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Une CARTE d’AUDITEUR au PROTECTORAT de l’ÉTAT FRANÇAIS au MAROC

Une petite carte rose délivrée à un possesseur d’un poste de radio le 23 avril 1944.

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Comme vous pouvez le voir, il s’agit d’une CARTE D’AUDITEUR En effet, au Maroc, à l’époque du Protectorat Français, comme en Métropole, quand  on était possesseur d’un poste de radio à la maison, il fallait le déclarer aux autorités. C’était le Ministère des Postes, des Télégraphes et des Téléphones qui s’occupait de  ce secteur d’activité.

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En effet depuis le 31 mai 1933, les postes de radio sont taxés. Cette redevance pour les détenteurs de postes récepteurs de radiodiffusion comme l’énonce la loi ne sera supprimée qu’en 1980.

Cette obligation de déclaration avait aussi l’avantage de contrôler qui était susceptible d’écouter la radio à une époque où la guerre se menait aussi sur les ondes. Par contre la carte a comme intitulé Protectorat de l’État Français au Maroc alors que depuis l’arrivée des Américains en 1942, Vichy n’avait plus le contrôle du territoire chérifien.

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En quatrième page, quelques rappels du règlement. On doit déclarer autant de fois que le nombre de postes de radio que l’on possède. On doit aussi déclarer à l’administration ses changements de domicile. C’est en présentant cette carte aux bureaux de l’Office que l’on paie la redevance. La vente ou la destruction d’un poste doit être bien sûr signalée. D’ailleurs, en bas de celle-ci, on lit que le propriétaire de cette carte a vendu son poste de radio en 1956.

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En 1944, il en coûtait de 90 francs par an pour détenir un poste de seconde catégorie. Une somme loin d’être anodine !

NB: le régime de Vichy, dans sa frénésie de promulgation de lois racistes anti-juifs, décréta le 13 août 1941 celle de la confiscation des postes de TSF pour les Juifs (français ou pas, n’en déplaise à Zemmour).

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La CORRESPONDANCE du POILU GRENOBLOIS- LETTRE du lundi 31 août 1914

Petite lettre de 4 pages mais très dense et difficile à lire. On va présenter ci-dessous quelques extraits les plus intéressants pour les opérations militaires de cette fin août 1914.

Aujourd’hui, la lutte s’annonce moins orageuse. Nous avons passé une nuit excellente tranquillement étendus sur la paille. Ce matin, nous attendons l’ordre qui nous indiquera le travail de la journée. En guerre, on ne sait jamais ce qu’on fera 1 heure après. C’est tout de l’imprévu. On déménage sans interruption, le mobilier est peu encombrant et le loyer bon marché (c’est le système de Mr. Cochon)…

Plus loin, petit flash-back pour raconter la nuit de samedi à dimanche qui a été bien employée.

D’abord par les sapeurs qui ont travaillé jusqu’au matin. Nous, les brancardiers sommes allés chercher un blessé étendu seul sur le champ de bataille. C’était 11 heures du soir, nous étions au plus à 500 mètres de l’ennemi mais nos fusils étaient prêts à bien fonctionner. Nous avons transporté ce pauvre fantassin sur un parcours de plus de 5 kilomètres et sur un brancard au milieu du brouillard. A chaque instant les sentinelles nous arrêtaient. La route était criblée de trous d’obus (4 mètres de diamètre et 2 mètres de profondeur). A son arrivée, le pauvre garçon était dans un piteux état mais nous étions heureux d’avoir atténué ses souffrances et surtout celles de l’isolement.

Suite de récit sur les destructions de la guerre.

J’ai vu toutes les tristesses de la guerre. C’est terrible, il faut le voir pour s’en faire une idée exacte: villages complètement incendiés, d’autres abandonnés, les maisons soumises au pillage, les habitants fuyant  sur les routes pour échapper au massacre, etc… etc… Les Allemands se conduisent comme des sauvages, malheureusement les nôtres en sont les victimes mais ce qu’il faut voir, c’est la victoire certaine qui procurera à la France une tranquilité tant désirée depuis longtemps.

Suite du récit avec celui du dimanche.

Hier dimanche, nous devions avoir repos en compensation de la nuit précédente. Après une course de 4 kilomètres, nous arrivons dans un village à 7 heures du matin. Aussitôt, nous nous couchons dans le foin mais à 8 heures, l’ordre de partir rapidement nous déloge du cantonnement. Nous repartons aussitôt pour faire 5 kilomètres et c’est au bord de la route et sous une pluie d’obus que nous avons pris notre repos. Malgré cela, résultat heureux pour la Compagnie, 2 fusils mis hors d’état et un homme légèrement blessé. Nous sommes bien favorisés par le beau temps, 3 jours seulement nous avons marché sous la pluie et une fois sous la grêle et sans pouvoir se mettre à l’abri. Nous étions à l’arrivée complètement traversés…

Suivent des considérations d’hygiène, de santé, de nutrition et de petits tracas personnels. Reprise de la narration militaire un peu plus loin:

Tous les jours et surtout vers 5 heures du soir, les aéroplanes allemands viennent survoler nos batteries et nos troupes. Ils signalent exactement nos emplacements en laissant tomber des boules lumineuses repérées par leur artillerie. C’est le moment de se méfier. Sitôt après les obus se mettent à pleuvoir jusqu’à 7 heures ou 8 heures pour recommencer de bon matin avant le jour. Mais nous ne sommes pas trop simples: les artilleurs couvrent leurs canons avec des branches et dès qu’ils entendent le moteur, ils cessent le feu. Souvent aussi et plusieurs fois chaque jour, nous voyons nos aviateurs militaires. Deux fois déjà, en passant à une faible hauteur au-dessus de la Compagnie, ils nous ont lancé des dépêches…

Pierre Gautier est toutefois conscient que son unité est moins exposée que d’autres, celles de fantassins. Ainsi…

Aujourd’hui, nous sommes logés avec un bataillon du 160ème de ligne. Tous les officiers sont morts ou blessés. Comme chef de bataillon, c’est un sous-lieutenant de Saint-Cyr seul survivant ou valide…

Par la suite, l’auteur donne des consignes à ses parents en ce qui concerne le courrier puis parle des rencontres qu’il a pu faire, ici et là, de gars de Grenoble et des environs qu’il connaît. Retour sur sa condition militaire:

… Si la guerre a de bons moments, il y en a qui sont bien pénibles. Plusieurs fois déjà, nous avons fait des étapes de 20 à 25 kilomètres dans la journée avec travail en arrivant. Il faut vraiment faire preuve de beaucoup d’énergie et force de caractère pour ne pas s’arrêter dans le fossé. C’est malheureux de voir quelquefois des pauvres militaires obligés de rester au bord de la route. C’est la gendarmerie qui les ramasse. D’autres abandonnent le sac….

Nouvelles considérations épistolaires, tout cela dans un écrit un peu désordonné, on va comprendre pourquoi. Fin de lettre un peu nostalgique.

31 août 4h45. Enfin, je termine ma lettre. Depuis ce matin, nous sommes dans le même village où nous resterons 2 ou 3 jours, mais pour écrire cette pauvre lettre, je m’y suis mis à plusieurs reprises. Toute la journée les obus ont dégringolé. A la fin, on finit par être tellement énervé qu’il est difficile d’écrire deux mots de suite. En lisant ma lettre, vous en aurez la preuve. Excusez-moi, on est en guerre. Mon seul désir après la guerre, c’est de passer quelques jours avec vous et le reste à Allevard où tranquillement je pourrai me reposer. J’espère que mon rêve se réalisera. 

Y croit-il vraiment quand il écrit ces mots ?

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RÉSISTANCE 1942 (16-17/23): 2 TRACTS du FRONT NATIONAL pour appeler les CHRÉTIENS à défendre les JUIFS

Le Front National de Lutte pour l’Indépendance de la France, bien entendu, mouvement de Résistance proche du Parti Communiste qui n’a bien sûr rien à voir avec l’actuel mouvement politique xénophobe qui pollue la vie politique française et le vivre-ensemble depuis une trentaine d’année.

Ces 2 tracts s’adressent aux Chrétiens pour qu’ils n’acceptent pas le sort que les Nazis et le pouvoir de Vichy font subir aux Juifs.

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Pour cela, le tract reproduit la Lettre Pastorale de l’Archevêque de Toulouse. On y lit: Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes, les étranges sont des hommes, les étrangères sont des femmes. Tout n’est pas permis contre eux, contre ces hommes et ces femmes, ces pères et mères de famille. Un chrétien ne peut l’oublier.

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Il est fait état des camps de Noé et de Résébedon (plus exactement Récébédou). Ce sont 2 camps de concentration mis en place en 1941 au sud de Toulouse (Récébédou sur la commune de Portet-sur-Garonne), accueillant des réfugiés espagnols puis des Juifs dont un certain nombre furent déportés vers Drancy puis Auschwitz. Jules Gérard Saliège, l’Archevêque de Toulouse mena une lutte de tous les instants contre ces camps honteux et parvint à ce que le camp de Récébédou ferme rapidement.

La reproduction de la lettre pastorale de l’Evêque de Montauban est tout aussi engagée pour dénoncer les violences faites aux Juifs.

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Il est fait référence en début du texte à la rafle du Vel d’Hiv avec ces mots: Des scènes douloureuses et parfois horribles se déroulent en France sans que la France en soit responsable. A Paris, par des dizaines de milliers, des juifs ont été traités avec la plus brutale sauvagerie…puis aux déportations dans le sud-ouest dont parle l’Archevêque de Toulouse… Et voici que dans nos régions on assiste à un spectacle navrant: des familles sont disloquées, des hommes, des femmes sont traitées comme un vil troupeau et envoyés vers une destination inconnue avec la perspective des plus graves dangers. Avec cette conclusion: Je fais entendre la protestation indignée de la conscience chrétienne et je proclame que tous les aryens et non-aryens sont frères parce que créées par le même Dieu…

C’est le Front National qui fait la conclusion de cet écrit:

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 Catholiques Français, soyez au premier rang de la lutte contre le fascisme oppresseur aux côtés de tous les patriotes français sans aucune exception; menez le bon combat contre les persécutions raciales dont sons victimes des hommes, des femmes et des enfants juifs; dénoncez l’odieuse attitude du gouvernement de Vichy qui sert les ennemis de la France et trahit l’intérêt de la Patrie.

Plus loin, on y reproduit la lettre de Paul Claudel, écrivain catholique au grand Rabbin…

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pourtant assez proche du régime de Vichy en 1941. Il changea d’avis en 1942 d’où ce texte ci-dessus.

Ce texte est suivi de brèves montrant l’implication des Chrétiens dans la lutte contre l’oppression dont sont victimes des Juifs.

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Pour cette conclusion:

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Français, Françaises,

Ecoutez la voix de la conscience chrétienne contre les horribles persécutions des Juifs !

Dressez-vous contre cette barbarie ! Secourez les victimes !

Agissez par tous les moyens ! Donnez asile aux victimes des Nazis !

Formes des groupes d’entraide et de défense de l’enfant persécuté !

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Le second tract semble plus construit que le premier commence sous ce titre: Recueil des protestations catholiques contre la barbarie antisémite en France. On va trouver des textes dénonçant la chasse aux Juifs de Vichy et des Nazis en France provenant de la hiérarchie catholique française. Bien entendu, on retrouve le même passage de la lettre pastorale écrite par l’Archevêque de Toulouse que l’on a lu ci-dessus:

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La lettre date du 6 septembre 1942.

On retrouve aussi la lettre pastorale de l’Evêque de Montauban Pierre Maris, lue et commentée à toutes les messes, dans toutes les églises du Diocèse le 30 août 1942, un mois et demi après la rafle du Vel d’Hiv.

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Le tract y ajoute un extrait du communiqué lu en chaire le dimanche 6 septembre 1942 par l’Archevêque de Lyon Jean-Marie Grelier.

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L’exécution des mesures de déportation qui se poursuivent actuellement contre les Juifs, donne lieu sur tout le territoire à des scènes si douloureuses que nous avons l’impérieux et pénible devoir d’élever la protestation de notre conscience. Nous assistons à une dispersion cruelle des familles où rien n’est épargné, ni l’âge, ni la faiblesse, ni la maladie…

Une description très précise de ce que furent les déportations subies par les Juifs de France, français ou étrangers, malgré ce que des « penseurs » modernes essaient de minimiser.
Ces rafles furent si nombreuses que les cardinaux et archevêques de la zone occupée adressèrent une supplique à Pétain pour que cela cesse:

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Profondément émue par ce qu’on nous rapporte, des arrestations massives d’israélistes opérées la semaine dernière et des durs traitements qui leur ont été infligés, notamment au Vélodrome d’Hiver, nous ne pouvons étouffer le cri de notre conscience.
C’est au nom  de l’humanité et des principes chrétiens que notre voix s’élève pour une protestation en faveur ds droits imprescriptibles de la personne humaine. C’est aussi un appel angoissé à la pitié pour ces immenses souffrances, pour celles surtout qui atteignent tant de mères et d’enfants.
Nous vous demandons, Monsieur le Maréchal, qu’il vous plaise d’en tenir compte afin que soient respectées les exigences de la justice et les droits de la charité.

Un texte clair qui ne laisse aucun doute sur ce qui se passait alors dans les France de la zone libre comme celle de la zone occupée.

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La correspondance du Poilu Grenoblois- Une lettre du 29 août 1914.

Après avoir présenté 3 lettres écrites 100 ans auparavant, jour pour jour, nous allons passer à des lettres dignes d’intérêt du Poilu grenoblois Pierre Gautier, dans un ordre chronologique, à partir d’août 14.

La première date du 10 août 1914 dans laquelle le soldat raconte son voyage depuis Grenoble jusqu’au front sans dire où il arrive puisque c’est rigoureusement interdit par la hiérarchie militaire.  On apprend ou plutôt, on devine que le voyage a été agréable, par un temps merveilleux et l’auteur compare ce déplacement plus à une promenade qu’à une marche vers la guerre. Il insiste sur l’enthousiasme de la population grenobloise au début, du formidable accueil des gens tout au long de l’avancée du train vers l’est de la France. Mais cette lettre, très dense, écrite sur un petit bout de papier  avec une encre violette passée, est difficile à décrypter.
C’est donc la missive suivante, adressée à ses Chers parents que nous allons vous proposer. Elle date du samedi 29 août 1914 à 8h20 du matin. Du moins pour le début de l’écriture car les éclatements des obus vont interrompre l’écriture plusieurs fois (Pierre Gautier le précise). Si bien que l’on sent ces hachures à travers un écrit moins cohérent. Ce sont donc ses premiers combats que le Poilu grenoblois va narrer à ses parents.

Il a pris un papier à l’entête de la Musique de son unité du Génie dans laquelle il jouait.

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Il a ajouté en oblique ces quelques mots:

J’ai reçu plusieurs cartes d’Allevard. Mes amis vous envoient tous leurs remerciements et leurs amitiés. Nous proposons une bombe pour le retour ?

Mais voici le texte principal de cet écrit.

Je profite d’un instant de repos d’abord pour vous remercier de vos cartes et lettres qui m’ont fait grand plaisir. Loin de ses parents, on ne peut rester un seul instant sans y songer, surtout dans des moments parfois critiques. Je suis bien étonné de vous savoir sans nouvelles. J’ai déjà envoyé une longue lettre datée du 10 août et quelques cartes postales. Ces correspondances devaient contenir quelques renseignements concernant la guerre. Elles ont été arrêtées.

En guerre, on ne devrait pas causer de soi. Mais parler d’autre chose est impossible pour le moment. Jusqu’à présent, je tiens mon carnet de route bien à jour et si j’ai le bonheur de vous le faire lire, vous verrez qu’il ne manque pas d’intérêt. 

Je suis très heureux de me trouver avec de bons amis, d’abord mes 3 collègues brancardiers et le bicycliste de la Compagnie, un jeune homme charmant que je ne connaissais pas du tout. A nous 5, nous formons une équipe de bons copains. Nous sommes toujours ensemble. Il y a aussi les sergents Bugy et Tennequin que nous voyons journalièrement. Les officiers sont charmants pour nous. Nous sommes nos maîtres car le plus souvent le major n’est pas avec nous. Il est vrai que notre emploi de brancardiers n’est que pour la forme. Hier par exemple, nous avons passé la journée dans une tranchée de 4 heures du matin à 7 heures du soir et sans pouvoir sortir. C’était une pluie d’obus qui nous arrosait à raison de 4 par minute. Calculez le nombre de coups ! Par une chance incompréhensible, il n’y a pas eu un seul blessé dans la Compagnie ! Mais nous étions absolument recouverts de terre. Les premiers coups font sensation mais à partir du 10ème, on est habitués. (J’interromps ma lettre car nous partons dans une autre direction. A tout à l’heure la suite ou peut-être à demain).

Le 29 à 2 heures 30. Enfin nous arrivons de faire une petite marche de 10km et c’est assis au pied d’un mur en écrivant sur mes genoux que je continue ma lettre. Depuis ce matin, les obus de 75 nous passent sur la tête et ceux des Allemands tombent devant nous. C’est tous les jours la même répétition. Tout n’est qu’habitude. En attendant, nous faisons notre repas de midi avec du pain, un beef d’hier et le tout arrosé d’un quart de vin. C’est épatant, on peut même dire que c’est du luxe. Souvent, on reste sans dîner. Les denrées ne manquent pas. Au contraire, elles sont abondantes mais souvent le temps manque pour la cuisson et la dégustation (souvent rapide sous les obus).

Enfin, depuis mon départ, je ne me reconnais plus. Je suis très courageux. La santé est excellente. On couche comme on peut, quelquefois au grand air  (c’est hygiénique). On se lave comment ! Après une campagne comme celle-ci, on est homme, prêt à se lancer dans la vie. J’ai déjà parcouru toute une région remplie de richesses, tout m’intéresse, même la direction des obus qu’on tâche d’éviter. Nous avons déjà soigné beaucoup de blessés d’autres régiments. Mais la plupart n’ont pas vu les Allemands, c’est l’artillerie qui fait mal. La campagne de 1914, c’est la guerre moderne, la guerre terrible ! Nous voyons beaucoup d’aéroplanes mais ils sont difficiles à démolir au canon. Les Allemands ont encore leurs Zeppelins, les ballons captifs, etc… etc… Leurs pilotes ont un courage extraordinaire, mais je suis sûr que les nôtres sont supérieurs.

Les Allemands sont terribles. Cette nuit, par exemple, ils ont commencé à 2 heures du matin le bombardement de la ville où nous couchions. Notre Compagnie a eu 2 chevaux tués, 2 gradés et 3 hommes blessés. Les fantassins ont perdu 1 capitaine et plusieurs hommes assis contre un mur. Il est vrai que nos sapeurs avaient désobéi au Sergent Tennequin.

 Voilà, je crois les seuls renseignements que je pense vous donner. Je ne manque de rien au contraire. L’argent est inutile, tous les villages sont inhabités, ou alors, s’il y a quelques habitants, ils n’ont rien. Quelquefois, on a le bonheur de trouver un peu de lait et quelques oeufs, c’est notre régal, nous tenons encore à notre petite santé. Ma couverture de flanelle est indispensable pour la nuit. Je remercie maman d’y avoir songé. Je ne désire qu’une chose, c’est que la guerre se termine bientôt, l’hiver serait dur pour les uns et les autres. Mais pour l’instant, je le répète, tout va pour le mieux et  c’est pour moi une grande satisfaction de prendre part à cette guerre tant désirée dont je me souviendrai toute ma vie.

Priez pour tous les soldats qui déjà reposent sous cette terre, ils ont fait leur devoir.

Ecrivez-moi vous me ferez plaisir.

Au revoir, Chers Parents, recevez les amitiés de votre fils qui vous embrasse, ainsi que toute la famille et les amis.

Pierre Gautier ce 29 août 1914

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Il y a 100 ans jour pour jour: une autre lettre d’un POILU GRENOBLOIS à ses PARENTS.

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Chers parents.

Je suis absolument navré. Entre hier et aujourd’hui je n’ai pas trouvé le temps de faire trois lettres que je devais expédier demain matin: vous savez lesquelles !

Je sais bien que vous vous rendez parfaitement compte de notre situation  mais tout de même, j’aurais été content de pouvoir faire ce que je m’étais proposé. Demain vous aurez la lettre promise, celle-ci ne compte pas, c’est simplement pour ne pas vous laisser dans l’inquiétude !

Si mon camarade Challon est arrivé à Grenoble comme il le pensait, en ce moment, vous devez avoir mon petit envoi.

Rassurez-vous tout à fait. J’ai le plaisir de vous annoncer que depuis mon entrevue avec le Capitaine Rivoire, tout va pour le mieux. Je suis très content et ne désire qu’une chose: rester ici le plus longtemps possible.

Chaque jour, j’ai un ou deux malades à conduire à la visite. Aussi, depuis que je m’en occupe, je n’ai plus eu de temps disponible. Ce n’est pas un travail, une aimable corvée qui dure généralement toute la matinée ! Nous devons être présents dès le commencement  et naturellement, nous passons en dernier lieu. Tous mes après-midi sont consacrés à mes dessins auxquels je m’intéresse plus qu’avant. Vous comprenez pourquoi. J’ai demandé au Capitaine Rivoire toutes les explications complémentaires. Mon chef a compris qu’il valait mieux me laisser travailler à ma façon. Je n’aime pas recommencer plusieurs fois. Je suis toujours très content de recevoir de vos nouvelles, mais au cos où Maman manquerait d’écrire comme l’autre jour. Je ne voudrais pas qu’elle se tourmente pour cela. Nous avons tous des soucis trop grands pour attacher de l’importance à si peu de chose. En attendant ma prochaine lettre, je vous demande de vouloir bien accepter ces quelques mots et tous les baisers qui les accompagne. 

Mes amitiés à tous,

votre fils

Pierre

PS J’ai reçu le 28 −1 lettre de Maman le 21

                                    −1 lettre de Tante Marie le 26

                                     -1 lettre Zizi le 24

                        le 29- 1 lettre de René Desrayaud

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RÉSISTANCE 1942 (14/23): un FLYER pour VALMY

C’est une scène du film L’armée du crime. A la sortie du Métro, un résistant jette en l’air une poignée de petits tracts qui s’envolent. La police intervient mais l’info est passée.

Voici un authentique petit flyer, comme on dit de nos jours, exemplaire gardé dans un carton d’un responsable de la Résistance communiste de Paris. Des petits bouts de papiers comme celui-ci volèrent certainement dans un escalier ou un couloir du Métro en septembre 1942, juste avant le 20 septembre…

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pour appeler les Parisiens à manifester contre les Allemands et leurs auxiliaires Collaborateurs, les Traîtres dans lesquels sont inclus les policiers des Brigades Spéciales.

Manifester pour célébrer les 150 ans de la victoire de Valmy contre les Coalisés menés par la Prusse, pendant la Révolution, la veille de la proclamation de la Première République.

11×5,5cm… on peut en tirer à la ronéo à alcool 12 par feuille et en jeter plusieurs centaines dans les points névralgiques de la capitale.

Le message est succinct et clair. L’objet est petit mais se faire prendre avec un exemplaire en poche pouvait avoir des conséquences dramatiques… c’est ce qui se passera dans ce film cité au début du texte, retraçant l’action héroïque du groupe des FTP-MOI Manoukian, celui de l’Affiche Rouge… Des Libérateurs? La Libération par l’armée du crime.

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RÉSISTANCE 1942 (13/23): un APPEL à FÊTER le 150ème ANNIVERSAIRE de VALMY

Un petit tract, un tout petit tract signé par le Parti Communiste Français (S.F.I.C.): pour économiser le papier certes, l’encre également mais aussi pour que la distribution reste la plus discrète possible.  Un petit bout de papier de 11cm sur 14 cm se fourre plus rapidement dans une poche au nez et à la barbe des occupants et des policiers qu’une feuille A4.

Le titre est clair:

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Mais pourquoi donc fêter Valmy en pleine occupation alors que cet épisode certes glorieux de la Révolution ne le fut guère auparavant et pas vraiment à une grande échelle le 20 septembre 1992 pour le bicentenaire de cette bataille ?

DSCN2373Le début du tract l’explique en comparant les propos de Brunswick en 1792 à ceux des Nazis en 1942. Brunswick qui voulait brûler les maisons des Français qui résisteraient et de les exécuter ne put le faire car défait à Valmy. Les Nazis avec l’aide de la Police de Vichy, allaient appliquer cette pratique pour lutter contre la Résistance. Celle de la terre brûlée.

DSCN2376L’appel à la manifestation est précisé au verso. Ce sera donc le 20 septembre, à Paris, place de la République, le soir à 18h30. Mais aussi en province, dans toutes les villes et les villages, en se rassemblant devant les mairies. Le tract propose même d’entonner la Marseillaise et le Chant du Départ (La Victoire en chantant nous ouvre les barrières… que les candidats au Certificat d’Etudes devaient préparer pour l’épreuve de chant) et quelques slogans à crier… que les participants auraient pu trouver d’eux-mêmes.

Pour rester dans cette célébration, la fin du tract va reprendre les mots de Danton:

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De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace.

Il en fallait pour organiser cette manifestation…

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 Le recto du petit tract.

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Il y a 100 ans jour pour jour: une autre lettre d’un POILU GRENOBLOIS à ses PARENTS.

Une autre lettre du Poilu grenoblois Pierre Gautier, datée du 20 décembre 1915, il y a 100 ans jour pour jour.

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Depuis deux jours, je voulais faire cette lettre et seulement ce soir, je dispose d’un moment avant d’aller me coucher. A peu près à la même heure avant hier soir, je m’étais installé  au réfectoire pour écrire, quand subitement toutes les batteries environnantes se mirent à cracher pendant dix minutes sans interruption. Les éclairs illuminaient le ciel et tout remuait dans le village. Bien entendu, au lieu de m’occuper de ma correspondance, j’ai voulu me rendre compte de ce qui se passait et d’un petit monticule sur lequel j’étais monté avec quelques camarades, je n’ai rien vu du tout ! Le brouillard était opaque. Je ne parle pas des éclairs qui se voient toujours de très loin mais des éclatements qui se produisirent sur les tranchées ennemies jusqu’à onze heures. Trois fois, nos artilleurs ont recommencé ce concert bruyant et certainement peu agréable pour les Boches. Deux jours avant, un des leurs, un sous-officier s’était rendu  et avait donné des indications précises sur les mouvements des troupes qui devaient se produire le jour de la relève. C’était sur des colonnes que nos artilleurs tapaient si courageusement. Les habitants des tranchées s’en mêlaient aussi car, en entendant la fusillade et la mitrailleuse de temps en temps. Enfin c’était parfait.

 Tant mieux pour nous si nous avons pu démolir des Boches. Nous sommes en guerre mais je pense encore à la lâcheté de cet homme qui a fait tuer ses camarades. C’était paraît-il un embusqué débusqué. Il n’avait que trois jours de tranchées.

Avec tout cela, je n’avais pu faire. Aussi, je m’étais promis de bien employer la soirée d’hier pour rattraper le temps perdu. On dit bien que le temps perdu ne se rattrape pas mais en guerre, on rattrape tout sauf les obus qu’on laisse passer. C’est plus prudent ! Toujours dans le même local, car je n’ai pas le choix. Je m’étais mis pour faire ma lettre hier soir et, de huit heures à onze heures, trois amis sont restés à ma table. Déjà bien énervé par mon travail de la journée, je ne pouvais absolument pas écrire en écoutant discuter à côté de moi. J’étais furieux. Ne sachant plus où aller, je suis resté avec eux, tout naturellement, je me suis mêlé à leur conversation tout en pensant qu’ils feraient bien de me laisser tranquille. Je suis comme toi, je n’aime pas vivre seul mais quand j’ai quelque chose à faire, je voudrais pouvoir le faire: tu me comprends.

Enfin, aujourd’hui, je suis à peu près certain de ne pas être ennuyé. Tous les sapeurs sont allés se coucher et je reste seul  toujours dans le fameux réfectoire ajouré. Nous avons du brouillard maintenant. Il fait beaucoup moins froid que ces derniers jours mais il ne fait pas chaud pour cela. Je sens l’air qui passe sous la toile et tout à l’heure, je serai complètement gelé; c’est une habitude.

Les Boches, les obus et le froid, tout cela n’est rien à côté de ce qui m’inquiète depuis plusieurs jours. Le travail ne me fait pas peur mais je suis navré d’être tombé avec un chef absolument incapable, presque un imbécile. Je me trouve placé dans une situation très délicate entre un Commandant qui me connaît et ce pauvre garçon qui ne comprend absolument rien. Il ne m’ennuie pas mais m’énerve tellement que j’arrive à ne pas pouvoir le supporter. Ce soir encore, il a fait une grosse bêtise. Aussi dès demain matin, je vais lui expliquer ce qu’il en est. Pauvre France ! Enfin, je n’en dis pas plus long. Dans une lettre officielle, j’expliquerai tout cela à Papa. Je regrette le temps où j’étais avec le Capitaine C. ou l’adjudant Chapelain. On faisait du travail utile intéressant.
En fait de repos, j’ai travaillé toute la journée d’hier et pour rien du tout.

J’insiste pour que tu me comprennes bien, Chère Maman, d’un côté, je dis tout va bien et d’un autre, tout va mal. Je m’énerve de voir travailler de la sorte surtout en temps de guerre. Je prétends que ce n’est pas le moment de faire des choses à la légère. Autrement, je me plairais ce soir ici. Je suis bien installé, en bonne santé et suis avec de bons camarades.

 Tout à l’heure, j’étais tellement surexcité que si je n ‘avais pas eu ce retard, je serais presque allé me coucher aussitôt. Je me suis raisonné et surtout, je tenais absolument à ce que ma lettre arrive avant la Fête de Noël qui ne sera pas encore très agréable pour nous cette année. Mon ami Glachet est venu à quatre heures rejoindre notre vieille équipe installée avec le quartier général de la Compagnie dans le village où j’étais pendant le mois qui a précédé ma permission. Il y aura certainement une belle messe de minuit dans l’église du village. Eugène Schaller prêtera son concours je crois. Enfin, je m’ennuierai toujours moins qu’ici. Je serai avec de vieux amis. 

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Tout de même, j’en arrive au sujet principal de cette lettre puisque tu veux bien t’occuper de mes photos, Chère Maman. Je vais d’abord te remercier du petit envoi et ensuite te demander quelques renseignements qui m’intéressent. C’est pourquoi je m’adresse directement à toi.

1er J’envoie toutes les photos pour que Tante Marie et M. Tillon puissent les regarder car je suppose que tu n’en as fait tirer qu’une collection.
2ème Avec toutes celles que j’avais ici, je les ai placées dans un petit carnet-album que je suis content de regarder. Je serais très heureux que tu me les renvoies toutes pour les mettre à leur place. Pour éviter d’en faire un envoi spécial, tu pourrais en mettre 3 ou 4 dans chacune des lettres. Tu mettras de côté dans la serviette celles qui ne font pas partir de la petite collection. Je les ai en double.

3ème Puisque Mme Oddoux a été si aimable, je saurai m’en rappeler. Dorénavant  tu voudras bien porter mes bobines au fils Martinotto, je lui en avais parlé, il le fera volontiers.
D’abord, je ne sais pas si ces taches ne sont que sur les épreuves mais j’ai trouvé que les marques de doigts ne manquaient pas  sur les photos de Papa en particulier et sur d’autres encore ! Si ces pellicules sont marquées ainsi, je ne suis pas content du tout.

4ème Mme Oddoux a numéroté les épreuves en pensant peut-être que nous en commanderions des douzaines. Je crois qu’il n’en a jamais été question.

Dis-moi ce qu’elle t’a pris pour ce travail et, si tu as l’intention d’en faire tirer d’autres. Je suis trop content de regarder ces photos. C’est pourquoi je te demande de me les envoyer.

5ème C’est peut-être un oubli, mais tu ne m’as pas dit comment tu les avais trouvées. Etant donné le temps qu’il faisait, je ne suis pas mécontent du résultat. Celles tirées par Lisi sont bien tirées, tu lui feras des compliments. Celles d’Allevard sont superbes. Il en manque une que j’avais tirée avec M. Tillon. Est-elle mauvaise ou s’est-elle égarée ?

En parlant des ces photos je pense encore à Allevard mais malheureusement la vie est moins calme ici. A l’instant nos artilleurs viennent de sonner l’extinction des feux aux boches. Hier, j’ai entendu la canonnade toute la journée. Je dessinais et chaque coup tiré par une grosse pièce placée assez près me faisait dévier la main. A la fin, on n’y fait plus attention du tout. Jour et nuit, c’est toujours la même musique.

Béquet doit m’apporte une ou deux bobines. Le premier jour de soleil, je pourrai faire des choses intéressantes.

Pour compléter ma lettre concernant les petits colis, il me reste à te demander de joindre à chaque colis deux ou trois bougies au lieu d’une et quelques petits pains. Ce que nous appelons le pain K.K!

Tu voudras bien faire de toutes mes amitiés à Monsieur Tillon et communiquer à tante Marie mes lettres écrites depuis mon retour de permission. Je voudrais pouvoir faire mieux mais j’espère que tout le monde comprend bien notre situation.
Je n’ai pas encore trouvé un moment pour aller voir Monsieur Bret.
J’espère que la chance continuera à me favoriser pour me permettre d’être avec vous pour Noël 1916 !

Mes amitiés à toute la famille.

Reçois Chère Maman les remerciements et meilleurs baisers de ton fils.

Pierre

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Il y a 100 ans jour pour jour: une lettre d’un POILU GRENOBLOIS à ses PARENTS.

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Le mardi 14 décembre, Pierre Gautier, le poilu grenoblois écrit sa 201ème lettre à ses parents, comme on peut le lire:

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Chers parents.

     Ce soir, je voudrais que vous voyiez dans quelles conditions je me trouve pour faire ma lettre. On peut être plus ou moins bien, quant à être plus mal, c’est impossible. Remarquez bien qu’il n’y a ni négligence, ni insouciance de ma part. Certes nos conditions d’existence actuelles en sont la cause. Vous savez qu’en hiver surtout, la vie du front n’a rien de commun  avec celle de l’intérieur. Malheureusement, au cours de ma permission, j’ai pu me rendre compte que beaucoup de personnes semblaient s’en désintéresser complètement. Pour moi, ces gens-là prennent trop à la lettre les beaux articles de nos journaux qui ont le tort de faire croire au public qu’on est plus heureux ici qu’à l’intérieur.

     Certainement, nous sommes heureux d’être ici puisque c’est pour faire notre Devoir, mais qu’on ne vienne pas nous raconter que vous vivons comme des rois ! Maman m’a dit que la pluie continue à Grenoble. Ici, le temps s’est mis au froid. Il fait très froid mais nous préférons tous ce temps à la pluie qui transforme les tranchées et boyaux en canaux presque navigables ! Je voudrais que nos promeneurs de la Place Grenoble voient un peu les habitants des tranchées les jours de pluie. Pour n’importe quel prix, des hommes ne voudraient mener cette existence en temps de paix. Nous ne sommes pas très heureux et cependant nous les plaignons amèrement.

    Pour en revenir à ce que je disais en commençant: j’écris actuellement dans notre réfectoire, petit local à moitié ouvert où l’eau gèle facilement. A côté de moi, plusieurs jouent aux cartes. Naturellement tout le monde a sa capote. Les cols sont relevés. C’est la pièce la plus chaude et tout le cantonnement et de tout le pays qui soit à notre disposition. A cette température, Maman ne résisterait pas. 

   Je ne parle pas de notre dortoir, c’est encore pire. Je suis étonné de ne pas avoir froid la nuit car n’oubliez pas que nous n’avons qu’une couverture (d’après le journal d’hier, tous les soldats en ont reçu deux). Ce n’est pas une plainte que je formule mais une simple réflexion en passant. Il est inutile de raconter des choses qui ne sont pas, surtout en ce moment. Plusieurs officiers sont logés comme nous. Je dors tout habillé et me couvre avec tout ce que j’ai à ma disposition.

    Je travaille dans une grande salle à manger de château transformée en bureau. Là encore, je dessine en conservant ma capote (avec le col relevé). Enfin, pour me réchauffer, je suis obligé d’attendre le soir quand je suis couché. Je ne me plains pas de cette situation. Je supporte admirablement bien et me porte à merveille !! Je voudrais simplement trouver une petite pièce chauffée pour passer mes veillées et écrire sans grelotter comme maintenant. J’ai tenu à bien vous mettre au courant pour que vous puissiez faire comprendre à ceux qui ne le comprennent pas que nous sommes ni heureux ni malheureux. Vous recevrez des nouvelles régulièrement, lettre ou carte, mais je prévois que je ne pourrai pas correspondre avec d’autres personnes. Avec la meilleure volonté du monde, c’est impossible.

    Je n’ai pas rencontré le Capitaine Tourrot mais j’ai appris qu’il avait été désigné pour faire un peloton de futurs caporaux et sergents un peu à l’arrière. Plusieurs sapeurs de notre compagnie sont partis pour suivre ces cours. Ils y resteront un mois.

    Les instants ont été tellement comptés pendant ma permission que je n’ai pas trouvé un moment pour aller avec Maman faire une visite à Madame Toussot qui a dû me trouver bien malhonnête. La prochaine fois, cette visite ne sera pas oubliée.

    En attendant, vous ne manquerez pas de me rappeler au bon souvenir de Madame et Mlle Toussot en les priant de transmettre mes amitiés au Capitaine qui serait peut-être curieux de savoir où et avec qui je me trouve en ce moment. Naturellement, le secret professionnel m’empêche de le lui dire !

    Si vous savez où je suis. Marguerite pourrait le dire à Marthe Roybon qui le ferait savoir à Maurice. Je vais lui écrire pour lui demander de venir me voir une journée, mais il m’est impossible de mettre aucune indication sur ma carte. Répondez-moi à ce sujet. Après demain je ferai une lettre de commissions.

    Mes amitiés à tous et meilleurs baisers pour vous.

Pierre Gautier

PS quel est le secteur du Capitaine Tourrot.

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Il y a 100 ans: une CORRESPONDANCE d’un POILU GRENOBLOIS dans un carton trouvé à LA VOULTE.

Trouvé lors du marché aux puces mensuel de La Voulte de novembre dernier, ce bloc de lettres enveloppé d’une feuille de kraft attachée par une ficelle.

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Ces lettres, ce sont des écrits d’un poilu à ses parents. Un Poilu ayant fait des études qui  écrit régulièrement d’août 1914 à août 1917 soit plus de 250 lettres. Il les a postérieurement numérotées. Elles y sont presque toutes. Comme on peut le voir ci-dessous, il a utilisé toutes formes de supports, petits plis, lettres, cartes militaires…

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Belle écriture, phrases soignées… une volonté  d’écrire pour que les lettres témoignent et survivent à leur auteur. Un auteur nommé Pierre Gautier dont on retrouve la trace aux Archives Numérisées de l’Isère, avec sa fiche matricule. Né le 16 mars 1893, il avait donc 21 ans 1/2 quand débuta la guerre. Il avait manifestement fait des études de dessinateur industriel dans la domaine de la menuiserie pour travailler dans la fabrique de son père Eugène Gautier. Il devint par la suite, après-guerre, gérant d’immeubles. Sa guerre et sa période militaire ne s’arrêtèrent pas en août 1917 comme le lot de lettres mais en 1919. On apprend qu’il était brancardier, travail difficile et énormément dangereux . Il fut d’ailleurs gazé sans trop grande gravité le 13 juin 1918.

Nous allons essayer de vous en présenter quelques uns de ses écrits dans les semaines et mois qui viennent….

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