Archives de Catégorie: Vieux papiers

Dans les années 80, en ARDÈCHE, des bouts de voies ferrées de l’ÉTOILE DE VOGUË en vente pour la bonne cause.

Des papiers anciens, pas encore des vieux papiers…

DSCN0339

deux attestations de don…. des diplômes mais pas des papiers officiels. Dans ces années 86, 87, l’association …

DSCN0338

VIADUC 07 voulut relancer le train touristique Le Teil- Voguë qui, du début du XXème siècle jusqu’après-seconde guerre mondiale était une ligne importante de liaison entre la vallée du Rhône et le pied de la Montagne Ardéchoise. Longtemps, les bouteilles d’eau de Vals empruntèrent ce moyen de transport pour inonder les tables du sud-est et de la France entière. Cette voie fut fermée dans les années 70 quand les pouvoirs publics privilégièrent le « tout-camion » répondant aux attentes des lobbies transporteurs et pétroliers.

L’Association Viaduc 07 la bien nommée (il y a beaucoup de viaducs sur cette voie dans la montée des Combes puis à flanc de Coiron et enfin pour franchir Claduègne et Ardèche !) décida de faire un appel au public pour reprendre la gestion de cette ligne abandonnée à des fins touristiques. Les souscripteurs pouvaient « acheter » 1 mètre de voie ferrée pour 70 francs (environ 9 euros) et ainsi participer à la relance de ce réseau touristique de l’Ardèche Méridionale. En contrepartie, le donateur recevait un tel diplôme:

DSCN0336

J’en reçus 2 pour 3 mètres « achetés » !

Ainsi, pendant un quart de siècle, Viaduc 07 put transporter aux beaux jours des touristes entre Saint-Jean le Centenier ou la gare de Montfleury jusqu’à Voguë et retour, quelques kilomètres à allure réduite en autorail Picasso que l’on voit sur le logo.

Malheureusement, l’association ne parvint pas à finaliser son projet d’exploitation touristique de l’Étoile de Voguë à partir de la gare du Teil, ce qui lui aurait permis de changer de dimension.
Le grave accident d’un employé au début des années 2010 fut fatal à la structure, mise en sommeil depuis… pour quelques temps seulement… espérons !

Poster un commentaire

Classé dans Vieux papiers

Une CARTE D’ÉLECTEUR de 1898…

Pour l’élection d’un député, en Isère, dans la commune d’Eydoche, canton du Grand Lemps, non loin de La Côte Saint-André.

DSCN0222

Cette carte d’électeur semble être à usage unique si l’on en croit son titre Élection d’un Député. Elle concerne le sieur Etienne Bonvallet qui réside dans le village (La Paroisse). 

L’assemblée électorale dont la liste a été arrêtée le 31 mars 1898 se réunira à l’école du chef-lieu de la commune d’Eydoche le dimanche 8 mai 1898. Tel est le contenu de l’écrit de cette carte signée par le maire (Mathiéron ?) le 1er mai 1898.

DSCN0224

L’électeur devra apporter son bulletin préparé en dehors de l’assemblée, sur papier blanc et sans signes extérieurs et le remettre fermé au Président. Quid d’une urne ?

DSCN0221

Le tampon de cette commune d’Eydoche qui comptait 556 habitants au recensement de 1896, soit un peu plus de monde que de nos jours.

L’Assemblée Nationale élue en 1898 lors de cette élection à laquelle Etienne Bonvallet participa en allant voter vit une nette poussée de la gauche suite à l’affaire Dreyfus et aux outrances de la droite pendant cette période. C’est cette chambre qui fit en 1905 la séparation de l’Eglise et de l’Etat, une réforme capitale pour la société laïque, dont les opposants au mariage pour tous n’ont toujours pas compris la portée plus d’un siècle après !

DSCN0220

La carte d’électeur un peu usée mais si précieuse. Là aussi, beaucoup ne l’ont pas compris.

Poster un commentaire

Classé dans Vieux papiers

La correspondance du Poilu Grenoblois- Une lettre du 27 septembre 1914.

Nouvelle lettre du Poilu grenoblois Pierre Gautier à ses parents.Longue lettre écrite certainement en plusieurs épisodes. Dans son propos, Pierre raconte à la fois ce qu’il vit sur le front ou près du front et des allusions à ses connaissances familiales et amicales et les nouvelles qu’il reçoit d’elles. Cela donne un récit assez peu cohérent mais intéressant à lire…

Voici donc principalement les extraits qui parlent de la vie militaire.

Depuis notre changement de résidence, nous ne restons pas sans rien faire, actuellement nous établissons tout autour d’un village d’importantes fortifications.…

Le beau temps continue mais il fait moins chaud et dans une quinzaine de jours je supporterai bien un caleçon d’hiver. Le foin commence à se faire rare et les nuits sont fraîches.… Le capitaine doit nous faire distribuer à chacun un chandail en laine et dans ce cas, la camisole serait inutile et encombrante. Notre petite équipe possède déjà 2 couvertures mais ce n’est pas suffisant, toujours par les grands moyens nous en aurons une troisième et tout ira pour le mieux, nous serons chez nous (système débrouille).

Plus loin, il va raconter, à la demande de ses parents dans leur lettre précédente, une combat qui va entraîner la blessure d’un ami grenoblois.

Mais puisque vous y tenez voici quelques détails sur l’accident arrivé à notre ami Roybet. C’était le 3 septembre, nous étions depuis quelques jours au village de Saint-Maurice dans les Vosges. Malheureusement par sa situation géographique, ce petit pays se prêtait admirablement à l’opération du bombardement et pour ce travail les Allemands employaient le 220. Vous voyez d’ici ! Ce qui devait arriver arriva. Un beau matin, les obus après avoir passé longtemps au-dessus de notre grange, finirent par trouver le chemin un peu long et trois d’entre eux tombèrent au milieu de notre carrefour. Résultat dans notre compagnie plusieurs blessées parmi lesquels Roybet avec fracture de la clavicule par un éclat d’obus, l’infirmier et quatre ou cinq sapeurs. Il y avait encore d’autres militaires gravement blessés et un mort. Heureusement le poste de secours était à côté et nos blessés ont été pansés immédiatement. C’est après le premier obus que nous avons eu tous nos blessés. Nous étions après les panser les autres tombèrent devant l’ambulance (je passe sur beaucoup de détails). Toutes les vitres volèrent en éclats et d’un seul coup la maison fut remplie d’une épaisse fumée. En dernier lieu c’est à la cave que nous nous sommes réfugiés. Par Sohaler, nous avons souvent des nouvelles de notre blessé. Il va de mieux en mieux et espère bientôt être rétabli.

On comprend avec la parenthèse (je passe sur beaucoup de détails) que Pierre va taire une scène certainement assez dure avec la chute de cet obus de gros calibre sur une ambulance.

Puis il parle du personnel de santé qu’il côtoie.

Comme major, nous avions un docteur parisien très fort paraît-il, mais excessivement peureux, vous pouvez le croire. C’est dans l’après-midi du 2 septembre qu’il a été blessé en se sauvant sur la route toujours dans le même village. Et pendant ce temps, j’étais tranquillement assis au bord du ruisseau occupé à voir tomber les fameux obus. En observant un peu, on se rend compte du tir de ces grosses pièces qui portent de 10 à 12 km (c’est ce qui nous manque malheureusement). Le tir va toujours en s’allongeant et à peu près dans la même direction ; il va sans dire que comme en grammaire il y a quelques exceptions à la règle. Je crains beaucoup moins ces obus que leur petit 77 dont un éclat a marqué ma gamelle, vous savez déjà. Tout naturellement, je vous explique cela, il est vrai que depuis deux mois finissant par être tout à fait entraîné à ce genre de sport. Après ces petits accidents, trois brancardiers étaient seuls pour représenter le service de santé de la compagnie. Cette situation ne pouvait pas durer bien longtemps. Le jeune Schaller remplace Roybet. Nous avons un infirmier et comme Major un jeune docteur dans sa deuxième année de service. C’est un gentil garçon. Il est surtout moins fier et plus courageux que son prédécesseur qui doit être actuellement bien remis de son égratignure…

Pierre joue un peu à l’ancien combattant avec cette explication de la perception des tirs des gros calibres allemands et de la logique de la chute des obus. Contrairement au major totalement affolé par la canonnade.

C’est alors que le soldat Gautier raconte ce qui a été écrit dans les cartes et les lettres reçues de la part et d’amis. Il raconte ce qu’il a répondu à l’un d’eux.

Vous demandez des souvenirs. Bien franchement si comme nous, vous aviez été témoins des atrocités de ces barbares, vous m’en voudriez pas un seul. J’ai vu des Allemands prisonniers, beaucoup d’autres morts sur les routes et dans les bois, beaucoup d’objets à mais je n’ai jamais rien ramassé, ça me salirait. Dernièrement j’ai été un soir dans un grand château il y avait peut-être 20 blessés et 10 infirmiers allemands prisonniers. (Les lignes ennemies étaient à plus de 1 km). Avec mes amis et le major nous sommes restés peut-être une heure avec. Très facilement, il nous donnait tout ce qu’on voulait. J’avais trois casques mais je me suis simplement contenté de prendre les trois rosaces placées de chaque côté. Les autres sont dans le fossé. Il y avait aussi un casque superbe d’officiers de chasseurs à cheval. Nous avons seulement conservé un de leurs bouteillons, ils sont très pratiques, en l’aluminium et plus petits que les nôtres. Dans notre équipe nous nous s’en servons pour les extras : thé, chocolat, confiture de pommes, etc.… Si vers la fin je trouve un objet peu encombrant, je promets de vous le rapporter. J’ai déjà plusieurs balles et de jolis éclats d’obus.

Des souvenirs de guerre, des trophées pris à des prisonniers allemands mais dans cette campagne, on comprend que le paquetage et le matériel sont assez lourds pour ne pas s’encombrer de choses supplémentaires. Les écussons militaires, eux, sont petits et légers.

Voici donc les passages les plus intéressants extraits de cette longue lettre.

A suivre d’autres lettres de la correspondance de ce poilu grenoblois

Poster un commentaire

Classé dans Vieux papiers

RÉSISTANCE 1942 (21/23): TRACT-JOURNAL LA VIE OUVRIÈRE n° 109 du 17 octobre 1942

Un tract de 2 pages (1 feuille recto-verso) ronéotypées, un journal: La Vie Ouvrière, organe de la CGT qui perdure de nos jours, feuille clandestine en 1942. Une date: celle du 17 octobre 1942, une consigne: NE JETEZ PAS CE JOURNAL. FAITES LE CIRCULER.

Pour commencer, un long article en guise d’éditorial, rappelant le drame du 22 octobre 1941, un an auparavant, l’assassinat par les Nazis des otages de Châteaubriant.

 DSCN0993

Voici le texte de cet article.

 Le 23 octobre 1941, le peuple de France apprenait que les boches venaient d’assassiner 48 otages de Chateaubriant. L’indignation, la colère, la soif de vengeance, tels furent les sentiments qui s’installèrent dans le cœur de chaque patriote.

En lisant les noms des fusillés, tous les travailleurs de France firent le serment de les venger. C’est eux en effet, qui étaient surtout frappés. Stülpnagel et Pucheu qui fut chargé de désigner les otages, manifestaient leur haine de la classe ouvrière en massacre ses plus honnêtes et ses plus fidèles défenseurs. Secrétaire de fédération, dirigeants de grands syndicats, élus du peuple, des cités ouvrières, constituaient le plus gros contingent des 48 victimes.

Deux jours après, 50 otages furent exécutés à Bordeaux et ce fut la même haine des masses populaires qui précipita leur choix. Depuis, des milliers de patriotes français ont été massacrés. Parmi les hommes comme d’Estienne d’Orves des intellectuels, des savants, toujours figurent en grand nombre des militants ouvriers. Avec Domisse, Brunet et des dizaines d’autres ; Pillet, secrétaire de la fédération du bâtiment, Pourrouault des produits chimiques, des dizaines de secrétaires de syndicats et de délégués ouvriers ont payé de leur vie leur fidélité à la classe ouvrière et leur patriotisme. Tous sont morts en héros, clamant leur foi et leur idéal, leurs certitudes qu’ils seront vengés et que la France serait purgée des envahisseurs et des traîtres.

La vengeance a commencé. Des centaines de Boches pont payés de leur sang le sang de nos martyrs, des traîtres ont reçu le châtiment mérité et qui attend tous leurs congénères, des cheminots ont saboté les transports, envoyé des trains de munitions et de soldats boches dans les remblais, pour venger Sémard et Catelas, les métallos ont saboté, brisé des machines en souvenir de Timbaud, des détachements de francs-tireurs qui portent des dons glorieux : « Timbaud », « Simard », « Péri », « Catalas », « Cadras » etc.… ont exterminé des ennemis. Le souvenir de nos martyres et la haine sacrée de leurs assassins guident leur bras.

La mort glorieuse des héros en a fait surgir de nouveaux par milliers, dont le courroux s’apaisera que lorsque le dernier coupable aura payé, lorsque le dernier Boche aura été chassé de notre sol.

La vengeance comme moteur de la lutte. Oui, le tract oublie un peu l’idéologie mais il est plus facile de mobiliser en évoquant les crimes de l’autre qu’en faisant de la politique. D’ailleurs, en dessous de ce long éditorial, apparaissent 2 sujets de mobilisation immédiate:

DSCN0994

La lutte pour éviter à des jeunes ou des ouvriers de partir travailler en Allemagne et la réussite de la prochaine grande manifestation contre les Nazis et Vichy: faire tout pour célébrer le futur 11 novembre 1942, 24 ème anniversaire de l’Armistice. On en reparlera dans le prochain tract !

Au dos, une série de brèves sur 2 colonnes: les actions des ouvriers dans les usines, les ateliers ici et là.

DSCN0995

Des mouvements dans des usines de la couronne parisienne où le syndicalisme et la politisation des masses sont importants: chez Hotchkiss à Saint-Denis, chez Matra à La Courneuve, chez Gnome & Rhône-Kellermann, chez Citroen à Clichy, chez Babcock à La Courneuve, chez Rateau, à la Lorraine à Argenteuil, chez Chausson, à la S.I.P.A. de Neuilly, P.M. dans le 15ème arrondissement de Paris, chez Alstom à Lecourbe, chez Unic, aux Compteurs de Montrouge, chez Salmon et Voisin, à la S.I.F.: des protestations, des débrayages, des grèves…

Dans la seconde colonne, le tract explique comment organiser une grève pour qu’elle réussisse en évitant l’intervention des forces de l’ordre, la police française. Ainsi est-il faire référence à ce qui se passa en 1936. Voici les 4 commandements de l’organisateur d’une manifestation de ce type:

1-Organiser l’occupation des ateliers, bloquer les issues, organiser leur défense.

2-Prévenir immédiatement les entreprises voisines et les inviter à se joindre au mouvement. Par tous les moyens et surtout en envoyant des courriers, prévenir le plus d’entreprises possibles.

3-Alerter la population des quartiers proches de l’usine pour qu’elle soutienne la grève de l’extérieur.

4-Dans les circonstances présentes, la défense de la grève dans les usines exige la constitution de groupes spéciaux de combat avec des camarades décidés et connaissant bien l’usine. Avoir un objectif de désarmer l’ennemi qui menace et retourner ses armes contre lui.

En 1936, la puissance du mouvement, la rapidité de son extension, mirent les forces policières dans l’impossibilité d’intervenir efficacement. Il faut en être de même aujourd’hui.

À l’action avec courage et audace ! L’heure est venue de combattre et de faire échec à l’ennemi et au traître.

Métallos parisiens ! N’oubliez pas qu’en 1936 vos grèves avec occupation ont sonné le branle-bas dans tout le pays. Aujourd’hui encore tous les yeux sont fixés sur vous.

Un appel à la résistance dans les usines.

Poster un commentaire

Classé dans Vieux papiers

QU’IL AILLE AU DIABLE… un tract anti-franquiste en 1964

1964… les 30 glorieuses en France… le bouillonnement intellectuel qui préfigure Mai 68… les manifestations contre la guerre du Vietnam… Peace and Love… et en Espagne, toujours Franco, plus que jamais  là, écrasant le pays sous la chape de plomb du franquisme entre traditions et religion catholique omniprésente.

Il s’agit ici d’un tract français publié un Comité dont le référent est Louis Lecoin, un militant libertaire, pacifiste, antimilitariste, syndicaliste révolutionnaire et objecteur de conscience.

DSCN1939

Il est signé par de nombreux intellectuels dont on peut lire la liste ci-dessus (1).

L’espoir et le but in-fine de ce comité est  entièrement résumé dans le titre:

QU’IL AILLE AU DIABLE.

Le IL étant bien sûr Franco qui dirige toujours l’Espagne et y fait régner la terreur fasciste.

ET QU’AVEC LUI DISPARAISSE POUR TOUJOURS

SON ABOMINABLE RÉGIME, CHANCRE DE L’EUROPE.

D’ailleurs, les rédacteurs du document n’appellent pas à une quelconque vengeance contre Franco, à un quelconque jugement des hommes. Non, qu’il se retire dans une lointaine et obscure retraite, peu nous chaut, pourvu que les Espagnols débarrassés du poids de son odieuse présence retrouvent au plus tôt le goût et les possibilités de vivre.
Tout un programme mais tout est dit, malheureusement ! Et de rappeler aux lecteurs que c’est Hitler qui fit Franco par son aide militaire pendant la guerre civile et que la présence du vieux Caudillo prolonge Hitler en 1964, date d’écriture de cette feuille.

DSCN1936

Le commentaire de cette photo:

Voyez-le fringant, paradant devant les soldats allemands en compagnie de l’autre monstre, en gare d’Hendaye à la fin de l’année 1940.
Honteuse collusion, héritage sanglant qui ne lui donnent pas le droit de martyriser les antifascistes supportant mal son joug accablant.

Et le document se finit par ces prémonitions:

Franco ayant bouclé ses malles et quitté le pays à jamais, la liberté ayant reconquis ses droits dans la péninsule ibérique enfin purifiée, la presse, les syndicats, les diverses organisations, la pensée ayant retrouvé leur expression première; les prisons ayant largement ouvert leurs portes et les exilés étant de retour dans leur patrie d’origine, un très long cauchemar aura cessé et la paix mondiale en sortira sérieusement consolidée.

C’est ce qui se passera, une douzaine d’années après… après la mort du vieux dictateur qui garrotta ses opposants jusqu’au dernier jour !

DSCN1935

le tract dans son ensemble.

(1) les signataires et leurs qualités: la dramaturge Colette Audry, l’ancien Président de la République Vincent Auriol, le cinéaste Claude Autant-Lara, le journaliste Robert Barrat, le militant pacifiste Charles-Auguste Bontemps,le résistant Claude Bourdet, l’écrivain André Breton, le résistant et écrivain, Jean Cassou, le politique et militant laïque Jean Cotereau, le militant mutualiste et instituteur Denis Forestier, l’écrivain et journaliste Jean Galtier-Boissière, l’écrivain Maurice Joyeux, le scientifique Alfred Kastler, le scientifique et enseignant Henri Laurier, le journaliste Morvan Lebesque, le résistant et journaliste Louis Martin-Chauffier, le journaliste Georges Monteront, le critique et éditeur Jean Paulien, Le politique et économiste André Philip, l’écrivain Emmanuel Roblès, le mathématicien Laurent Schwartz, l’écrivain Manès Serber, le bâtonnier Thorp, l’avocat dramaturge, journaliste et politique Henry Torrès, le journaliste et éditorialiste du canard Enchaîné Robert Treno.

2 Commentaires

Classé dans Vieux papiers

Au retour d’un OFLAG, cet ancien PRISONNIER de GUERRE obtient cette CARTE

DSCN0371

C’est l’Association des Prisonniers de Guerre du département des Basses-Pyrénées (pas encore les Pyrénées-Atlantiques, cela viendra en 1969) qui lui a fourni cette carte officielle d’ancien prisonnier de guerre.

En effet, en ouvrant la carte…

DSCN0372

on peut y lire qu’Yves A…., étudiant à Pau, dut certainement interrompre ses études durant 5 ans puis qu’il fut interné dans un Oflag du 18 juin 1940 au 03 juin 1945 ! Toute une jeunesse passée derrière les barbelés d’un camp et les privations qui accompagnent ce séjour.

Les hommes du rang et sous-offciers étaient détenus dans des Stalags, les officiers dans des Oflags. Le plus connu est bien sûr celui de Colditz dont on a déjà parlé du jeu Fuga de Colditz qui colle assez bien à ce que fut ce pénitencier.

Yves A…, étudiant, avait certainement fait l’école d’officier lors de ses classes. Il était détenu à l’Oflag IV D. Celui-ci était situé sur la commune de Elsterhost, à 50km au nord-est de Dresde. Ce furent les Soviétiques qui libérèrent ce camp en février 1945 mais les valides avaient été évacués par les Allemands sur Colditz justement.
Dans ce camp se trouvaient environ 2 500 officiers et leurs ordonnances ce qui portait la population à plus de 5 500 détenus. Parmi eux, on comptait 485 enseignants si bien que ce camp connu un bouillonnement culturel avec une troupe de théâtre de valeur et une faculté libre donnant des cours et conférences, mise en place par Jean Guitton et Yves Congar. Le scoutisme était aussi très actif.

DSCN0373

1 commentaire

Classé dans Vieux papiers

Après la crise de SUEZ, des BONS de RATIONNEMENT d’ESSENCE.

DSCN0399

La crise de Suez, qu’est-ce ? Tout le monde sait qu’en Egypte, le canal de Suez fut creusé par des sociétés capitalistes européennes sous la direction de Ferdinand de Lesseps. Son inauguration eut lieu peu de temps avant la chute du Second Empire. Depuis 1869, le canal était géré par ses sociétés occidentales qui bien sûr permettaient aux Occidentaux de maintenir leurs intérêts dans cette région du monde en garantissant leurs approvisionnements. L’arrivée au pouvoir de Nasser en Egypte changea la donne et, sur fond de conflit entre Israel et l’Egypte, cette dernière décida la nationalisation du canal de Suez au début de 1956. Les intérêts vitaux des Britanniques et des Français étaient en jeu. Si bien que, suite à une entente secrète entre Londres, Paris et Tel-Aviv, les Britanniques, Français et Israéliens attaquèrent l’Egypte pour occuper et « libérer » la zone du canal de Suez, fin octobre 1956. La victoire ne faisait aucun doute mais les gros yeux des Soviétiques et des Américains stoppèrent l’opération « Musketeer » (Mousquetaire) qui cessa immédiatement et les troupes européennes se retirèrent le 22 décembre 1956.

Cette fermeture du canal doublée à celle du pipe-line d’Irak entraîna une grave crise d’approvisionnement de pétrole en France. La première crise pétrolière ! Manque de pétrole= manque d’essence= bons de ravitaillement en carburant.

Des bons qui furent valables de novembre 1956 à juillet 1957. C’était l’époque de la première voiture de mes parents, une 4CV Renault verte et ces bons de 10 litres de carburants ne furent pas tous utilisés…

DSCN0398

Ils furent conservés et les voilà 60 ans plus tard en photo sur le net! Une page d’histoire sur quelques centimètres-carré !

Poster un commentaire

Classé dans Vieux papiers

La correspondance du Poilu Grenoblois- Lettre du dimanche 13 septembre 1914.

Suite de la correspondance du Poilu grenoblois Pierre Gautier avec cette lettre du 13 septembre 1914, 15 heures.

Chers parents.

Vous ne me croirez peut-être pas, mais, même en guerre, les soldats ont aussi leurs vacances! En effet, depuis jeudi, nous nous reposons dans un petit village des Vosges à l’abri des obus. Et c’est là que nous attendons depuis jeudi l’ordre de partir dans une nouvelle direction. Heureusement pour nous, cette attente a duré 4 jours pendant lesquels nous nous sommes bien reposés et, croyez-moi, nous en avions besoin. Un mois de marches et de combats sans discontinuer, c’est plutôt long ! enfin l’ordre de partir est arrivé aujourd’hui et nous devons partir vers minuit: après une marche de 6 k., nous nous embarquons dans le train dans un pays inconnu ? Par les journaux, vous apprendrez le déplacement du 13e corps, nous sommes tous très heureux ! D’abord, les enfants aiment beaucoup le changement et puis, d’où nous venons les obus se ressemblent tous et le nombre d’aller jamais en diminuant ! Ce déplacement va de nouveau nous permettre de faire un joli voyage toujours à l’œil. Le voyage sera peut-être un peu long mais nous ferons tout notre possible pour nous caser dans le bon wagon : première classe ou simplement wagons à chevaux. En guerre en se contente de peu, l’important c’est d’être à l’abri.

Par conséquent, c’est depuis jeudi que le 13e corps de commencer son déplacement et tout naturellement depuis ce jour, nous ne recevons aucune lettre, pour bon compte, c’est avec impatience que j’attends le moment de notre nouvelle formation. Plusieurs cartons de lettres me donneront de vos nouvelles.

Ma dernière lettre est datée je crois du 7 septembre, elle est suivie d’une carte écrite rapidement à la date du 9. Les deux sont certainement en votre possession.

En me servant de mon carnet de route, toujours tenu régulièrement, je retrace en gros notre emploi du temps à partir du 7 à midi.

Le 7 septembre – après-midi continuation des tranchées autour du petit village où se trouve l’état-major du corps d’armée et où nous sommes depuis samedi 5. À huit heures soupe. Les propriétaires d’autres cantonnements mettent leur salle à manger à la disposition de notre petite équipe. Quel plaisir de manger sur une table, boire dans des verres, de s’éclairer avec une lampe. Notre repas est des mieux. Becquet arrive encore d’Epinal et tout ça porte du vin ordinaire, du vin bouché et même… du chocolat. Nous trinquons avec ces braves gens. À neuf heures au lit ou plutôt au foin !

Mardi 8 septembre. Réveil pour moi à 3h30. Je préfère ne pas me recoucher, je suis un peu fatigué. J’en profite pour faire un brin de lessive dans le lavoir municipal. Je suis tranquille mais déjà les paysans commencent leurs provisions d’eau. À 6h30, cacao au lait, nous retournons au travail. Comme distraction, nous assistons d’abord aux vols d’aéroplane, vols de perdrix et même courses de lièvres. Les perdrix sont difficiles à prendre mais les lièvres n’y coupent pas. Un coup de crosse sur les reins et le tour est joué. Le cousin …. en serait épaté !

À midi, soupe, viande, salades et confitures de cerises, c’est une vie de bourgeois. Vers trois heures, un des aviateurs tombe de 20 mètres. L’appareil, un joli Blériot est complètement brisé. Les aviateurs n’ont pas de mal. À quatre, nous accompagnions les sapeurs et fantassins toujours pour creuser des tranchées d’un autre côté du pays.

Pendant le travail, le lieutenant Tourot nous accepte Schatter et moi à ramasser des pois pour la soupe. Vers sept heures, nous revenons au village. Repas épatant civet de lièvres en conserve, riz sucrés au lait, etc. Mais nous sommes dérangés par mon ordre qui nous arrive le départ est fixé pour 10 heures. Nous terminons rapidement et remercions Monsieur et Madame C… pour leur gentillesse à notre égard. Nous profitons d’aller nous reposer pendant une heure. À 10 heures départ, la pluie commence à tomber. Après plusieurs arrêts nous arrivons dans le fameux village que nous avons quitté il y a quelques jours. Le départ est fixé pour 1h30 (nuit du huit au neuf), quelques coups de canons commencent à se faire entendre. Nous devons avec trois régiments d’infanterie faire une attaque de nuit du village situé en avant de la crête où nous avons travaillé pendant plusieurs nuits précédentes. Nous arrivons au sommet vers trois heures du matin, la pluie tombe fine et serrée, il fait froid. L’attaque du village commence. Les balles commencent à siffler à nos oreilles. Avec les fantassins, nous avançons par bonds successifs. Pour nous abriter, nous attendons un moment derrière le talus de la route, couchés dans l’herbe mouillée. Vers 4h30, nous nous déplaçons mais malheureusement nous nous trouvons exactement en face d’une batterie allemande. Les obus commencent à siffler, nous profitons des replis du terrain pour nous dissimuler en nous étendant au sol complètement. Dans cette position plutôt critique, nous restons pendant 40 minutes. Les minutes nous paraissent des heures. Sans interruption, les obus passent sur nos têtes que nous essayons d’enfoncer davantage dans la terre. Je suis à côté de l’ami Petit, nous serrons l’un contre l’autre comme de sardines. Pour me protéger la figure et les mains, je place ma musette devant la tête, ma gamelle fixée après constitue un petit rempart sur la droite. Heureusement pour moi, au bout d’un moment, un morceau d’obus tombe exactement sur l’angle de ma gamelle en y faisant une entaille profonde. Petit, en entendant le bruit me demande des explications. Je le rassure aussitôt, le choc avait été transmis à mon avant-bras droit placé derrière. Je regarde si tout fonctionne et reste dans la même position. Il est vrai qu’à ce moment, je n’avais pas encore regardé l’entaille de la gamelle. Enfin, je vois de plus en plus la situation désespérée et je console Petit en lui disant : « ça y est, nous sommes perdus ! » Au bout de 40 minutes, le feu diminue d’intensité. On entend au loin les tirs des fantassins. Notre position en cet endroit de la part de raison d’être. Le capitaine donne l’ordre de s’enfuir un grand secours bas le plus possible. Les obus commencent à tomber, mais nous sommes vite à l’abri après une course folle dans la terre labourée. Nous nous abritons derrière une tranchée occupée par des chasseurs. Il pleut toujours, nous sommes mouillés et couverts de boue. C’est la première fois que nous venons de friser la mort d’aussi près car plusieurs fois déjà, nous l’avons échappée par miracle. On fait l’appel : un oeil blessé et encore il est avec nous. Le soleil se lève. Pour nous reposer, nous retournons à 12 abris creusés le long de la voie du chemin de fer. Les Allemands bombardent toujours, les fantassins continuent leur marche en avant. Ils ont de grosses pertes. Vers 10 heures, le lieutenant Touret placé plus en avant arrive avec sa section. Ils ont passé aussi un bien triste quart d’heure pour franchir la crête de la Mort en laissant quatre blessés.

Aussitôt, nous partons avec notre brancard. Nous sommes éreintés, nous trouvons le premier à trois kilomètres. Les autres arrivent en grande quantité. Nous transportons notre premier essai au poste de secours, mais quelle misère dans ces terres labourées par les obus et le soleil brûlant. Les autres sont enlevés en voiture et nous revenons à la compagnie (je passe rapidement). L’après-midi nous nous reposons et faisons sécher nos effets en préparant la soupe dans un champ en arrière du village. L’ordre arrive d’aller passer la nuit où nous étions si tranquille depuis samedi. Nous sommes contents. Nous arrivons vers 9 heures en pensant dormir toute la nuit. Mais à minuit, nous repartons pour arriver au village où nous sommes actuellement (13 km d’Épinal).

Depuis jeudi somme sommes ici sans rien faire. Dans ce pays j’apprends la mort de plusieurs officiers du 4ème : le capitaine Godefroy, le capitaine Daurier, le lieutenant Lalande, l’adjudant Jourdan, Fenouil (vaguemestre) en ayant même le nom du capitaine Fradin de Bellabre. Nous perdons des hommes et de bons officiers, les succès de nos troupes en sont la consolation.

En effet, les nouvelles sont bonnes. Nous partons avec courage et plein de confiance pour, dans un dernier élan, écraser l’envahisseur. Pour moi, les Allemands sont perdus. Encore un petit effort le résultat ne se fera pas attendre.

Ce matin, messe militaire. Le prêtre était un maréchal des logis du 53ème d’artillerie. La messe s’ouvre par le sous-lieutenant du 53ème, spectacle inoubliable, cette petite église de campagne était remplie de militaires de tous grades.

Tout va pour le mieux. La santé est excellente et la barbe commence à pousser. Nos amis vont bien, exception faite pour notre ami Roibet blessé il y a quelques jours, je vous raconterai comment.

Je termine rapidement la lettre, je suis pressé.

Je remercie Zizi de cette carte. Je suis maintenant dans l’escouade du caporal May. Tout fonctionne, nous sommes copains.

Mes baisers à toute la famille et en particulier à ma petite Andrée.

Votre fils qui espère bientôt vous revoir.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’auteur n’est pas passé loin de la catastrophe avec cet éclat d’obus stoppé par sa gamelle !

Poster un commentaire

Classé dans Vieux papiers

RÉSISTANCE 1942 (20/23): TRACT à destination des COMMERÇANTS et ARTISANS pour le 11 NOVEMBRE 1942

DSCN0989

Un tract, une feuille ronéotypée recto-verso signée par le Front National de Lutte pour l’Indépendance de la France, un mouvement de la Résistance, proche du Parti Communiste. Il a été distribué clandestinement auprès des commerçants et artisans pour les appeler à célébrer le 24ème anniversaire de l’Armistice du 11 novembre 1918. Bien entendu, sous l’occupation allemande et le régime de Vichy, il n’était pas question de célébrer l’Armistice de 1918. Et le faire pouvait entraîner de graves conséquences.

Dans la première partie du document, c’est une longue explication de ce que représente le 11 novembre 1918. On est bien loin de la vue communiste des choses et ce qui est écrit aurait pu l’être par  un militant nationaliste plus qu’internationaliste: l’héroïsme de nos soldats, la valeur de nos Généraux Républicains et Patriotes, le drapeau tricolore flotte sur Metz et la cathédrale de Strasbourg, le Boche est vaincu,  Journée glorieuse. Consécration du patriotisme de tout un peuple uni derrière son gouvernement et son Etat-Major Républicain… Le Parti Communiste faisant l’éloge des généraux, on croit rêver !

DSCN0990

Cet élan de patriotisme sert à montrer du doigt, à dénoncer l’autre Armistice, celui de Juin 1940. Car le tract, s’il tresse des louanges à Foch, Joffre, Gallieni, n’est pas aussi dithyrambique pour un autre général vainqueur en 1918: Pétain, celui qui a signé l’Armistice honteux de 1940. Il cite Clémenceau qui disait du couard Pétain : « poussé à la victoire à coups de pieds dans le c… ». Le Pétain « flancher » de 17-18 portait déjà le Pétain de 39-40. Celui qui au Conseil Supérieur de la guerre refusait les crédits pour la mécanisation de l’Armée, s »opposait au renforcement de notre aviation ou celui qui, ambassadeur en Espagne après la victoire de Franco-Hitler, complotait contre la France avec l’ambassadeur d’Allemagne à Madrid. 

Suit une violente diatribe contre le couple de l’exécutif Pétain-Laval.

Le vainqueur de Verdun – sans rire – champion de la collaboration mettant sa main dans celle de Hitler à Montoire et dans celle de Goering à Saint-Florentin ! ! Le représentant de la Patrie souillée et meurtrie, la main dans la main avec les oppresseurs de la France et de l’Europe, conseiller et obligeant le peuple de France, si sensible et si fier, à travailler pour le boche haï et méprisé ! ! Pétain – Laval voulant, par la force, déporter nos ouvriers vers les bagnes industriels de l’ennemi ! Honteux sacrilège.

Aurait-on pu autrefois, imaginer le maréchal Foch serrant la main de Guillaume II ou du Kronprinz de sinistre mémoire ?

Mais la ligne de conduite de Pétain et de Laval c’est une suite logique dans la trahison.

Car pour les rédacteurs du tract, Pétain ne doit pas être associé à l’idée du 11 novembre, lui qui pourtant s’appuie pour gouverner la France sur la Légion Française des Combattants, cette déclinaison vichyste  des associations d’anciens combattants de la Grande Guerre. Lui qui envoie en Allemagne de jeunes Français pour officiellement permettre à des combattants de la Seconde Guerre de revenir de captivité.

Alors, comme pour la célébration du  150ème anniversaire de Valmy, il y a quelques semaines, le Front National demande aux Commerçants et aux Artisans  (avec une majuscule au début des mots dans le texte), de se joindre aux ouvriers pour célébrer ce 11 novembre 1942. Hitler, le 20 septembre n’avait pas réagi devant l’ampleur des manifestations patriotiques. Il en sera de même après le 11 novembre si dans le même temps que les ouvriers débraieront ce jour-là, les commerçants et artisans ferment boutique et les pavoisent de bleu-blanc-rouge les jours précédents cette journée.

Le tract demande également de défiler avec tous les patriotes devant les monuments aux morts et à Paris devant le tombeau du Soldat Inconnu.

Le tract se termine par un vibrant: VIVE LA FRANCE ! A BAS LES BOCHES ! avant de donner le fréquence d’une radio libre, Radio-France qui doit émettre depuis Londres puisque comme le disait un slogan de l’époque: « Radio-Paris ment ! Radio-Paris ment ! Radio-Paris est allemand ! »

DSCN0991

Poster un commentaire

Classé dans Vieux papiers

La correspondance du Poilu Grenoblois- Lettre du 07 septembre 1914.

Voici de larges extraits de la lettre du poilu grenoblois Pierre Gautier adressée à ses chers parents. Quelques passages très intéressants…

Enfin depuis deux jours, nous voilà revenus à peu près à la vie ordinaire; à notre grande satisfaction, nous avons quitté samedi à 11 heures le village où nous étions depuis plusieurs jours et où malheureusement nous avons eu plusieurs blessés.

Suit une description des bombardements subis…

Sans regrets, nous avons abandonné nos abris assez confortables installés le long de la voie du chemin de fer; le sifflement des obus et surtout leurs éclats finissent par devenir insupportables et dangereux. C’est bien malheureux de recevoir sans pouvoir se défendre. Tel est notre cas avec le fusil et la pioche comme instruments de défense.

Dans le nouveau village où il se trouve, Pierre est étonné de voir de la vie. De plus, c’est le siège de l’Etat-Major qu’il se plaît à observer et décrire.

…tous les services y sont installés: Trésor et Postes, centre d’aviation, ballon captif, autos d’état-major, ambulances etc… A l’entrée du village on trouve le cimetière. Deux tombes fraichement creusées contiennent l’une le corps du colonel Tourret du 95ème d’Infanterie tué le 24 août, l’autre celui du lieutenant Robert du 121ème d’Infanterie tué le 27 août et dans une fosse communales dépouilles de plusieurs fantassins et artilleurs. Comme nous arrivions dans ce village, 4 chasseurs à cheval, éclaireurs du 95ème venaient déposer sur la tombe de leur colonel une superbe couronne en fleurs naturelles offerte par les officiers du régiment.

Suit ensuite une réflection sur les dangers d’être fantassin pendant la guerre… ce que personne ne doute, même loin du front. Il pense à son ami Joseph Coutet qui se trouve dans une de ces unités à pied. Puis il revient à son sujet et raconte quelques habitudes qu’il a pris depuis le début de la campagne.

En guerre, une bonne couche de foin vaut dix fois mieux qu’un bon lit en temps de paix. Pour se déshabiller, on quitte ses chaussures quand on ne prévoit pas d’alerte. Pour moi, voici comment j’opère. Je pose d’abord mes chaussures et mes jambières, j’attache le tout ensemble pour éviter de les égarer dans le foin, je dispose près de moi mon képi attaché à ma musette et me voilà prêt à dormir. Si nous couchons dans le foin, je quitte ma capote dont je m’enveloppe comme dans une couverture. On a beaucoup plus chaud. Je n’oublie jamais ma ceinture de flanelle et mon linge à toilette dont je m’entoure la tête. Le matin, il faut être prêt en deux minutes. La toilette se fait en route mais croyez moi, je ne suis pas le dernier

Suit un peu plus loin la description de son armement…

Comme équipement, j’ai d’abord mes 3 cartouchières un peu lourdes avec leurs 100 cartouches, mon fusil complètement rouillé mais toujours prêt à fonctionner, ma musette et gamelle que je garde en permanence et ma petite veste qui fait le pendant. 2 bidons complètent la collection. Il faut se méfier des vols fréquents mais jusqu’à présent, j’ai conservé absolument tous mes objets.

Puis il cite des cas de vols chez des amis, vols qui vont jusqu’à celui d’un cheval dans une écurie, sans oublier les porte-monnaie ! Il s’étonne ensuite de revenir à une vie presque normale, plus de son du canon et comme c’est dimanche la messe dite par l’aumônier militaire et suivie par de nombreux hommes. Son ami Becquet arrive d’Epinal et ramène des provisions appétissantes. La nuit venue, voici un peu d’animation:

A la nuit, les convois font une certaine animation dans le pays. Nous voyons arriver un autobus parisien avec ses phares et lampes intérieures éclairées, on se croierait à Paris. Plusieurs fois déjà, nous avons rencontré de grands convois automobiles. D’abord les autobus pour le transport de la viande et d’autres voitures pour les blessés. Quelques unes de leurs inscriptions nous rappellent notre beau Dauphiné (Grenoble, Villard-de-Lans, la Chartreuse etc etc…)

Est-ce l’épisode des « taxis de la Marne » dont Pierre fait ici allusion ?

La lettre se termine par ce commentaire personnel: … pour moi, je suis étonné de me voir si courageux, j’en profite pour faire mon devoir et quelquefois même plus, en aidant les blessés et les malades, c’est une satisfaction personnelle. 

Ainsi se termine cette lettre plus sereine que les précédentes…

Poster un commentaire

Classé dans Vieux papiers