… à partir des fiches des Poilus telles qu’elles sont mises en ligne par les Archives Militaires du fort de Vincennes depuis 2003.

Construit à partir du 27 juin 1937 et inauguré le 11 novembre 1937, le Monument aux Morts de Caderousse porte les noms de 106 soldats tombés pendant la Grande Guerre, ce qui est un chiffre assez conséquent pour une population à l’époque de 2 529 âmes au recensement de 1911. C’est donc 4,2% de la population qui a disparu dans le conflit. C’est plus que la moyenne nationale qui doit tourner autour de 3%. C’est ce que connurent en gros les communes agricoles alors que le monde urbain était plus épargné (hommes plus qualifiés donc moins exposés militairement car utiles ailleurs, usines principalement).

Tout d’abord, il a été assez facile de retrouver les fiches des Poilus dans le long listing national. Seules 4 personnes n’apparaissent pas: Bacchini Orfeo, Millet Maurice, Moutte Henri et Raynaud Louis. Une cinquième est douteuse: Pellegrin Fernand sur la fiche duquel Caderousse n’apparaît pas mais est un voisin de Laudun, commune séparée seulement par les 2 bras du Rhône. On peut considérer que c’est bien cette personne. Tout à fait arbitraire !
C’est donc 102 poilus dont on connaît les renseignements transmis par les autorités militaires qu’on va décortiquer.
Première remarque, le monument prend ses aises par rapport à l’état-civil militaire (ou l’inverse) puisque pas moins de 18 prénoms sont inexacts, correspondant souvent au second prénom mais pour 2 ne correspondant pas du tout:
Le Redon Achille du Monument est prénommé Paul Claudius à l’Armée, Tardivier Louis devient Tardivier François-Claude. Enfin, une faute s’est glissée dans le nom de Ouvrier qui s’appellerait plutôt Ouvier. On voit bien à la lecture de la liste que le graveur a dû reprendre son écrit puisque des noms viennent s’ajouter hors-ordre alphabétique en haut ou bas de pages.
Seconde remarque plus intéressante, 87% des Morts caderoussiers sont nés à Caderousse: (87/102) au XIXème siècle. Les autres ne viennent pas de très loin: du proche Nord-Vaucluse (Orange: 4; Piolenc, Mornas, Sorgues, Lapalud: 1) ou du proche Gard (Saint-Victor-la-Coste, Rochefort-du-Gard, Laudun, Montfaucon: 1). Seul, Paul Melon né à Codognan a dû faire environ 80 km pour rejoindre le village. Il est d’ailleurs mort à Craonne célèbre pour sa chanson pacifiste.

Autre élément important, les pertes subies par les classes.
Chez les plus anciens, ceux de la Territoriale, on trouve 2 morts en 1872 (dont Adrien-Gabriel Guérin, on en a parlé dans 2 articles, qui est le plus âgé- à 18 jours près- Mort pour la France à Caderousse) et 2 autres en 1873.
A partir de la classe née en 1877 jusqu’à la classe 1899 (ceux qui avaient de 15 à 37 ans lors de la déclaration de guerre), il y a toujours eu au moins 1 victime par classe. La classe d’âge la plus touchée fut celle de 1888 (27 ans en 1914) avec 10 victimes (ce qui est énorme !), la classe de 1892 avec 8, celle de 1882 avec 7, celles de 1883, 1886, 1887, 1894, avec 6. Voir le petit tableau exel ci-joint.
Caderousse Grande Guerre

L’année de décès des 102 Caderoussiers Morts pour la France.
Là, les propos de Gilles Vergnon, conférencier dont on peut lire un petit résumé par ailleurs, étaient tout à fait pertinents. Le début de la guerre fut une véritable hécatombe, à Caderousse comme dans toutes les communes de France: 15 morts en août, 13 en septembre, 5 en octobre pour 36 morts pour 1914 ! Soit 1/3 des pertes de cette guerre en 5 mois !
Par la suite, le nombre de victimes décroit régulièrement: 25 en 1915, 16 en 1916, 7 en 1917. Les hommes sont terrés dans les tranchées et tant qu’il n’y a pas d’attaque d’un côté ou de l’autre, la vie est plus sûre. Et cela malgré Verdun en 1916 dont on a fait finalement à tort le symbole de la boucherie que fut la Grande Guerre.
La reprise de la guerre de mouvement en 1918 voit le nombre de victimes enfler à nouveau avec 16 pertes dont 6 en août et 4 en octobre. A noter qu’André Paul Mandon fut tué à Oisy (Aisne) une semaine jour pour jour, avant l’Armistice.
Enfin, 2 malheureux moururent après le 11 novembre et sont tout de même inscrits comme Morts pour la France: Joseph-Louis Berbiguier mort des suites de ses blessures le 4 décembre 1918 à l’Hôpital de Coltzéa (?) en Roumanie et Fernand Pellegrin (dont on a déjà parlé) le 14 août 1919 en gare de Blainville-la-Grande (Meurthe-et-Moselle) suite à un tamponnement de trains.

Les lieux des décès.
C’est dans la Meuse que 27 Caderoussiers rendirent l’âme dont 6 à Saint-Mihiel dont on connaît le saillant tenu par les Allemands et 3 à Montcourt.
En second lieu, la Marne bien entendu avec 16 morts dont 3 à Lagarde. L’Aisne et la Somme ont vu disparaître 7 hommes chacun, le Pas de Calais et la Moselle 5, la Meurthe-et-Moselle et les Vosges 4, l’Oise 3, le Haut-Rhin et la Haute-Saône 2, les Ardennes 1.
3 Caderoussiers sont morts en défendant la Belgique et 2 en Allemagne.
Certains sont partis dans des terres bien éloignées des digues de Caderousse: en Roumanie on l’a vu, Marius Bernard en Palestine (Ludd en arabe, Lod en hébreu), Ange Perrin à la Redoute Bouchet à Gallipali presqu’île turque dans le détroit des Dardanelles, Albert Robert à Moudros en Grèce, Paul Ruat à Leonica en Albanie.
D’autres se sont éteints dans des hôpitaux éloignés en Haute-Vienne, à Rennes, à Nevers, à Saint-Etienne ou proche: Privas (2) et Orange. Enfin Auguste Bruguier est mort des suites de ses blessures au Panier, à Caderousse.
Un lieu de décès n’est pas mentionné sur une fiche.
Les causes des décès.
Elles sont faciles à trouver: la guerre directement, les suites des blessures ou la maladie.
Ainsi, 46 Caderoussiers ont sur leur fiche la référence « Tué à l’ennemi » dont 2 avec cette précision: un balle ennemi dans la tête pour Martial Dardun et par un éclat d’obus pour Raphaël Ouvier.
Plus difficile pour les familles, 21 victimes sont des « Disparus » dont le corps n’a pas été retrouvé, soit 1/5ème des morts caderoussiers.
17 fiches font mention de « Morts des Suites de ses blessures », 8 à l’hôpital , 9 à l’Ambulance (dont 1 canonnier décédé des suites de brûlures à Ludd). 8 Poilus sont morts de maladie dont manifestement 2 de la redoutable grippe espagnole: 3 en début de guerre 1914-15, 5 en fin 1917-18). 1 est décédé chez lui, on l’a vu, 1 en captivité, 1 par accident on l’a aussi vu et une fiche ne mentionne que « Mort pour la France ».
Enfin, juste un petit mot sur l’aïeul Adrien-Gabriel Guérin, victime des gaz allemands à la Pompelle. Un autre caderoussier, du même 118ème Régiment d’Infanterie Territoriale, l’adjudant Emile Sauvage a connu la même fin le même jour au même endroit (voir écrit sur ce sujet dans l’article ADRIEN-GABRIEL GUÉRIN MORT POUR LA FRANCE en 1915 (2/2))

Pour finir, les unités dans lesquelles servaient ces hommes et leurs grades.
Comme on peut s’en douter, c’était en majorité de la chair à mitraille peu gradée.
Ainsi, 57 Poilus était dans un Régiment d’Infanterie, 10 en Infanterie Coloniale, 4 en Infanterie Territoriale, 9 chez les Chasseurs à Pied, 3 chez les Zouaves, 2 chez les Tirailleurs Algériens, 1 dans un Régiment de Marche d’Afrique.
11 hommes étaient dans l’Artillerie dont 1 dans l’Artillerie de Montagne.
2 servaient au Génie et 1 portait la belle tenue des Dragons (il me semble me souvenir de sa tombe au cimetière quand j’étais petit avec la photo en couleur de cet homme en tenue de Dragon en médaillon; près du dépositoire).
Les fiches d’Albert Robert et Raphael Ouvier ne sont pas lisibles à cet endroit et vous pouvez chercher de vous même.

Quant aux grades de ses garçons, les 3/4 sont des 2ème classe ou soldat (77), 2 ont été honorés de la distinction de 1ère classe. On trouve 6 caporaux (dont 1 caporal fourrier), 1 sergent et 2 adjudants.
Dans les grades inférieurs, il doit y avoir aussi 5 canonniers conducteurs, 2 maîtres pointeur, 1 maréchal des logis, 1 maître ouvrier, 1 sapeur et 1 brancardier (Louis Roche).
Il n’y eut que 3 sous-lieutenants disparus au milieu de leurs hommes: Ernest Aubépart, Norbert Brichet et Raphael Marcellin.

L’impressionnante liste des victimes sur le monument aux Morts situé au coeur du cimetière.
La conséquence de ce désastre humain se fit lourdement sentir à Caderousse. Alors que la commune comme on l’a dit comptait 2 529 habitants au recensement de 1911, celui de 1921 ne dénombrait plus que 1 911 personnes soit un effondrement de 621 personnes ou 24%. Considérable !
Aux 106 morts de cette guerre, des jeunes gens qui ne prirent pas femmes pour certains et ne firent plus d’enfants pour tous, on doit ajouter les ravages de la grippe espagnole dans la population civile. Le déficit de population doit bien s’élever à 350/400 personnes en conséquence de ces 2 catastrophes. Pour le reste, c’est l’exode rural qui s’accéléra à l’époque, pour preuve le grand-oncle Séraphin Guérin qui, au retour de la guerre, quitta Caderousse pour aller travailler dans une banque à Orange puis Avignon.
Il fallut attendre l’an 2000 pour que la population caderoussienne retrouve le niveau de 1911 !