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Le (petit) KIOSQUE de PRESSE DE 37: LE NOUVELLISTE du 24 janvier 1937

Le Nouvelliste, le quotidien lyonnais très à droite, on va le voir pour ce 24 janvier, un dimanche. C’est la raison pour laquelle le journal présente une première page spéciale comme cela arrive souvent, hors actualité, sur les Palais et tombeaux Algériens. De belles vues commentées.

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Le journal s’attaque au gouvernement de Front Populaire à travers les problèmes d’un fils du secrétaire général de la C.G.T., Léon Jouhaux, arrêté en Belgique pour des problèmes de trafic d’armes. Comme quoi toutes les occasions sont bonnes pour la droite. Après Salengro, on le sait.

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Après guerre, c’est Léon Jouhaux qui créera le syndicat Force Ouvrière, conséquence de la mainmise des communistes sur la CGT.

Le raid aérien de Marcel Doret suite…

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Le raid vient d’arriver pour une escale technique à Hanoi et suivant le titre, s’est envolé pour Tokyo. Sauf qu’on n’en est pas encore là ! On sait que l’avion a atterri à 5 heures 56. Le journal n’en dit pas plus. Comme le journal du 26 janvier, Le Temps ne s’intéressera pas à ce sujet, on peut dévoiler la fin de l’histoire. Les aviateurs Doret et Michelletti abandonneront à Hanoi.
Une dernière tentative aura lieu à la fin de l’été, la 4ème pour Marcel Doret. Le résultat sera le même que les 3 précédentes…: échec, ce coup-ci sur la plage d’une île à 500 kilomètres du but !

Passons à la guerre d’Espagne où Le Nouvelliste a le coeur qui penche pour les Nationalistes.

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Les fronts sont inactifs pour cause des intempéries sauf en Andalousie à la température plus clémente où les Nationalistes ont progressé vers Malaga.
Pour le reste c’est une charge en règle contre les Républicains et le Front Populaire…

La colonne de secours venant en aide à Malaga a tout brulé sur son passage, les églises bien entendu, mais aussi les auberges et les habitations.

Suite des « horreurs » républicaines:

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Massacre dans les prisons, …

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lettre de l’archevêque de Tolède insistant sur les assassinats commis par des communistes, êtres sans foi ni loi… Les Maures de Franco eux étaient plus cléments… quand on leur livrait une ville prise comme récompense de guerre !

Pour un peu, les bombes nationalistes tombant sur Madrid amèneraient amour et fraternité. La Nouvelliste nous en fera de semblable jusqu’en 1944 quand il disparut des kiosques pour faits de collaboration.

Un petit entrefilet sur Ancone (Drôme) où une valise remplie d’objets de maçonnerie a été trouvé par un certain Raoux et qu’elle attend son propriétaire chez le découvreur.

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Quand LOUIS-PHILIPPE autorisait la création d’un nouveau port à ANCONE.

C’est le bulletin officiel intitulé Bulletin des Lois qui, le 24 février 1844 va autoriser la construction d’un débarcadère sur le territoire de la commune d’Ancone. Ce sont les entrepreneurs Duserre et Beauzon qui ont reçu cette bonne nouvelle. C’est le roi Louis-Philippe qui a pris cette décision en signant cette ordonnance depuis le palais des Tuileries qui était alors la demeure royale.

Voici donc ce texte de 6 lignes qui mérite quelques commentaires.

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1- Petite erreur géographique. On positionne ce débarcadère à côté du pont de Rochemaure récemment inauguré (1843) certes, mais sur la rive gauche, immédiatement en aval de la culée, ce qui le place manifestement sur le territoire de la commune d’Ancone et, par là, dans la Drôme. Comme le rédacteur a quelques doutes, il y va tout de même de Rochemaure mais place cette commune dans la … Drôme ! Pourquoi pas ?

Voici donc la carte des lieux, postérieure d’une quarantaine d’années à cette ordonnance mais dont les lieux proches du pont n’ont guère changé entre ces 2 dates.

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La flèche montre l’emplacement estimé de ce débarcadère.

2- Le pont de Rochemaure dont on parle est celui dans sa première version. En 1856, ce pont sera emporté par le Rhône lors de la grande crue plus que centennale. Mais les culées n’ont guère changé de place entre le premier et le second pont reconstruit.

3- Ce débarcadère est destiné aux nouveaux bateaux à vapeur qui circulent sur le Rhône depuis quelques années. Le halage a donc été balayé par la modernité et manifestement, les travaux sur le Rhône pour déplacer le lit principal vers la rive droite doivent avoir commencé. Sinon, les pouvoirs publics auraient choisi le port d’Ancone pour y placer leur infrastructure portuaire. Mais, le lit principal reste indiscutablement près de la rive gauche car on voit mal le bateau à vapeur passer sous le pont près de la rive droite et obliquer violemment vers la rive gauche pour accoster.

D’où tout de même quelques interrogations:

1- Ce débarcadère autorisé en 1844 sera-t-il réellement construit un jour et a-t-il servi ?

2- En cas de réponse positive à la première question, combien de temps a-t-il fonctionné et en quelle année a-t-il été supplanté par le port de Montélimar, situé au même endroit que celui décrit par l’ordonnance de Louis-Philippe mais par rapport au pont du Teil ?

3- A quel moment le cours principal du Rhône, celui navigable, est-il passé du côté ardéchois ?

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Ce dramatique 14 juillet 1902 à Ancone (Drôme).

Article écrit pour le blog anconecultureetpatrimoineleblog.wordpress.com après des recherches sur l’Etat-civil de la commune mis en ligne par les Archives départementales de la Drôme et cette découverte fortuite qui a marqué la vie de notre commune rhodanienne.

C’est en consultant l’Etat-civil d’Ancone et plus particulièrement le registre des décès que nous découvrîmes cette dramatique après-midi du 14 juillet 1902, en bord de Lône. Férié depuis 1880, le 52ème Régiment d’Infanterie devait avoir donné quartier libre à ses hommes à l’occasion de la Fête Nationale après la prise d’armes en matinée. Un petit groupe de trois copains décida, par la chaleur qui faisait, de venir prendre le frais au bord de la Lône, du côté d’Ancone où les épis de roches posés dans ce bras secondaire du Rhône faisaient de petits bassins propices à la baignade.

 Le groupe de jeunes hommes arriva en début d’après-midi. Il n’y avait pas grand monde à l’endroit où le groupe décida de se baigner. Les jeunes gens se languissaient de se mettre à l’aise et de se débarrasser de la chaude tenue militaire dont ce pantalon rouge et cette vareuse bleue qui collaient à la peau après la route, parcourue à pied sous un soleil de plomb, sans un brin d’ombre, pour arriver jusqu’à la Lône d’Ancone. C’est Augustin Pellat, le plus jeune des trois qui plongea le premier dans les eaux de la Lône. Ce fut le drame !

Augustin venait du Trièves voisin, ce pays blotti au pied oriental du Vercors, non loin du Mont Aiguille. Il était arrivé récemment au 52ème et avait fini ses classes. C’était l’une de ses premières sorties, un moment de liberté. Né à Mens le 28 février 1883, il n’avait connu que la ferme de ses parents, Augustin et Désirée, au Monestier-du-Peray. Puis c’avait été le conseil de révision, à Grenoble et ce voyage en train, jusqu’à Montélimar et la vallée du Rhône, une aventure ! Un grand fleuve, il ne connaissait pas trop et nager encore moins. Mais entre copains, on devient téméraire, surtout quand quelques verres avalées pour célébrer la Fête Nationale finissent de vous désinhiber. Et puis, à 19 ans, on n’a pas le temps de réfléchir.

Augustin Pellat plongea dans l’eau de la Lône et coula à pic.

Comprenant ce qui se passait, Hyppolite Cyrus Louis Moullet se jeta à l’eau à son tour. Ce n’était pas la première fois qu’il venait à Ancone, à la Lône d’Ancone. Si Augustin commençait sa période de 3 ans, lui, Hyppolite était sur le point d’être rendu à la vie civile. Il était montilien d’adoption à la caserne Saint-Martin depuis le 16 novembre 1900, caporal depuis peu. C’était son second été en Drôme provençale et en bord de Lône, sans compter toutes les fois où il était passé sur le pont de Rochemaure lors de manoeuvres. Il venait lui aussi des Préalpes, mais, un peu plus au sud, d’un petit village perché dominant la vallée de la Durance au nord de Sisteron, Ventavon. Son père Cyrus tenait la ferme seul, Marie sa mère n’étant plus de ce monde. Lui savait nager, il avait appris dans la Durance, sans compter les cours -très théoriques- reçus pendant sa période d’instruction militaire.

Ce fut le second drame ! Hyppolite s’enfonça dans les eaux et ne réapparut plus !

Le troisième soldat, totalement impuissant devant le drame qui venait de se jouer sous ses yeux, partit à toute allure au village pour aller chercher de l’aide. Quelques villageois rencontrés à la terrasse du café de la place du platane se précipitèrent sur les lieux, pleins de bonne volonté mais aussi démunis que le jeune homme face à cette situation. Lequel jeune avait poursuivi son chemin pour donner l’alerte à la caserne.

Un groupe de militaires se rendit rapidement sur les lieux et un excellent nageur de l’équipe plongea et réussit à remonter les corps sans vie des deux copains.

Ainsi, le soir même, Louis Salomon, le maire d’Ancone en 1902, officier d’état-civil, pouvait conclure ce drame en laisser une trace pour la postérité sur le registre des décès de la commune, en écrivant ces quelques mots: mort à trois heures du soir d’asphyxie survenue au cours d’un bain qu’il prenait dans la Lône du Rhône, située à huit cents mètres environ au nord-est du pont de Rochemaure. On peut penser qu’Augustin et Hyppolite furent frappés l’un comme l’autre d’hydrocution au contact d’une eau bien plus fraîche que l’air ambiant. Deux des témoins du drame, Jean Pons, le garde-champêtre et Félicien Marion attestèrent pour la Loi les décès des deux pioupious.


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L’armée ramena leurs corps sans vie à la caserne et informa les familles de ses disparitions. Les maires du Monestier-du-Peray et de Ventavon durent, chacun de leur côté,  se rendre à la ferme familiale pour avertir des parents et proches qu’ils ne reverraient plus leur enfant. Les obsèques furent célébrées le lendemain. On barra d’un double trait les pages d’Augustin Pellat et Hyppolite Moullet, dans les registres matricules, à Grenoble et à Gap, avec la mention DÉCÉDÉ.

A Ancone, ce fut certainement un sujet de discussion dans les cafés et les commerces, le soir et les jours qui suivirent… Le Journal de Montélimar, ancêtre de la Tribune en parla lors de la parution le samedi suivant, le 19 juillet de son numéro. C’est cette narration qui nous a permis d’écrire ces quelques lignes. Puis la vie reprit, les baignades dans la Lône aussi. On construisit même quelques années plus tard, une petite base de loisirs sur ce bras mort du fleuve. Comme pour les montagnards, les riverains du Rhône savaient bien, hier plus qu’aujourd’hui, que le fleuve peut aussi se montrer redoutable et qu’il y a toujours quelques risques au bord de l’eau.

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Gabriel Marius DAVID, un autre soldat d’Ancone dans l’aventure coloniale de la France à MADAGASCAR.

Article écrit pour le blog anconecultureetpatrimoineleblog.wordpress.com après des recherches sur l’Etat-civil de la commune mis en ligne par les Archives départementales de la Drôme et cette découverte fortuite qui a marqué la vie de notre commune rhodanienne.

Emmanuel Mallet et Gabriel Marius David étaient des copains de classe  à l’école d’Ancone avec François Régis Faucher comme maître au début de leur scolarité, jusqu’en 1881, puis sous l’autorité de Charles Louis Arnaud en fin de scolarité. De jeunes enseignants tous deux qui allaient connaître l’arrivée de l’école à Jules Ferry. Par contre, ni Emmanuel, ni Gabriel n’allaient fréquenter la nouvelle école du village inaugurée l’année où ils cessèrent leurs études, en 1886. Emmanuel et Gabriel étaient aussi des copains de la Classe au sens militaire du terme, la Classe 92 puisque nés tous deux en 72. Emmanuel en juillet, Gabriel, le plus jeune, était venu au monde le 30 novembre 1872.

Gabriel avait vu le jour du côté de Châteauneuf-du-Rhône où son père était fermier. Ses parents s’étaient mariés quelques années avant, à Ancone le 21 août 1866. Son père Raimond Auguste David était cultivateur, né à Savasse en 1835. Sa mère, Marie Brun, était une fille d’Ancone où son père, bien connu,  exerçait la profession de maçon. Des enquêtes disent qu’elle était repasseuse, d’autres, femme au foyer. Elle était bien plus jeune que son mari puisque seulement âgée de 19 ans le jour des noces. Elle eut rapidement un premier enfant, Auguste André Gabriel né le 30 mai 1867 qui décéda un mois 1/2 plus tard, mi-juillet comme 5 autres bébés anconnais entre le 30 décembre 1866 et juillet 1867. Terrible année ! Epidémie ou malnutrition ? Puis vint une fille Augustine Gabriel deux ans plus tard qui ne vécut que 5 mois. Gabriel eut plus de chance, en 1872 et fut le premier enfant du couple David à vivre jusqu’à l’âge adulte. Dure époque !

Très rapidement, Gabriel vint vivre chez ses grands-parents maternels à Ancone, le temps que ses parents puissent acheter quelques terres dans la commune ou à Savasse. Puis toute la famille se reforma avant 1880 pour s’installer sous le toit d’une maison de la rue Bachasserie quelquefois appelée rue du Milieu, de son nom moderne. Grands-parents Brun, les parents David, enfants et même la tante Françoise, une soeur de la mère, couturière de son état, vivaient à la même porte. Il était courant à l’époque que les générations coexistent ainsi sous le même toit: les anciens élevaient les plus jeunes et les jeunes s’occupaient des anciens quand ils devenaient trop âgés. Autre époque!

Comme son copain Emmanuel, Gabriel ou Marius comme on l’appelait aussi (une autre chose courante alors que celle d’appeler les gens du second ou de troisième prénom pour rendre bien souvent hommage à un aîné disparu- question de poser quelques problèmes aux généalogistes actuels lors de leurs recherches…)  Emmanuel et Gabriel-Marius, donc, furent tirés au sort pour effectuer leurs 3 ans de service militaire, Gabriel avec le n°90 encore une fois juste derrière Emmanuel et son n°86 ! Il fut donc incorporé le 14 novembre 1893. C’est là que les parcours des 2 copains divergèrent légèrement avant de reprendre des destins parallèles !

En gare de Montélimar, si Emmanuel s’était arrêté sur le premier quai pour monter dans le PLM pour le sud, Avignon et les pontonniers, Gabriel dut se rendre sur le quai d’en face pour prendre le PLM en direction du nord,  Valence et les artilleurs. Dans la préfecture de la Drôme, tout le monde connaît le quartier du Polygone et la caserne Latour-Dubourg. Polygone d’artillerie, bien entendu, où le 6ème Régiment d’artillerie faisaient ses manoeuvres et les réglages des tirs. C’était donc le 14 novembre 1893 que  Gabriel Marius David y débarqua. De 2ème Canonnier à son arrivée, il passa 2ème Servant à cheval le 30 mars 1894 puis 2ème Bourrelier le 20 juin 1894 et enfin 1er Bourrelier le 21 décembre 1894. Pas de véritables promotions mais la reconnaissance de ses connaissances antérieures par l’armée pour l’employer où il était le plus compétant… comme bourrelier. Il fallait fabriquer et réparer sans arrêt les lanières  des attelages et c’est le métier qu’il avait appris chez un voisin dans la rue Bachasserie à Ancone.

Le 1er mars 1895, il fut muté au 38ème Régiment d’Artillerie à Nîmes en conservant le grade qu’il avait à Valence. Deux batteries de ce régiment étaient sur le qui-vive depuis que le gouvernement avait décidé d’intervenir militairement en territoire extérieur: à Madagascar. Et un bourrelier qualifié manquait pour l’une d’elle.

Il est bon ici de faire une parenthèse pour expliquer le pourquoi de cette destination originale. On sait que Jules Ferry et nombre de Républicains étaient d’ardents défenseurs de l’agrandissement de l’Empire. Pour faire oublier aux Français les pertes de l’Alsace et de la Lorraine en 1871, ces dirigeants de la Troisième République avaient décidé de se lancer dans ces expéditions coloniales, véritables aventures pour les militaires qu’ils envoyaient: en Indochine où partit Emmanuel Mallet et à Madagascar où ira Gabriel David. A la différence de l’Indochine, c’est vraiment la Troisième République qui initia cette conquête de Madagascar, un territoire aussi grand que la France, une grande île au milieu de l’Océan Indien. Une première expédition pour établir un protectorat avait eut lieu  de 1881 à 1883, un protectorat instauré mais pas vraiment appliqué par les Français ni respecté par les autochtones, un royaume dirigé par des reines. Mais des Français étaient allés s’installer là-bas, attirés par l’appât du gain, de l’or qu’on disait être en abondance, par l’inconnu et la nouveauté. Mais quand les massacres d’Européens initiés par les Hovas, une peuplade plus belliqueuse, furent trop importants, une seconde expédition militaire devint obligatoire en 1895 dans le but de « pacifier » une seconde fois le territoire. On y envoya un Corps Expéditionnaire de 15 500 hommes accompagnés de 7 000 convoyeurs, des Kabyles peu respectueux de leurs bêtes de somme. On y trouvait des Chasseurs à pied, des Tirailleurs algériens, un bataillon de marche de la Légion étrangère, des Marsouins, des troupes coloniales, supplétifs Malgaches, Soudanais et Réunionnais, des unités du train, 4 batteries de l’artillerie alpine et 2 batteries montées, celles de Gabriel David et du 38ème R.A. de Nîmes. Pour transporter le matériel à travers le pays, on avait fait construire 5 000 voitures Lefebvre tirées par autant de mulets…. en oubliant un peu vite que sur ce territoire, il n’y avait pas le moindre kilomètre de route ou de chemin ! Que des pistes muletières ! Tracer des routes fut le principal travail des unités du train qui se tuèrent à la tâche, au sens premier du terme !

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Les Français débarquèrent donc à Mayunga, sur la côte ouest de l’île, le 23 avril 1895 après un beau voyage où ils  franchirent le flambant neuf canal de Suez. Quelle aventure pour l’Anconnais Gabriel David qui figurait parmi eux ! L’objectif des Français: la prise de Tananarive, la capitale du Royaume, au milieu de l’île, distante de 450 kilomètres environ de Mayunga. Ils y parvinrent le 30 septembre 1895 mais à quel prix !!!

On connaît bien les détails quotidiens de cette expédition coloniale grâce aux écrits qu’en fit un soldat, l’Alsacien Léon Silberman engagé dans la Légion étrangère. N’oublions pas que l’Alsace ne faisait plus partie du territoire national en 1895. Ce témoignage est édifiant et consultable dans son intégralité sur la toile. C’est une narration sans complaisance et d’une redoutable précision sur l’impréparation et l’amateurisme de cette expédition, sur l’immense gâchis humain que furent ces 5 mois dans l’Océan Indien. Les chiffres officiels connus de nos jours en attestent: les combats contre les troupes locales, les Hovas, coûtèrent 25 morts au Corps Expéditionnaire Français, presque anecdotique 20 ans avant les hécatombes de la Grande Guerre ! Pourtant celui-ci fut décimé et on dénombra 5 756 morts causées par les maladies tropicales qui assaillirent les hommes. Malgré le dévouement des services de santé, les hommes mourraient par centaines chaque jour, dans les ambulances et les hôpitaux de campagne. Comble d’incompétence, la quinine, indispensable au traitement du paludisme se trouvait au plus bas dans les cales des bateaux, dans des voitures qui ne sortirent qu’à la fin du débarquement et ne parvinrent aux avant-postes de secours que plusieurs mois après le début de l’opération !

Une phrase du récit de Léon Silbermann m’a interpelé. Le légionnaire raconte sa visite faite à une ambulance, un poste de secours avancé.  Je regardais un artilleur qui venait de recevoir les derniers sacrements; l’énergie était présente sur sa physionomie; il sursauta à quelques reprises, comme s’il voulait se défendre contre la mort. Etait-ce les derniers instants de Gabriel David ? On apprend en effet sur sa fiche matricule comme sur l’acte de décès recopié par Louis Salomon, le maire d’Ancone sur le registre de l’Etat-civil que « Marius » décéda le 11 août 1895, à l’ambulance de Beritzoka, un piton rocheux à mi-chemin entre Mayunga et Tananarive,  d’une cachexie paludéenne, un affaiblissement général dû à la malaria. Il disparaissait donc 2 mois après son copain Emmanuel, victime comme lui d’une maladie tropicale, victime surtout des aventures coloniales des hommes de la Troisième République.

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Pour faire un peu de généalogie, notons que Gabriel David et Paul Brun ont un arrière-grand-père commun, Alexandre Brun, né vers la fin du XVIIIème siècle. Paul Brun est l’un des 23 MPLF inscrit sur le Monument aux Morts d’Ancone, disparu le 31 mai 1917 à Berry-le-Bac.

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Emmanuel MALLET soldat d’Ancone, marinier du Rhône, pontonnier en Avignon et… au Tonkin en 1895.

Article écrit pour le blog anconecultureetpatrimoineleblog.wordpress.com après des recherches sur l’Etat-civil de la commune mis en ligne par les Archives départementales de la Drôme et cette découverte fortuite qui a marqué la vie de notre commune rhodanienne.

On connaît Jules Ferry pour être le Ministre de l’Instruction Publique de la Troisième République qui rédigea et fit voter les lois scolaires qu’on résume de nos jours par l’expression « école publique, gratuite, laïque et obligatoire », une école que la Révolution avait déjà amorcé en 1793. Cela, c’est le côté « soleil » du personnage.

Le côté « ombre » de l’homme politique est moins connu et beaucoup controversé. Jules Ferry fut un ardent promoteur de l’expansion coloniale de la France, en particulier dans la péninsule indochinoise et à Madagascar. Un colonialisme purement capitaliste, l’Indochine n’ayant jamais été, à la différence de l’Algérie, une colonie de peuplement. C’étaient les richesses de la contrée qui intéressaient les investisseurs français, l’hévéa pour les transports routiers naissants, les matières premières, le riz… Sans oublier les Missions catholiques qui poussaient à une intervention française pour protéger leurs missionnaires, régulièrement assassinés par les populations locales à qui ils pensaient amener la « bonne parole ».

La France était déjà présente en Cochinchine, le « sud-Vietman » de Saïgon en quelque sorte, depuis Napoléon III qui l’avait annexé en 1862. C’est à partir de 1883 que les crédits seront votés à Paris pour envoyer des troupes à la conquête du Tonkin, le « Nord-Vietnam », celui d’Hanoï. La chose ne se fera pas facilement, devant la résistance des locaux appuyés par l’armée régulière chinoise mais aussi par des irréguliers chinois, les Pavillons noirs ou. jaunes… Il faudra le retrait de la Chine en juin 1885, menacée par des troubles intérieurs et par les bruits de bottes émis par leur encombrant voisin japonais pour que la France s’installe enfin au Tonkin.

Et Ancone dans tout cela, me direz-vous ?

A Ancone habite dans la Grande Rue le couple Clément Mallet et Marie Roussin. Elle est ménagère et lui est « patron sur le Rhône » nous dit le dernier recensement, celui de 1886, c’est-à-dire propriétaire d’un bateau avec lequel il fait du transport de marchandises pour des clients locaux. C’est un dur et dangereux métier qu’il apprend à son plus jeune fils, Emmanuel, depuis que ce dernier a quitté à l’âge de 14 ans, la classe tenue par le jeune instituteur Charles Arnaud. Né le 25 juillet 1872, Emmanuel est un gaillard d’un mètre 67. Né le 24 juillet 1830, Clément (Jean Victor Clément pour l’état-civil) espère que son fils reprendra son affaire quand il aura satisfait ses obligations militaires. A cette époque, ce sont 3 années que les jeunes conscrits doivent à la France depuis la loi Freycinet de 1889. Par tirage au sort. Et justement Emmanuel a été tiré au sort avec le n°86 et va être appelé sous les drapeaux le 14 novembre 1893. Il est alors âgé d’un peu plus de 21 ans.

Le profil professionnel de ce jeune marinier intéresse grandement l’institution militaire. Il est donc dirigé sur le  1er Régiment d’Artilleurs-Pontonniers en résidence à la caserne Hautpoul d’Avignon, aujourd’hui devenue cité administrative, à 2 pas de la gare. Il va exceller sur les eaux impétueuses du Rhône pour construire des ponts de barques, un Rhône qu’il connaît bien, le même que celui d’Ancone. Le 1er octobre 1894, son unité sera dissoute pour devenir le 7ème Régiment du Génie, suite à une décision ministérielle du 20 août 1894. Voilà donc Emmanuel Mallet, 2ème pontonnier au 7ème Génie à partir de cette date !

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Et c’est là que les aventures coloniales de la France rencontrent le destin de ce jeune anconnais. La France lutte en Indochine mais aussi à Madagascar… on en reparlera aussi. Une partie du 7ème Génie est envoyée dans l’île de l’Océan Indien, une autre en Asie du sud-est. Au Tonkin, la guerre est terminée mais les révoltes sont incessantes, sans parler des attaques des Pavillons noirs, devenus des brigands qui s’en prennent essentiellement aux intérêts français. Dans cet état de guerre larvée, les troupes coloniales sont engagées et les pontonniers d’Avignon ont du  pain sur la planche sur le fleuve Rouge, à devoir reconstruire le jour ce que les rebelles détruisent la nuit.

L’unité à laquelle appartient Emmanuel Mallet arrive au Tonkin le 25 août 1894, en peine saison des pluies. Cette chaleur humide et ces pluies incessantes doivent avoir considérablement surpris les jeunes militaires français, habitués à la canicule sèche ou ventée de la vallée du Rhône. Sans parler de ce long voyage de plusieurs semaines. C’est ce milieu physique contraignant et ce climat insalubre voire débilitant qui va faire des ravages dans les unités françaises. Pensez que sur les 13 000 morts de cette guerre de colonisation, 2/3 le fut de maladies ! Emmanuel Mallet d’Ancone en sera l’un d’eux. Son registre matricule indique qu’il s’est éteint le 14 juin 1895 à 11 heures du soir à l’ambulance de Yên Bài, le long du fleuve Rouge, à 130 kilomètres au nord-ouest d’Hanoi. L’écrit officiel parle de fièvre biliaire hépatique, une de ces maladies que les médecins du Corps Expéditionnaire ont du mal à décrire et encore plus à soigner.

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Emmanuel Mallet ne reverra plus les bords de sa Lône et ne passera plus sous son pont de Rochemaure sur la bateau du père. Lequel père disparaîtra à son tour moins de 3 ans plus tard, le 23 février 1898, sans pouvoir léguer son commerce à un fils.

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Fait du hasard pour notre village, 59 ans plus tard, un autre Anconnais, Marcel Mayaud, allait connaître le même sort qu’Emmanuel Mallet. Lui c’était bien plus à l’intérieur du pays indochinois, dans la cuvette de Dien Bien Phu, le 31 mars 1954. Pas pontonnier du Génie mais manutentionnaire dans l’aviation ! Pas pour conquérir l’Indochine mais pour éviter de la perdre ! Son nom est inscrit sur le Monument aux Morts de la commune et cité tous les 8 mai et 11 novembre. Celui d’Emmanuel Mallet y aurait toute sa place !

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ANCONE et le RHÔNE, une cohabitation difficile: les cartes géographiques racontent aussi cette histoire (7/7)

Septième et dernier volet de ces articles écrits par nos soins et parus initialement dans Ancone Culture et Patrimoine, le blog…

De la carte de Cassini à la carte IGN actuelle, on va pouvoir suivre cette évolution géographique du cours du Rhône au niveau de la commune d’Ancone et son déplacement qui impacta forcément la vie des gens. N’oublions pas qu’Ancone était une halte à la remonte pour les équipages à l‘époque de hallage, qu’elle devint le port de Montélimar à une époque… avant d’être éloignée du fleuve par la Lône puis par les digues de la CNR.

La carte de Cassini de 1772

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  Sur cette carte de Cassini, on y lit plusieurs informations intéressantes :

  • Le cours du Rhosne principal baigne Anconne alors qu’un cours secondaire, un petit Rhône longe les rives du Royaume.
  • De très nombreuses îles jalonnent ce cours principal, avec une grande île, l’Île Blanc proche de la rive droite.
  • Sur l’une d’elle, on voit un château en ruines, à quelques encablures d’Ancone.
  • La limite entre Royaume et Empire, entre Rochemaure et Ancone passe loin de la ville, au milieu du fleuve, preuve d’un modification ultérieure, rapprochant cette « frontière » de notre village.

  La comparaison avec la carte IGN 1/50 000ème éditée en 1954 juste avant les travaux  de la CNR est édifiante.

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  On constate :

  • Le cours principal du Rhône passe près de la rive ardéchoise et Ancone n’est baigné que d’une petite Lône et d’une grande Lône, coupée par des empierrements.
  • Des îles ou presqu’îles existent encore près de la rive gauche : Île Blanc entre petite et grande Lône, île aux dames entre grande Lône et Rhône principal.
  • La limite entre Ardèche et Drôme, entre Rochemaure et Ancone passe tout près de la ville, preuve d’une modification datant de la fin du XVIIIème siècle.

Ceci est corroboré par le tracé de la carte de marinier datant de 1932, au niveau d’Ancone-Rochemaure.

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  C’est entre ses épis proches du pont de Rochemaure que se trouvait l’ancien centre nautique Rodia dont on verra reparlera.

  Cette carte est extraite de ce rouleau de marinier…

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long de 10 mètres et décrivant le tracé idéal de navigation de Valence à Arles aux conducteurs de bateaux.

  Entre les 2 époques, une carte d’Etat-Major éditée en 1890 nous indique les raisons de cette transformation du fleuve.

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Carte d’Etat-Major levée en 1866 et éditée en 1890

  Des digues au milieu du Rhône forcent l’eau à passer le long de la rive droite, détournant le cours principal du fleuve d’Ancone mais détruisant son activité économique liée à celui-ci. Entre temps, le port de Montélimar, proche du pont du Teil est entré en service.

  Voici pour finir, cette comparaison que nous avons présenté entre l’Ancone actuel et le tracé datant de la carte de Cassini sur le transparent, en bleu.

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Un paysage complètement bouleversé !

EN GUISE DE CONCLUSION DE CETTE SERIE D’ARTICLES PARLANT DU PASSE DES RELATIONS TUMULTUEUSES ANCONE-RHÔNE…

  Ces crues dramatiques pourraient-elles se reproduire ? une question qui vient à l’esprit immédiatement.

  Jacques Bethemont pense que la crue du 12 novembre 1548 était bien supérieure à celles dont nous avons parlé. Maurice Pardé prévoit que la crue millénaire atteindra 16 000 m3/s à Beaucaire alors que le débit du fleuve en 1856 était « seulement » de 11 640 m3/s !  Soit un mur d’eau de 1m d’épaisseur, 16 m de haut pour 1km de large et cela toutes les secondes ! Rien n’y résisterait.

  Les aménagements modernes de la CNR ont permis à l’homme de retrouver une relation plus apaisée avec le fleuve, qui continue par moment de poser problème par endroits (1993, 2003). Une mise au pas du Rhône qui a aussi eu pour conséquence le bouleversement paysager de la vallée du Rhône, la destruction d’espaces qui seraient de nos jours protégés, une incidence sur la faune aquatique et riveraine, que les efforts actuels de la CNR en matière d’écologie comme la création de la ViaRhôna ou celles de passes à poissons ne font pas oublier. Ce qui a été fait entre 1947 et 1980 ne serait plus possible de nos jours.

  Il n’empêche que les spécialistes envisagent que le pire est toujours à venir. La présence de nombreux sites sensibles proches du cours du Rhône fait redouter qu’une crue millénaire pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour la vallée du Rhône, un Fukushima à la Rhodanienne. Ajoutons à cela des risques sismiques et pourquoi pas terroristes et, à trop y penser, la vie en vallée du Rhône deviendrait bien vite très anxiogène.

 

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ANCONE et le RHÔNE, une cohabitation difficile: après 1856, on exhausse la digue d’Ancone. (6/7)

Sixième article rédigé par mes soins, paru dans le blog: Ancone Culture et Patrimoine

  Après la crue de 1856, les pouvoirs publics réagirent et prirent le taureau par les cornes pour éviter qu’une telle catastrophe ne se reproduise.

  Ce fut d’abord l’Empereur qui visita les contrées sinistrées de Lyon à Arles alors que la crue était encore à son sommet et amena une aide financière de première urgence comme on a pu le lire par ailleurs. Il se déplaça aussi sur le cours de la Loire qui déborda aussi,  faisant de cet épisode climatique, une catastrophe nationale.

  Dans le

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 un projet de loi est tout de suite écrit et proposé au Parlement pour venir en aide aux sinistrés. Loi adoptée le 2 juin et promulguée dans le Moniteur du 12 juin 1856 :

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  Dans la foulée, le Pouvoir demande aux ingénieurs des Ponts et Chaussées de réfléchir à un système pour prévenir les crues. C’est le sens de cette communication parue dans le Moniteur des Communes dont voici la conclusion.

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  Deux écoles s’affrontèrent : les tenants de la construction de nouvelles digues plus hautes et plus nombreuses et ceux qui souhaitaient un projet global visant à réguler le cours du Rhône, projet que l’on qualifierait d’écologique de nos jours : essayer de retenir l’eau en amont pour réguler le débit et maintenir la navigation et l’arrosage en cas d’étiage, permettre au fleuve de s’étaler en créant des déversoirs naturels, construire des digues bien pensées pour protéger les villages les plus exposés dont Ancone faisait partie.

   Ce fut le sens de la loi du 28 mai 1858, 2 ans après l’inondation commencée le 28 mai 1856. En voici la conséquence sur le village avec cette affiche conservée par la famille Tauleigne.

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  L’affiche présentée est la conséquente directe de cette loi puisque quelques mois plus tard, le 11 octobre 1858, il fut donc décidé au niveau du village, d’exhausser les digues existantes, c’est-à-dire les rehausser pour éviter que les eaux en furie ne les submergent comme ce fut le cas en 1840 et en 1856.

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  Ces travaux étaient estimés à 30 000 francs et l’Etat prendrait en charge les 2/3 (20 000 francs) mais la commune allait devoir tout de même devoir investir 10 000 francs, somme considérable pour elle à l’époque.

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  On note dans la liste des membres enquêteurs de cette commission les noms du maire de Montélimar Fleury-Bith qui restera le maire qui vit la création du jardin public pour relier la ville à la nouvelle gare PLM, celui de Chabaud, propriétaire dont le nom reste associé à un domaine proche du centre, celui de Lacroix dont un ancien domaine industriel porte le nom à Montboucher ou celui du juge d’instruction Valentin (du Cheylard), Ludovic certainement, d’une famille qui a marqué l’Histoire de la ville de Montélimar.

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  C’est la digue que l’on connaît de nos jours qui fut donc relevée après cette enquête, celle qui commence sur la route de l’Homme d’Armes, continue au nord du centre ville le long de la Lône et de ce qu’était jadis le chemin de halage et le port, contourne la place des platanes et se continuait jadis en supportant la route menant à l’ancien pont de Rochemaure-Ancone, section disparue avec le creusement du canal de dérivation du Rhône.

  Comme on l’a dit par ailleurs, 280 km de digues furent construits entre Lyon et Arles entre 1860 et 1880 et les quelques hectomètres anconais doivent faire partie de ce chiffre impressionnant que l’Empire lança et que poursuivit la République née le 4 septembre 1871.

  La réactivité des pouvoirs publics après les inondations de 1856 permit à l’Empereur de proclamer cette phrase restée célèbre :

Je tiens à l’honneur qu’en France, les fleuves comme les révolutions rentrent dans leurs lits et qu’ils n’en puissent sortir.

A suivre:

Ancone et le Rhône, une cohabitation difficile: les cartes géographiques racontent aussi cette histoire. (7/7)

d’après les documents présentées lors des Journées du Patrimoine en septembre 2015 et cette exceptionnelle affiche de Stéphane Tauleigne sur l’enquête d’utilité publique des travaux de la digue en 1856.

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ANCONE et le RHÔNE, une cohabitation difficile: les REPERES de CRUE, ces témoins discrets de notre histoire (5/7)

Cinquième article rédigé par mes soins, paru dans le blog: Ancone Culture et Patrimoine

Il existe environ 800 repères de crue le long du Rhône depuis la sortie du Léman jusqu’à la mer Méditerranée. Ils ont été répertoriés dans le cadre du Plan-Rhône mais certains sont passés au travers de ce comptage officiel, tel celui de la ferme Gauthier, à 2 pas d’Ancone et 1 de l’aérodrome que des membres d’Ancone Culture et Patrimoine ont retrouvé en mettant à l’épreuve leur mémoire et qu’il faudra faire ajouter à la liste officielle.

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Un repère montrant la hauteur que l’eau a atteint le 31 mai 1856. Ce sont d’ailleurs les crues de 1840 et 1856 qui ont été les plus immortalisées par les anciens. On n’a retrouvé qu’une trentaine de repères antérieurs à 1840, le plus ancien repère étant celui de Seyssel datant de 1616.

C’est la commune de Comps, au nord de Beaucaire, bien mal placée au confluent des impétueux Rhône et Gardon qui compte le plus de repères: 44 ! C’est dire si ses habitants ont régulièrement connu les tourments créés par ces eaux envahissantes. Ancone compte 4 plaques  et une cinquième qu’il faudra réhabiliter.

On a parlé du repère de la Cardinale, datant du 3 novembre 1840.

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En face de celui-ci, rue de la Cardinale, sur le mur d’une maison, le premier repère du 31 mai 1856.

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On voit qu’il est situé au niveau du premier étage de cette habitation, à exactement 223 cm du trottoir soit certainement 235 cm du sol de l’époque. Impressionnant !

Second repère, rue de la Croix, un des lieux les plus hauts d’Ancone…

LA CROIX 1

tel qu’il n’apparaissait plus, il y a peu, avant l’intervention des défricheurs d’Ancone Culture et Patrimoine, et tel qu’on le voit maintenant:

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Un Rhône du 31 mai 1856, une plaque très abîmée par le temps et le lierre accrocheur et destructeur.

Troisième repère de ce même Rhône du 31 mai 1856: sur la culée du pont de Rochemaure, côté drômois, sur le territoire d’Ancone:

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Mais en portant son regard un peu plus bas, on découvre le trou béant laissé par un vandale qui dans le temps substitua à la mémoire collective, le repère en fonte donnant la hauteur d’eau de la crue du 1er novembre 1896.

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Un repère qui ressemblait à celui-ci, sur la culée du pont du Teil, sur le territoire de Montélimar.

PONT DU TEIL 3-1896-2

Pour terminer cette rubrique, un clin d’œil à notre ami d’Ancone Culture et Patrimoine, Jeannot Tschantz, et les repères qu’il plaça pour de rappeler des hauteurs d’eau qu’il connut dans sa maison de l’île de la Conférence (sur le territoire de Montélimar) en plusieurs occasions:

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De haut en bas: 2 décembre 2003, 2 février 1993 et 7 janvier 1997, tout comme l’eau pourtant boueuse de 2003 nettoya les murs:

A suivre:

Ancone et le Rhône, une cohabitation difficile: après 1856, on exhausse la digue d’Ancone. (6/7)

d’après les documents présentées lors des Journées du Patrimoine en septembre 2015.

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ANCONE et le RHÔNE, une cohabitation difficile: la crue de 1856 ou deux inondations centennales en 16 ans ! (4/7)

Quatrième article rédigé par mes soins, paru dans le blog: Ancone Culture et Patrimoine

  Alors que statistiquement parlant, il y avait très peu de probabilité qu’une nouvelle crue centennale survienne au XIXème siècle, seulement 16 ans après 1840, la vallée du Rhône allait connaître une nouvelle catastrophe d’une valeur quasi-égale à la précédente, sinon supérieure à bien des endroits.

  Après 1840, les communes (re-)construisirent des digues pour se protéger, d’une manière importante mais tout à fait anarchique, sans réel schéma conducteur global. Si bien que la Rhône se trouva emprisonné dans un lit réduit et à la première crue, d’autant plus exceptionnelle, beaucoup de digues rompirent et le fleuve se répandit dans les plaines avec une violence inouïe.

  Comme en 1840, des épisodes pluvieux importants durant tout le mois de mai 1856 saturèrent les sols et remplirent les rivières. Cet épisode se termina par des pluies océaniques exceptionnelles sur le bassin de la Saône, aggravées par 48 heures d’orages violents ininterrompus sur tout le bassin du Rhône. On comprend que de nos jours, cette  crue soit considérée comme centennale jusqu’à Lyon et plus que centennale au sud de Valence.

   Toutefois, les hauteurs d’eau de 1856 restèrent inférieures à celles de 1840. A l’échelle du Pont Sant-Bénezet par exemple, l’eau atteignit 8,45 mètres en 1840 contre 7,83 mètres en 1856.

  En ce qui concerne Ancone, le village fut inondé comme en 1840. Ce furent les digues au niveau du château des Roches  qui rompirent et l’eau prit le village « à rebours ».  Malheureusement, pas de curé pour nous raconter cela en détail comme 16 ans avant.

  C’est dans la presse qu’on va avoir quelques précisions sur le déroulement de cette catastrophe dans le quotidien:

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Tout d’abord dans la feuille du 31 mai 1856, il fait état de…

Version 3

la destruction du Pont de Rochemaure, emporté par le fleuve.

Le même jour, une dépêche de Montélimar nous apprend que le sous-préfet et le maire de Montélimar, Fleury-Bith ont rendu visite au village…

Version 2

pour y amener du ravitaillement. La population est hors de danger. La digue des Roches a été réparée par l’armée et le niveau a un peu baissé… information erronée car, à cette date, le Rhône est à la hausse de partout et pour un moment encore. D’autres articles de ce journal le prouvent.

Trois jours après, le journal du 02-03 juin 1856 revient sur l’épisode dramatique de la destruction du pont de Rochemaure-Ancone que le journaliste place dans la Drôme (il l’est pour un peu plus de la moitié).

 Version 4

Ce sont les culées du pont qui se sont effondrées, entraînant la chute du tablier dans le fleuve. C’est là que se joua le drame : le maire de Rochemaure, M. Privat s’y trouvait et fut emporté par les flots. Ce dernier était aussi le plus fort actionnaire du pont, dit la presse. A l ‘époque, le droit de passage rapportait de l’argent à ceux qui avaient financé sa construction et s’occupaient de collecter l’octroi. Comme Vinci de nos jours !

On lira dans des journaux des jours suivants, des hommages à M. Privat et un démenti aux rumeurs qui voulaient qu’une autre personne, son premier adjoint, ait été emportée elle aussi par les flots en furie.

L’Empereur Napoléon III vint visiter les régions sinistrées, se déplaçant par train de Lyon à Tarascon, le fameux PLM. Il fit une halte à Valence et une autre à Montélimar.

Dans le numéro du 6 juin 1856 , on peut lire :

Version 5

L’Empereur n’est pas venu les mains vides mais avec 4 000 francs pour les sinistrés. On peut penser que le village d’Ancone, un des plus touchés de la région en reçut une bonne partie.

D’autres remarques après la lecture des journaux sur cette séquence dramatique :

  • Toutes les communications entre Drôme et Ardèche furent interrompues pendant plus de 10 jours. Il semble que seul le pont du Tain-Tournon résista aux flots en furie. Outre celui de Rochemaure, les ponts de Viviers, Donzère, Le Pouzin furent détruits. Ceux du Teil et de Valence restèrent longtemps inaccessibles car cernés par les eaux.
  • Si Ancone connut des problèmes semblables à ceux de 1840, La Palud aux confins de la Drôme et du Vaucluse vécut une véritable tragédie. Le Courrier parle de 150 maisons détruites, un village quasiment rayé de la carte.
  • Le bilan humain de cette inondation fut très lourd. A un moment, le Courrier parle de plus de 300 morts à Lyon. Les bêtes aussi payèrent un lourd tribut. Un journaliste raconte qu’on voyait passer des chevaux, vaches, porcs dans les flots, à Valence .

L’inondation dura moins de temps qu’en 1840 et l’eau se retira en 1 semaine environ. Vous pouvez consulter en ouvrant ce document, la courbe de la montée et de la descente des eaux à partir des relevés enregistrés au Pont Saint-Bénezet.

GRAPHIQUE DE LA MONTÉE DES EAUX DE LA CRUE DE 1856 EN AVIGNON

A suivre:

Ancone et le Rhône, une cohabitation difficile: les repères de crue, ces témoins discrets de notre histoire. (5/7)

d’après les documents présentées lors des Journées du Patrimoine en septembre 2015.

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ANCONE et le RHÔNE, une cohabitation difficile: le crue de 1840, en direct -suite- ! (3/7)

Troisième article rédigé par mes soins, paru dans le blog: Ancone Culture et Patrimoine

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Le jeune Antoine Orgeas âgé de 8 ans en 1840 a recopié le texte du curé d’Ancone sur un cahier d’écolier.

Suite de la lecture de cet exceptionnel document qu’est la narration  de la crue de 1840 écrite par le curé d’Ancone et diffusée dans un petit livret vendu dans la région de Montélimar pour venir en aide aux sinistrés. Ce document a été gardé dans une famille ayant vécu ce drame, la famille Orgeas, et prêté à notre association par une descendante, Mme Veysseyre.

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Nous sommes le mardi 3  novembre 1840. C’est certainement le jour où la cote du  Rhône connaîtra son apogée car c’est la date marquée sur nombre de repères de crue, on en reparlera.  Pour le narrateur, le Rhône dépasse de 1 mètre 60 le haut des digues. C’est énorme même s’il faut comprendre que le parapet actuel n’existait pas et que les digues seront rehaussées 2 fois après 1840. 1 mètre d’eau dans les maisons dans la partie la plus haute du village, vers le chemin de Montélimar, cela doit donner 2 mètres dans les parties basses. De plus, le fleuve charrie de tout, des objets emportés dans les maisons inondées tout au long du cours et même un cadavre. Certainement aussi des cadavres d’animaux. 

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Mercredi 4 novembre, le Rhône a baissé de 34 centimètres et le curé prend le pas sur le témoin ! C’est grâce à Marie que cela s’est produit, sans aucun doute pour le rédacteur des lignes et cela, grâce aux prières. Pourtant, le curé en veut aux Anconnais manifestement peu croyants et a affublé le village d’un adjectif que le lecteur (et propriétaire) du livret n’a pu admettre: « ingrat ». Retenons la bonne nouvelle: l’eau commence à se retirer.

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Le lendemain, le 5 novembre, une conséquence inattendue du retrait des eaux des maisons, c’est que les objets sont emportés. En plus d’avoir des logis dévastés, les Anconnais vont perdre les objets indispensables pour survivre. De plus, le tonnerre gronde, signe d’un phénomène climatique totalement anachronique. Mais pour le curé, à qui on laissera la responsabilité de ses propos, c’est un avertissement divin !

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Après cette narration détaillée des événements des jours les plus difficiles de la crue de 1840, le Curé va résumer la suite des choses avec cette décrue lente puis une seconde montée des eaux, moins importante mais tout de même conséquente puisque le 21 novembre la cote du fleuve n’est qu’à 60 cm du pic de crue du 3 novembre. A cette date du 21, cela fait 24 jours que toutes les maisons sont inondées. Et il faudra quelques jours encore pour que les eaux se retirent définitivement. L’hiver sera dur pour les Anconnais, abrités dans des maisons humides. Par la même occasion , l’auteur rend hommage aux sujets d’Ancone qui ont payé de leur temps et quelquefois en prenant des risques pour aider leurs prochains…

Comme cela s’est aussi produit pour une famille de l’île de la Conférence sauvée par son courageux voisin qui transporta les 5 personnes juste avant que leur maison ne s’écroule !

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Autant dire que les Suchon n’apparaîtront plus sur la liste des résidents de l’île de la Conférence lors du recensement de 1846 ! Une île de la Conférence terriblement secouée par cette catastrophe naturelle comme on peut le lire ci-dessous:

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400 mûriers arrachés (est-ce ceux dont le curé a déjà parlé ou cela fait-il 800 mûriers détruits en tout ?), les digues (en terre) rasées, les aires (de battage du blé) recouvertes d’un mètre de graviers amenés par la crue… Des mois de travaux de remise en état en perspective pour les malheureux habitants des lieux… mais tous les Anconnais étaient logés à la même enseigne !

Pour terminer ce propos sur cette crue de 1840, ce témoin discret de ce passé dramatique que nous ont légué les Anconnais d’alors, le repère de crue situé dans la rue de la Cardinale (près de la place des platanes)

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Une pierre taillée de plus d’un mètre 80, le menhir d’Ancone ! Cette pierre a été déplacée dans le passé, certainement pour la sauver au moment des travaux de la CNR dans les années 50. La trait de la hauteur d’eau est situé à 1 mètre 60 du sol… ce qui correspond aux chiffres donnés par le curé dans le livret… si l’on déplace par la pensée cette pierre sur la digue qui a disparu quelque part sous le canal de dérivation du Rhône.

A suivre:

Ancone et le Rhône, une cohabitation difficile: la crue de 1856 ou deux crues centennales en 16 ans ! (4/7)

d’après les documents présentées lors des Journées du Patrimoine en septembre 2015 et du livret prêté par Mme Veysseyre, descendante de témoins directs de cette catastrophe.

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