voyant perdus se sont mis à fuir et les Valentinois avec la joie que tu devines, ont vu défiler pendant des jours et des nuits l’armée en déroute. Les Américains pour épargner la ville ne leur ont pas tiré dessus, se réservant de les battre plus loin. C’est ainsi que la ville a été épargnée. Quand l’armée allemande  a eu fini de défiler, les Américains accompagnés de FFI ont pénétré dans la ville et ont fait prisonnier les quelques boches qui s’y trouvaient encore . Pour cela, il a suffi de donner quelques coups de canons et tout est rentré dans l’ordre.
Lundi, il y a eu une grande fête à Valence. 4 000 FFI sous les ordres du lieutenant colonel Legrand ont défilé au Champ de Mars sous les acclamations de la foule. Il y avait quelques jeunes filles parmi les FFI entre autre J. Delpeuch qui a eu un de ses frères fusillé et sa mère arrêtée pendant un certain temps. On a fait aussi défiler devant les Valentinois certaines personnes un peu trop bien avec messieurs les boches, la tête rasée ces dames avaient paraît-il fière allure. Je regrette bien de n’avoir pas pu assister à la cérémonie. Je suis malheureusement rentrée de la campagne que depuis hier matin. Depuis le 15 août, ça m’a fait trois semaines de vacances mais je m’en serais bien passé. j’espère bien ne plus en avoir de pareilles. D’autre part nous nous sommes fait un mauvais sang fou au sujet de Valence. Nous voyions la ville rasée et mon père et mes grands-parents tués et d’autre part, nous étions nous-mêmes loin d’être en sécurité. Ce que nous savions c’est que nous n’étions pas prisonniers comme à Valence, nous avions la possibilité de fuir les combats. D’ailleurs, je crois que si j’étais restée à Valence après la frayeur que j’ai eu le 15 août, je serais devenue folle. Je n’aurais pas pu supporter d’entendre sonner la sirène. Valence a été bombardée le 18 août pour couper le pont qui avait été manqué le jour du 15 août. Ce sont les dernières arches près de Granges qui ont été démolies mais il est tombé des bombes sur les deux rives. Le moulin qui se trouvait sur le quai du Rhône a été complètement détruit et il est tombé beaucoup de bombes au parc. La partie située près du Rhône est méconnaissable, il y avait des entonnoirs où des maisons entières auraient pu être englouties car c’étaient des bombes de 3 000kg. La preuve Eliette Epic a été tuée aux Granges.  Les Bourne ont passé près car il y a eu deux maisons de démoli tout près de chez eux.

On m’a appris aussi la mort de G. Veillet et de son père survenue lors du bombardement de mon quartier le 15 août. Le père de M. Lévy a été tué aussi. Il peut y avoir aussi d’autres personnes que nous connaissons car je n’ai malheureusement pas pu voir la liste des victimes. Le bombardement le plus meurtrier, celui du 15 août, a fait plus de 500 morts et on a retiré 500 corps des décombres. Mais il y a beaucoup de gens que l’on n’a pas retrouvé. Quand je t’ai écrit, je n’avais pas encore beaucoup de précision sur les dégâts car j’ai quitté Valence le plus rapidement possible (l’alerte n’était pas encore terminée) mais ce qu’on m’avait dit n’était malheureusement pas exagéré. Entre Autun (merci M.Manifacier pour les précisions à lire dans les commentaires- NDLR) et la Mairie, des rues entières sont démolies, la préfecture a brûlé entièrement, une grande partie de l’hôpital a été détruite, la salle des fêtes n’a pas été touchée mais c’est comme pour la mairie, presque un miracle car les maisons voisines n’existent plus. De la fenêtre de notre petite salle à manger, nous avons une vue générale sur les ruines qui ne sont malheureusement pas aussi belles que celles de l’Acropole. Les 3 maisons du bureau de tabac, du marchand de TSF et du matelassier qui ne sont pas à plus de 6 mètres de chez nous, tu te souviens comme la rue est étroite, ne sont plus qu’un amas de décombres. La rue Farnerie est détruite, la pension où allait Mme Anney n’existe plus, les deux demoiselles qui la tenaient, leur bonne et 2 ou 3 pensionnaires ont été tués. Comme tu le vois, Valence qui avait été épargnée pendant longtemps a fini par payer un tribut à la guerre, un lourd tribut car je ne t’ai pas encore tout raconté. Le bouquet, ça était l’explosion du 29 août. Ces messieurs les boches se voyant perdu ont conçu le charitable projet  de détruire les Valentinois avant de les quitter sans doute pour les remercier de leur hospitalité. Pour cela, ils n’ont rien trouvé de mieux que de faire sauter leurs explosifs qui se trouvaient dans un train qui s’étendait depuis le pont de la Cécile jusqu’à la Palla, non loin de chez mes grands-parents. Il paraît que les explosifs auxquels ils ont mis le feu étaient de la nitro-glycérine, le plus fort explosif qui existe, pire que la dynamite. Aussi tu te rends compte de l’effet produit. Des quartiers entiers situés près de la voie ferré ont été détruits. On se perd au milieu des décombres. On ne peut plus reconnaître les rues. Par miracle, il n’y a eu qu’une quarantaine de morts et environ 200 blessés. On peut dire que c’est providentiel, étant donné l’étendue des dégâts.

Beaucoup de gens ont vu tomber leurs cloisons même leur toit et n’ont pas été blessé. J. Charrier m’a dit que sa maison était inhabitable, elle a passé à travers son plafond, tu te rends compte de la frayeur qu’elle a dû avoir. H. Nougier avait été blessée mais légèrement, je l’ai rencontrée hier dans la rue. Mes grands-parents ont passé près, ils ont eu leur toit abîmé, plusieurs portes et volets arrachés, il y a une cloison qui est tombée sur le lit de ma grand-mère. C’était à 1h. de l’après-midi que l’explosion a eu lieu et ma grand-mère a l’habitude de se reposer sur son lit après son déjeuner. Heureusement qu’elle ne s’y trouvait pas à ce moment-là. Quant à mon grand-père, il était dans son jardin où l’on a trouvé de gros morceaux re rail et de gros blocs de pierre provenant de la maison voisine, une vieille masure pas solide qui s’est effondrée à moitié et où les gens n’ont rien eu. Inutile de dire que les trois quarts de la ville sont sans carreaux car l’explosion a eu des répercussions très loin. Chez les demoiselles Chatelain, il est tombé un morceau de cloison et pourtant elles habitent loin du lieu de la catastrophe. A la mairie, les fenêtres se sont ouvertes? Si les vitres ne se sont pas cassées, c’est qu’elles l’étaient déjà. Depuis mercredi, on nous a posé des vitres à une fenêtre par pièce, les autres fenêtres ont été bouchées avec des planches. Pour le moment, on se contente de fermer les volets, nous n’y verrons pas très clair. Cet hiver, il faudra allumer l’électricité de bonne heure mais nous n’avons pas le droit de nous plaindre. Si nous étions tentés de le faire, il n’y aurait qu’à aller faire un petit tour à la Cécile ou même dans notre quartier… les habitants de ces immeubles changeraient bien leur sort pour le nôtre. Et encore ce ne sont pas ces gens que je plains vraiment, ce sont ceux qui ont perdu des membres de leur famille. Quand on est en vie, même que l’on soit dans le dénuement le plus complet, on n’a pas le droit de se plaindre. Qu’est-ce tout cela en comparaison de tous ces jeunes qui ont été fusillés, ces victimes des bombardements morts à la veille de la Libération. Quand on pense à toutes ces victimes, la joie actuelle en est un peu assombrie.

Il y a surement une dizaine de jours, les boches ont brûlé deux maisons à La Baume-Cornillane et fusillé 10 jeunes. Ils étaient venus installer une pièce et se sont battus avec les maquisards? Nous entendions la mitrailleuse. Ils se sont avancés près de notre hameau. Il n’y avait plus qu’un ravin qui nous en séparait. Quand nous avons vu ça, maman et moi sommes parties dans le bois. Tous les gens réfugiés comme nous, qui n’avaient pas de ferme à garder en ont fait de même. Personne ne tenait à rester avec ces messieurs. Heureusement les Américains approchaient. A ce moment-là aussi ces messieurs n’ont aps osé s’approcher plus loin et ont regagné Valence précipitamment. Il était temps pour eux car le lendemain, nous étions avec les Américains. Ce jour-là, nous avons eu encore une émotion: les Boches cantonnés au plateau des Beaumes tiraient sur les batteries américaines installées dans un bois près de chez nous. Nous entendions siffler les obus. Je dois t’avouer que je me suis crue perdue pour le reste. Je n’étais pas la seule. Les gens n’en menaient pas large. Heureusement, les Américains n’ont pas riposté et ces messieurs voyant qu’ils travaillaient en pure perte ont cessé le feu. Si on s’était vraiment battu à Valence, nous aurions été obligés de fuir dans les montagnes car nous aurions reçu les obus boches. Depis le 15 août jusqu’à la Libération, nous n’avons pas connu un moment de tranquillité. Les premiers jours de notre arrivée, le pays était infecté de DCA et comme il ne faisait que passer des bombardiers, elle tapait sans arrêt si bien qu’on n’osait pas sortir. Le dimanche après le 15 août, nous avons été terrifiés, nous sommes allées nous réfugier dans une cave car il a passé 66 bombardiers au-dessus de nos têtes et la DCA ne s’est pas arrêtée de taper pendant 20 minutes. Nous avions peur qu’elle finisse pas toucher quelque avion et qu’il nous déverse ses bombes dessus. Plusieurs personnes étaient montées sur une colline pour mieux voir, ils étaient persuadés qu’ils e craignaient rien car ils étaient à l’abri sous des arbres. Tu penses si ça protégeait contre les éclats de DCA et les avions n’allaient pas leur lâcher les bombes dessus. Il est certain qu’ils n’allaient pas le faire volontairement mais s’ils avaient été atteints, ils auraient bien été obligés de les déverser et sur un nombre pareil d’avions, il y avait des chances pour qu’au moins un avion soit atteint. Heureusement, cela ne s’est pas produit mais aurait bien pu se produire. Il arriverait moins d’accident si les gens étaient un peu plus prudents. Je ne sais pas si les événements en étaient la cause mais  ces derniers temps, les gens étaient devenus complètement inconscients. Ils étaient environnés de tant de dangers qu’ils ne faisaient plus attention. Je vais te raconter le bel exploit de mon père le jour du 15 août. Quand la sirène s’est mise à sonner, les avions étaient déjà là et la DCA s’est mise à taper. Mes parents m’ont dit « descends vite, nous te suivons ». Ma mère s’est vite dépêchée de fermer les volets et a recommandé à mon père de l’aider. Quand elle pénètre dans la salle à manger, est-ce qu’elle ne voit pas mon père qui avait ouvert toute grande la fenêtre et passait sa tête bien dehors pour contempler un avion qui volait très bas et à ce moment-là la DCA tapait. Maman lui dit « tu n’y es plus, tu vas te faire tirer ». A peine mon père avait-il fermé la fenêtre que l’avion qu’il contemplait lâche ses bombes sur la Préfecure. Mes parents ont été pris comme dans une tempête et se sont accrochés à la porte pour ne pas tomber, puis ils sont descendus sans perdre de temps à l’abri. C’était le moment car quelques instants après, les bombes tombaient dans notre rue et là, ils auraient été tués par le souffle. Il faut assister à un bombardement pour se rendre compte de l’imprudence que l’on commet en négligeant de descendre à l’abri sitôt que la sirène sonne. Enfin heureusement que tout cela a pris fin. Mon journal du front se termine. Je vais te raconter maintenant des histoires plus réjouissantes, c’est-à-dire mon entrevue avec les Américains.

Le jour de la Libération de Valence, deux Américains sont veus se promener dans notre hameau. Un de nos voisins leur a offert à goûter mais ils ont eu de la difficulté à se comprendre. Malheureusement je n’étais pas là car j’aurais pu leur parler sans me faire moquer de moi car les gens n’auraient pas compris si le leur avais dit des bêtises. Deux jours après, nous sommes allés voir à Montvendre une amie de maman et ses enfants ont amenés 3 Américains au moment où nous y étions. Je n’ai pas osé leur parler mais j’ai bien compris ce qu’on leur disait et ce qu’ils disaient. L’un était assureur, l’autre s’occupait des vedettes et vivait à San Francisco. Quant au 3ème, il bâtissait des maisons, traduis-le comme tu voudras. Quant à moi, je pense qu’il devait être architecte. Je dois t’avouer que tous les 3 étaient extrêmement sympathiques mais j’avais vraiment le béguin pour le bâtisseur de maisons. IL est impossible de trouver visage plus agréable. J’aurais voulu que tu vois son expression. Il était certainement protestant et même peut-être un descendant des Puritains. Maman elle-même a reconnu que quand on a un tel visage, on ne peut avoir qu’une belle âme. Tu dois te dire « cette pauvre Christiane est en train de divaguer, les émotions qu’elle a reçu lui ont atteint le cerveau », il n’en est rien rassure-toi, on se remet vite quand on voit l’allégresse qui règne dans Valence. On se frotte les yeux pour se demander si on ne rêve pas en voyant toutes les maisons pavoisées, les rues sont pleines de monde et de troupes. Sur les boulevards et dans l’avenue Victor Hugo, on n’ose plus traverser de peur de se faire écraser. La Croix d’Or est toute couverte de drapeaux et devant la porte, on voit 3 canons qui sont des trophées pris à l’ennemi. Les élèves du collège se promènent avec les Américains et baragouinent tant bien que mal. C’est dommage que tu ne sois pas avec moi car nous essayerions nous aussi de parler. Mlle Chatealin me dit que je devrais leur parler mais tu ne me vois pas les arrêtant. Lucie n’ose pas non plus. Aux Américains se mêlent des soldats français que l’on a des peines à distinguer des autres. Les hôtels autrefois garnis de verdure sont remplis maintenant d’une foule de personnages habillés de kaki dont la vue est un peu plus réconfortante. Les soldats sont entourés d’une nuée de gosses qui elu mendient des bonbons. Le collège est occupé par les troupes. Il paraît  qu’ils ont installé un grand fourneau au milieu du hall et quand on y pénètre, on sent une odeur appétissante. Certainement on ne rentrera pas de sitôt car même morsque les troupes seront parties, il aura besoin de sérieuses réparations. Les vitres sont toutes cassées et plusieurs cloisons risqueraient de tomber sur les professeurs et les élèves. Je recommence à travailler, on pense que le bac ne sera pas avant le mois de novembre. J’en ai bien besoin car il me semble que j’ai tout oublié. Inutile de te dire que depuis le 15 août, je n’avais pas ouvert un livre et même depuis le début août avec les alertes continuelles, je ne pouvais pas travailler.

J’ai oublié de te dire que les Américains s’étonnent beaucoup que les femmes ne votent pas en france. Chez eux, elles votent à partir de 18 ans et les hommes seulement à partir de 21 ans. J’espère bien qu’on va aussi instituer ce régime en France. Les femmes le méritent bien car il y en a qui ont vraiment aidé  à sauver la France en étant agent de liaison, ce serait que leur rendre justice.
Il est temps que je termine ma lettre si je ne veux pas te faire payer une taxe pour être trop lourde.
J’attends impatiemment une longue lettre. Bien des choses à ta soeur.
Affectionnately,

Christiane

Ouf! un peu long mais ça en vaut la lecture. Une vraiment très longue lettre qui m’a fait penser tout de suite, la première fois, aux textes du journal d’Anne Frank. Outre le fait que c’est bien raconté (la jeune fille aurait dû certainement passer le bac en juin 44, lequel bac avait été reporté), tout ce qu’elle dit est d’une grande valeur historique et comme dans le journal d’AF, on retrouve les premiers émois de jeune fille à la vue des Américains et des considérations féministes.

Tout y est: les bombardements US pour détruire les ponts sur le Rhône et freiner le repli allemand, bombardements qui comm e à Avignon, firent de nombreuses victimes civiles, la Libération de Valence sans combat et les parades qui suivirent, les femmes tondues, l’explosion d’un train de munitions, des escarmouches au pied du Vercors, des maquisards exécutés par les Allemands, les destructions de guerre et les victimes civiles.

Le nombre des morts a été un peu surévalué (280 morts et 200 blessés le 15 août; 16 morts et des centaines de blessés pour l’explosion du train de nitro). Quant aux maquisards fusillés dans le secteur de la Baume-Cornillane, je ne vois pas pour l’heure de quel événement il s’agit. La Croix d’Or est un hôtel devant lequel on posa des trophées de guerre, de canons pris à l’ennemi.

Arlette, la mère de la belle-soeur My., a lu cette lettre avec émotion et a retrouvé tout ce qu’elle avait vécu, jeune de fille de 13 ans en 1944 (un peu plus jeune que Christiane) habitante de Bourg-les-Valence, proche de l’actuelle préfecture donc très près de la zone bombardée. Elle a ajouté: « j’aurais pu écrire cette lettre! »

Une grande page d’Histoire valentinoise dans la grande Histoire.

8 Commentaires

Classé dans Vieux papiers

PREMIèRE GUERRE MONDIALE: Second album de photographies du même soldat dans les tranchées

SAMSUNG CAMERA PICTURES

Album du même format (19×13,5cm) mais un peu plus épais (24 pages). Avec vous allez le voir des photos d’un grand intérêt.

Sur la seconde de couverture, Allemant (le village) dans l’Aisne, au nord-est de Soissons. Les maisons ne sont que ruines, les arbres des squelettes.

Front de l’Aisne (octobre 1917). Toujours à Allemant. Attaque du 20 octobre.
On voit deux soldats sous leurs masques à gaz, un minen allemand (certainement un minenwerfer=un mortier) qui doit avoir été pris aux Allemands, un canon d’un tank embourbé (les premiers chars ont connu ce problème) et des hommes qui se font prendre en photo sur les ruines du village.

SAMSUNG CAMERA PICTURES

A côté de 3 vues des ruines d’Allemant et des arbres déchiquetés, photo d’un char français, pris par l’arrière. Et sur la page de droite, la corvée de soupe, un cagna à la tête de mort dessinée sur le linteau d’entrée, des obus de mortier allemands non explosés. La dernière vue montre un groupe de soldats autour d’un fourneau (sorti d’une maison) à Vauxaillon en novembre 1917 (à 4 ou 5km à vol d’oiseau d’Allemant). On sent sur les photos de ces 3 pages que les hommes ont été au coeur des combats.

SAMSUNG CAMERA PICTURES SAMSUNG CAMERA PICTURES

Suite de la campagne en novembre à Voyenne dans la Somme où un soldat est pris au milieu de l’entonnoir creusé par l’explosion d’un dépôt. Les hommes sont en cantonnement d’Alerte ce qui est un peu en arrière du front, prêt à monter en ligne en renfort. Puis sur deux pages, 9 photos de militaires à Davenescourt, 60km à l’ouest des vues précédentes. On apprend que les hommes appartiennent au 266ème RAC (Régiment d’Artillerie de Campagne).

SAMSUNG CAMERA PICTURES SAMSUNG CAMERA PICTURES SAMSUNG CAMERA PICTURES

La dernière photo de la série est prise à Saint-Vaast-les-Mello (Oise) près de Creil, bien plus à l’arrière où les hommes sont maintenant au 203ème RACT. Un peu de temps est passé, nous sommes en février 1918 et 2 intéressantes photos montrent un avion anglais en panne (dernière photo ci-dessus et première ci-dessous). Photo également d’une automobile Ford puis retour au front près de Reims en mars 1918 à Ville-Dommange (Marne).

SAMSUNG CAMERA PICTURES

Les deux pages qui suivent sont prises à Ville-Dommange à l’Etat-Major du 203ème RAC et surtout 4 vues de camions et d’automobiles et une vue d’une pièce de DCA  (ou AAA)-je présume qu’on s’est posé la question d’appeler la DCA l’Artillerie Anti-Avion puisque c’était le début de cette arme-. Nous sommes en avril 1918.

SAMSUNG CAMERA PICTURES SAMSUNG CAMERA PICTURES

Page suivante avec 4 photos prises à Prouilly toujours en avril 1918 dans le secteur de Reims.
SAMSUNG CAMERA PICTURES

Toujours dans le même secteur au Bois de Beau-Marais (Aisne) où les vues montrent des soldats anglais d’une musique est-il dit en commentaire de la dernière photo (la plus claire). La seconde photo montre une sentinelle  Beaurieux (Aisne) en juin et dans le commentaire de la 3ème photo l’auteur indique que les Officiers britanniques prennent le thé.

SAMSUNG CAMERA PICTURES

Deux vues de Prouilly en avril puis en mai 1918, deux intéressants photos, malheureusement claires:

Au Baizil (sud-ouest d’Epernay) un avion Caproni en panne (peu visible) et près de Treslon (ouest) une vue de « paysans se sauvant devant l’invasion boche- 2 ou 3 heures avant leur venue ». Il s’agit de l’offensive allemande de la seconde bataille de la Marne.

SAMSUNG CAMERA PICTURES

Page suivante 2 photos en juin 1918 aux Mesneux (près Reims) motocyclette (très claire) et au Mesnil-sur-Oger.
En juillet à Mourmelon-le-Petit à droite, une « maison attenante à notre cuisine, et démolie pendant notre repas » (ça doit couper un peu l’appétit) et la tombe d’un ami.

SAMSUNG CAMERA PICTURES

 

Toujours à Mourmelon, photo de droite, « 14 juillet, les boches font un feu d’artifice avec du 150 sur nos cantonnements ». Puis en-dessous en août 1918, au repos, à Courtisols (Marne) avec 3 belles photos d’une automobile Ford.

SAMSUNG CAMERA PICTURESSAMSUNG CAMERA PICTURES

Du 15 août au 15 décembre 1918, le propriétaire de l’album finira la guerre à l’école d’artillerie de Fontainebleau: vues des pièces d’artillerie:

SAMSUNG CAMERA PICTURES SAMSUNG CAMERA PICTURES SAMSUNG CAMERA PICTURES

La suite de l’album début 1919 voit notre militaire se retrouver à Sathonay dans l’Ain (banlieue nord de Lyon) avec nombreuses vues de véhicules militaires (camions et automobiles).

SAMSUNG CAMERA PICTURES SAMSUNG CAMERA PICTURES SAMSUNG CAMERA PICTURES SAMSUNG CAMERA PICTURES

Les deux dernières pages de l’album sont  moins commentées, on y voit des tanks en action

SAMSUNG CAMERA PICTURES

puis des vues de destructions de guerre avec cette note: « sucrerie du Pont Rouge après-guerre ». Il s’agit des destructions dues aux combats du Chemin des Dames à Margival (Aisne).

SAMSUNG CAMERA PICTURES

En 3ème de couverture, un soldat en campagne , au téléphone.

SAMSUNG CAMERA PICTURES

1 commentaire

Classé dans Photographie, Vieux papiers

CARNET de VOYAGE en ESPAGNE en 1906

Il s’agit d’un gros cahier d’écolier narrant un voyage en Espagne d’un couple de français, certainement très aisés, participant à un voyage en groupe organisé. Un voyage du 4 au 28 avril 1906 dans une Espagne beaucoup plus pauvre que celle d’aujourd’hui.

SAMSUNG CAMERA PICTURES

Le touriste du début du XXème siècle a décoré son cahier d’illustrations découpées dans des magazines et de lithographies assez intéressantes. Il a intitulé son cahier « Notes de voyage-Excursion en Espagne ». Le style de l’écriture est simple et correct mais la calligraphie est quelquefois difficile à suivre.

Les étapes du voyage: Saint-Sébastien, Burgos, Madrid, Cordoue, Séville, Malaga, Grenade, Tolède, Saragosse et Barcelone.

Quand j’ai trouvé ce document, j’ai tout de suite cherché si Henry Susane (c’est ainsi qu’il a signé son oeuvre) était allé voir une corrida, spectacle beaucoup plus sanglant à l’époque que de nos jours. Et Séville où il était pour le dimanche de Pâques était le lieu idéal pour s’initier à ce spectacle. Exactement, une corrida était prévue au programme des touristes. Voilà ce qu’il écrit:

« Il fallait se hâter pour arriver à la Plaza de Toros où les places nous étaient réservées. Les courses du dimanche de Pâques ont la réputation d’être les plus belles de l’année tant par la valeur des toreros que par l’affluence des gens de qualité et des étrangers. Nous arrivons pour apprendre que les courses n’auront pas lieu. Les toreros font grève comme de simples menuisiers (?). Il paraît que ces messieurs ne veulent pas se soumettre à une Ordonnance nouvelle qui oblige les picadors à se servir d’une lance à pointe courte qui, pénétrant moins dans les chairs du taureau, rend le travail plus dangereux et ménage davantage la bête qui reste plus vigoureuse en face de l’espada…. »

Une grève des matadors en 1906, c’est intéressant.

C’est donc un peu plus tard dans le circuit, à Saragosse, que les touristes vont découvrir ce spectacle. Henry est un peu déçu des tenues moins « indigènes » qu’il attendait. Autre surprise, la foule se promène sur la piste avant la corrida et ne regagne ses places qu’au moment où une trompette donne le signal.

« La porte du toril s’ouvre à mon grand étonnement alors qu’il reste bien dans l’arène une centaine de gamins et qu’on n’a pas aperçu le cortège des toreros qui précède toujours l’arrivée du taureau. Et comme nous retenions notre respiration et prenions une attitude  ferme, une vache ahurie fait son entrée et reste figée à dix mètres du toril. »

En effet, avant la corrida, deux courses récréatives avec une vache auront lieu pour les gamins.

L’auteur décrit ensuite le paseo et résume rapidement comment se déroule une corrida. Il va par contre longuement commenter le spectacle en faisant part de ses observations personnelles.

SAMSUNG CAMERA PICTURES

Tout en reconnaissant le courage du picador qui risque d’être écrasé par le cheval ou encorné par le taureau, il s’apitoie sur le sort des chevaux qui, à l’époque, n’étaient pas caparaçonnés. « Tel qu’il est c’est un condamné à mort. Le coup de corne du taureau est inévitable et le voilà soulevé, embroché par son adversaire qui le secoue et le précipite à terre le ventre troué. Une cascade de sang rouge inonde la piste. Si le cheval ne se redresse pas de lui-même, on le redresse en le soulevant par la tête et par la queue; et contraint, labouré de coups d’éperons, il traverse le cirque en traînant ses entrailles dans lesquelles il empêtre ses sabots et trébuche lamentablement, jusqu’à ce qu’un second coup de corne l’étende définitivement, pantelant, agonisant et mort, comme vidé, aplati, écrasé… »

D’ailleurs dans le bilan de la journée, un peu plus loin, il dit: « quatre taureaux tués, neuf chevaux tués, trois éventrés et recousus, un picador légèrement éclopé… »

Pour les banderilleros, il reconnaît « leur audace, leur agilité et leur adresse » mais il « plaint le malheureux animal soumis à une torture barbare et lorsque les bourreaux l’abandonnent, il ruisselle de sang ».

De même pour l’espada, il « reconnaît aussi que le matador doit être doué de sang froid, de courage, d’habileté et de vigueur… il risque sa peau… et son geste est élégant » malgré « tout ce que ce spectacle a de violent et de barbare… »

Il est aussi « impressionné peu favorablement » par l’attitude du public et « son enthousiasme, son délire et sa colère contre les toreros et le taureau ». Il l’explique du fait que « l’Espagnol est doué d’une cruauté inconsciente qui serait la résultante des oppressions dont sa race a été victime… des horreurs de l’Inquisition… laissant indifférent devant la douleur et le sang répandu ». Il généralise enfin en affirmant que toutes les foules peuvent devenir féroces malgré « l’instruction, l’éducation et les doctrines humanitaires ». Il pense que si « les combats de taureaux étaient autorisés chez nous… vous verriez » (sous entendu la même attitude. Et un peu de politique pour finir « Quant aux horreurs de l’Inquisition, n’en parlons plus si nous ne voulons pas qu’on nous rappelle les journées de septembre 1792 et celle de mai 1871 ». Pour 1871 est-ce le massacre de 7 religieux  par les Communeux ou l’écrasement de la Commune par les Versaillais et les dizaines de milliers de fusillés au Père-Lachaise?

SAMSUNG CAMERA PICTURES

Voici un tout petit extrait de ce carnet de voyage. Les 142 pages du texte sont vraiment très intéressantes, quelques longueurs certes, quelques lieux communs et préjugés gênants sur les Espagnols et les Espagnoles mais il décrit assez justement un pays (en tout cas celui que les touristes ont vu) tel qu’il était il y a 110 ans.

Poster un commentaire

Classé dans Vieux papiers

CYCLOTOURISME: PÂQUES en PROVENCE 1979

Il y a 35 ans, ma première et unique Flèche Vélocio à l’occasion du rassemblement annuel cyclotouriste intitulé Pâques en Provence qui était organisé cette année-là à Cairanne (Vaucluse). En 2014, c’est Pernes-les-Fontaines qui accueillait les cyclos.

Le défi était de parcourir 350km en 24 heures, ce fut finalement 365 km du samedi 10h au dimanche 10h pour notre équipe de 5-maximum autorisé- (dont Raymond Deux de Meysse et Chabrière du Teil, l’oncle aujourd’hui disparu de Pierre V.). Circuit tracé par l’équipe (nous) et accepté par les organisateurs (l’Audax Club Parisien), la seule contrainte étant de ne jamais passer 2 fois au même endroit, ce qui évite de tracer par exemple un circuit de 3 boucles semblables de 120km autour de la ville arrivée. Départ de Montélimar devant les Cycles Reboul, une montée vers le nord jusqu’à Beaurepaire, le retour vers la vallée du Rhône puis la descente le long du fleuve-roi jusqu’au Teil par la RN86 et après une courte nuit, le dernier coup de collier jusqu’au terme via Vaison et Vacqueyras. En cours de route, les équipes avaient l’obligation de déposer des cartes données par l’Audax Club dans des boîtes aux lettres de villages du parcours et pouvait « subir » un contrôle « surprise » des organisateurs, ce qui ne fut pas montre cas. La moyenne que nous devions tenir était de 22,5km/h. Le gros problème fut ce satané vent du midi soufflant très fort à partir de Serrières jusqu’à la tombée de la nuit vers La Voulte qui me fit pas mal souffrir de Serrières à Tournon. Par chance quelques heures plus tard, au petit matin, c’était le mistral qui nous poussait vers le sud, sauf les derniers kilomètres de la traversée du Plan de Dieu mais là, avec Cairanne tout au fond, c’était l’euphorie qui nous faisait avancer, au milieu des centaines de cyclos se rendant à la concentration.

Le brevet souvenir:

SAMSUNG CAMERA PICTURES SAMSUNG CAMERA PICTURES

1 commentaire

Classé dans Sport, Vieux papiers